Titre_rubrique_EstEuropa
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
17 mai 2002
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953

Cannon, le SWP et l’Internationale

Pour beaucoup de ceux qui se réclament de la tradition du “Comité International”, ou qui se veulent critiques de la politique actuelle de la plupart des organisations qui se réclament du trotskysme, le Socialist Workers Party et son fondateur, James P Cannon, sont des figures emblématiques.

Mais, comme nous l’avons montré tout au long de ce document, le SWP ne fut nullement à l’abri des erreurs et de la dégénérescence qui a caractérisé la Quatrième Internationale après guerre. Il en va de même pour Cannon.

Lors de la lutte fractionnelle avec Cochran-Clarke, c’est Cannon lui-même — soi disant “à la retraite” à Los Angeles — qui haussa le ton, provoqua le SI et, enfin, poussa à la scission pour des raisons principalement organisationnelles.

Juste avant le plénum de mai 1953, la majorité du SWP tint une réunion à New York; le discours de Cannon montra avec quel peu de sérieux il traitait l’internationalisme, ou tout au moins l’application du centralisme démocratique au niveau international.

Dès le début de son discours, il rejeta toute idée de centralisme démocratique dans le cadre de l’Internationale :

“Nous ne nous considérons pas comme le bureau local américain d’une firme d’affaires internationales; nous ne pensons pas avoir à recevoir d’ordres d’un patron. Ce n’est pas notre genre. nous avions un tel statut dans le Komintern. C’est ce à quoi nous nous refusions. Et c’est pourquoi nous en avons été expulsés.
Nous concevons l’internationalisme comme une collaboration internationale, au cours de laquelle nous avons l’avantage de profiter de l’avis des camarades internationaux, qui ont eux-mêmes l’avantage de tirer profit de notre avis; par une discussion et une collaboration fraternelles, nous élaborons, si possible, une ligne commune.” (1)


Imaginons un moment la réponse de Cannon à un dirigeant d’une cellule du SWP qui rejeterait le centralisme démocratique national!

La réponse serait fulgurante, sans doute. Et avec raison. Le centralisme démocratique ne consiste pas d’abord à recevoir des “ordres d’en haut”, même si, par définition, le centralisme donne cette possibilité, pour que le parti — au niveau national et international — puisse agir rapidement et unanimement.

Plus tard, Cannon montra clairement comment il concevait le centralisme démocratique dans l’Internationale et justifia l’absence d’intervention du SWP dans l’Internationale pendant et après la guerre :

“Instruits par l’expérience passée, nous comprimes les dangers qui pesaient sur le mouvement international actuel. Nous pensions qu’il serait absolument erroné de vouloir imiter une organisation internationale hautement centralisée, alors que nous étions si faibles, alors que les possibilités d’envoyer des délégués des divers partis pour des entrevues communes étaient si limitées et que nous ne pouvions communiquer par correspondance.
Dans de telles conditions, nous croyions qu’il vaudrait mieux que le centre se limite en premier lieu au rôle de dirigeant idéologique; et qu’il laisse de côté les interventions organisationnelles, tout particulièrement en dehors de l’Europe.” (2)

Des “ordres” pour les sections européennes, d’accord, mais surtout pas pour le SWP, dit Cannon pour qui, rappelons-le, “le parti le plus important du monde entier” était le SWP, et non l’Internationale! (3)

Par la suite, Cannon mit son doigt dans la plaie des rapports entre le SI et les sections. Il attaqua d’abord le SI pour avoir critiqué l’exclusion de Morrow en 1946 : “C’était une action tout à fait téméraire, prématurée, venue d’un petit groupe de Paris. Nous nous contentâmes de leur, ‘Ne recommencez pas, s’il vous plaît’, et nous ne portâmes aucune attention à leur intervention en faveur de Morrow” (4).

Puis il commença à expliquer que, lorsque la direction nord-américaine avait appris le changement de la direction du PCI “par le SI” (en fait par le CEI au mois de février) “nous sautâmes au plafond”, sans, il faut le dire, laisser pour autant quelque trace que ce soit!

Pourtant une “trace” existe, celle de la réponse de Cannon à la lettre de Renard. Il s’expliqua :

“Pendant des mois, je ne lui répondais pas. Je ne voyais pas comment j’aurais pu écrire sur la question française, sans me référer à la monstruosité organisationnelle commise par le SI.
Je lui écrivis une réponse sur les seules questions politiques, et je ne mentionnai pas du tout la violation organisationnelle. Il avait soulevé le problème dans sa lettre; et je pense que c’est la première fois que j’ai répondu à une lettre politique en prétendant ne pas en avoir lu certains passages”. (5)

Ainsi Cannon était prêt à accepter des “monstruosités organisationnelles” car, de son propre aveu, il était d’accord avec la ligne politique.

Comme fut souvent le cas avec Cannon, lors des débats politiques, son réflexe était de soulever la question organisationnelle, et non la question essentielle, la question politique.

Enfin, Cannon s’en prit à la direction internationale. Un an auparavant, dans sa réponse à Renard, il l’avait loué.

En 1950, il lui avait envoyé $400 qu’avaient réuni les militants du SWP pour Cannon, pour que Pablo, Mandel et Frank “les utilisent pour des besoins purement personnels... si vous avez soif, vous pouvez le dépenser entièrement en cognac; ça m’est égal. C’est la première possibilité que j’ai eu de vous exprimer à vous trois ma sincère gratitude — et oui, autant le dire franchement — ma révérence pour le grand et héroïque travail que vous avez fait pour notre cause durant ces années difficiles.” (6)

Mais au printemps 1953 l’enjeu était plus important : ce qui était en jeu c’était l’influence de Cannon sur le parti qu’il a crée.

Résumant l’affirmation de Cochran-Clarke, qu’ils avaient l’appui du SI, Cannon déclara : “L’affaire se ramène donc, si ce que nous savons est exact, à l’affirmation selon laquelle le SI, qui regroupe quelques personnes à Paris, soutient la minorité.” (7)

Des camarades effectuant “un grand et héroïque travail” à “quelques personnes à Paris”, l’estimation de Cannon du SI changeait selon ses besoins. Ce qui ne changeait pas, c’était son profond accord avec la méthode adoptée par la direction internationale.



Lisez la suite


NOTES
1 L'Internationalisme et le SWP, J.P. Cannon, 18.5.53, BI du SI de la QI, 30.11.53
2 Ibidem.
3 J. P. Cannon, Discours de clôture au plénum, 30.5.53, Ibidem
4 L'Internationalisme et le SWP, loc. cit.
5 Ibidem
6 Lettre de Cannon à Pablo, Mandel et Frank (17.2.50), “James P. Cannon as we knew him” (New York, 1976), p251-2
7 Ibidem


Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous
pix_transparent
La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion