La Quatrième Internationale 1940-1953
1952 : lInternationale et la révolution bolivienne
Durant toute cette période, les sections de lInternationale furent en général relativement impuissantes, sans réelle implantation et sans influence sur le déroulement des événements révolutionnaires.
Le Partido Obrero Revolucionario (POR) de Bolivie, dirigé par Guillermo Lora, était lexception. Malheureusement, sur le plan politique, le POR néchappa pas à la méthode centriste de lInternationale. Suivant les conseils de ses camarades à Paris, et ses propres appétits opportunistes, le POR appliqua la méthode établie par lInternationale, au détriment des travailleurs boliviens.
Ce nest pas seulement sur le papier, mais dans une véritable révolution quon peut vérifier la politique de lInternationale.
Car en avril 1952, la Bolivie connut un soulèvement populaire, quand les mineurs qui ont toujours été lavant garde du prolétariat bolivien et les travailleurs des usines descendaient dans la rue, souvent dirigés par des cadres du POR. Leur objectif était dempêcher un coup dEtat droitier lancé par les chefs des forces armées.
Le gouvernement au pouvoir à partir du 9 avril 1952 était celui du Movimento Nacionalista Revolucionario (MNR) dirigé par Victor Paz Estensorro. Ce nouveau régime capitaliste affrontait une dualité du pouvoir où des milices ouvrières armées faisaient face à une police délabrée et faible. Larmée, elle, sétait effondrée.
Le syndicat des mineurs appuyait le nouveau Président et lui permettait de se maintenir au pouvoir.
Dans cette situation, un parti révolutionnaire, posant clairement la question du pouvoir, attaquant chaque tergiversation du gouvernement bourgeois, cherchant à créer et à renforcer des organes de pouvoir ouvrier, aurait pu arracher les masses des mains du MNR.
La tâche centrale consistait à convaincre lavant-garde, et ensuite les masses, à concentrer le feu sur le gouvernement, et à combattre pour la transformation de la centrale syndicale unique des travailleurs,la COB, en réseaux de conseils ouvriers et paysans.
Sappuyant sur des milices armées, la COB fut un élément de la dualité du pouvoir, mais elle ne correspondit pas à un véritable réseau de conseils ouvriers voués à la lutte révolutionnaire. Au contraire, pendant toute la période révolutionnaire, elle est restée entre les mains de Juan Lechin, dirigeant de laile gauche du MNR.
La révolution ne fut une surprise, ni pour lInternationale, ni pour le POR. Depuis les premiers échanges entre lInternationale et sa section, à la fin des années 40, la situation explosive et le rôle important joué par le POR, avaient convaincu le SI et le IIIe congrès que la prise du pouvoir était possible.
Mais le III Congrès aboutit à une politique qui visait à conduire le MNR le plus à gauche possible : si au cours de ces mobilisations des masses notre section savère partager avec le MNR linfluence sur les masses révolutionnaires, elle poussera en avant le mot dordre dun gouvernement ouvrier et paysan commun des deux partis. (1)
Le POR suivit ce conseil à la lettre. Il forma un bloc avec Lechin, occupa des postes-clés au sein de lappareil de la COB, appela à la mise en place de ministres ouvriers et accepta des strapontins ministériels!
Comment lutter pour une politique révolutionnaire alors que les dirigeants du POR occupèrent des bureaux ministériels et appuyèrent la politique gouvernementale bourgeoise? Comment lutter pour la création dorganes de démocratie ouvrière et paysanne avec comme objectif le renversement du gouvernement, alors quon y participe?
Bien entendu, le POR appela à un gouvernement ouvrier et paysan, mais sur la base dun développement naturel du gouvernement MNR, sous la pression des travailleurs. (2)
Ladaptation du POR au MNR fut totale. Des revendications révolutionnaires, comme celle de lexpropriation des mines sous contrôle ouvrier, furent remplacées par un soutien à la nationalisation bourgeoise des mines, conçue comme le point de départ qui rendra impossible la continuation de lexploitation capitaliste. (3)
Les conséquences de la politique du POR furent graves. Dabord pour lui-même : en 1954 la majorité des militants du POR des vieux bolcheviks, dirigeants de la COB et une partie importante de la fraction de Lora est entrée au sein du MNR, laissant un POR-croupion sous la direction de Lora.
Pour les masses boliviennes, la possibilité de détruire le capitalisme sest envolée.
La reconstruction dun régime capitaliste stable et leffondrement la dualité du pouvoir ont constitué une défaite importante pour les travailleurs et les paysans pauvres. La terrible pauvreté qui touche toujours la grande majorité de la population est la conséquence directe de la politique du POR et de lInternationale pendant la révolution de 1952 et après.
Le POR, appliquant les positions du IIIe congrès mondial, mena une politique menchevique en Bolivie. Pas une politique réformiste, mais une politique centriste, incapable de voir la ligne de classe, comme celle menée par les mencheviks envers le gouvernement provisoire entre février et octobre 1917.
Aucune section de lInternationale nexprima la moindre critique face aux événements boliviens. Loin de là. La Vérité et The Militant publièrent les documents du POR et appuyèrent cette politique à fond, malgré lerreur flagrante.
La seule critique de lépoque, fut soulevée par la petite tendance Vern-Ryan aux USA, à partir de 1953, mais elle fut vite étouffée par le SWP.
A ceux qui suggèrent que les positions centristes de lInternationale neurent néanmoins jamais aucune conséquence, nous répondons : souvenez-vous de la Bolivie! Le soutien du POR et de lInternationale au gouvernement bourgeois na pas été une trahison seulement sur le papier, elle a fait passer lInternationale à côté dune révolution quétait bel et bien à sa portée.
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NOTES
1 Résolution sur l'Amérique latine, Les congrès de la Quatrième Internationale, t4, p291
2 Lucha Obrera, 11.11.52
3 POR Boletino interno 13, 1953, p9
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