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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

La fin de la guerre et les revendications démocratiques

Bien évidemment, le programme et les perspectives d’une organisation ne peuvent pas être complètement séparés. L’analyse que l’on fait de la situation, et la manière dont on attend qu’elle se développe, conditionnent notre programme.

Nous avons montré qu’entre 1940 et 1948, les perspectives de l’Internationale s’éloignaient de plus en plus de la situation réelle, mais qu’en générale, son programme restait intact. Pourtant sur un point important, l’Internationale n’a pas visé juste, et, une fois qu’elle eut compris qu’il fallait corriger le tir, il était trop tard.

Comme nous l’avons vu, l’Internationale s’attendait à une vague révolutionnaire à la fin de la guerre, pensait que le stalinisme et la social-démocratie seraient incapables de diriger les masses vers une solution contre-révolutionnaire, et que les revendications démocratiques seraient mises au deuxième plan. (Cliquez ici.)

La révolution italienne, à partir de l’été 1943, montrait que les choses ne se passeraient pas ainsi et que le stalinisme était capable de canaliser les masses vers une “solution” parlementaire face à la crise engendrée par la chute du fascisme. Si donc les illusions démocratiques dominaient toujours la classe ouvrière, il était évidemment nécessaire de se centrer sur des revendications démocratiques telles que l’Assemblée constituante etc.

A partir de l’automne 1943, Felix Morrow, dirigeant du SWP, soutenu par Jean van Heijenoort du Secrétariat International, commença à se démarquer de l’analyse majoritaire. S’appuyant sur le déroulement de la révolution italienne, il soulignait que le stalinisme n’était pas sur le point de mourir, et qu’il gardait sa capacité démobilisatrice, grâce aux victoires militaires de l’URSS, et à la répression fasciste. Face à cette situation, concluait Morrow, il aurait fallu avancer des revendications démocratiques.

Cette analyse est malheureusement restée isolée. Elle n’avait rien à voir avec la position avancée par les allemands en exil de l’IKD, qui, en 1941, avait annoncé dans leurs “Trois Thèses” que la “révolution démocratique” était le seul mot d’ordre convenable face à la montée du fascisme, et que la révolution socialiste devrait attendre. (1)

Au début du débat, la majorité et la minorité du SWP étaient d’accord que la révolution italienne n’était qu’une exception au cours attendu de la révolution en Europe. Mais à la fin de 1944, il devenait évident que, par exemple, la fin de l’occupation en France n’avait pas conduit à une révolution, et que les illusions démocratiques s’étaient renforcées dans la classe ouvrière, il fallait donc changer de perspectives.

Mais le SWP expliqua que le stalinisme n’était plus une force politique parmi les travailleurs, et que même là où les régimes bourgeois étaient installés, ils ne pourraient être que “très instables, de courte durée et de caractère transitoire” (2), l’impérialisme américain étant incapable d’accepter l’existence d’une démocratie bourgeoise. Pour résumer, la majorité pensait que “La question ne se pose pas : aujourd’hui l’Europe est un chaudron révolutionnaire en pleine ébullition.” (3)

Toutes les critiques de Morrow et de Goldman, furent repoussées par la direction du SWP. Même des amendements tout à fait corrects soulignant la menace du stalinisme furent rejetés. La direction du SWP poursuivait son chemin, aveugle aux autres possibilités.

Cette attitude sectaire de la part de la majorité du SWP — alimentée, selon le propre aveu de Cannon, par un différend personnel qui l’avait séparé de Goldman lors de leur incarcération — poussa Goldman-Morrow de plus en plus vers les schactmanistes qui, suivant une ligne droitière, avançaient une politique largement “démocratique” qui allait de paire avec leur refus de défendre l’URSS ou de la caractériser comme un Etat ouvrier dégénéré.

Morrow écrivit des lettres au Secrétariat Européen et à toutes les sections, (4) critiquant la politique de la direction du SWP, et les erreurs de perspective de la conférence européenne de 1944. Ses critiques des positions du SWP de 1943 furent, paraît-il, accueillies favorablement par le SE. (5) Par la suite, il se rapprocha de plus en plus du Workers Party de Schactman, avant d’être exclu du SWP en 1946 après avoir été “pris en train de faire l’imbécile avec les schactmanistes”, selon les mots de Cannon.

C’est peut-être à la suite de ces lettres que le SE commença à modifier la position de l’Internationale sur les questions démocratiques, et, par exemple, à comprendre que la revendication d’une République gardait toute sa force, par exemple, en Italie ou en Belgique. En effet dans ces pays la monarchie fut utilisée comme force bonapartiste après l’effondrement des régimes fascistes.

Mais l’Internationale modifia sa position sans pour autant changer sa perspective fondamentale, qui demeurait celle de la chute prochaine du capitalisme et de son incapacité à maintenir des régimes bourgeois démocratiques :

Ainsi, lors de la Conférence de 1946, l’Internationale souligna que “Les mots d’ordres démocratiques s’intègrent actuellement dans tous les pays du continent dans l’ensemble de ce programme. (...) Leur impotence, à l’étape actuelle, découle précisément du caractère extrêmement précise du régime ‘démocratique’ de la tendance fondamentale de la bourgeoisie vers des régimes bonapartistes. En outre, c’est précisément autour des mots d’ordre démocratiques les plus accessibles à l’état actuel de la conscience politique des masses que de larges mobilisations sont possibles”. (6)

Les mots d’ordres avancés — liberté de la presse, d’organisation, liberté syndicale etc, convocation d’une assemblée constituante, dissolution de l’armée permanente etc — devaient être liés à l’ensemble du Programme de transition, faisant ainsi partie intégrante du programme révolutionnaire. (7)

Les perspectives de l’Internationale demeuraient fausses, mais elle a pu recentrer son programme sur des revendications démocratiques, tout en appuyant aussi les revendications transitoires, la création des conseils ouvriers, etc.

Combien de temps, d’opportunités, l’Internationale a-t-elle gâche à cause de sa politique faussement optimiste et de son refus de mettre au coeur de son programme les revendications démocratiques?



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NOTES
1 Les Congrès de la IVe Internationale, t2, p102. La principale critique de ces thèses fut... Morrow lui-même! Voir ibidem, p108
2 Fourth International, décembre 1944
3 Ibidem
4 SWP Internal Bulletin, novembre 1945
5 Introduction de R. Prager, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t2, p354
6 Ibidem, p419-420
7 Ibidem, p420-421


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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion