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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

La direction internationale et les sections 1946-1948

A partir de la fin de la guerre, la direction internationale — d’abord le Secrétariat Européen, puis, à partir de la Conférence de 1946, le nouveau Secrétariat International situé à Paris — est intervenue assez souvent dans la vie des sections, notamment celles d’Europe, et d’abord en France. Au moment de la scission en 1953, le SWP américain, dans sa “lettre ouverte aux trotskystes du monde”, accusa la direction internationale d’être devenue bureaucratique, et incapable de gérer les problèmes de façon correcte.

La période de reconstruction initiale de l’Internationale à partir de 1946 nous fournit de précieux indices sur la nature de la direction internationale, et sur sa manière de fonctionner. Si l’Internationale était effectivement pourrie du fait de ses méthodes bureaucratiques ou à cause des origines de classe des militants (comme le suggère Lutte Ouvrière), une telle dégénérescence devrait être évidente. . .

Bien entendu, les camarades ont fait des erreurs, par exemple en accueillant trop rapidement au sein de l’Internationale la section italienne, le POC, produit d’une fusion hâtive entre des bordiguistes ultra-gauches et une poignée de trotskystes. (1) Mais de manière générale, la direction se comporta de façon correcte, répondant avec justesse à la plupart des défis politiques, et cherchant à convaincre plutôt qu’à imposer ses positions, et ne s’appuyant pas sur une autorité qu’elle n’avait pas.

Le CEI qui sortit de la Conférence de 1946 était composé de membres de huit sections — 2 français, 4 nord-américains, 2 britanniques, 1 italien, 1 espagnol, 1 allemand, 1 belge, 1 vietnamien, 1 camarade d’Amérique du sud et le secrétaire international, Pablo.

Des suppléants hollandais, suisse, indien et chinois furent aussi élus. Les sièges des sections allemande, chinoise et d’Amérique du sud restèrent inoccupés, à cause des crises internes et des difficultés de communication entre les sections.

Ces membres étaient en effet des délégués, élus pour représenter leurs sections respectives, et non des membres d’une direction collective et équilibrée, choisie en tant que telle.

Comme en 1938, lors de la fondation de l’Internationale, la direction n’était donc pas encore une direction véritablement centraliste démocratique, composée de membres choisis pour leurs capacités politiques, leur tradition de lutte ou leur expérience du combat ouvrier. La conception du CEI élu à la Conférence était celle d’une instance qui comportait des éléments de fédéralisme, où chaque section pouvait dire son mot.

Ce compromis, qu’il soit conscient ou non, correspondait au niveau d’organisation et de reconstruction de l’Internationale à l’époque. Dans tous les cas de figure, ce CEI fut probablement le plus efficace de toute l’histoire de l’Internationale, se réunissant cinq fois en l’espace de deux ans, traitant en détail des développements économiques et politiques, examinant la politique des sections et préparant les documents pour le Deuxième Congrès.

De la même façon, le SI avait un caractère partiellement représentatif plutôt que centraliste démocratique. Il était composé de Pablo, Sam Gordon (USA), Frank, Sherry Mangan (USA) et de Jimmy Deane (Grande-Bretagne). Au CEI d’octobre 1946, à la suite du changement de majorité dans la section française) Craipeau fut élu, avec Mandel. Un an plus tard, devant l’accroissement des tâches, Sastry (Indes) et Morris Stein (USA) siégeront également. (2) Le SI était l’instance suprême de l’Internationale entre les sessions du CEI et les sections étaient “tenues d’observer (ses) décisions et résolutions”. (3)

Sous le centralisme démocratique, qui — sur le plan “juridique” — gouvernait la vie de l’Internationale, le SI avait donc le droit d’intervenir dans les sections, y compris le “droit d’ingérence” et de changer si nécessaire les décisions prises par les directions locales.

Ce droit, nécessaire en cas d’urgence, doit pourtant être utilisé avec prudence par toute direction internationale qui se veut digne de l’esprit — et pas seulement de la lettre — du centralisme démocratique. Il faut faire la part entre les questions qui exigent un règlement rapide, au risque de provoquer une confrontation, et les questions qui exigent plus de patience.

De plus, le SI et le CEI élus en 1946 n’avaient pas encore le poids moral que peut apporter un congrès : la légitimité de la conférence était fortement contestée — notamment par l’ultra-gauche Munis et le groupe espagnol en exil au Mexique, qui, malheureusement, parvint à convaincre la veuve de Trotsky du bien-fondé de leurs critiques. (4)

Durant leurs réunions, le CEI et le SI se sont d’abord occupés des sections européennes, ceci pour deux raisons. D’abord, la majorité des sections se trouvait en Europe, et deuxièmement, l’information venant des sections plus lointaines était parfois partielle et vague. Dans le cas de l’Amérique latine, malgré les tentatives du SI d’établir un sous-secrétariat sur le continent, ce n’est qu’au IIIe Plénum du CEI (mars 1947) que l’Internationale a pu avoir une discussion bien informée sur la situation.

Mis à part leur implication dans les discussion entre le SWP nord-américain et le Workers Party (WP) de Shachtman sur la possibilité de fusion, le CEI et le SI se sont surtout préoccupés entre 1946 et 1948 de deux sections : le PCI français et le RCP britannique. Dans les deux cas, le SI était confronté à une majorité qui sur plusieurs points refusait sa politique.

Dans les deux cas, l’incapacité de toute l’Internationale — y compris des fractions au sein des deux sections — à régler ces affaires a conduit à la perte de militants, et, dans le cas du RCP, à sa dissolution à l’été 1949.



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NOTES
1 Voir Serge Lambert, Notes sur l’histoire du trotskysme en Italie : le POC, Cahiers Léon Trotsky 29, mars 1987, p57-69
2 Voir Les congrès de la Quatrième Internationale, t2, p436
3 Les congrès de la Quatrième Internationale, t1, p307
4 Voir, par exemple, la lettre du groupe espagnol au SI (17.4.46), et la réponse de ce dernier (25.5.46), dans International Information Bulletin, septembre 1946, p30-32, Nous disions hier... par G. Munis, Bulletin Intérieur du SI, décembre 1946, p9-10, et les documents pour le IIe Congrès, reproduit dans Les Congrès de la Quatrième Internationale, t3, p130-137



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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion