La Quatrième Internationale 1940-1953
La direction internationale et les sections 1946-1948
A partir de la fin de la guerre, la direction internationale dabord le Secrétariat Européen, puis, à partir de la Conférence de 1946, le nouveau Secrétariat International situé à Paris est intervenue assez souvent dans la vie des sections, notamment celles dEurope, et dabord en France. Au moment de la scission en 1953, le SWP américain, dans sa lettre ouverte aux trotskystes du monde, accusa la direction internationale dêtre devenue bureaucratique, et incapable de gérer les problèmes de façon correcte.
La période de reconstruction initiale de lInternationale à partir de 1946 nous fournit de précieux indices sur la nature de la direction internationale, et sur sa manière de fonctionner. Si lInternationale était effectivement pourrie du fait de ses méthodes bureaucratiques ou à cause des origines de classe des militants (comme le suggère Lutte Ouvrière), une telle dégénérescence devrait être évidente. . .
Bien entendu, les camarades ont fait des erreurs, par exemple en accueillant trop rapidement au sein de lInternationale la section italienne, le POC, produit dune fusion hâtive entre des bordiguistes ultra-gauches et une poignée de trotskystes. (1) Mais de manière générale, la direction se comporta de façon correcte, répondant avec justesse à la plupart des défis politiques, et cherchant à convaincre plutôt quà imposer ses positions, et ne sappuyant pas sur une autorité quelle navait pas.
Le CEI qui sortit de la Conférence de 1946 était composé de membres de huit sections 2 français, 4 nord-américains, 2 britanniques, 1 italien, 1 espagnol, 1 allemand, 1 belge, 1 vietnamien, 1 camarade dAmérique du sud et le secrétaire international, Pablo.
Des suppléants hollandais, suisse, indien et chinois furent aussi élus. Les sièges des sections allemande, chinoise et dAmérique du sud restèrent inoccupés, à cause des crises internes et des difficultés de communication entre les sections.
Ces membres étaient en effet des délégués, élus pour représenter leurs sections respectives, et non des membres dune direction collective et équilibrée, choisie en tant que telle.
Comme en 1938, lors de la fondation de lInternationale, la direction nétait donc pas encore une direction véritablement centraliste démocratique, composée de membres choisis pour leurs capacités politiques, leur tradition de lutte ou leur expérience du combat ouvrier. La conception du CEI élu à la Conférence était celle dune instance qui comportait des éléments de fédéralisme, où chaque section pouvait dire son mot.
Ce compromis, quil soit conscient ou non, correspondait au niveau dorganisation et de reconstruction de lInternationale à lépoque. Dans tous les cas de figure, ce CEI fut probablement le plus efficace de toute lhistoire de lInternationale, se réunissant cinq fois en lespace de deux ans, traitant en détail des développements économiques et politiques, examinant la politique des sections et préparant les documents pour le Deuxième Congrès.
De la même façon, le SI avait un caractère partiellement représentatif plutôt que centraliste démocratique. Il était composé de Pablo, Sam Gordon (USA), Frank, Sherry Mangan (USA) et de Jimmy Deane (Grande-Bretagne). Au CEI doctobre 1946, à la suite du changement de majorité dans la section française) Craipeau fut élu, avec Mandel. Un an plus tard, devant laccroissement des tâches, Sastry (Indes) et Morris Stein (USA) siégeront également. (2) Le SI était linstance suprême de lInternationale entre les sessions du CEI et les sections étaient tenues dobserver (ses) décisions et résolutions. (3)
Sous le centralisme démocratique, qui sur le plan juridique gouvernait la vie de lInternationale, le SI avait donc le droit dintervenir dans les sections, y compris le droit dingérence et de changer si nécessaire les décisions prises par les directions locales.
Ce droit, nécessaire en cas durgence, doit pourtant être utilisé avec prudence par toute direction internationale qui se veut digne de lesprit et pas seulement de la lettre du centralisme démocratique. Il faut faire la part entre les questions qui exigent un règlement rapide, au risque de provoquer une confrontation, et les questions qui exigent plus de patience.
De plus, le SI et le CEI élus en 1946 navaient pas encore le poids moral que peut apporter un congrès : la légitimité de la conférence était fortement contestée notamment par lultra-gauche Munis et le groupe espagnol en exil au Mexique, qui, malheureusement, parvint à convaincre la veuve de Trotsky du bien-fondé de leurs critiques. (4)
Durant leurs réunions, le CEI et le SI se sont dabord occupés des sections européennes, ceci pour deux raisons. Dabord, la majorité des sections se trouvait en Europe, et deuxièmement, linformation venant des sections plus lointaines était parfois partielle et vague. Dans le cas de lAmérique latine, malgré les tentatives du SI détablir un sous-secrétariat sur le continent, ce nest quau IIIe Plénum du CEI (mars 1947) que lInternationale a pu avoir une discussion bien informée sur la situation.
Mis à part leur implication dans les discussion entre le SWP nord-américain et le Workers Party (WP) de Shachtman sur la possibilité de fusion, le CEI et le SI se sont surtout préoccupés entre 1946 et 1948 de deux sections : le PCI français et le RCP britannique. Dans les deux cas, le SI était confronté à une majorité qui sur plusieurs points refusait sa politique.
Dans les deux cas, lincapacité de toute lInternationale y compris des fractions au sein des deux sections à régler ces affaires a conduit à la perte de militants, et, dans le cas du RCP, à sa dissolution à lété 1949.
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NOTES
1 Voir Serge Lambert, Notes sur lhistoire du trotskysme en Italie : le POC, Cahiers Léon Trotsky 29, mars 1987, p57-69
2 Voir Les congrès de la Quatrième Internationale, t2, p436
3 Les congrès de la Quatrième Internationale, t1, p307
4 Voir, par exemple, la lettre du groupe espagnol au SI (17.4.46), et la réponse de ce dernier (25.5.46), dans International Information Bulletin, septembre 1946, p30-32, Nous disions hier... par G. Munis, Bulletin Intérieur du SI, décembre 1946, p9-10, et les documents pour le IIe Congrès, reproduit dans Les Congrès de la Quatrième Internationale, t3, p130-137
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