|
|
|
|
  |
4 février 2001
|
 |
Sionisme, nationalisme palestinien et nouvelle Intifada
La nouvelle Intifada qui secoue le Moyen Orient, et qui constitue la toile de fond de la crise actuelle en Israël, nest quune nouvelle étape dans la longue lutte du peuple palestinien, privé de ses terres depuis plus dun demi-siècle.
Afin de comprendre la situation actuelle, et avant tout desquisser une solution durable et réelle, il faut comprendre comment Israël a été créé, et comment les juifs dIsraël, victimes dune oppression terrible, sont devenus à leur tour les oppresseurs dun autre peuple. Il faut également comprendre les développements du mouvement national palestinien, et en premier lieu les objectifs et les bases de classe de sa direction.
Aux origines dIsraël
LEtat dIsraël est fondé en 1948, sur les décombres dune Palestine entièrement contrôlée par limpérialisme britannique depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et devenue une pièce maîtresse sur le grand échiquier du Moyen Orient. A la suite du génocide juif, le sionisme est devenu lidéologie dominante parmi les survivants, notamment en Europe et en URSS.
Le sionisme, dont lorigine remonte au dix-neuvième siècle, est né en réponse aux terribles pogroms antisémites de Russie. Il a dabord revendiqué lArgentine et lOuganda comme terre promise, puis sest fixé sur la Palestine. Il ny avait quun problème : des centaines de milliers dArabes vivaient déjà depuis des millénaires sur ce territoire.
Pendant les années 20 et 30, la migration dEurope de lEst vers la Palestine augmente la population juive qui finit par contrôler 12% de la terre cultivée.
Mais la grande vague de migration a lieu après lholocauste et la guerre mondiale, quand les Etats-Unis accordent leur soutien à la création dun Etat juif réclamé par Ben Gourion, alors dirigeant du mouvement sioniste de colonisation. Ils organisent le déplacement de centaines de milliers de personnes dEurope vers la Palestine. En 1947, il y avait ainsi 630 000 colons juifs et 1 300 000 Palestiniens. La colonisation était en marche.
Malgré un accord entre les USA et la Grande Bretagne sur la partition de la Palestine en secteurs juif et arabe, les sionistes ont mené des campagnes pour terroriser les populations arabes : bombes, attaques à la mitrailleuse, prises dotages.
Un plan de lONU est alors élaboré, il accorde 54% de la terre cultivable de lancienne Palestine à la minorité juive (33% de la population). Mais les sionistes combattent le plan de lONU parce que, tout en obtenant 75% des terres, les Juifs restaient numériquement minoritaires par rapport aux Arabes dans la nouvelle région juive.
En mai 1948, incapable de maîtriser laction militaire des sionistes, limpérialisme britannique se retire de la Palestine. LEtat dIsraël est proclamé et reconnu, avec lappui des Etats-Unis et de lURSS qui, tous deux, pensent ainsi peser sur les événements dans la région.
Pour sassurer de "leur" territoire et chasser les Palestiniens, les sionistes lancent de véritables pogroms. En lespace de quelques jours, la population arabe de la ville portuaire de Jaffa est chassée et réduite de 100 000 à 5 000 personnes.
Les Britanniques, qui cherchent à maintenir leur influence, encouragent les gouvernements nationalistes arabes de la région à attaquer Israël lors de la première guerre israélo-arabe. Le résultat est net : Israël repousse lattaque et augmente énormément son territoire.
Cyniquement, les Etats arabes prennent ce quils peuvent - Gaza, la Cisjordanie, les quartiers est de Jérusalem - mais les Palestiniens nont rien. 73% du territoire de lex-Palestine tombe sous le contrôle des Israéliens et plus de 750 000 Palestiniens sont chassés de leurs terres et sentassent dans les camps de réfugiés des pays arabes limitrophes.
Plus dun demi-siècle plus tard, ces réfugiés sont toujours privés de retour. Leurs enfants et leurs petits-enfants leur ont succédé dans le combat pour la libération de la Palestine, pour leur retour au pays, contre loccupant sioniste.
Cest lune des plus grandes tragédies du siècle dernier, et une ironie terrible de lHistoire : les Juifs, victimes et opprimés, sont devenus, avec le sionisme, des oppresseurs.
La montée du nationalisme arabe
Pendant presque dix ans, de 1948 à 1956, limpérialisme américain semble avoir réussi son pari.
Une paix relative sétablit dans la région - sur le dos des Palestiniens. Mais Israël va rapidement jouer le rôle de garde-fou impérialiste, face aux "excès" du nationalisme arabe. En effet, Nasser, militaire dirigeant lEgypte, décide de nationaliser le Canal de Suez en 1956 et, en conséquence, subit lattaque conjointe de la France, de la Grande-Bretagne et dIsraël. LEgypte parvient à repousser cette attaque. Fort de cette victoire, le nationalisme se développe dans toute la région, dabord en Syrie, puis en Irak, enfin dans la péninsule arabique. A partir de là, commencent les véritables problèmes pour limpérialisme américain.
Au milieu des années 60, la population palestinienne exilée est à son tour atteinte du virus nationaliste. Dabord, en 1964, les régimes arabes lancent lOLP (Organisation pour la libération de la Palestine), mais cette dernière narrive pas à capter les masses palestiniennes. Celles-ci se tournent plutôt vers le Fatah (Mouvement national palestinien de libération), organisation de guérilla dirigée par Yasser Arafat, qui en 1965 lance la lutte armée contre Israël. Les représailles israéliennes contre la Jordanie entraînent une tension militaire qui culmine avec la victoire éclair dIsraël lors de la Guerre des Six Jours, en juin 1967.
Toute la péninsule du Sinaï, Gaza et la Cisjordanie sont occupées par Israël. Mais malgré cette défaite, le combat des Palestiniens en sort renforcé et le Fatah prend le contrôle de lOLP.
La politique de lOLP
LOLP prend à contre-courant les principales tendances du nationalisme arabe bourgeois. Face à lincapacité des Etats arabes de contrer lexpansionisme sioniste - comme la montré la Guerre des six jours - lOLP dArafat suit la voie de la guérilla qui semble avoir porté ses fruits en Algérie, à Cuba, voire au Viêt-nam.
Ceci implique que la mobilisation des masses est laissée de côté en faveur dattaques militaires menées par une élite. Mais cette stratégie est incapable de mener à bien la lutte nationale : une direction liée à la bourgeoisie et indépendante de laction des masses va toujours vendre la lutte au nom de ses propres intérêts de classe. La stratégie choisie par Arafat et le Fatah/OLP a mené tout droit à la débâcle du "processus de paix" et à la création dun mini-Etat palestinien.
En effet, lOLP a toujours été profondément limitée par sa stratégie de guérilla et par sa dépendance financière, militaire et politique vis à vis des régimes arabes bourgeois. Ces derniers lont soutenu dans la mesure où ce soutien servait leurs propres intérêts territoriaux et économiques.
LOLP sest toujours limitée à des opérations suicides contre Israël. Jusquà la première Intifada vers la fin des années 80, menée essentiellement dans les territoires occupés, aucune résistance importante nest apparue à lintérieur des frontières israéliennes. Aucune tentative na été faite par lOLP pour mobiliser les Arabes israéliens.
Refusant toute responsabilité devant les masses palestiniennes, et poursuivant une stratégie de guérilla, lOLP - marquée aussi par un certain antisémitisme - a également refusé toute orientation en direction des travailleurs juifs dIsraël. Elle sest privée ainsi dun allié potentiel et a poussé une partie importante de la classe ouvrière juive dans les bras des capitalistes sionistes.
De plus, les alliés préférés dArafat - les bourgeoisies arabes - ont tout fait pour limiter la puissance du mouvement palestinien. Chaque fois que les Palestiniens ont montré leur capacité dorganisation et leur force, les gouvernements arabes nationalistes les ont attaqués. Cest ainsi quen septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie lance une attaque meurtrière contre les camps palestiniens qui se trouvent sur le sol jordanien. Plus de 2 000 Palestiniens sont massacrés durant ce "septembre noir".
La direction de lOLP recule
Israël se renforce dannée en année, tandis que les Palestiniens deviennent de plus en plus faibles. En 1973, une nouvelle guerre a lieu : les pays arabes attaquent Israël qui, encore une fois, écrase de sa victoire belligérants et Palestiniens.
Le sionisme victorieux convainc la direction de lOLP de renoncer à la revendication dun Etat laïc et démocratique dans toute la Palestine construit sur les décombres de lEtat sioniste.
De ce tournant "réaliste" est née lidée dun "mini-Etat", basé en Cisjordanie et à Gaza, qui est devenu le fonds de commerce de toutes les négociations et du "processus de paix". Ceci implique lacceptation de la légitimité de lEtat sioniste, de ses conquêtes territoriales de 1948, et de son rôle dagent de limpérialisme américain dans la région.
Pendant les années 80, lOLP fait de grands pas vers un compromis avec le sionisme. Certes, en novembre 1988, Arafat décrète létablissement "dun Etat palestinien indépendant", mais il ne sagit que dun écran de fumée pour mieux cacher la capitulation à venir : un mois plus tard, il déclare devant lONU que lOLP reconnaît le droit dIsraël à exister et condamne le "terrorisme", cest à dire les actions armées menées pour lindépendance palestinienne.
Durant les cinq années qui suivent, lOLP saffaiblit et perd le soutien des masses palestiniennes au profit de lintégrisme islamique. En même temps, le soutien financier de lURSS, au bord de la disparition, et des pays arabes, notamment des monarchies pétrolières, se tarit.
Mais les sionistes poursuivent leur campagne terroriste, assassinant des centaines de jeunes Palestiniens engagés dans la première Intifada et des dirigeants de lOLP comme Abou Jihad (avril 1988) et Abou Iyad (janvier 1990).
Les occupants sionistes, pour faire pression sur les Palestiniens, nhésitent pas à boucler la Cisjordanie et Gaza et à priver ainsi de ressources la majorité de la population. 100 000 travailleurs palestiniens, dont les salaires permettent de faire vivre 500 000 personnes, sont privés demploi.
La pauvreté à Gaza et dans les territoires occupés est écrasante. Gaza est un lopin de terre de 300 km2 où vivent 750 000 personnes, lune des densités les plus élevées du monde. Au milieu des années 90, la plus grande entreprise - une usine de mise en bouteille - navait que 80 employés.
En Cisjordanie, les zones agricoles les plus riches sont entre les mains des colons, dont les droits sont explicitement protégés par laccord entre OLP et Israël, et par les patrouilles meurtrières de larmée israélienne. Le PNB par habitant natteint que 20% de celui dIsraël, et 30% des salaires sont gagnés dans lEtat sioniste.
Loin dêtre viables ou potentiellement indépendantes, ces régions, qui forment la base du prétendu "Etat" palestinien, sont totalement liées à léconomie israélienne. Ainsi "lindépendance" tant revendiquée par Arafat ne sera quune illusion tant quexiste lEtat sioniste.
Entre 1991 et 1993, OLP et Israël négocient en secret. Les USA, profitant de leffondrement du stalinisme et dictant les conditions du "compromis", cherchent à ouvrir la voie à une potentielle stabilisation à long terme du Moyen Orient.
LOLP, se sentant de plus en plus faible, est prête à accepter lobjectif dun "mini-Etat" réduit à deux bouts de terrain séparés par 80 km de terre israélienne. Le "processus de paix" est lancé avec laccord dOslo, signé en 1993, dans lequel lOLP reconnaît "le droit dIsraël de vivre à lintérieur de frontières sûres".
Les raisons de laccord
Laccord entre lOLP et le gouvernement sioniste découle directement dune série de développements au sein du nationalisme palestinien ainsi que de lévolution de la politique impérialiste.
Chez les Palestiniens, lOLP, et dabord la fraction Fatah, est responsable de plus de 25 ans de défaites, qui ont conduit à la diminution de son pouvoir et de ses influences autant militaires que diplomatiques. En tant que bloc bourgeois, lOLP a toujours refusé davancer des objectifs et des moyens de lutte prolétariens dans le combat pour la libération nationale.
Sa stratégie - typique de tels mouvements partout dans le monde - a toujours eu deux voies : dun côté la lutte de guérilla, menée de façon parfois héroïque mais toujours profondément inutile, et de lautre une politique diplomatique bourgeoise. Cest de limpasse de ces deux approches quest venue lidée daccepter presque nimporte quel fragment de terre, pourvu quil permette à lOLP de hisser son drapeau et de déclarer le combat fini.
En même temps, les monarchies pétrolières conservatrices des pays du Golfe persique, qui avaient toujours appuyé lidée dun compromis, ont été convaincues, lors de la Guerre du Golfe de 1991, quun Etat fort comme lIrak pouvait les menacer plus quIsraël. Quand lOLP a soutenu lIrak lors de la guerre, les princes du pétrole ont saisi lopportunité et ont largement retiré leur soutien financier à lorganisation palestinienne.
Enfin, lépuisement de la première Intifada a aussi aidé Arafat. Ce soulèvement, qui a commencé à cause de la misère de la population de Gaza et de Cisjordanie à la fin des années 80, renforcé par une grande frustration après des années de défaite à la suite du retrait de lOLP du Liban, nétait ni voulu, ni organisé par lOLP.
Une fois la guerre des pierres lancée, lOLP a cherché dabord à limiter linfluence grandissante des groupes intégristes, et avant tout du Hamas. Tout comme aujourdhui, lOLP a refusé de donner des armes aux jeunes, les laissant ainsi à la merci de larmée israélienne.
En conséquence, les populations de Gaza, épuisées par des années de lutte sans victoire, ont été parmi les premières à appuyer le processus de paix qui devait conduire à un apaisement de la brutalité quotidienne de loccupant sioniste.
La vérité du processus de paix
Malgré les promesses faites par Arafat et la direction de lOLP, depuis la signature de laccord à Oslo, les Palestiniens se trouvent de plus en plus sur la défensive par rapport à une politique sioniste expansionniste. Certes, Arafat a maintenant son aéroport, son administration à Jéricho et sa police partout, mais ces fioritures étatiques naméliorent en aucun cas le sort des masses palestiniennes.
La vérité est que loccupation israélienne sest renforcée. Aujourdhui, à Hébron, ville palestinienne, 500 colons sionistes sont soutenus par... 500 soldats israéliens. Un colon prend le bus, un soldat monte avec, et la Jeep blindée de larmée israélienne suit derrière.
En même temps, lautorité palestinienne na rien fait pour améliorer réellement les conditions de vie à Gaza et en Cisjordanie, et sa police collabore avec larmée israélienne dans la répression des militants anti-sionistes.
La nouvelle Intifada
Lavenir nest pas rose pour les masses palestiniennes, ce qui explique en grande partie pourquoi elles ont lancé la nouvelle Intifada, au mois de septembre dernier. Et elles nont aucune raison de faire confiance à lautorité palestinienne car celle-ci sest montrée plus avide de ses privilèges bureaucratiques que de la poursuite de la lutte du peuple quelle est censée représenter.
Même lors des moments de faiblesse de lappareil sioniste, comme sa retraite soudaine du Liban-Sud lannée dernière, ou encore les crises politiques internes multiples, Arafat et ses alliés nont rien fait pour gêner leurs interlocuteurs sionistes ; ils ont préféré collaborer avec loccupant.
De même, les forces "dopposition" au sein de lOLP ont montré leur incapacité de répondre à des années de trahison. Au début du "processus de paix", certains, tels que le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) ou le Front Démocratique Populaire pour la Libération de la Palestine (FDPLP - actuel FDLP), ont dénoncé la reconnaissance dIsraël et ont exigé la démission de la direction.
Mais, à part quelques gesticulations, ils sont restés dans le giron de lOLP et ont refusé de mener une autre politique. Et pour cause : sur le fond, ils partagent la même politique petite-bourgeoise et nationaliste quArafat. Ils peuvent avoir des désaccords tactiques, mais ils partagent les mêmes objectifs et les mêmes méthodes stratégiques.
Enfin, si les forces de lopposition islamique, telles que Hamas, ont heureusement largement perdu linfluence quils avaient lors de la première Intifada, ceci nest pas la conséquence de la rupture des masses avec lidéologie islamiste de Hamas, mais plutôt un résultat de la répression policière menée par lautorité palestinienne en collaboration avec les "forces de sécurité" sionistes.
Pour le moment, les Palestiniens se trouvent dans limpasse, à cause de la politique menée par leur direction petite-bourgeoise et nationaliste. Ils sont isolés, victimes de loppression sioniste et de laction de la police palestinienne.
Sans armes, ils luttent, des pierres à la main, contre les blindés de larmée israélienne. Au bout du rouleau, ils veulent avoir leur Etat, ils veulent une paix réelle et durable. Malheureusement, avec leur direction actuelle, ce nest pas ce qui se profile.
Dans quelques semaines, les élections israéliennes auront lieu. Arafat et les travaillistes feront tout ce quils peuvent pour arriver à un nouvel accord de paix, afin de présenter Barak comme un "homme de paix", et ainsi assurer sa victoire. Le risque est grand, comme il y a dix ans, que lépuisement des masses palestiniennes ne les conduise à accepter un nouveau compromis qui, sur le fond, ne réglera rien.
Les leçons des sept années passées depuis laccord de paix dOslo sont claires : lexistence de lEtat sioniste est au coeur de loppression continue des Palestiniens. Elle est également ce qui permet aux patrons sionistes de mener les travailleurs juifs en bateau, contre les intérêts des Palestiniens. Accepter lexistence de cet Etat, reculer sur les revendications des Palestiniens ne peut que mener à une paix injuste, de courte durée et annonciatrice de nouveaux conflits alors que la politique colonialiste des sionistes reprend le dessus.
La nature dIsraël
Si Israël domine les pays arabes avoisinants sur les plans militaire et économique, ce pays reste néanmoins dominé par les puissances impérialistes, et avant tout aux USA, qui lui ont fourni des prêts à taux préférentiels afin de financer sa croissance. Jusquà 80% des prêts à long terme de lEtat sioniste viennent des USA.
Mais de toute évidence, Israël nest pas le fantoche des USA. Lincapacité de Clinton dimposer sa vision de la "paix" nest que le dernier exemple de lindépendance relative de la bourgeoisie sioniste et de ses représentants politiques.
Les USA doivent faire avec : ils ne peuvent ni maîtriser le monstre quils ont largement créé, ni prendre le risque de sen couper complètement.
En poursuivant leur politique de colonisation et en renforçant lEtat sioniste, les Juifs israéliens sont devenus une nation.
Ils ont fait revivre une langue archaïque (lhébreu), et lémergence dune culture nationale a permis de surmonter les divisions ethniques.
Mais cette nation sest créée aux dépens des revendications nationales des Palestiniens et en les opprimant systématiquement.
Dès ses origines, la société israélienne a été profondément divisée.
Dabord, environ 20% de la population israélienne sont des Arabes (musulmans, druzes, coptes, maronites) qui vivent au sein de lEtat sioniste. Ils subissent une oppression systématique : ils gagnent des salaires plus bas que ceux des travailleurs juifs, occupent les emplois les moins qualifiés. Ils sont véritablement des citoyens de seconde zone.
Ensuite, lEtat dIsraël est avant tout la création des Juifs ashkénazes qui dominent la société à tous les niveaux : politique, économique, culturel et social.
Les Juifs dorigine orientale subissent une oppression raciale qui les cantonne dans les emplois les moins bien payés - ils constituent toujours la majorité des travailleurs industriels.
Certes, cette situation a commencé à changer avec lutilisation croissante par les capitalistes sionistes des travailleurs arabes venus de Gaza ou de Cisjordanie - moins chers, ne jouissant pas des mêmes droits sociaux - doù une petite ascension sociale des Juifs orientaux.
Mais sur le fond, la société sioniste fonctionne avec un système doppression à plusieurs niveaux, où les Ashkénazes occupent la première place.
Ce nest pas le processus de paix qui sépare de manière radicale les travaillistes et le Likoud, mais bien plutôt lutilisation maximale de la main doeuvre arabe sil y a la paix avec les Palestiniens.
Pour les travaillistes, il faut profiter de la possibilité de la création dun véritable mini-Etat palestinien et de louverture vers les régimes arabes conservateurs. Ceci afin dassurer la stabilité de lEtat sioniste, à travers létablissement de nouveaux marchés, le maintien des marchés actuels et lexploitation des travailleurs arabes.
Pour cela, les travaillistes sont prêts à retirer les colons des régions qui ont été la cible de la récente politique expansionniste.
Le Likoud, par contre, dont la base est foncièrement pro-colons, veut avant tout maintenir les nouvelles colonies, quitte à mettre en danger certains aspects de léconomie israélienne, voire à frôler la guerre.
Ceci implique quaucun compromis nest possible avec Arafat, et quaucune concession aux revendications palestiniennes ne peut être envisagée, par exemple pour le contrôle de Jérusalem-Est, occupé par Israël depuis 1967 contre toutes les résolutions de lONU.
Quelle solution à la crise ?
La seule force sociale qui peut imposer une solution juste à la crise est la classe ouvrière. Elle seule à la force nécessaire et elle seule na pas dintérêt dans le maintien de loppression.
Mais les travailleurs, eux aussi, sont divisés. Côté palestinien comme côté sioniste, la classe ouvrière est subordonnée aux intérêts de sa propre bourgeoisie. Si cette situation est catastrophique pour les Palestiniens, qui suivent une direction qui ne veut pas résoudre leur oppression, chez les travailleurs israéliens, le socle de la domination sioniste dans la société israélienne est lunion sacrée entre la bourgeoisie et la classe ouvrière autour de la préservation de lEtat sioniste.
Les raisons sont à la fois politiques (lidéologie sioniste) et matérielles : les travailleurs juifs jouissent de privilèges bien réels par rapport aux travailleurs arabes dIsraël, dans tous les domaines - logement, salaires, emploi, discrimination... Lobjectif stratégique des révolutionnaires doit être de briser cette union sacrée en trouvant les moyens de convaincre les travailleurs juifs de rompre avec la bourgeoisie sioniste, en particulier en soulignant lorigine oppressive de tous leurs privilèges.
De toute évidence, cest plus facile à dire quà faire. Cest pourtant le préalable indispensable à une lutte indépendante du prolétariat juif pour ses propres intérêts. Sans rupture vis-à-vis de la politique sioniste, cette partie de la classe ouvrière israëlienne fera toujours passer lunion nationale - cest-à-dire lintérêt "commun" des patrons et des travailleurs - avant la lutte des classes.
Mais, étant donné que les Palestiniens acceptent lexistence dIsraël, ne devrait-on pas en faire autant ? Pourquoi la paix ne passerait-elle pas par la création de deux Etats, lun palestinien, lautre israélien ? Il sagit là dun miroir aux alouettes. La crise actuelle montre limpasse que représente cette approche, au moins du point de vue des Palestiniens.
Accepter lexistence de lEtat dIsraël signifie assumer lexil permanent de centaines de milliers de réfugiés palestiniens, privés de leurs terres depuis un demi-siècle. Qui en profite ? Les sionistes. Les Palestiniens, eux, seront toujours les laissés-pour-compte de lhistoire. Une paix pourrait en sortir, certes, mais ce serait une paix injuste, bâtie sur loppression dun peuple par un autre.
Contre ceux qui pensent quil sagit là dune lutte religieuse millénaire, il faut bien comprendre que la cause de linstabilité, lorigine de loppression, cest lexistence de lEtat sioniste qui a chassé les Palestiniens de leurs terres et qui, aujourdhui encore, poursuit une politique de colonisation à la pointe des baïonnettes.
Alors, dans ces circonstances, comment arriver à une paix juste ? En envoyant des casques bleus afin dimposer deux Etats ? Non, car la question du contrôle des terres restera toujours au coeur de laffaire. Lobjectif doit être non pas de séparer les combattants, mais de résoudre une situation foncièrement injuste et génératrice de conflits.
Mais les Juifs nont-ils pas aussi le droit de vivre là où ils le veulent ? Certes, mais pas au prix de loppression dun autre peuple. Les privilèges dont jouissent les Juifs en Israël existent seulement à cause de loppression des Palestiniens.
Accepter cette situation est comparable, par exemple, à lacceptation de lapartheid en Afrique du Sud jusquau milieu des années 90. Il y a des revendications qui sont tout simplement inacceptables, comme celle des sionistes de vivre sur les terres palestiniennes, en profitant de lexclusion du peuple palestinien.
De toute évidence, il faut également combattre lantisémitisme qui a défiguré certaines luttes contre le sionisme. Lobjectif doit être de mettre fin à toute oppression dans la région, à commencer par celle qui est la force motrice de la situation actuelle, lEtat sioniste capitaliste.
Les masses palestiniennes doivent expliquer que leur objectif nest pas de chasser les travailleurs, les paysans et les cadres juifs dIsraël mais plutôt de créer une Palestine ouvrière ou tous - musulmans, juifs, chrétiens et athées - auront les mêmes droits.
Lindépendance de classe et la création dun parti ouvrier révolutionnaire sont devenues donc dune importance brûlante. Le front de collaboration de classe quest lOLP a produit des fruits amers, sous la forme dun accord réactionnaire. Il faut briser lOLP ; les organisations ouvrières doivent rompre et créer un parti ouvrier.
Par laction de masse contre le sionisme - une grève générale dans tous les territoires ; un mouvement de grève par les Israéliens arabes ; la construction immédiate de comités dans les camps, les villages et les entreprises pour organiser la résistance ; la construction des milices de défense ; lélection des délégués des territoires occupés et de la diaspora à une Assemblée constiuante, souveraine et démocratique - les masses palestiennes peuvent aider la destruction de lEtat sioniste, de ses patrons qui profitent de la division des travailleurs sur des lignes nationalistes et confessionnelles, et de limpérialisme nord-américain qui la créé et qui le soutient quotidiennement.
Haut
|
 |
|
|
|
|
|