Engels et le socialisme scientifique
Pour certains, les noms de Marx et dEngels névoquent que limage de deux intellectuels du 19e siècle enfermés dans les bibliothèques pour écrire des livres. Mais sil est vrai quils ont passé beaucoup dheures et de nuits à écrire, ce nest pas tout ce quils ont fait, loin de là.
Lactivité politique de Marx et dEngels ne se limitait nullement à la théorie. Pendant toute leur vie militante, ils ont lutté à la fois pour construire des organisations politiques dabord la Ligue des Communistes, enfin lAssociation Internationale des Travailleurs (AIT), la Première Internationale.
La défense et de lélaboration des idées révolutionnaires prenaient une large place dans ce combat. Leur action ne se limitait pas à un simple combat théorique. Lobjet continu de leur attention était le développement et lapplication du programme révolutionnaire et sa défense contre les opposants. Ils ont combattu en particulier linfluence du réformisme et de lanarchisme au sein du mouvement ouvrier international naissant.
La défaite de la Commune de Paris en 1871 engendra de profonds débats politiques qui conduisit à lexplosion de lInternationale. Les différences entre marxistes et anarchistes étaient trop importantes pour être contenues dans la frêle coque de lAIT.
Par la suite, Marx et Engels se sont concentrés sur le développement du mouvement ouvrier en Allemagne, qui comprenait deux partis politiques. En 1875, ces deux partis tinrent un congrès commun à Gotha, adoptèrent un programme commun et, plus tard, créèrent le Parti Social-Démocrate (SPD), qui allait devenir le plus grand parti ouvrier du monde, et la colonne vertébrale de la Deuxième Internationale (1889-1914).
Dès le début, Marx et Engels savaient que le nouveau parti était loin dêtre gagné à toute leur politique puisque les dirigeants qui se réclamaient du marxisme avaient fait une série de compromis importants afin de permettre la fusion.
Ligne par ligne, ils ont fortement critiqué le programme adopté à Gotha. Il sont souligné en particulier à quel point il était important de maintenir lobjectif de la création dun Etat ouvrier et non celui dune simple république démocratique (ou "Etat libre" comme disait le programme). Pour bien enfoncer le clou, ils disaient :
"Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de la première en la seconde. A quoi correspond une période de transition politique où lEtat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat.(1)
Néanmoins, les critiques vigoureuses de Marx et dEngels ont été rejetées par les dirigeants du nouveau parti, plutôt contents de la fusion, et rejetant lintervention de gens quils considéraient comme de simples "théoriciens". Ils avaient profondément tort.
Dune égratignure... au danger de gangrène
Le programme ayant été édulcoré, il était tout naturel douvrir lorgane principal du parti à tous les courants dopinion. Lobjectif ? Rassembler tous les "socialistes", peu importent leurs différences.
Une telle orientation était dautant plus logique que pour la plupart les dirigeants journalistes et députés le "socialisme" était loin de la politique communiste révolutionnaire de Marx et Engels, et plus proche des idées confuses du socialisme utopiste. Dautres encore, comme Johann Most (1846-1906), lun des principaux agitateurs, subissaient linfluence didées semi-anarchistes.
Comme on pouvait sy attendre, bon nombre dintellectuels bourgeois se ruèrent au milieu des années 1870 vers le parti, attirés par sa taille et ses allures progressistes.
Parmi ceux-ci se trouvait le Professeur Eugen Karl Dühring (1833-1921). Dühring avait dû surmonter pas mal de difficultés pour arriver à son poste universitaire : dabord il était aveugle, puis, sétant déclaré socialiste à partir de 1871 et chantant les louanges de la Commune de Paris, il sattira les foudres des autorités académiques et gouvernementales.
Il était donc tout naturel quen labsence dune base programmatique et théorique claire, les dirigeants du parti et une partie de la base fussent attirés par la personnalité et les idées de Dühring, même si ces dernières étaient influencées par le positivisme dAuguste Comte (2) et par léconomisme bourgeois défendu par Carey (3).
De plus, le principal dirigeant "marxiste", Wilhelm Liebknecht (1826-1900), était de tendance conciliatrice.
Lun des principaux supporters de Dühring était le jeune Eduard Bernstein (1850-1932), qui ne connaissait pas directement les idées de Marx et dEngels, et trouvait lapproche de Dühring très intéressante. A tel point quil envoya à Most et à un autre dirigeant, August Bebel (1840-1913), à lépoque tous deux prisonniers politiques, des exemplaires du "Cours déconomie politique et de socialisme", écrit par Dühring à la fin de lannée 1872.
Le résultat fut impressionnant. Bebel et Most se mirent à chanter les louanges de Dühring et de ses idées confuses et anti-marxistes. De sa cellule, Bebel écrivit une critique du livre qui parut, non-signée, dans le journal socialiste le 20 mars 1874 sous le titre "Un nouveau communiste". Il terminait ainsi :
"Cette réserve que nous faisions sur louvrage de Dühring ne concerne pas ses conceptions fondamentales qui sont excellentes et ont notre entière approbation, au point que nous nhésitons pas à déclarer quaprès le Capital de Marx la dernière uvre de Dühring compte parmi ce que lépoque récente a produit de meilleur sur le terrain économique."(4)
Néanmoins, cest seulement 18 mois plus tard, après quune attaque violente contre Marx en défense des idées de Dühring avait paru dans la presse du nouveau SPD, que Liebknecht accepta enfin les critiques de Marx et Engels à légard de Dühring. Il avait compris les dangers qui guettaient le parti et exigea de Marx et Engels quils contre-attaquent.
Dühring contre Marx
Dühring, un mégalomane pour qui tous les autres théoriciens socialistes nétaient que des nains intellectuels, utilisait un langage très musclé lorsquil sen prenait à Marx ou à dautres. Voici des extraits de sa critique de Marx qui donnent une idée de sa méthode dargumentation :
"Impuissance des facultés de synthèse et de classification... caractère informe de la pensée et du style, allures vulgaires de la langue... vanité anglicisée... duperie... conceptions désordonnées qui ne sont en fait que les produits bâtards de limagination historique et logique... tournure si fallacieuse... fatuité personnelle... petit genre blessant... impertinent... tours et minauderies de bel esprit... chinoiseries dérudition... esprit arriéré en philosophie et en science."(5)
Mais pour en finir avec Dühring, il fallait plus quun ou deux articles. Dühring prétendait sappuyer sur un système de pensée qui couvrait toutes les sciences et la politique. Cest sans doute cela qui provoquait ladmiration des dirigeants et des intellectuels. Pour démonter le Professeur, il fallait une réponse du même genre.
Ceci allait prendre du temps. A lépoque, Marx se consacrait à lachèvement des tomes 2 et 3 du Capital (6) ; cest à Engels quil revint dassurer la défense du marxisme face aux attaques de Dühring. Ce nétait pas une tâche légère. Comme la dit Engels :
"Il ma fallu tout de même un an pour me résoudre à abandonner dautres travaux et à mordre dans cette pomme acide. Cétait, en effet, de ces sortes de pommes quil faut avaler toutes entières, une fois quon y a mordu. Et elle nétait pas seulement fort acide, elle était aussi fort grosse."(7)
Engels comprit quil ne fallait pas seulement défendre luvre de Marx contre Dühring, mais quil fallait dans cette lutte gagner le SPD aux idées que lui et Marx avaient défendues depuis le milieu des années 1840.
Après la défaite de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier allemand devint lavant-garde du mouvement ouvrier international. Pour Engels il était donc nécessaire de former les dirigeants et les cadres à un matérialisme conséquent, à une méthode dialectique et à tous les éléments de la politique économique de Marx (et pas seulement à ceux exposés dans le premier tome du Capital, à lépoque le seul disponible).
Bref, il avait comme tâche dexpliquer le socialisme scientifique et le matérialisme historique.
De septembre 1876 à juin 1878, il écrivit une longue polémique, à la fois caustique et drôle, qui détruisait complètement les prétentions de Dühring. Publiée dabord sous la forme de feuilleton dans les pages de Vorwärts, le journal berlinois du SPD, elle fut éditée en 1878 sous la forme dun livre au titre ironique "Herr Dühring bouleverse la science"(8), plus connu sous de le titre de "lAnti-Dühring".
Un classique du socialisme scientifique
Aujourdhui, le livre garde toute sa valeur. Non pas tant à cause de sa critique des idées de Dühring, aujourdhui oubliées, et à juste titre, mais parce que le livre est plus quune polémique vigoureuse, cest une explication des bases fondamentales du marxisme. Comme la expliqué Engels :
"Jai été contraint de le suivre partout et dopposer à ses conceptions les miennes. Cest ainsi que la critique négative est devenue positive ; la polémique sest transformée en un exposé plus ou moins cohérent de la méthode dialectique et de la conception communiste du monde que nous représentions, Marx et moi."(9)
Limportance primordiale de lAnti-Dühring était de fournir à une nouvelle génération de socialistes la méthode développée par Marx et Engels à partir de la fin des années 1840 et que Marx avait appliquée dans sa Critique de léconomie politique (1859) et dans le premier tome du Capital (1867).
Mais le livre cherchait à répondre à des problèmes nouveaux pour la théorie révolutionnaire. Pour la première fois, Engels présentait le marxisme comme un corps didées reliées par une méthode scientifique la dialectique matérialiste.
Engels a été le principal artisan de louvrage, mais Marx a largement planifié le travail et a participé à lécriture de celui-ci. Il collecta une partie des exemples et critiqua la partie du livre de Dühring consacrée à lhistoire des idées économiques, critique quEngels put reprendre. Enfin, il relut le manuscrit en entier.
Loin dêtre une uvre contraire à lesprit du marxisme, comme ont voulu le faire croire certains critiques, lAnti-Dühring est entièrement imprégné par la méthode et la pensée de Marx.
Matérialisme et méthode dialectique
Dühring prétendait que sa théorie était une forme de matérialisme ou de déterminisme. Mais en fait, pour lui, et il était là en opposition totale à Marx, la force motrice de lHistoire nétait pas les rapports sociaux de production, mais plutôt la force politique. Pour critiquer cette position, Engels fut obligé dexpliquer la conception matérialiste de lHistoire quil avait développée avec Marx, cest-à-dire dexpliquer les bases du matérialisme historique.
Qui plus est, parce que Dühring prétendait que sa théorie était universelle, et touchait à la fois le monde naturel et la société, Engels fut obligé de "le suivre" sur ce terrain-là aussi. Cest pour cette raison que le livre couvre des sujets aussi divers que la tactique dinfanterie et les mathématiques dEuclide. De la sorte, Engels expliquait la différence fondamentale entre le matérialisme historique marxiste la conception matérialiste de lHistoire humaine et le matérialisme philosophique (ou dialectique) qui comprend toute la nature. En même temps, Engels montrait la similarité fondamentale entre les deux processus dialectiques en marche dans lHistoire sociale et dans la nature.(10)
Dans lIntroduction, Engels explique brièvement le point de départ théorique et la méthode du socialisme scientifique, à la différence du socialisme qui lavait précédé, quil qualifie "dutopique". Tout en reconnaissant les mérites des socialistes utopistes tels Saint-Simon, Fourier ou Owen, Engels souligne que, pour eux, "Le socialisme est lexpression de la vérité, de la raison et de la justice absolues et il suffit quon le découvre pour quil conquière le monde par la vertu de sa propre force."(11)
A la différence des utopistes, Marx et Engels ont compris que le socialisme a sa source dans le développement et le dépassement du mode de production capitaliste et dans la lutte de classe quil produit. Cest seulement sur la base dune telle compréhension quon peut développer un matérialisme conséquent.
Les utopistes, comme les matérialistes du dix-huitième siècle, ne pouvaient pas appliquer leur matérialisme au domaine de la pensée humaine et au développement des idées. Pour ceci, il fallait une autre méthode, celle développée par Marx et Engels à parti du milieu des années 1840. Comme le dit Engels :
"Ainsi lidéalisme était chassé de son dernier refuge, la conception de lhistoire ; une conception matérialiste de lhistoire était donnée et la voie était trouvée pour expliquer la conscience des hommes en partant de leur être, au lieu dexpliquer leur être en partant de leur conscience, comme on lavait fait jusqualors."(12)
Pour Engels, les deux plus grandes découvertes de Marx la conception matérialiste de lHistoire et la théorie de la plus-value jetaient les bases théoriques dun socialisme véritablement scientifique.
Par scientifique" Engels ne voulait pas dire que le marxisme était exactement comme une science naturelle, capable de faire des prévisions précises sur la base des lois simples.
Non. A plusieurs reprises, Engels montre la différence entre les sphères de lhistoire naturelle, de lHistoire humaine et de la pensée humaine, tout en soulignant les interconnexions et lunité de méthode nécessaires pour tous les apprécier.
Marxisme et philosophie
Dans la première partie de lAnti-Dühring, Engels applique une méthode matérialiste conséquente au problème fondamental posé par les philosophies antérieures.
Sopposant à Dühring, Engels souligne que "Lunité du monde ne consiste pas en son Etre (...) LEtre est, somme toute, une question ouverte à partir d'où sarrête notre horizon. Lunité réelle du monde consiste en sa matérialité, et celle-ci se prouve non pas par quelques boniments de prestidigitateur, mais par un long et laborieux développement de la philosophie et de la science de la nature."(13)
La pensée est donc à la fois partie et produit de lunivers matériel, qui, lui, a une existence indépendante et plus ancienne que la pensée. Les lois de la pensée, que ce soit la logique formelle ou la dialectique, doivent donc par définition correspondront aux objets de pensée, cest-à-dire au monde, à lunivers et à ses lois.
Engels dit "il ne pouvait sagir pour moi de faire entrer par construction les lois dialectiques dans la nature, mais de les découvrir et de les en extraire."(14)
Ayant souligné le rapport entre la dialectique et la nature, Engels montre aussi le rapport entre la matière et le mouvement :
"Le mouvement est le mode dexistence de la matière. Jamais, ni nulle part, il ny a eu de matière sans mouvement (...). Tout repos, tout équilibre est seulement relatif, na de sens que par rapport à telle ou telle forme de mouvement déterminée."(15)
Pour un monde en mouvement constant, le changement constant ne se fait pas seulement par de longues phases de développement évolutif mais parfois par des bonds et des sauts, pendant lesquels des phénomènes nouveaux surgissent, qui détruisent et préservent les anciennes formes. Seule la dialectique peut faire comprendre un tel monde. Des modes de pensée métaphysiques sont complètement inutiles :
"Pour le métaphysicien, les choses et leurs reflets dans la pensée, les concepts, sont des objets détude isolés, à considérer lun après lautre et lun sans lautre, fixes, rigides, donnés une fois pour toutes."(16)
La méthode dialectique comprend les objets et leurs reflets dans la pensée, dans leurs interconnections multiples, dans leur mouvement, leur apparition et leur disparition.
Les critiques modernes du marxisme ont souvent critiqué limage de la pensée comme un "reflet", suggérant quEngels considérait que la vie mentale, la conscience, est passive, exactement comme un reflet dans une glace.
Ceci était la position des matérialistes du dix-huitième siècle comme Diderot,(17) qui comparait le cerveau à un "tambour ciré" sur lequel les objets externes laissaient leur empreinte. Mais pour Engels-- comme pour Marx la cognition était un processus interactif, dialectique.
Engels mettait laccent sur le rôle du travail (c-à-d la pratique humaine) non seulement en tant que modificateur de la nature externe, mais aussi en tant que modificateur de lHomme en tant quespèce animale et, en particulier, de sa conscience. Mais il soulignait que la réalité et lEtre existent avant la pensée. Sans un tel point de départ, aucun matérialisme conséquent nest possible.
Les lois de la dialectique
Poursuivant sa démarche dialectique, Engels explique en détail quelques lois de la dialectique, de la manière de comprendre les changements, telles que la loi de lunité et de la lutte des opposés, la transformation des changements quantitatifs en changements qualitatifs, ou encore la loi de la négation de la négation.
Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, cette dernière loi est devenue la cible des critiques anti-marxistes, qui, à cause de la chape de plomb intellectuel imposée par le stalinisme au nom dun "matérialisme dialectique" qui navait rien de matérialiste ni de dialectique, ont voulu sattaquer aux bases philosophiques du marxisme.
Mais malgré les déformations de Staline, de Mao et de leurs "professeurs rouges", la loi de la négation de la négation est dune importance fondamentale. Selon les critiques, cette loi sapparente au mysticisme et ne peut mener quà la confusion. Cest faux.
Engels nous montre quà la différence de lidée empirique selon laquelle la négation est une destruction totale, un anéantissement, vue sous la lumière dialectique, la négation implique la préservation de certaines qualités de lobjet, des qualités qui se trouvent dans une unité nouvelle.
Sappuyant sur des exemples tirés des mathématiques, des sciences naturelles et sociales, et de léconomie (exemples qui, plus de cent ans plus tard, peuvent être multipliés presque à linfini) Engels montre que cette loi sexprime pendant chaque processus de développement.
Pour Engels, cette loi était "une loi de développement de la nature, de lhistoire et de la pensée extrêmement générale et, précisément pour cela, revêtue dune portée et dune signification extrêmes."(18)
Engels montre aussi comment une compréhension dialectique des éléments philosophiques fondamentaux diffère de la compréhension métaphysique de ces même catégories : hasard et nécessité, essence et apparence, causalité et interaction. Il explique la théorie marxiste de la connaissance, cest-à-dire de la compréhension du monde et des origines de cette compréhension, rejetant lidée selon laquelle un système philosophique y compris le marxisme ! peut permettre darriver à une vérité absolue.
Engels montre que la prétention de Dühring, selon lequel ce système est exceptionnel à cet égard, nest quun vulgaire emprunt à lidéalisme de Hegel. Toute vérité est relative, mais elle nest pas pour autant moins scientifique.
On ne peut établir la vérité quà partir dune interaction avec le monde objectif. Dans les sciences naturelles, on le fait par lobservation, lanalyse et lexpérimentation. Dans les sciences historiques ou sociales, on doit récolter les données économiques et politiques, les analyser et les théoriser, puis vérifier les observations et la théorie à travers une pratique qui est elle-même guidée par la théorie. Malgré des différences dexactitude et dinvestigation, sur le fond, les deux types de science utilisent une même approche.
Liberté et nécessité
En critiquant la vision subjective et volontariste de Dühring, Engels étudiait le rapport entre la liberté et la nécessité, montrant linteraction dialectique de ces deux catégories opposées. Engels montre que la liberté est basée sur la compréhension de la nécessité (cest-à-dire des déterminants qui surgissent des conditions naturelles et sociales). La liberté se trouve dans lutilisation active des lois objectives de la nature et de la société afin de modifier et de transformer la nature et la société :
"La liberté nest pas dans une indépendance rêvée à légard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en uvre méthodologiquement pour desfins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent lexistence physique et psychique de lhomme lui-même (...) La liberté consiste par conséquent dans lempire sur nous-mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles ; ainsi, elle est nécessairement un produit du développement historique."(19)
Selon Engels, les forces productives et leur développement "permettent seules un état social où il ny aura plus de différences de classes, plus de souci des moyens dexistence individuels, et où il pourra être question pour la première fois dune liberté humaine véritable, dune existence en harmonie avec les lois connues de la nature."(20)
Pour les critiques dEngels, ce genre de passage révèlerait un optimisme passif. Ils se trompent profondément. Il napparaît aucun déterminisme rigide, qui mènerait à la passivité, quelle soit optimiste ou pessimiste. Engels souligne seulement que le développement social a créé des conditions dans lesquelles notre compréhension de la liberté peut être réalisée par les forces productives créées par le développement historique.
Mais seule lhumanité, et plus précisément seules certaines classes au sein de lhumanité, peut réaliser ou anéantir cette possibilité.
Léconomie politique du capitalisme
Le socialisme de Dühring, comme celui de bon nombre de prétentieux, se réduisait à une critique de la distribution capitaliste, et ne remettait pas en cause les rapports sociaux de production, la production capitaliste elle-même.
En exposant de façon pédagogique les concepts fondamentaux de la théorie de Marx, Engels a fait voler en éclats la théorie de Dühring. Toute une génération de militants sest ainsi formée avec louvrage dEngels à la critique révolutionnaire du capitalisme.
Les chapitres économiques de lAnti-Dühring sont basés sur le travail réalisé par Marx. Engels utilisait et vulgarisait non seulement le tome 1 du Capital, mais aussi les idées de Marx contenues dans les manuscrits économiques pas encore publiés, et dans ceux écrits entre 1857 et 1858 (connus depuis sous le nom de Grundrisse) et ceux de 1861-1863. Il a aussi défendu et expliqué les positions avancées par Marx dans sa Critique du Programme de Gotha qui était toujours inédite à lépoque.
En sopposant aux idées de Dühring, Engels explique clairement limportance de la découverte de Marx concernant le temps de travail socialement nécessaire, la valeur dusage et la valeur déchange, le capital et la plus-value. En labsence des tomes 2 et 3 du Capital, lAnti-Dühring constituait une contribution importante à léconomie politique du marxisme.
Marx, en montrant lorigine matérielle de lexploitation capitaliste (lappropriation de la plus-value) a jeté les bases du socialisme scientifique.
Engels donne aussi une explication claire de la théorie des crises capitalistes, attaquant lidée de Dühring reprise aujourdhui par des forces aussi diverses que Jacques Chirac, le PCF et Lutte Ouvrière selon laquelle lune des causes fondamentales de la crise est la sous-consommation des masses, et que, donc, pour "relancer léconomie", il suffit de relancer la consommation.(21)
Selon Engels la sous-consommation des masses na rien de spécifique au capitalisme :
"Elle a existé depuis quil y a eu des classes exploiteuses et des classes exploitées. (...) Si donc la sous-consommation est un phénomène historique permanent depuis des millénaires, alors que la stagnation générale du marché qui éclate dans les crises par suite de lexcédent de la production nest devenue sensible que depuis cinquante ans, il faut toute la platitude de léconomie vulgaire de M. Dühring pour expliquer la collision nouvelle non pas par le phénomène nouveau de surproduction, mais par celui de sous-consommation qui est vieux de milliers dannées. (...) La sous-consommation est donc aussi une condition préalable des crises et elle y joue un rôle reconnu depuis longtemps ; mais elle ne nous explique pas plus les causes de lexistence actuelle des crises que celles de leur absence dans le passé."(22)
Non, pour Engels lorigine des crises se trouvait ailleurs que dans lincapacité des masses dacheter les marchandises. Crises de surproduction, certes, mais de surproduction de capital par rapport au temps de travail disponible, qui aboutit à ce que le capital ne peut plus être suffisamment rentabilisé, valorisé :
"On voit, dans les crises, la contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste arriver à lexplosion violente. La circulation des marchandises est momentanément anéantie ; le moyen de circulation, largent, devient obstacle à la circulation ; toutes les lois de la production et de la circulation des marchandises sont mises sens dessus dessous. La collision économique atteint son maximum : le mode de production se rebelle contre le mode déchange, les forces productives se rebellent contre le mode de production pour lequel elles sont devenues trop grandes."(23)
Assez prévoyant, Engels a aussi analysé les développements qui étaient en cours au sein du capitalisme de lépoque qui allait, deux décennies plus tard, devenir des aspects fondamentaux de lépoque du capitalisme monopoliste limpérialisme.
Il remarque lémergence dénormes sociétés par actions, leur domination sur léconomie et le transfert de branches entières de léconomie sous la propriété de lEtat, et se demande quelle doit être la position des travailleurs devant ce développement capital. Sa réponse fournissait une nouvelle arme à larsenal politique du marxisme.
Dabord, il soulignait que ces bouleversements ne changeaient en rien le caractère capitaliste de la production, que ce soit dans ces secteurs ou dans léconomie toute entière :
"Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété dEtat ne supprime la qualité de capital des forces productives (...) lEtat moderne quelle quen soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : lEtat des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. (...) Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste nest pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble (...) La propriété dEtat sur les forces productives nest pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon daccrocher la solution."(24)
Engels explique pourquoi les révolutionnaires doivent appuyer la concentration des moyens de production entre les mains de lEtat la nationalisation capitaliste dEtat sans pour autant croire un seul moment que ceci constitue le socialisme, ni quun processus de réforme pourrait conduire ainsi graduellement à la disparition du capitalisme.
Du communisme... et de lécologie !
Engels traite aussi de lorganisation économique de la future société communiste, bien plus que cela navait été fait dans ses uvres ou dans celles de Marx.
Engels définit pour la première fois sous leur forme moderne les concepts de communisme, de socialisme et de la transition vers le socialisme. Au cours des premières années qui suivirent la révolution russe de 1917, ce cadre théorique allait constituer une arme vitale pour les bolcheviks dans leur combat contre les restes du capitalisme et contre ceux qui au sein de leur propre parti pensaient quil fallait "sauter" directement au communisme.
Engels suggère quil faut dabord mettre en uvre un certain nombre de mesures qui sont nécessaires afin de supprimer la loi de la valeur en tant que régulateur principal de la production et de la distribution. Il met laccent sur la nécessité de planifier le développement économique après la prise du pouvoir par la classe ouvrière, et comment cette planification permettra de concilier sans crises la production et la distribution :
"La distribution (...)" dit-il, "se réglera par lintérêt de la production, et (...) la production sera le plus favorisée par un mode de répartition permettant à tous les membres de la société de développer, de maintenir et dexercer leurs facultés avec le maximum duniversalité."(25)
Il explique la nécessité dune distribution rationnelle des forces productives et prévoit certains aspects du travail qui existeront sous le communisme. Certes, les nouveaux rapports de production excluront "lexploitation de lhomme par lhomme" et banniront lanarchie de la production. Mais, au début, il naboliront pas pour autant linégalité.
Pour y parvenir, la croissance des forces productives devra saccélérer. En surmontant enfin la pénurie, la cause de toutes les formes dinégalité sociale, on atteindra une phase supérieure du socialisme, le communisme.
De cette façon, dit Engels, les conséquences néfastes pour la nature quont eu sur la nature toutes les sociétés de classe seront évitées, voire réparées. La domination de lhomme sur la nature ne sera plus celle dun tyran dominateur et deviendra celle dun planificateur conscient et délicat.
Les conséquences négatives de la division du travail pour le développement total de lindividu disparaîtront ; le travail dune tâche onéreuse se transformera en la première exigence dune vie fructueuse. Lopposition entre le travail intellectuel et le travail physique et entre la ville et la campagne, disparaîtront également. Léducation sera liée au travail.
Cette vision de la société communiste est frappante non seulement par le fait quelle peut nous inspirer, mais aussi parce quelle aborde des questions, comme lécologie, qui sont censées être "nouvelles". Cette vision na rien à voir avec un optimisme mécanique comme lont colporté certains critiques.
Le rapport entre la société et la nature fut encore plus développé par Engels dans ses écrits connus sous le titre "La dialectique de la nature". Il montre une compréhension infiniment plus riche de la question que les boniments des écologistes actuels ou le refus des capitalistes de toujours :
"Rien dans la nature narrive isolément. Chaque phénomène réagit sur lautre et inversement, et cest la plupart du temps parce quils oublient ce mouvement et cette action réciproque universels que nos savants sont empêchés dy voir clair dans les choses les plus simples. (...) Lanimal utilise seulement la nature extérieure et provoque en elle des modifications par sa seule présence ; par les changements quil y apporte, lhomme amène à servir à ses fins, il la domine. Et cest en cela que consiste la dernière différence essentielle enter lhomme et le reste des animaux, et cette différence, cest encore une fois au travail que lhomme la doit. Cependant ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune delles. Chaque victoire a certes en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées, mais, en deuxième et en troisième lieu, elle a des effets tout différents, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences... Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelquun qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans lavantage que nous avons sur lensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement."(26)
Voilà des bases solides pour une compréhension révolutionnaire de la question de lécologie !
Le rôle de lEtat
Engels revient sur la question de la nature de lEtat et de son dépérissement quil avait achevée avec Marx à la lumière de lexpérience de la Commune de Paris et des débats avec les anarchistes au début des années 1870.
Engels explique comment, dans toutes les sociétés de classe, que ce soit durant lAntiquité, la féodalité ou le capitalisme, lEtat représente les intérêts de la classe possédante, et que sa fonction est de défendre la propriété, à travers la répression des classes exploitées.
Il en ira de même immédiatement après la révolution, lorsque la classe ouvrière aura besoin de protéger sa révolution, de jeter paisiblement les bases de la construction du communisme, sans peur de contre-révolution bourgeoise.
Cest pour cela que, pour Marx et Engels, la première période après la prise du pouvoir par les travailleurs sera marquée par la dictature du prolétariat. Non pour détruire toute démocratie comme sous Staline, mais pour permettre lépanouissement de la démocratie ouvrière. Une démocratie directe qui implique la majorité, contre la propriété et les actions de lex-minorité exploiteuse.
Une fois que le prolétariat sera parvenu à éradiquer toute exploitation et toute forme dinégalité -- ce qui prendra un certain temps et nécessitera une grande expansion des forces productives, lEtat naura plus de raison dêtre :
"Dès quil ny a plus de classe sociale à tenir dans loppression ; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour lexistence individuelle motivée par lanarchie extérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il ny a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un Etat."(27)
La dictature du prolétariat est donc une étape temporaire. Au fur et à mesure que les classes et les rapports de domination et daliénation disparaîtront, la coercition sociale organisée disparaîtra aussi : "Le gouvernement des personnes fait place à ladministration des choses et à la direction des opérations de production. LEtat nest pas 'aboli', il séteint."(28)
Les êtres humains deviendront les véritables maîtres conscients de la nature et de la société :
"Les puissances étrangères, objectives qui, jusquici, dominaient lhistoire, passent sous le contrôle des hommes eux-mêmes. Ce nest quà partir de ce moment que les hommes feront eux-mêmes leur histoire en pleine conscience (...) Cest le bond de lhumanité du règne de la nécessité dans le règne de la liberté."(29)
La suite...
Le travail dEngels na pas seulement conduit à leffritement rapide de linfluence de Dühring sur les socialistes allemands. Il a aussi encouragé ladoption du marxisme par les principaux représentants du mouvement ouvrier en Europe et, plus tard, en Grande-Bretagne et aux USA.
Comme la souligné un grand nombre de futurs dirigeants de la Deuxième et de la Troisième Internationales, lAnti-Dühring a joué un rôle primordial en convaincant des militants de la vision globale du marxisme. Pour la première fois étaient réunis dans un seul livre une méthode scientifique, une critique de lexploitation et un guide tactique et stratégique pour mener la lutte des classes.
Ce qui sest passé par la suite montre que dans la lutte de classe comme dans la science rien nest jamais acquis.
Confrontés au développement de limpérialisme et ne bénéficiant plus des précieux conseils dEngels, lInternationale allait à la dérive. Durant les deux décennies suivantes, les principaux dirigeants oublièrent ce quil y avait de vivant dans luvre dEngels, la transformant en un réformisme plat.
Leffondrement de lInternationale au moment de léclatement de la guerre en août 1914 révélait devant tous la désuétude de son idéologie opportuniste. Mais ce nétait quun début de compréhension.
Comme Lénine découvrait à peine à quelques semaines de la révolution de 1917, même la position marxiste sur lEtat avait été déformée, inhumée et oubliée. Pour laider à faire la plus grande révolution de lHistoire, Lénine avait besoin de redécouvrir la position dEngels sur lEtat, pourtant si claire dans les pages de lAnti-Dühring.
Avec la montée du stalinisme, le même processus sest répété. La pensée vivante et profondément révolutionnaire de Marx et dEngels fut dénaturée, tuée, transformée en objet de culte et en justification dune dictature anti-humaine et obscène. Cest à Trotsky et aux trotskystes quil revint de maintenir le programme et lidéologie marxiste.
Mais après la mort de Trotsky, la Quatrième Internationale quil avait fondée na pas su redécouvrir et développer le marxisme pour répondre à la réalité de laprès-guerre. Il sen suivit des scissions et une dégénérescence centriste, dont les travailleurs du monde entier font encore les frais.(30)
Aujourdhui, nous devons reprendre le flambeau dEngels. Les tâches de réélaboration et de réaffirmation du marxisme sont les nôtres, celles de Pouvoir Ouvrier en France et de notre organisation internationale.
En conclusion
Pour le lecteur moderne, certains aspects du livre en particulier la variété des sujets abordés et le soin avec lequel Engels traite un penseur devenu obscur depuis belle lurette peuvent sembler curieux.
Mais ce nest pas cela qui gêne les universitaires modernes. Ce que les Dühring daujourdhui rejettent, cest la volonté dEngels dappliquer la méthode du matérialisme dialectique afin de mettre en contexte et de mieux comprendre une vaste gamme de découvertes scientifiques.
Peut-être, sil vivait de nos jours, à un moment où peu déconomistes, de philosophes ou de scientifiques saventurent sur les territoires des autres, Engels aurait été obligé de structurer différemment son travail. Et il va de soi Engels lui-même aurait été le premier à le reconnaître que certaines données et théories scientifiques sur lesquelles il sappuyait sont dépassées, ou devenues fausses à la lumière des découvertes ultérieures.
Mais cela ne change en rien la puissance et lutilité de luvre et du combat idéologique et programmatique quelle a représenté. Luvre dEngels, peut-être plus que toute autre parmi les classiques du marxisme, nous fournit une vision densemble, un aperçu dune culture véritablement communiste et de la foison de connaissances quelle apportera à chacun.
Avant le marxisme, les hommes et les femmes rêvaient du socialisme de la même façon que les Grecs rêvaient de voler. Ils en ont fait un mythe, un idéal quils souhaitaient profondément, mais quils ne savaient comment atteindre.
Marx et Engels nont pas "inventé" la voie au socialisme. Ils ont découvert les lois du capitalisme et ont montré comment lhumanité peut les surmonter. Les deux camarades et amis ont aussi découvert que les modes de pensée qui correspondent le plus à la réalité que ce soit dans latelier du constructeur davions ou dans le parti révolutionnaire connaissent les mêmes lois dialectiques.
La nature scientifique du socialisme, la nature matérialiste et dialectique de tout ce qui est vrai et objectif dans la science, voici la matière de lAnti-Dühring. Malgré lopposition des savants et des possédants, du cabinet ministériel à la salle de chimie la vérité des positions dEngels demeure. Et elle sera démontrée une fois pour toutes lors de la destruction de leur système.
Aujourdhui, cent ans après la mort dEngels, co-fondateur du socialisme scientifique, et de la politique révolutionnaire, il ny a pas de meilleur manière de le commémorer que de lire ou de relire cette uvre riche et magistrale et de renouveler le combat libérateur auquel il a donné toute sa vie.
NOTES
1 K. Marx, Critique du programme de Gotha, Spartacus, p34. Retour
2 Auguste Comte (1798-1857), philosophe français pour qui le moteur principal du changement social était le développement des idées et non pas les rapports de production et leurs contradictions. Retour
3 Henry-Charles Carey (1793-1879), économiste américain qui, comme Dühring, ne songeait quà supprimer les contradictions du capitalisme, et non à détuire le système lui-même. Retour
4 Cité par E. Bottigelli dans son "Avertissement" à Anti-Dühring, Editions Sociales, 1977, p18-19. Retour
5 Cité dans Engels, op. cit., p61. Retour
6 Ce travail naboutit pas avant sa mort, en 1883. Cest Engels qui sen chargea et assura la publication du Capital. Retour
7 Engels, préface à la premièré édition, op. cit., p35. Retour
8 Le titre constituait également un clin doeil au livre de Dühring, une louange à Carey, "Carey bouleverse léconomie politque et les sciences sociales". Retour
9 Engels, Préface à la deuxième édition op. cit., p38. Retour
10 Engels espérait écrire un livre basé sur ses recherches dans les sciences naturelles. Il na jamais eu le temps de le compléter, mais ses notes ont été éditées pendant les années 1920 sous le titre "La dialectique de la nature". Retour
11 Engels, op. cit., p49. Retour
12 Ibidem, p55. Retour
13 Ibidem, p73. Retour
14 Engels, Préface à la deuxième édition, op. cit., p41. Retour
15 Op. cit., p90. Retour
16 Ibidem, p51. Retour
17 Denis Diderot (1713-1784), philosophe français. Retour
18 Ibidem, p169. Retour
19 Ibidem, p143. Retour
20 Ibidem. Retour
21 Tout le monde connaît la politique salariale défendue par le PCF. Elle est basée explicitement sur la position de la sous-consommation, prônant la "relance" de léconomie par une augmentation de la consommation ouvrière. Pendant la campagne électorale de 1995, Chirac avait prônée une position similaire, disant "quun franc dépensé sur des salaires nest pas un franc perdu, parce quil rentre dans la consommation". On verra sil est prêt à nous accorder ne serait-ce que son fameux "un franc" daugmentation... En ce qui concerne Lutte Ouvrière, elle a copié depuis longue date sur le cahier du PCF. Par exemple, le 10 janvier 1987 on a pu lire dans les pages de son journal : "Les travailleurs auraient bien raison de se battre, partout, pour des augmentations de salaires. Cela obligerait les patrons à partager leurs profits faciles et ne serait en rien nuisible à léconomie : laugmentation de la consommation pourrait justement relancer la production et créer des emplois." Il en alla de même lors de la dernière campagne électorale. Lors de son intervention télévisée du 19 avril 1995, Arlette Laguiller nous offrait la recette suivante : "Il faut aussi relancer la consommation et faire repartir léconomie en augmentant les salaires du retard quils ont pris depuis dix ans." Bien évidemment, nous sommes pour laugmentation des salaires. Mais la relance de léconomie capitaliste nest pas notre problème et puis, sil en était ainsi, il faudrait sans doute dautres solutions, le réformisme tiède que LO avance sur cette question ayant déjà été essayé, et étant faux sur le plan théorique, comme le montre Engels. Mais LO na jamais été trop préoccupée par les questions de théorie. On voit où un tel dédain la mène... Retour
22 Ibidem, p324. Retour
23 Ibidem, p313. Retour
24 Ibidem, p315. Retour
25 Ibidem, p229. Retour
26 F. Engels, "La dialectique de la nature", p179-181. Retour
27 Anti-Dühring, p317. Retour
28 Ibidem. Retour
29 Ibidem, p319. Retour
30 Pour plus de détails, lire notre brochure sur lhistoire de la Quatrième Internationale 1940-1953. Retour
Haut
|