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11 avril 2002
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LEtat dans les pays de lEst : une auto-critique
En 1989, dans les pays de lEurope de lEst, la production nest pas organisée sur des bases capitalistes. Au lieu de la loi de la valeur, cest un plan bureaucratique qui détermine ce quon va produire, où, comment et en quelle quantité.
Ce système de production inefficace et bureaucratique est qualitativement différent de celui des pays capitalistes et quasiment identique à celui de lURSS, sur lequel il est modelé.
Cest à cause de cette similitude fondamentale dans les modes de production que les révolutionnaires ont appelé ces pays des Etats ouvriers dégénérés.
Et cest à cause de cette similitude fondamentale quon assiste dans tous ces pays au même processus de restauration du capitalisme dont seuls les rythmes diffèrent achevé ici, à peine engagé ailleurs , les conséquences étant partout aussi graves pour les travailleurs.
Selon Lutte Ouvrière et ses rejetons de VDT et de la Fraction LÉtincelle, cette similitude est trompeuse : parce quaucune révolution ouvrière na eu lieu dans les pays de lEst (à la différence de lURSS), il est donc simplement impossible que le capitalisme ait été éliminé, même de manière militaro-bureaucratique comme le disait Trotsky, qui prévoyait justement cette possibilité.
Le syllogisme stérile de LO naide pas à comprendre la nature de ces pays, ni leur évolution actuelle.
Avançant que, depuis la fin des années 40, les pays de lEst nont jamais cessé dêtre des pays capitalistes, LO est incapable de dire quoi que ce soit sur le processus de restauration du capitalisme en Europe de lEst. Cest ce qui explique, sans doute, pourquoi elle ne sest jamais penchée sur la question à la différence de ses analyses détaillées sur lURSS.
Notre tendance internationale, par contre, a suivi de près les pas vers la restauration du capitalisme, et son achèvement en Hongrie, en Pologne, dans la République tchèque et en Slovaquie.
Durant les dix ans qui ont suivi leffondrement du stalinisme, nous avons signalé les dangers qui guettaient les travailleurs et, avant tout, nous avons montré la voie de laction ouvrière pour sortir de cette impasse.
Mais si la réalité a montré la justesse de notre analyse de la nature de léconomie de ces pays, sur une autre question, nous nous sommes trompés.
Il sagit de la forme de lappareil dEtat, et donc de la possibilité dune restauration froide du capitalisme, sans destruction de lEtat (cest-à-dire des bandes dhommes armés).
Pour expliquer la manière selon laquelle le renversement du capitalisme sest fait pendant la période daprès-guerre, nous avons considéré que lappareil dEtat capitaliste avait été brisé par les staliniens, comme partie de la destruction bureaucratique du capitalisme.
Selon cette analyse, lappareil dEtat mise en place par les staliniens était identique à celui de lURSS, cest-à-dire une forme ouvrière (et non bourgeoise) mais fortement dégénérée.
La conséquence était que, pour restaurer le capitalisme, les forces restaurationnistes devaient briser lappareil dEtat afin den créer un nouveau, fidèle au capitalisme. Ceci impliquerait au moins une purge très profonde de lEtat-major des forces armées, des hauts fonctionnaires et de la police, sinon au pire une guerre civile.
LHistoire a tranché. Dans presque tous les pays, la restauration du capitalisme sest faite sans purge profonde. Les généraux ont changé de casquette, un point cest tout.
Contre nos prévisions, une restauration complètement à froid a eu lieu. Lexplication est simple, et notre erreur aussi. En URSS, si la production nétait pas organisée sur des bases capitalistes, par contre la forme de lappareil dEtat navait rien douvrière depuis belle lurette. Aucun vestige de la démocratie ouvrière caractéristique de laprès 1917 na survécu à la contre-révolution politique de Staline dans les années 20. A partir de ce moment-là, la forme de lappareil dEtat a été bourgeoise, même si les rapports de propriété demeuraient non-capitalistes.
Après 1989, lappareil dEtat na pas été brisé par les forces restaurationnistes pour la simple raison que, dans sa forme (et, en grande partie, dans son personnel), il correspondait déjà à lappareil dont les capitalistes avaient besoin.
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