La Quatrième Internationale 1940-1953
Où allons-nous ? Pablo
Dans cet article, écrit en janvier 1951, et qui parut dabord dans le bulletin intérieur, puis dans la revue Quatrième Internationale, Pablo développait les idées de la résolution du CEI relatives aux perspectives internationales. Malgré la fureur quil engendra dans le PCI, ce document ne fit lobjet daucune critique écrite au cours des six mois qui suivirent sa publication.
Larticle se concentre sur quatre questions : la nature de la guerre à venir, ses conséquences, lorientation qui en découle et la nature de la transition vers le socialisme. Sur chaque point, le Secrétaire International, sappuyant sur la méthode centriste adoptée par la direction de lInternationale, déformait la politique révolutionnaire.
Pablo dabord fit un faux pas en utilisant des phrases et des analyses empruntées au vocabulaire stalinien :
La réalité sociale objective pour notre mouvement est composée essentiellement du régime capitaliste et du monde stalinien. Du reste, quon le veuille ou non, ces deux éléments constituent la réalité sociale objective tout court, car lécrasante majorité des forces opposées au capitalisme se trouve même actuellement dirigée ou influencée par la bureaucratie soviétique. (1)
La perspective dune guerre inévitable aveugla Pablo sur la nature du stalinisme et sur la politique contre-révolutionnaire du Kremlin. La bureaucratie soviétique elle-même, loin dêtre opposée au capitalisme recherchait un accord stratégique avec limpérialisme, à travers la coexistence pacifique. Partant de la nécessité de défendre lURSS contre lattaque impérialiste, Pablo finissait par noyer les différences entre la politique révolutionnaire et celle des staliniens.
Allant plus loin que la résolution du CEI, Pablo décrivait les conséquences de la guerre en prononçant une phrase quil utilisera à nouveau lors de son rapport au Troisième Congrès Mondial :
Les deux notions de la révolution et de la guerre, loin de sopposer ou de se distinguer en tant que deux étapes considérablement différentes de lévolution, se rapprochent et sentrelacent au point de se confondre par endroits et par moments. A leur place, cest la notion de la révolution-guerre, de la guerre-révolution qui émerge, et sur laquelle doivent se fonder les perspectives et lorientation des marxistes-révolutionnaires de notre époque. (2)
Cette analyse, qui déforme délibérément la position de Lénine selon laquelle limpérialisme est lépoque des guerres et de révolutions, na plus grand chose à voir avec le marxisme. Limpressionnisme, lobjectivisme et un manque de confiance dans la capacité de lInternationale à surmonter les tâches énormes sont au coeur de cette position ridicule.
Aujourdhui, lerreur semble flagrante; était-il aussi évidente à lépoque? Il est vrai que personne au sein de lInternationale ne sest opposée à cette prévision peu marxiste, et que léclatement de la guerre de Corée et limplication de la Chine durent ébranler même les esprits les plus sages.
Mais cela ne veut pas dire que lanalyse de Pablo était juste. Léclatement de la guerre, si probable fut-il, naurait pas conduit inévitablement à ce processus de guerre-révolution, révolution-guerre.
En sappuyant sur une prévision alternative, sur le besoin des masses dintervenir de façon consciente, et sur laction indispensable de lInternationale, il auraient été possible de corriger cette analyse erronée.
En prônant une orientation vers les partis communistes, Pablo ne faisait quexprimer la nouvelle orthodoxie établie lors de lanalyse et de laffaire yougoslave.
Au lieu dexpliquer clairement que la tâche des révolutionnaires était de gagner la base de tout parti de masse se réclamant de la classe ouvrière à la politique révolutionnaire, lInternationale soutenait que la nature de la guerre conduirait au développement de tendances centristes dans les partis communistes. Développement quil suffirait dappuyer. Au lieu de sopposer aux dirigeants centristes ou staliniens, comme la fait Trotsky dans les années 30, lInternationale leur apportait un soutien critique.
Enfin, Pablo commença à jeter par la fenêtre le programme de la révolution politique. Tout en soulignant que lURSS était dominée par un monstrueux appareil doppression (3) il estimait que lélimination de la bureaucratie viendrait de lessor des forces productives et que cette transformation occupera probablement une période historique entière de quelques siècles et qui sera remplie entre-temps par des formes et des régimes transitoires entre le capitalisme et le socialisme, nécessairement éloignés des formes pures et de normes. (4)
Par la suite, certains anti-pablistes comme Cannon ou Bleibtreu soutiendront que Pablo prévoyait des siècles dEtats ouvriers déformés. Il nen est rien, comme Pablo lui-même le prouva, citations de Lénine à lappui. (5)
Le problème était en fait beaucoup plus grave. Encore une fois, la politique révolutionnaire se réduisait à un processus objectif. Bien entendu, la destruction de toute déformation bureaucratique exigerait un développement colossal des forces productives.
Mais il fallait aussi une politique anti-bureaucratique consciente, dont lélément le plus puissant est la révolution politique. Celle-ci est totalement absente de larticle de Pablo. Or cette absence passa inaperçue chez ses critiques.
Mais répétons-le encore une fois : Pablo ninventait rien, il nutilisait pas une méthode qualitativement différente de celle des autres camarades. Certes cétait un dirigeant international; il est en grande partie responsable du développement de cette déformation politique de lInternationale. Mais il le fit avec lInternationale toute entière, et non pas contre celle-ci. Le pablisme nexiste pas.
Lisez la critique de Bleibtreu
NOTES
1 M. Pablo, Où allons-nous, janvier 1951, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p29
2 Ibidem, p34
3 Ibidem, p36
4 Ibidem, p41
5 M. Pablo, Sur la nature et le caractère de la période de transition du capitalisme au socialisme, juin 1951, ibidem p97-105
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