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4 octobre 2000
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Engels et le socialisme scientifique

Pour certains, les noms de Marx et d’Engels n’évoquent que l’image de deux intellectuels du 19e siècle enfermés dans les bibliothèques pour écrire des livres. Mais s’il est vrai qu’ils ont passé beaucoup d’heures et de nuits à écrire, ce n’est pas tout ce qu’ils ont fait, loin de là.

L’activité politique de Marx et d’Engels ne se limitait nullement à la théorie. Pendant toute leur vie militante, ils ont lutté à la fois pour construire des organisations politiques — d’abord la Ligue des Communistes, enfin l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), la Première Internationale.

La défense et de l’élaboration des idées révolutionnaires prenaient une large place dans ce combat. Leur action ne se limitait pas à un simple combat théorique. L’objet continu de leur attention était le développement et l’application du programme révolutionnaire et sa défense contre les opposants. Ils ont combattu en particulier l’influence du réformisme et de l’anarchisme au sein du mouvement ouvrier international naissant.

La défaite de la Commune de Paris en 1871 engendra de profonds débats politiques qui conduisit à l’explosion de l’Internationale. Les différences entre marxistes et anarchistes étaient trop importantes pour être contenues dans la frêle coque de l’AIT.

Par la suite, Marx et Engels se sont concentrés sur le développement du mouvement ouvrier en Allemagne, qui comprenait deux partis politiques. En 1875, ces deux partis tinrent un congrès commun à Gotha, adoptèrent un programme commun et, plus tard, créèrent le Parti Social-Démocrate (SPD), qui allait devenir le plus grand parti ouvrier du monde, et la colonne vertébrale de la Deuxième Internationale (1889-1914).

Dès le début, Marx et Engels savaient que le nouveau parti était loin d’être gagné à toute leur politique puisque les dirigeants qui se réclamaient du marxisme avaient fait une série de compromis importants afin de permettre la fusion.

Ligne par ligne, ils ont fortement critiqué le programme adopté à Gotha. Il sont souligné en particulier à quel point il était important de maintenir l’objectif de la création d’un Etat ouvrier et non celui d’une simple république démocratique (ou "Etat libre" comme disait le programme). Pour bien enfoncer le clou, ils disaient :
"Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de la première en la seconde. A quoi correspond une période de transition politique où l’Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat.(1)

Néanmoins, les critiques vigoureuses de Marx et d’Engels ont été rejetées par les dirigeants du nouveau parti, plutôt contents de la fusion, et rejetant l’intervention de gens qu’ils considéraient comme de simples "théoriciens". Ils avaient profondément tort.


D’une égratignure... au danger de gangrène

Le programme ayant été édulcoré, il était tout naturel d’ouvrir l’organe principal du parti à tous les courants d’opinion. L’objectif ? Rassembler tous les "socialistes", peu importent leurs différences.

Une telle orientation était d’autant plus logique que pour la plupart les dirigeants — journalistes et députés — le "socialisme" était loin de la politique communiste révolutionnaire de Marx et Engels, et plus proche des idées confuses du socialisme utopiste. D’autres encore, comme Johann Most (1846-1906), l’un des principaux agitateurs, subissaient l’influence d’idées semi-anarchistes.

Comme on pouvait s’y attendre, bon nombre d’intellectuels bourgeois se ruèrent au milieu des années 1870 vers le parti, attirés par sa taille et ses allures progressistes.

Parmi ceux-ci se trouvait le Professeur Eugen Karl Dühring (1833-1921). Dühring avait dû surmonter pas mal de difficultés pour arriver à son poste universitaire : d’abord il était aveugle, puis, s’étant déclaré socialiste à partir de 1871 et chantant les louanges de la Commune de Paris, il s’attira les foudres des autorités académiques et gouvernementales.

Il était donc tout naturel qu’en l’absence d’une base programmatique et théorique claire, les dirigeants du parti — et une partie de la base — fussent attirés par la personnalité et les idées de Dühring, même si ces dernières étaient influencées par le positivisme d’Auguste Comte (2) et par l’économisme bourgeois défendu par Carey (3).
De plus, le principal dirigeant "marxiste", Wilhelm Liebknecht (1826-1900), était de tendance conciliatrice.

L’un des principaux supporters de Dühring était le jeune Eduard Bernstein (1850-1932), qui ne connaissait pas directement les idées de Marx et d’Engels, et trouvait l’approche de Dühring très intéressante. A tel point qu’il envoya à Most et à un autre dirigeant, August Bebel (1840-1913), à l’époque tous deux prisonniers politiques, des exemplaires du "Cours d’économie politique et de socialisme", écrit par Dühring à la fin de l’année 1872.
Le résultat fut impressionnant. Bebel et Most se mirent à chanter les louanges de Dühring et de ses idées confuses et anti-marxistes. De sa cellule, Bebel écrivit une critique du livre qui parut, non-signée, dans le journal socialiste le 20 mars 1874 sous le titre "Un nouveau communiste". Il terminait ainsi :
"Cette réserve que nous faisions sur l’ouvrage de Dühring ne concerne pas ses conceptions fondamentales qui sont excellentes et ont notre entière approbation, au point que nous n’hésitons pas à déclarer qu’après le Capital de Marx la dernière œuvre de Dühring compte parmi ce que l’époque récente a produit de meilleur sur le terrain économique."(4)

Néanmoins, c’est seulement 18 mois plus tard, après qu’une attaque violente contre Marx en défense des idées de Dühring avait paru dans la presse du nouveau SPD, que Liebknecht accepta enfin les critiques de Marx et Engels à l’égard de Dühring. Il avait compris les dangers qui guettaient le parti et exigea de Marx et Engels qu’ils contre-attaquent.


Dühring contre Marx

Dühring, un mégalomane pour qui tous les autres théoriciens socialistes n’étaient que des nains intellectuels, utilisait un langage très musclé lorsqu’il s’en prenait à Marx ou à d’autres. Voici des extraits de sa critique de Marx qui donnent une idée de sa méthode d’argumentation :
"Impuissance des facultés de synthèse et de classification... caractère informe de la pensée et du style, allures vulgaires de la langue... vanité anglicisée... duperie... conceptions désordonnées qui ne sont en fait que les produits bâtards de l’imagination historique et logique... tournure si fallacieuse... fatuité personnelle... petit genre blessant... impertinent... tours et minauderies de bel esprit... chinoiseries d’érudition... esprit arriéré en philosophie et en science."(5)


Mais pour en finir avec Dühring, il fallait plus qu’un ou deux articles. Dühring prétendait s’appuyer sur un système de pensée qui couvrait toutes les sciences et la politique. C’est sans doute cela qui provoquait l’admiration des dirigeants et des intellectuels. Pour démonter le Professeur, il fallait une réponse du même genre.

Ceci allait prendre du temps. A l’époque, Marx se consacrait à l’achèvement des tomes 2 et 3 du Capital (6) ; c’est à Engels qu’il revint d’assurer la défense du marxisme face aux attaques de Dühring. Ce n’était pas une tâche légère. Comme l’a dit Engels :
"Il m’a fallu tout de même un an pour me résoudre à abandonner d’autres travaux et à mordre dans cette pomme acide. C’était, en effet, de ces sortes de pommes qu’il faut avaler toutes entières, une fois qu’on y a mordu. Et elle n’était pas seulement fort acide, elle était aussi fort grosse."(7)

Engels comprit qu’il ne fallait pas seulement défendre l’œuvre de Marx contre Dühring, mais qu’il fallait dans cette lutte gagner le SPD aux idées que lui et Marx avaient défendues depuis le milieu des années 1840.

Après la défaite de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier allemand devint l’avant-garde du mouvement ouvrier international. Pour Engels il était donc nécessaire de former les dirigeants et les cadres à un matérialisme conséquent, à une méthode dialectique et à tous les éléments de la politique économique de Marx (et pas seulement à ceux exposés dans le premier tome du Capital, à l’époque le seul disponible).

Bref, il avait comme tâche d’expliquer le socialisme scientifique et le matérialisme historique.

De septembre 1876 à juin 1878, il écrivit une longue polémique, à la fois caustique et drôle, qui détruisait complètement les prétentions de Dühring. Publiée d’abord sous la forme de feuilleton dans les pages de Vorwärts, le journal berlinois du SPD, elle fut éditée en 1878 sous la forme d’un livre au titre ironique "Herr Dühring bouleverse la science"(8), plus connu sous de le titre de "l’Anti-Dühring".


Un classique du socialisme scientifique

Aujourd’hui, le livre garde toute sa valeur. Non pas tant à cause de sa critique des idées de Dühring, aujourd’hui oubliées, et à juste titre, mais parce que le livre est plus qu’une polémique vigoureuse, c’est une explication des bases fondamentales du marxisme. Comme l’a expliqué Engels :
"J’ai été contraint de le suivre partout et d’opposer à ses conceptions les miennes. C’est ainsi que la critique négative est devenue positive ; la polémique s’est transformée en un exposé plus ou moins cohérent de la méthode dialectique et de la conception communiste du monde que nous représentions, Marx et moi."(9)

L’importance primordiale de l’Anti-Dühring était de fournir à une nouvelle génération de socialistes la méthode développée par Marx et Engels à partir de la fin des années 1840 et que Marx avait appliquée dans sa Critique de l’économie politique (1859) et dans le premier tome du Capital (1867).

Mais le livre cherchait à répondre à des problèmes nouveaux pour la théorie révolutionnaire. Pour la première fois, Engels présentait le marxisme comme un corps d’idées reliées par une méthode scientifique — la dialectique matérialiste.

Engels a été le principal artisan de l’ouvrage, mais Marx a largement planifié le travail et a participé à l’écriture de celui-ci. Il collecta une partie des exemples et critiqua la partie du livre de Dühring consacrée à l’histoire des idées économiques, critique qu’Engels put reprendre. Enfin, il relut le manuscrit en entier.

Loin d’être une œuvre contraire à l’esprit du marxisme, comme ont voulu le faire croire certains critiques, l’Anti-Dühring est entièrement imprégné par la méthode et la pensée de Marx.


Matérialisme et méthode dialectique

Dühring prétendait que sa théorie était une forme de matérialisme ou de déterminisme. Mais en fait, pour lui, et il était là en opposition totale à Marx, la force motrice de l’Histoire n’était pas les rapports sociaux de production, mais plutôt la force politique. Pour critiquer cette position, Engels fut obligé d’expliquer la conception matérialiste de l’Histoire qu’il avait développée avec Marx, c’est-à-dire d’expliquer les bases du matérialisme historique.

Qui plus est, parce que Dühring prétendait que sa théorie était universelle, et touchait à la fois le monde naturel et la société, Engels fut obligé de "le suivre" sur ce terrain-là aussi. C’est pour cette raison que le livre couvre des sujets aussi divers que la tactique d’infanterie et les mathématiques d’Euclide. De la sorte, Engels expliquait la différence fondamentale entre le matérialisme historique marxiste — la conception matérialiste de l’Histoire humaine — et le matérialisme philosophique (ou dialectique) qui comprend toute la nature. En même temps, Engels montrait la similarité fondamentale entre les deux processus dialectiques en marche dans l’Histoire sociale et dans la nature.(10)

Dans l’Introduction, Engels explique brièvement le point de départ théorique et la méthode du socialisme scientifique, à la différence du socialisme qui l’avait précédé, qu’il qualifie "d’utopique". Tout en reconnaissant les mérites des socialistes utopistes tels Saint-Simon, Fourier ou Owen, Engels souligne que, pour eux, "Le socialisme est l’expression de la vérité, de la raison et de la justice absolues et il suffit qu’on le découvre pour qu’il conquière le monde par la vertu de sa propre force."(11)

A la différence des utopistes, Marx et Engels ont compris que le socialisme a sa source dans le développement et le dépassement du mode de production capitaliste et dans la lutte de classe qu’il produit. C’est seulement sur la base d’une telle compréhension qu’on peut développer un matérialisme conséquent.

Les utopistes, comme les matérialistes du dix-huitième siècle, ne pouvaient pas appliquer leur matérialisme au domaine de la pensée humaine et au développement des idées. Pour ceci, il fallait une autre méthode, celle développée par Marx et Engels à parti du milieu des années 1840. Comme le dit Engels :
"Ainsi l’idéalisme était chassé de son dernier refuge, la conception de l’histoire ; une conception matérialiste de l’histoire était donnée et la voie était trouvée pour expliquer la conscience des hommes en partant de leur être, au lieu d’expliquer leur être en partant de leur conscience, comme on l’avait fait jusqu’alors."(12)

Pour Engels, les deux plus grandes découvertes de Marx — la conception matérialiste de l’Histoire et la théorie de la plus-value — jetaient les bases théoriques d’un socialisme véritablement scientifique.

Par scientifique" Engels ne voulait pas dire que le marxisme était exactement comme une science naturelle, capable de faire des prévisions précises sur la base des lois simples.

Non. A plusieurs reprises, Engels montre la différence entre les sphères de l’histoire naturelle, de l’Histoire humaine et de la pensée humaine, tout en soulignant les interconnexions et l’unité de méthode nécessaires pour tous les apprécier.


Marxisme et philosophie

Dans la première partie de l’Anti-Dühring, Engels applique une méthode matérialiste conséquente au problème fondamental posé par les philosophies antérieures.

S’opposant à Dühring, Engels souligne que "L’unité du monde ne consiste pas en son Etre (...) L’Etre est, somme toute, une question ouverte à partir d'où s’arrête notre horizon. L’unité réelle du monde consiste en sa matérialité, et celle-ci se prouve non pas par quelques boniments de prestidigitateur, mais par un long et laborieux développement de la philosophie et de la science de la nature."(13)

La pensée est donc à la fois partie et produit de l’univers matériel, qui, lui, a une existence indépendante et plus ancienne que la pensée. Les lois de la pensée, que ce soit la logique formelle ou la dialectique, doivent donc par définition correspondront aux objets de pensée, c’est-à-dire au monde, à l’univers et à ses lois.

Engels dit "il ne pouvait s’agir pour moi de faire entrer par construction les lois dialectiques dans la nature, mais de les découvrir et de les en extraire."(14)

Ayant souligné le rapport entre la dialectique et la nature, Engels montre aussi le rapport entre la matière et le mouvement :
"Le mouvement est le mode d’existence de la matière. Jamais, ni nulle part, il n’y a eu de matière sans mouvement (...). Tout repos, tout équilibre est seulement relatif, n’a de sens que par rapport à telle ou telle forme de mouvement déterminée."(15)

Pour un monde en mouvement constant, le changement constant ne se fait pas seulement par de longues phases de développement évolutif mais parfois par des bonds et des sauts, pendant lesquels des phénomènes nouveaux surgissent, qui détruisent et préservent les anciennes formes. Seule la dialectique peut faire comprendre un tel monde. Des modes de pensée métaphysiques sont complètement inutiles :
"Pour le métaphysicien, les choses et leurs reflets dans la pensée, les concepts, sont des objets d’étude isolés, à considérer l’un après l’autre et l’un sans l’autre, fixes, rigides, donnés une fois pour toutes."(16)

La méthode dialectique comprend les objets et leurs reflets dans la pensée, dans leurs interconnections multiples, dans leur mouvement, leur apparition et leur disparition.

Les critiques modernes du marxisme ont souvent critiqué l’image de la pensée comme un "reflet", suggérant qu’Engels considérait que la vie mentale, la conscience, est passive, exactement comme un reflet dans une glace.

Ceci était la position des matérialistes du dix-huitième siècle comme Diderot,(17) qui comparait le cerveau à un "tambour ciré" sur lequel les objets externes laissaient leur empreinte. Mais pour Engels-- comme pour Marx — la cognition était un processus interactif, dialectique.

Engels mettait l’accent sur le rôle du travail (c-à-d la pratique humaine) non seulement en tant que modificateur de la nature externe, mais aussi en tant que modificateur de l’Homme en tant qu’espèce animale et, en particulier, de sa conscience. Mais il soulignait que la réalité — et l’Etre — existent avant la pensée. Sans un tel point de départ, aucun matérialisme conséquent n’est possible.


Les lois de la dialectique

Poursuivant sa démarche dialectique, Engels explique en détail quelques lois de la dialectique, de la manière de comprendre les changements, telles que la loi de l’unité et de la lutte des opposés, la transformation des changements quantitatifs en changements qualitatifs, ou encore la loi de la négation de la négation.

Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, cette dernière loi est devenue la cible des critiques anti-marxistes, qui, à cause de la chape de plomb intellectuel imposée par le stalinisme au nom d’un "matérialisme dialectique" qui n’avait rien de matérialiste ni de dialectique, ont voulu s’attaquer aux bases philosophiques du marxisme.

Mais malgré les déformations de Staline, de Mao et de leurs "professeurs rouges", la loi de la négation de la négation est d’une importance fondamentale. Selon les critiques, cette loi s’apparente au mysticisme et ne peut mener qu’à la confusion. C’est faux.

Engels nous montre qu’à la différence de l’idée empirique selon laquelle la négation est une destruction totale, un anéantissement, vue sous la lumière dialectique, la négation implique la préservation de certaines qualités de l’objet, des qualités qui se trouvent dans une unité nouvelle.

S’appuyant sur des exemples tirés des mathématiques, des sciences naturelles et sociales, et de l’économie (exemples qui, plus de cent ans plus tard, peuvent être multipliés presque à l’infini) Engels montre que cette loi s’exprime pendant chaque processus de développement.

Pour Engels, cette loi était "une loi de développement de la nature, de l’histoire et de la pensée extrêmement générale et, précisément pour cela, revêtue d’une portée et d’une signification extrêmes."(18)

Engels montre aussi comment une compréhension dialectique des éléments philosophiques fondamentaux diffère de la compréhension métaphysique de ces même catégories : hasard et nécessité, essence et apparence, causalité et interaction. Il explique la théorie marxiste de la connaissance, c’est-à-dire de la compréhension du monde et des origines de cette compréhension, rejetant l’idée selon laquelle un système philosophique — y compris le marxisme ! — peut permettre d’arriver à une vérité absolue.

Engels montre que la prétention de Dühring, selon lequel ce système est exceptionnel à cet égard, n’est qu’un vulgaire emprunt à l’idéalisme de Hegel. Toute vérité est relative, mais elle n’est pas pour autant moins scientifique.

On ne peut établir la vérité qu’à partir d’une interaction avec le monde objectif. Dans les sciences naturelles, on le fait par l’observation, l’analyse et l’expérimentation. Dans les sciences historiques ou sociales, on doit récolter les données économiques et politiques, les analyser et les théoriser, puis vérifier les observations et la théorie à travers une pratique qui est elle-même guidée par la théorie. Malgré des différences d’exactitude et d’investigation, sur le fond, les deux types de science utilisent une même approche.


Liberté et nécessité

En critiquant la vision subjective et volontariste de Dühring, Engels étudiait le rapport entre la liberté et la nécessité, montrant l’interaction dialectique de ces deux catégories opposées. Engels montre que la liberté est basée sur la compréhension de la nécessité (c’est-à-dire des déterminants qui surgissent des conditions naturelles et sociales). La liberté se trouve dans l’utilisation active des lois objectives de la nature et de la société afin de modifier et de transformer la nature et la société :
"La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en œuvre méthodologiquement pour desfins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l’existence physique et psychique de l’homme lui-même (...) La liberté consiste par conséquent dans l’empire sur nous-mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles ; ainsi, elle est nécessairement un produit du développement historique."(19)

Selon Engels, les forces productives et leur développement "permettent seules un état social où il n’y aura plus de différences de classes, plus de souci des moyens d’existence individuels, et où il pourra être question pour la première fois d’une liberté humaine véritable, d’une existence en harmonie avec les lois connues de la nature."(20)

Pour les critiques d’Engels, ce genre de passage révèlerait un optimisme passif. Ils se trompent profondément. Il n’apparaît aucun déterminisme rigide, qui mènerait à la passivité, qu’elle soit optimiste ou pessimiste. Engels souligne seulement que le développement social a créé des conditions dans lesquelles notre compréhension de la liberté peut être réalisée par les forces productives créées par le développement historique.

Mais seule l’humanité, et plus précisément seules certaines classes au sein de l’humanité, peut réaliser ou anéantir cette possibilité.


L’économie politique du capitalisme

Le socialisme de Dühring, comme celui de bon nombre de prétentieux, se réduisait à une critique de la distribution capitaliste, et ne remettait pas en cause les rapports sociaux de production, la production capitaliste elle-même.

En exposant de façon pédagogique les concepts fondamentaux de la théorie de Marx, Engels a fait voler en éclats la théorie de Dühring. Toute une génération de militants s’est ainsi formée avec l’ouvrage d’Engels à la critique révolutionnaire du capitalisme.

Les chapitres économiques de l’Anti-Dühring sont basés sur le travail réalisé par Marx. Engels utilisait et vulgarisait non seulement le tome 1 du Capital, mais aussi les idées de Marx contenues dans les manuscrits économiques pas encore publiés, et dans ceux écrits entre 1857 et 1858 (connus depuis sous le nom de Grundrisse) et ceux de 1861-1863. Il a aussi défendu et expliqué les positions avancées par Marx dans sa Critique du Programme de Gotha qui était toujours inédite à l’époque.

En s’opposant aux idées de Dühring, Engels explique clairement l’importance de la découverte de Marx concernant le temps de travail socialement nécessaire, la valeur d’usage et la valeur d’échange, le capital et la plus-value. En l’absence des tomes 2 et 3 du Capital, l’Anti-Dühring constituait une contribution importante à l’économie politique du marxisme.

Marx, en montrant l’origine matérielle de l’exploitation capitaliste (l’appropriation de la plus-value) a jeté les bases du socialisme scientifique.

Engels donne aussi une explication claire de la théorie des crises capitalistes, attaquant l’idée de Dühring — reprise aujourd’hui par des forces aussi diverses que Jacques Chirac, le PCF et Lutte Ouvrière — selon laquelle l’une des causes fondamentales de la crise est la sous-consommation des masses, et que, donc, pour "relancer l’économie", il suffit de relancer la consommation.(21)

Selon Engels la sous-consommation des masses n’a rien de spécifique au capitalisme :
"Elle a existé depuis qu’il y a eu des classes exploiteuses et des classes exploitées. (...) Si donc la sous-consommation est un phénomène historique permanent depuis des millénaires, alors que la stagnation générale du marché qui éclate dans les crises par suite de l’excédent de la production n’est devenue sensible que depuis cinquante ans, il faut toute la platitude de l’économie vulgaire de M. Dühring pour expliquer la collision nouvelle non pas par le phénomène nouveau de surproduction, mais par celui de sous-consommation qui est vieux de milliers d’années. (...) La sous-consommation est donc aussi une condition préalable des crises et elle y joue un rôle reconnu depuis longtemps ; mais elle ne nous explique pas plus les causes de l’existence actuelle des crises que celles de leur absence dans le passé."(22)

Non, pour Engels l’origine des crises se trouvait ailleurs que dans l’incapacité des masses d’acheter les marchandises. Crises de surproduction, certes, mais de surproduction de capital par rapport au temps de travail disponible, qui aboutit à ce que le capital ne peut plus être suffisamment rentabilisé, valorisé :
"On voit, dans les crises, la contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste arriver à l’explosion violente. La circulation des marchandises est momentanément anéantie ; le moyen de circulation, l’argent, devient obstacle à la circulation ; toutes les lois de la production et de la circulation des marchandises sont mises sens dessus dessous. La collision économique atteint son maximum : le mode de production se rebelle contre le mode d’échange, les forces productives se rebellent contre le mode de production pour lequel elles sont devenues trop grandes."(23)

Assez prévoyant, Engels a aussi analysé les développements qui étaient en cours au sein du capitalisme de l’époque qui allait, deux décennies plus tard, devenir des aspects fondamentaux de l’époque du capitalisme monopoliste — l’impérialisme.

Il remarque l’émergence d’énormes sociétés par actions, leur domination sur l’économie et le transfert de branches entières de l’économie sous la propriété de l’Etat, et se demande quelle doit être la position des travailleurs devant ce développement capital. Sa réponse fournissait une nouvelle arme à l’arsenal politique du marxisme.

D’abord, il soulignait que ces bouleversements ne changeaient en rien le caractère capitaliste de la production, que ce soit dans ces secteurs ou dans l’économie toute entière :
"Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d’Etat ne supprime la qualité de capital des forces productives (...) l’Etat moderne quelle qu’en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l’Etat des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. (...) Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble (...) La propriété d’Etat sur les forces productives n’est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d’accrocher la solution."(24)

Engels explique pourquoi les révolutionnaires doivent appuyer la concentration des moyens de production entre les mains de l’Etat — la nationalisation capitaliste d’Etat — sans pour autant croire un seul moment que ceci constitue le socialisme, ni qu’un processus de réforme pourrait conduire ainsi graduellement à la disparition du capitalisme.


Du communisme... et de l’écologie !

Engels traite aussi de l’organisation économique de la future société communiste, bien plus que cela n’avait été fait dans ses œuvres ou dans celles de Marx.

Engels définit pour la première fois sous leur forme moderne les concepts de communisme, de socialisme et de la transition vers le socialisme. Au cours des premières années qui suivirent la révolution russe de 1917, ce cadre théorique allait constituer une arme vitale pour les bolcheviks dans leur combat contre les restes du capitalisme et contre ceux qui au sein de leur propre parti pensaient qu’il fallait "sauter" directement au communisme.
Engels suggère qu’il faut d’abord mettre en œuvre un certain nombre de mesures qui sont nécessaires afin de supprimer la loi de la valeur en tant que régulateur principal de la production et de la distribution. Il met l’accent sur la nécessité de planifier le développement économique après la prise du pouvoir par la classe ouvrière, et comment cette planification permettra de concilier sans crises la production et la distribution :
"La distribution (...)" dit-il, "se réglera par l’intérêt de la production, et (...) la production sera le plus favorisée par un mode de répartition permettant à tous les membres de la société de développer, de maintenir et d’exercer leurs facultés avec le maximum d’universalité."(25)

Il explique la nécessité d’une distribution rationnelle des forces productives et prévoit certains aspects du travail qui existeront sous le communisme. Certes, les nouveaux rapports de production excluront "l’exploitation de l’homme par l’homme" et banniront l’anarchie de la production. Mais, au début, il n’aboliront pas pour autant l’inégalité.

Pour y parvenir, la croissance des forces productives devra s’accélérer. En surmontant enfin la pénurie, la cause de toutes les formes d’inégalité sociale, on atteindra une phase supérieure du socialisme, le communisme.

De cette façon, dit Engels, les conséquences néfastes pour la nature qu’ont eu sur la nature toutes les sociétés de classe seront évitées, voire réparées. La domination de l’homme sur la nature ne sera plus celle d’un tyran dominateur et deviendra celle d’un planificateur conscient et délicat.

Les conséquences négatives de la division du travail pour le développement total de l’individu disparaîtront ; le travail d’une tâche onéreuse se transformera en la première exigence d’une vie fructueuse. L’opposition entre le travail intellectuel et le travail physique et entre la ville et la campagne, disparaîtront également. L’éducation sera liée au travail.

Cette vision de la société communiste est frappante non seulement par le fait qu’elle peut nous inspirer, mais aussi parce qu’elle aborde des questions, comme l’écologie, qui sont censées être "nouvelles". Cette vision n’a rien à voir avec un optimisme mécanique comme l’ont colporté certains critiques.

Le rapport entre la société et la nature fut encore plus développé par Engels dans ses écrits connus sous le titre "La dialectique de la nature". Il montre une compréhension infiniment plus riche de la question que les boniments des écologistes actuels ou le refus des capitalistes de toujours :
"Rien dans la nature n’arrive isolément. Chaque phénomène réagit sur l’autre et inversement, et c’est la plupart du temps parce qu’ils oublient ce mouvement et cette action réciproque universels que nos savants sont empêchés d’y voir clair dans les choses les plus simples. (...) L’animal utilise seulement la nature extérieure et provoque en elle des modifications par sa seule présence ; par les changements qu’il y apporte, l’homme amène à servir à ses fins, il la domine. Et c’est en cela que consiste la dernière différence essentielle enter l’homme et le reste des animaux, et cette différence, c’est encore une fois au travail que l’homme la doit. Cependant ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d’elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées, mais, en deuxième et en troisième lieu, elle a des effets tout différents, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences... Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu’un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement."(26)

Voilà des bases solides pour une compréhension révolutionnaire de la question de l’écologie !


Le rôle de l’Etat

Engels revient sur la question de la nature de l’Etat et de son dépérissement qu’il avait achevée avec Marx à la lumière de l’expérience de la Commune de Paris et des débats avec les anarchistes au début des années 1870.

Engels explique comment, dans toutes les sociétés de classe, que ce soit durant l’Antiquité, la féodalité ou le capitalisme, l’Etat représente les intérêts de la classe possédante, et que sa fonction est de défendre la propriété, à travers la répression des classes exploitées.

Il en ira de même immédiatement après la révolution, lorsque la classe ouvrière aura besoin de protéger sa révolution, de jeter paisiblement les bases de la construction du communisme, sans peur de contre-révolution bourgeoise.
C’est pour cela que, pour Marx et Engels, la première période après la prise du pouvoir par les travailleurs sera marquée par la dictature du prolétariat. Non pour détruire toute démocratie comme sous Staline, mais pour permettre l’épanouissement de la démocratie ouvrière. Une démocratie directe qui implique la majorité, contre la propriété et les actions de l’ex-minorité exploiteuse.

Une fois que le prolétariat sera parvenu à éradiquer toute exploitation et toute forme d’inégalité -- ce qui prendra un certain temps et nécessitera une grande expansion des forces productives, l’Etat n’aura plus de raison d’être :
"Dès qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression ; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l’existence individuelle motivée par l’anarchie extérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un Etat."(27)

La dictature du prolétariat est donc une étape temporaire. Au fur et à mesure que les classes et les rapports de domination et d’aliénation disparaîtront, la coercition sociale organisée disparaîtra aussi : "Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses et à la direction des opérations de production. L’Etat n’est pas 'aboli', il s’éteint."(28)

Les êtres humains deviendront les véritables maîtres conscients de la nature et de la société :
"Les puissances étrangères, objectives qui, jusqu’ici, dominaient l’histoire, passent sous le contrôle des hommes eux-mêmes. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les hommes feront eux-mêmes leur histoire en pleine conscience (...) C’est le bond de l’humanité du règne de la nécessité dans le règne de la liberté."(29)


La suite...

Le travail d’Engels n’a pas seulement conduit à l’effritement rapide de l’influence de Dühring sur les socialistes allemands. Il a aussi encouragé l’adoption du marxisme par les principaux représentants du mouvement ouvrier en Europe et, plus tard, en Grande-Bretagne et aux USA.

Comme l’a souligné un grand nombre de futurs dirigeants de la Deuxième et de la Troisième Internationales, l’Anti-Dühring a joué un rôle primordial en convaincant des militants de la vision globale du marxisme. Pour la première fois étaient réunis dans un seul livre une méthode scientifique, une critique de l’exploitation et un guide tactique et stratégique pour mener la lutte des classes.

Ce qui s’est passé par la suite montre que dans la lutte de classe comme dans la science rien n’est jamais acquis.

Confrontés au développement de l’impérialisme et ne bénéficiant plus des précieux conseils d’Engels, l’Internationale allait à la dérive. Durant les deux décennies suivantes, les principaux dirigeants oublièrent ce qu’il y avait de vivant dans l’œuvre d’Engels, la transformant en un réformisme plat.

L’effondrement de l’Internationale au moment de l’éclatement de la guerre en août 1914 révélait devant tous la désuétude de son idéologie opportuniste. Mais ce n’était qu’un début de compréhension.

Comme Lénine découvrait à peine à quelques semaines de la révolution de 1917, même la position marxiste sur l’Etat avait été déformée, inhumée et oubliée. Pour l’aider à faire la plus grande révolution de l’Histoire, Lénine avait besoin de redécouvrir la position d’Engels sur l’Etat, pourtant si claire dans les pages de l’Anti-Dühring.

Avec la montée du stalinisme, le même processus s’est répété. La pensée vivante et profondément révolutionnaire de Marx et d’Engels fut dénaturée, tuée, transformée en objet de culte et en justification d’une dictature anti-humaine et obscène. C’est à Trotsky et aux trotskystes qu’il revint de maintenir le programme et l’idéologie marxiste.

Mais après la mort de Trotsky, la Quatrième Internationale qu’il avait fondée n’a pas su redécouvrir et développer le marxisme pour répondre à la réalité de l’après-guerre. Il s’en suivit des scissions et une dégénérescence centriste, dont les travailleurs du monde entier font encore les frais.(30)
Aujourd’hui, nous devons reprendre le flambeau d’Engels. Les tâches de réélaboration et de réaffirmation du marxisme sont les nôtres, celles de Pouvoir Ouvrier en France et de notre organisation internationale.


En conclusion

Pour le lecteur moderne, certains aspects du livre — en particulier la variété des sujets abordés et le soin avec lequel Engels traite un penseur devenu obscur depuis belle lurette — peuvent sembler curieux.

Mais ce n’est pas cela qui gêne les universitaires modernes. Ce que les Dühring d’aujourd’hui rejettent, c’est la volonté d’Engels d’appliquer la méthode du matérialisme dialectique afin de mettre en contexte et de mieux comprendre une vaste gamme de découvertes scientifiques.

Peut-être, s’il vivait de nos jours, à un moment où peu d’économistes, de philosophes ou de scientifiques s’aventurent sur les territoires des autres, Engels aurait été obligé de structurer différemment son travail. Et il va de soi — Engels lui-même aurait été le premier à le reconnaître — que certaines données et théories scientifiques sur lesquelles il s’appuyait sont dépassées, ou devenues fausses à la lumière des découvertes ultérieures.

Mais cela ne change en rien la puissance et l’utilité de l’œuvre et du combat idéologique et programmatique qu’elle a représenté. L’œuvre d’Engels, peut-être plus que toute autre parmi les classiques du marxisme, nous fournit une vision d’ensemble, un aperçu d’une culture véritablement communiste et de la foison de connaissances qu’elle apportera à chacun.

Avant le marxisme, les hommes et les femmes rêvaient du socialisme de la même façon que les Grecs rêvaient de voler. Ils en ont fait un mythe, un idéal qu’ils souhaitaient profondément, mais qu’ils ne savaient comment atteindre.

Marx et Engels n’ont pas "inventé" la voie au socialisme. Ils ont découvert les lois du capitalisme et ont montré comment l’humanité peut les surmonter. Les deux camarades et amis ont aussi découvert que les modes de pensée qui correspondent le plus à la réalité — que ce soit dans l’atelier du constructeur d’avions ou dans le parti révolutionnaire — connaissent les mêmes lois dialectiques.

La nature scientifique du socialisme, la nature matérialiste et dialectique de tout ce qui est vrai et objectif dans la science, voici la matière de l’Anti-Dühring. Malgré l’opposition des savants et des possédants, du cabinet ministériel à la salle de chimie — la vérité des positions d’Engels demeure. Et elle sera démontrée une fois pour toutes lors de la destruction de leur système.

Aujourd’hui, cent ans après la mort d’Engels, co-fondateur du socialisme scientifique, et de la politique révolutionnaire, il n’y a pas de meilleur manière de le commémorer que de lire ou de relire cette œuvre riche et magistrale et de renouveler le combat libérateur auquel il a donné toute sa vie.


NOTES
1 K. Marx, Critique du programme de Gotha, Spartacus, p34. Retour
2 Auguste Comte (1798-1857), philosophe français pour qui le moteur principal du changement social était le développement des idées et non pas les rapports de production et leurs contradictions. Retour
3 Henry-Charles Carey (1793-1879), économiste américain qui, comme Dühring, ne songeait qu’à supprimer les contradictions du capitalisme, et non à détuire le système lui-même. Retour
4 Cité par E. Bottigelli dans son "Avertissement" à Anti-Dühring, Editions Sociales, 1977, p18-19. Retour
5 Cité dans Engels, op. cit., p61. Retour
6 Ce travail n’aboutit pas avant sa mort, en 1883. C’est Engels qui s’en chargea et assura la publication du Capital. Retour
7 Engels, préface à la premièré édition, op. cit., p35. Retour
8 Le titre constituait également un clin d’oeil au livre de Dühring, une louange à Carey, "Carey bouleverse l’économie politque et les sciences sociales". Retour
9 Engels, Préface à la deuxième édition op. cit., p38. Retour
10 Engels espérait écrire un livre basé sur ses recherches dans les sciences naturelles. Il n’a jamais eu le temps de le compléter, mais ses notes ont été éditées pendant les années 1920 sous le titre "La dialectique de la nature". Retour
11 Engels, op. cit., p49. Retour
12 Ibidem, p55. Retour
13 Ibidem, p73. Retour
14 Engels, Préface à la deuxième édition, op. cit., p41. Retour
15 Op. cit., p90. Retour
16 Ibidem, p51. Retour
17 Denis Diderot (1713-1784), philosophe français. Retour
18 Ibidem, p169. Retour
19 Ibidem, p143. Retour
20 Ibidem. Retour
21 Tout le monde connaît la politique salariale défendue par le PCF. Elle est basée explicitement sur la position de la sous-consommation, prônant la "relance" de l’économie par une augmentation de la consommation ouvrière. Pendant la campagne électorale de 1995, Chirac avait prônée une position similaire, disant "qu’un franc dépensé sur des salaires n’est pas un franc perdu, parce qu’il rentre dans la consommation". On verra s’il est prêt à nous accorder ne serait-ce que son fameux "un franc" d’augmentation... En ce qui concerne Lutte Ouvrière, elle a copié depuis longue date sur le cahier du PCF. Par exemple, le 10 janvier 1987 on a pu lire dans les pages de son journal : "Les travailleurs auraient bien raison de se battre, partout, pour des augmentations de salaires. Cela obligerait les patrons à partager leurs profits faciles et ne serait en rien nuisible à l’économie : l’augmentation de la consommation pourrait justement relancer la production et créer des emplois." Il en alla de même lors de la dernière campagne électorale. Lors de son intervention télévisée du 19 avril 1995, Arlette Laguiller nous offrait la recette suivante : "Il faut aussi relancer la consommation et faire repartir l’économie en augmentant les salaires du retard qu’ils ont pris depuis dix ans." Bien évidemment, nous sommes pour l’augmentation des salaires. Mais la relance de l’économie capitaliste n’est pas notre problème et puis, s’il en était ainsi, il faudrait sans doute d’autres solutions, le réformisme tiède que LO avance sur cette question ayant déjà été essayé, et étant faux sur le plan théorique, comme le montre Engels. Mais LO n’a jamais été trop préoccupée par les questions de théorie. On voit où un tel dédain la mène... Retour
22 Ibidem, p324. Retour
23 Ibidem, p313. Retour
24 Ibidem, p315. Retour
25 Ibidem, p229. Retour
26 F. Engels, "La dialectique de la nature", p179-181. Retour
27 Anti-Dühring, p317. Retour
28 Ibidem. Retour
29 Ibidem, p319. Retour
30 Pour plus de détails, lire notre brochure sur l’histoire de la Quatrième Internationale 1940-1953. Retour



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