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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

Le SWP américain en 1946 : à neuf mois du pouvoir ?

En novembre 1946, le SWP adoptait des thèses sur “la révolution américaine qui vient”. Elles constituaient la mise en pratique des fausses perspectives adoptées lors de la conférence. Pendant les huit ans qui ont suivis, ces thèses ont guidé le travail du SWP, le conduisant à des positions et à des interventions de plus en plus éloignés de la réalité.

Certaines citations suffiront à donner le ton du document :

“Les facteurs principaux qui, dans le passé, ont encouragé et renforcé le capitalisme américain sont aujourd’hui soit inexistants ou sont en train de se transformer en des facteurs opposés. (...)
“La Deuxième Guerre mondiale n’a pas enlevé, ni même mitigé, une des causes fondamentales de la crise de 1929. (...) Chaque facteur qui sous-tend la prospérité de la ‘paix’ actuelle est éphémère. (...)
“Dans l’ère d’après guerre, l’impérialisme américain (...) se dirige vers une explosion encore plus catastrophique. (...)
“Après le boom doit venir une nouvelle crise et une nouvelle dépression, à côté desquelles les conditions de 1929-32 auront l’air prospère. (...)
“Le combat ouvrier pour le pouvoir aux Etats-Unis n’est pas la perspective d’un avenir lointain et vague, mais le programme réaliste de notre époque. (...)
“Aux USA, toutes les conditions sont en train de mûrir pour la transformation rapide de l’avant-garde organisée d’un groupe de propagande en parti de masse assez fort pour diriger la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.” (1)


Ce document souffre des mêmes tares qui caracterisaient les perspectives de l’Internationale de 1946. Il y a une confusion entre la nature de la période et celle de l’époque et une reproduction peu dialectique des perspectives de Trotsky d’avant-guerre.

Aux Etats-Unis comme à l’échelle internationale, l’absence de remise en cause d’un tel mélange a conduit inévitablement à la confusion politique.

Après la fin de la guerre la classe ouvrière nord-américaine avait déclenché une vague de grèves qui dépassait les chiffres d’avant guerre (236 000 journées de grève en 1941, contre 4 600 000 en 1946) avec des grèves plus soutenues dans des entreprises plus grandes, ce qui indiquait clairement l’augmentation de la conscience ouvrière.

Le SWP tira avantage de cette remontée. Entre novembre 1944 et novembre 1946 le parti gagna 1 013 militants — beaucoup d’entre eux étaient des travailleurs et des noirs — et la taille de l’organisation dépassa les 1 500. (2)

Cette croissance a sans doute conforté les camarades dans leurs illusions, mais n’excuse ni l’idée fantasmagorique de gagner 10 000 nouveaux militants dans la période à venir (3) ni encore moins l’analogie avancée dans les thèses entre la situation du SWP en 1946 et celle des Bolcheviks en février 1917 ! (4)

Les thèses n’évoquaient pas la possibilité d’une situation différente de celle qui avait été prévue.

Au lieu d’être un document scientifique, elles constituaient une récapitulation dogmatique de l’analyse de Trotsky d’avant-guerre.

Et, de cette façon, au lieu d’être un avantage pour le parti, elles l’ont conduit dans l’impasse.

En 1947 le gouvernement lança une attaque contre les syndicats, en faisant adopter les lois Taft-Hartley qui limitaient les droits des travailleurs, interdisaient les grèves de solidarité et les grèves de fonctionnaires.

L’attaque patronale réussit; en même temps, une stabilité économique relative s’était installée. Néanmoins, le SWP n’a pas jugé nécessaire de réexaminer ses perspectives.

Même en octobre 1952, Cannon soutenait encore que “Les thèses forment un document fondamental. Elles sont entièrement vraies et n’ont besoin d’aucune révision ou de remise en cause.” (5)

Nous sommes loin de la position de Trotsky, selon qui “La pensée révolutionnaire n’a rien de commun avec l’idolâtrie. Les programmes et les pronostics se vérifient et se corrigent à la lumière de l’expérience, qui est pour la pensée humaine l’instance suprême.” (6)



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NOTES
1 Toutes les citations sont tirées de J. P. Cannon, “The struggle for socialism in the American century” (Pathfinder, 1977), p256-271
2 Ibidem, p287
3 Fourth International, janvier 1947, p21
4 Ibidem, p270
5 J. P . Cannon, “Speeches to the Party” (Pathfinder, 1973), p238
6 L. Trotsky, Oeuvres, t. 15, p233


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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion