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4 février 2001
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Sionisme, nationalisme palestinien et nouvelle Intifada

La nouvelle Intifada qui secoue le Moyen Orient, et qui constitue la toile de fond de la crise actuelle en Israël, n’est qu’une nouvelle étape dans la longue lutte du peuple palestinien, privé de ses terres depuis plus d’un demi-siècle.

Afin de comprendre la situation actuelle, et avant tout d’esquisser une solution durable et réelle, il faut comprendre comment Israël a été créé, et comment les juifs d’Israël, victimes d’une oppression terrible, sont devenus à leur tour les oppresseurs d’un autre peuple. Il faut également comprendre les développements du mouvement national palestinien, et en premier lieu les objectifs et les bases de classe de sa direction.


Aux origines d’Israël

L’Etat d’Israël est fondé en 1948, sur les décombres d’une Palestine entièrement contrôlée par l’impérialisme britannique depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et devenue une pièce maîtresse sur le grand échiquier du Moyen Orient. A la suite du génocide juif, le sionisme est devenu l’idéologie dominante parmi les survivants, notamment en Europe et en URSS.

Le sionisme, dont l’origine remonte au dix-neuvième siècle, est né en réponse aux terribles pogroms antisémites de Russie. Il a d’abord revendiqué l’Argentine et l’Ouganda comme terre promise, puis s’est fixé sur la Palestine. Il n’y avait qu’un problème : des centaines de milliers d’Arabes vivaient déjà depuis des millénaires sur ce territoire.

Pendant les années 20 et 30, la migration d’Europe de l’Est vers la Palestine augmente la population juive qui finit par contrôler 12% de la terre cultivée.

Mais la grande vague de migration a lieu après l’holocauste et la guerre mondiale, quand les Etats-Unis accordent leur soutien à la création d’un Etat juif réclamé par Ben Gourion, alors dirigeant du mouvement sioniste de colonisation. Ils organisent le déplacement de centaines de milliers de personnes d’Europe vers la Palestine. En 1947, il y avait ainsi 630 000 colons juifs et 1 300 000 Palestiniens. La colonisation était en marche.

Malgré un accord entre les USA et la Grande Bretagne sur la partition de la Palestine en secteurs juif et arabe, les sionistes ont mené des campagnes pour terroriser les populations arabes : bombes, attaques à la mitrailleuse, prises d’otages.

Un plan de l’ONU est alors élaboré, il accorde 54% de la terre cultivable de l’ancienne Palestine à la minorité juive (33% de la population). Mais les sionistes combattent le plan de l’ONU parce que, tout en obtenant 75% des terres, les Juifs restaient numériquement minoritaires par rapport aux Arabes dans la nouvelle région juive.

En mai 1948, incapable de maîtriser l’action militaire des sionistes, l’impérialisme britannique se retire de la Palestine. L’Etat d’Israël est proclamé et reconnu, avec l’appui des Etats-Unis et de l’URSS qui, tous deux, pensent ainsi peser sur les événements dans la région.

Pour s’assurer de "leur" territoire et chasser les Palestiniens, les sionistes lancent de véritables pogroms. En l’espace de quelques jours, la population arabe de la ville portuaire de Jaffa est chassée et réduite de 100 000 à 5 000 personnes.

Les Britanniques, qui cherchent à maintenir leur influence, encouragent les gouvernements nationalistes arabes de la région à attaquer Israël lors de la première guerre israélo-arabe. Le résultat est net : Israël repousse l’attaque et augmente énormément son territoire.

Cyniquement, les Etats arabes prennent ce qu’ils peuvent - Gaza, la Cisjordanie, les quartiers est de Jérusalem - mais les Palestiniens n’ont rien. 73% du territoire de l’ex-Palestine tombe sous le contrôle des Israéliens et plus de 750 000 Palestiniens sont chassés de leurs terres et s’entassent dans les camps de réfugiés des pays arabes limitrophes.

Plus d’un demi-siècle plus tard, ces réfugiés sont toujours privés de retour. Leurs enfants et leurs petits-enfants leur ont succédé dans le combat pour la libération de la Palestine, pour leur retour au pays, contre l’occupant sioniste.

C’est l’une des plus grandes tragédies du siècle dernier, et une ironie terrible de l’Histoire : les Juifs, victimes et opprimés, sont devenus, avec le sionisme, des oppresseurs.


La montée du nationalisme arabe

Pendant presque dix ans, de 1948 à 1956, l’impérialisme américain semble avoir réussi son pari.

Une paix relative s’établit dans la région - sur le dos des Palestiniens. Mais Israël va rapidement jouer le rôle de garde-fou impérialiste, face aux "excès" du nationalisme arabe. En effet, Nasser, militaire dirigeant l’Egypte, décide de nationaliser le Canal de Suez en 1956 et, en conséquence, subit l’attaque conjointe de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël. L’Egypte parvient à repousser cette attaque. Fort de cette victoire, le nationalisme se développe dans toute la région, d’abord en Syrie, puis en Irak, enfin dans la péninsule arabique. A partir de là, commencent les véritables problèmes pour l’impérialisme américain.

Au milieu des années 60, la population palestinienne exilée est à son tour atteinte du virus nationaliste. D’abord, en 1964, les régimes arabes lancent l’OLP (Organisation pour la libération de la Palestine), mais cette dernière n’arrive pas à capter les masses palestiniennes. Celles-ci se tournent plutôt vers le Fatah (Mouvement national palestinien de libération), organisation de guérilla dirigée par Yasser Arafat, qui en 1965 lance la lutte armée contre Israël. Les représailles israéliennes contre la Jordanie entraînent une tension militaire qui culmine avec la victoire éclair d’Israël lors de la Guerre des Six Jours, en juin 1967.

Toute la péninsule du Sinaï, Gaza et la Cisjordanie sont occupées par Israël. Mais malgré cette défaite, le combat des Palestiniens en sort renforcé et le Fatah prend le contrôle de l’OLP.


La politique de l’OLP

L’OLP prend à contre-courant les principales tendances du nationalisme arabe bourgeois. Face à l’incapacité des Etats arabes de contrer l’expansionisme sioniste - comme l’a montré la Guerre des six jours - l’OLP d’Arafat suit la voie de la guérilla qui semble avoir porté ses fruits en Algérie, à Cuba, voire au Viêt-nam.

Ceci implique que la mobilisation des masses est laissée de côté en faveur d’attaques militaires menées par une élite. Mais cette stratégie est incapable de mener à bien la lutte nationale : une direction liée à la bourgeoisie et indépendante de l’action des masses va toujours vendre la lutte au nom de ses propres intérêts de classe. La stratégie choisie par Arafat et le Fatah/OLP a mené tout droit à la débâcle du "processus de paix" et à la création d’un mini-Etat palestinien.

En effet, l’OLP a toujours été profondément limitée par sa stratégie de guérilla et par sa dépendance financière, militaire et politique vis à vis des régimes arabes bourgeois. Ces derniers l’ont soutenu dans la mesure où ce soutien servait leurs propres intérêts territoriaux et économiques.

L’OLP s’est toujours limitée à des opérations suicides contre Israël. Jusqu’à la première Intifada vers la fin des années 80, menée essentiellement dans les territoires occupés, aucune résistance importante n’est apparue à l’intérieur des frontières israéliennes. Aucune tentative n’a été faite par l’OLP pour mobiliser les Arabes israéliens.

Refusant toute responsabilité devant les masses palestiniennes, et poursuivant une stratégie de guérilla, l’OLP - marquée aussi par un certain antisémitisme - a également refusé toute orientation en direction des travailleurs juifs d’Israël. Elle s’est privée ainsi d’un allié potentiel et a poussé une partie importante de la classe ouvrière juive dans les bras des capitalistes sionistes.

De plus, les alliés préférés d’Arafat - les bourgeoisies arabes - ont tout fait pour limiter la puissance du mouvement palestinien. Chaque fois que les Palestiniens ont montré leur capacité d’organisation et leur force, les gouvernements arabes nationalistes les ont attaqués. C’est ainsi qu’en septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie lance une attaque meurtrière contre les camps palestiniens qui se trouvent sur le sol jordanien. Plus de 2 000 Palestiniens sont massacrés durant ce "septembre noir".


La direction de l’OLP recule

Israël se renforce d’année en année, tandis que les Palestiniens deviennent de plus en plus faibles. En 1973, une nouvelle guerre a lieu : les pays arabes attaquent Israël qui, encore une fois, écrase de sa victoire belligérants et Palestiniens.

Le sionisme victorieux convainc la direction de l’OLP de renoncer à la revendication d’un Etat laïc et démocratique dans toute la Palestine construit sur les décombres de l’Etat sioniste.

De ce tournant "réaliste" est née l’idée d’un "mini-Etat", basé en Cisjordanie et à Gaza, qui est devenu le fonds de commerce de toutes les négociations et du "processus de paix". Ceci implique l’acceptation de la légitimité de l’Etat sioniste, de ses conquêtes territoriales de 1948, et de son rôle d’agent de l’impérialisme américain dans la région.

Pendant les années 80, l’OLP fait de grands pas vers un compromis avec le sionisme. Certes, en novembre 1988, Arafat décrète l’établissement "d’un Etat palestinien indépendant", mais il ne s’agit que d’un écran de fumée pour mieux cacher la capitulation à venir : un mois plus tard, il déclare devant l’ONU que l’OLP reconnaît le droit d’Israël à exister et condamne le "terrorisme", c’est à dire les actions armées menées pour l’indépendance palestinienne.

Durant les cinq années qui suivent, l’OLP s’affaiblit et perd le soutien des masses palestiniennes au profit de l’intégrisme islamique. En même temps, le soutien financier de l’URSS, au bord de la disparition, et des pays arabes, notamment des monarchies pétrolières, se tarit.

Mais les sionistes poursuivent leur campagne terroriste, assassinant des centaines de jeunes Palestiniens engagés dans la première Intifada et des dirigeants de l’OLP comme Abou Jihad (avril 1988) et Abou Iyad (janvier 1990).

Les occupants sionistes, pour faire pression sur les Palestiniens, n’hésitent pas à boucler la Cisjordanie et Gaza et à priver ainsi de ressources la majorité de la population. 100 000 travailleurs palestiniens, dont les salaires permettent de faire vivre 500 000 personnes, sont privés d’emploi.

La pauvreté à Gaza et dans les territoires occupés est écrasante. Gaza est un lopin de terre de 300 km2 où vivent 750 000 personnes, l’une des densités les plus élevées du monde. Au milieu des années 90, la plus grande entreprise - une usine de mise en bouteille - n’avait que 80 employés.

En Cisjordanie, les zones agricoles les plus riches sont entre les mains des colons, dont les droits sont explicitement protégés par l’accord entre OLP et Israël, et par les patrouilles meurtrières de l’armée israélienne. Le PNB par habitant n’atteint que 20% de celui d’Israël, et 30% des salaires sont gagnés dans l’Etat sioniste.

Loin d’être viables ou potentiellement indépendantes, ces régions, qui forment la base du prétendu "Etat" palestinien, sont totalement liées à l’économie israélienne. Ainsi "l’indépendance" tant revendiquée par Arafat ne sera qu’une illusion tant qu’existe l’Etat sioniste.

Entre 1991 et 1993, OLP et Israël négocient en secret. Les USA, profitant de l’effondrement du stalinisme et dictant les conditions du "compromis", cherchent à ouvrir la voie à une potentielle stabilisation à long terme du Moyen Orient.

L’OLP, se sentant de plus en plus faible, est prête à accepter l’objectif d’un "mini-Etat" réduit à deux bouts de terrain séparés par 80 km de terre israélienne. Le "processus de paix" est lancé avec l’accord d’Oslo, signé en 1993, dans lequel l’OLP reconnaît "le droit d’Israël de vivre à l’intérieur de frontières sûres".


Les raisons de l’accord

L’accord entre l’OLP et le gouvernement sioniste découle directement d’une série de développements au sein du nationalisme palestinien ainsi que de l’évolution de la politique impérialiste.

Chez les Palestiniens, l’OLP, et d’abord la fraction Fatah, est responsable de plus de 25 ans de défaites, qui ont conduit à la diminution de son pouvoir et de ses influences autant militaires que diplomatiques. En tant que bloc bourgeois, l’OLP a toujours refusé d’avancer des objectifs et des moyens de lutte prolétariens dans le combat pour la libération nationale.

Sa stratégie - typique de tels mouvements partout dans le monde - a toujours eu deux voies : d’un côté la lutte de guérilla, menée de façon parfois héroïque mais toujours profondément inutile, et de l’autre une politique diplomatique bourgeoise. C’est de l’impasse de ces deux approches qu’est venue l’idée d’accepter presque n’importe quel fragment de terre, pourvu qu’il permette à l’OLP de hisser son drapeau et de déclarer le combat fini.

En même temps, les monarchies pétrolières conservatrices des pays du Golfe persique, qui avaient toujours appuyé l’idée d’un compromis, ont été convaincues, lors de la Guerre du Golfe de 1991, qu’un Etat fort comme l’Irak pouvait les menacer plus qu’Israël. Quand l’OLP a soutenu l’Irak lors de la guerre, les princes du pétrole ont saisi l’opportunité et ont largement retiré leur soutien financier à l’organisation palestinienne.

Enfin, l’épuisement de la première Intifada a aussi aidé Arafat. Ce soulèvement, qui a commencé à cause de la misère de la population de Gaza et de Cisjordanie à la fin des années 80, renforcé par une grande frustration après des années de défaite à la suite du retrait de l’OLP du Liban, n’était ni voulu, ni organisé par l’OLP.

Une fois la guerre des pierres lancée, l’OLP a cherché d’abord à limiter l’influence grandissante des groupes intégristes, et avant tout du Hamas. Tout comme aujourd’hui, l’OLP a refusé de donner des armes aux jeunes, les laissant ainsi à la merci de l’armée israélienne.

En conséquence, les populations de Gaza, épuisées par des années de lutte sans victoire, ont été parmi les premières à appuyer le processus de paix qui devait conduire à un apaisement de la brutalité quotidienne de l’occupant sioniste.


La vérité du processus de paix

Malgré les promesses faites par Arafat et la direction de l’OLP, depuis la signature de l’accord à Oslo, les Palestiniens se trouvent de plus en plus sur la défensive par rapport à une politique sioniste expansionniste. Certes, Arafat a maintenant son aéroport, son administration à Jéricho et sa police partout, mais ces fioritures étatiques n’améliorent en aucun cas le sort des masses palestiniennes.

La vérité est que l’occupation israélienne s’est renforcée. Aujourd’hui, à Hébron, ville palestinienne, 500 colons sionistes sont soutenus par... 500 soldats israéliens. Un colon prend le bus, un soldat monte avec, et la Jeep blindée de l’armée israélienne suit derrière.

En même temps, l’autorité palestinienne n’a rien fait pour améliorer réellement les conditions de vie à Gaza et en Cisjordanie, et sa police collabore avec l’armée israélienne dans la répression des militants anti-sionistes.


La nouvelle Intifada

L’avenir n’est pas rose pour les masses palestiniennes, ce qui explique en grande partie pourquoi elles ont lancé la nouvelle Intifada, au mois de septembre dernier. Et elles n’ont aucune raison de faire confiance à l’autorité palestinienne car celle-ci s’est montrée plus avide de ses privilèges bureaucratiques que de la poursuite de la lutte du peuple qu’elle est censée représenter.

Même lors des moments de faiblesse de l’appareil sioniste, comme sa retraite soudaine du Liban-Sud l’année dernière, ou encore les crises politiques internes multiples, Arafat et ses alliés n’ont rien fait pour gêner leurs interlocuteurs sionistes ; ils ont préféré collaborer avec l’occupant.

De même, les forces "d’opposition" au sein de l’OLP ont montré leur incapacité de répondre à des années de trahison. Au début du "processus de paix", certains, tels que le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) ou le Front Démocratique Populaire pour la Libération de la Palestine (FDPLP - actuel FDLP), ont dénoncé la reconnaissance d’Israël et ont exigé la démission de la direction.

Mais, à part quelques gesticulations, ils sont restés dans le giron de l’OLP et ont refusé de mener une autre politique. Et pour cause : sur le fond, ils partagent la même politique petite-bourgeoise et nationaliste qu’Arafat. Ils peuvent avoir des désaccords tactiques, mais ils partagent les mêmes objectifs et les mêmes méthodes stratégiques.

Enfin, si les forces de l’opposition islamique, telles que Hamas, ont heureusement largement perdu l’influence qu’ils avaient lors de la première Intifada, ceci n’est pas la conséquence de la rupture des masses avec l’idéologie islamiste de Hamas, mais plutôt un résultat de la répression policière menée par l’autorité palestinienne en collaboration avec les "forces de sécurité" sionistes.

Pour le moment, les Palestiniens se trouvent dans l’impasse, à cause de la politique menée par leur direction petite-bourgeoise et nationaliste. Ils sont isolés, victimes de l’oppression sioniste et de l’action de la police palestinienne.

Sans armes, ils luttent, des pierres à la main, contre les blindés de l’armée israélienne. Au bout du rouleau, ils veulent avoir leur Etat, ils veulent une paix réelle et durable. Malheureusement, avec leur direction actuelle, ce n’est pas ce qui se profile.

Dans quelques semaines, les élections israéliennes auront lieu. Arafat et les travaillistes feront tout ce qu’ils peuvent pour arriver à un nouvel accord de paix, afin de présenter Barak comme un "homme de paix", et ainsi assurer sa victoire. Le risque est grand, comme il y a dix ans, que l’épuisement des masses palestiniennes ne les conduise à accepter un nouveau compromis qui, sur le fond, ne réglera rien.

Les leçons des sept années passées depuis l’accord de paix d’Oslo sont claires : l’existence de l’Etat sioniste est au coeur de l’oppression continue des Palestiniens. Elle est également ce qui permet aux patrons sionistes de mener les travailleurs juifs en bateau, contre les intérêts des Palestiniens. Accepter l’existence de cet Etat, reculer sur les revendications des Palestiniens ne peut que mener à une paix injuste, de courte durée et annonciatrice de nouveaux conflits alors que la politique colonialiste des sionistes reprend le dessus.



La nature d’Israël

Si Israël domine les pays arabes avoisinants sur les plans militaire et économique, ce pays reste néanmoins dominé par les puissances impérialistes, et avant tout aux USA, qui lui ont fourni des prêts à taux préférentiels afin de financer sa croissance. Jusqu’à 80% des prêts à long terme de l’Etat sioniste viennent des USA.

Mais de toute évidence, Israël n’est pas le fantoche des USA. L’incapacité de Clinton d’imposer sa vision de la "paix" n’est que le dernier exemple de l’indépendance relative de la bourgeoisie sioniste et de ses représentants politiques.

Les USA doivent faire avec : ils ne peuvent ni maîtriser le monstre qu’ils ont largement créé, ni prendre le risque de s’en couper complètement.

En poursuivant leur politique de colonisation et en renforçant l’Etat sioniste, les Juifs israéliens sont devenus une nation.

Ils ont fait revivre une langue archaïque (l’hébreu), et l’émergence d’une culture nationale a permis de surmonter les divisions ethniques.

Mais cette nation s’est créée aux dépens des revendications nationales des Palestiniens et en les opprimant systématiquement.

Dès ses origines, la société israélienne a été profondément divisée.

D’abord, environ 20% de la population israélienne sont des Arabes (musulmans, druzes, coptes, maronites) qui vivent au sein de l’Etat sioniste. Ils subissent une oppression systématique : ils gagnent des salaires plus bas que ceux des travailleurs juifs, occupent les emplois les moins qualifiés. Ils sont véritablement des citoyens de seconde zone.

Ensuite, l’Etat d’Israël est avant tout la création des Juifs ashkénazes qui dominent la société à tous les niveaux : politique, économique, culturel et social.

Les Juifs d’origine orientale subissent une oppression raciale qui les cantonne dans les emplois les moins bien payés - ils constituent toujours la majorité des travailleurs industriels.

Certes, cette situation a commencé à changer avec l’utilisation croissante par les capitalistes sionistes des travailleurs arabes venus de Gaza ou de Cisjordanie - moins chers, ne jouissant pas des mêmes droits sociaux - d’où une petite ascension sociale des Juifs orientaux.

Mais sur le fond, la société sioniste fonctionne avec un système d’oppression à plusieurs niveaux, où les Ashkénazes occupent la première place.

Ce n’est pas le processus de paix qui sépare de manière radicale les travaillistes et le Likoud, mais bien plutôt l’utilisation maximale de la main d’oeuvre arabe s’il y a la paix avec les Palestiniens.

Pour les travaillistes, il faut profiter de la possibilité de la création d’un véritable mini-Etat palestinien et de l’ouverture vers les régimes arabes conservateurs. Ceci afin d’assurer la stabilité de l’Etat sioniste, à travers l’établissement de nouveaux marchés, le maintien des marchés actuels et l’exploitation des travailleurs arabes.

Pour cela, les travaillistes sont prêts à retirer les colons des régions qui ont été la cible de la récente politique expansionniste.

Le Likoud, par contre, dont la base est foncièrement pro-colons, veut avant tout maintenir les nouvelles colonies, quitte à mettre en danger certains aspects de l’économie israélienne, voire à frôler la guerre.

Ceci implique qu’aucun compromis n’est possible avec Arafat, et qu’aucune concession aux revendications palestiniennes ne peut être envisagée, par exemple pour le contrôle de Jérusalem-Est, occupé par Israël depuis 1967 contre toutes les résolutions de l’ONU.



Quelle solution à la crise ?

La seule force sociale qui peut imposer une solution juste à la crise est la classe ouvrière. Elle seule à la force nécessaire et elle seule n’a pas d’intérêt dans le maintien de l’oppression.

Mais les travailleurs, eux aussi, sont divisés. Côté palestinien comme côté sioniste, la classe ouvrière est subordonnée aux intérêts de sa propre bourgeoisie. Si cette situation est catastrophique pour les Palestiniens, qui suivent une direction qui ne veut pas résoudre leur oppression, chez les travailleurs israéliens, le socle de la domination sioniste dans la société israélienne est l’union sacrée entre la bourgeoisie et la classe ouvrière autour de la préservation de l’Etat sioniste.

Les raisons sont à la fois politiques (l’idéologie sioniste) et matérielles : les travailleurs juifs jouissent de privilèges bien réels par rapport aux travailleurs arabes d’Israël, dans tous les domaines - logement, salaires, emploi, discrimination... L’objectif stratégique des révolutionnaires doit être de briser cette union sacrée en trouvant les moyens de convaincre les travailleurs juifs de rompre avec la bourgeoisie sioniste, en particulier en soulignant l’origine oppressive de tous leurs privilèges.

De toute évidence, c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est pourtant le préalable indispensable à une lutte indépendante du prolétariat juif pour ses propres intérêts. Sans rupture vis-à-vis de la politique sioniste, cette partie de la classe ouvrière israëlienne fera toujours passer l’union nationale - c’est-à-dire l’intérêt "commun" des patrons et des travailleurs - avant la lutte des classes.

Mais, étant donné que les Palestiniens acceptent l’existence d’Israël, ne devrait-on pas en faire autant ? Pourquoi la paix ne passerait-elle pas par la création de deux Etats, l’un palestinien, l’autre israélien ? Il s’agit là d’un miroir aux alouettes. La crise actuelle montre l’impasse que représente cette approche, au moins du point de vue des Palestiniens.

Accepter l’existence de l’Etat d’Israël signifie assumer l’exil permanent de centaines de milliers de réfugiés palestiniens, privés de leurs terres depuis un demi-siècle. Qui en profite ? Les sionistes. Les Palestiniens, eux, seront toujours les laissés-pour-compte de l’histoire. Une paix pourrait en sortir, certes, mais ce serait une paix injuste, bâtie sur l’oppression d’un peuple par un autre.

Contre ceux qui pensent qu’il s’agit là d’une lutte religieuse millénaire, il faut bien comprendre que la cause de l’instabilité, l’origine de l’oppression, c’est l’existence de l’Etat sioniste qui a chassé les Palestiniens de leurs terres et qui, aujourd’hui encore, poursuit une politique de colonisation à la pointe des baïonnettes.

Alors, dans ces circonstances, comment arriver à une paix juste ? En envoyant des casques bleus afin d’imposer deux Etats ? Non, car la question du contrôle des terres restera toujours au coeur de l’affaire. L’objectif doit être non pas de séparer les combattants, mais de résoudre une situation foncièrement injuste et génératrice de conflits.

Mais les Juifs n’ont-ils pas aussi le droit de vivre là où ils le veulent ? Certes, mais pas au prix de l’oppression d’un autre peuple. Les privilèges dont jouissent les Juifs en Israël existent seulement à cause de l’oppression des Palestiniens.

Accepter cette situation est comparable, par exemple, à l’acceptation de l’apartheid en Afrique du Sud jusqu’au milieu des années 90. Il y a des revendications qui sont tout simplement inacceptables, comme celle des sionistes de vivre sur les terres palestiniennes, en profitant de l’exclusion du peuple palestinien.

De toute évidence, il faut également combattre l’antisémitisme qui a défiguré certaines luttes contre le sionisme. L’objectif doit être de mettre fin à toute oppression dans la région, à commencer par celle qui est la force motrice de la situation actuelle, l’Etat sioniste capitaliste.

Les masses palestiniennes doivent expliquer que leur objectif n’est pas de chasser les travailleurs, les paysans et les cadres juifs d’Israël mais plutôt de créer une Palestine ouvrière ou tous - musulmans, juifs, chrétiens et athées - auront les mêmes droits.

L’indépendance de classe et la création d’un parti ouvrier révolutionnaire sont devenues donc d’une importance brûlante. Le front de collaboration de classe qu’est l’OLP a produit des fruits amers, sous la forme d’un accord réactionnaire. Il faut briser l’OLP ; les organisations ouvrières doivent rompre et créer un parti ouvrier.

Par l’action de masse contre le sionisme - une grève générale dans tous les territoires ; un mouvement de grève par les Israéliens arabes ; la construction immédiate de comités dans les camps, les villages et les entreprises pour organiser la résistance ; la construction des milices de défense ; l’élection des délégués des territoires occupés et de la diaspora à une Assemblée constiuante, souveraine et démocratique - les masses palestiennes peuvent aider la destruction de l’Etat sioniste, de ses patrons qui profitent de la division des travailleurs sur des lignes nationalistes et confessionnelles, et de l’impérialisme nord-américain qui l’a créé et qui le soutient quotidiennement.



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