La Quatrième Internationale 1940-1953
1952 : la scission dans la section française
Lune des questions organisationnelles que devait régler le Troisième Congrès était celle de la section française. Etant donné les divergences quavait la majorité du PCI avec les perspectives adoptées au Congrès, et le débat âpre qui sinstaura entre la majorité et le SI, le Congrès rechercha un compromis.
La France, parce que sy trouvait le siège du SI, et un parti stalinien de masse, servira dune certain façon de terrain dessai à la nouvelle politique de lInternationale, et fut le lieu daffrontements entre le SI Pablo, Mandel, Frank et litalien Maitan, laméricain George Novack et le chinois Peng et les réfractaires de la section française.
Bien entendu, dans une Internationale régie par le centralisme démocratique, il ny avait aucune raison pour que le PCI ne suive pas les décisions du Congrès. Ce dernier exprima ainsi sa confiance dans la direction actuelle pour appliquer la ligne du Congrès Mondial, avec loyauté et efficacité. (1)
Mais en même temps, il signala que sil savère que la direction française ne répond pas à cet espoir, le CEI et le SI seront chargés de prendre toutes mesures organisationnelles pour redresser la situation dans le PCI. (2) Les limites à ne pas dépasser étaient clairement indiquées et la direction majoritaire de Bleibtreu et Cie était avertie.
La réponse du PCI à cette situation est assez correcte. Minoritaire lors du Congrès Mondial, la majorité française navait quà se plier.
Ainsi, quand en septembre 1951 le SI adopta une résolution dorientation, le CC ladopta à son tour, à lunanimité. Cest un texte qui, du début à la fin, est marqué par la nouvelle orthodoxie opportuniste de lInternationale et par lorientation syndicale droitière prônée par Lambert depuis plusieurs années. Cest un texte avec lequel tout le monde pouvait être daccord :
Le PCI doit partir du fait que les réactions des ouvriers communistes seront de plus en plus déterminées par des mobiles communistes de classe (...) Les mots dordre dunité et de démocratie trouvent un écho dans la classe ouvrière française. Lunité et la démocratie sont les mots dordre essentiels de notre tactique syndicale. (3)
Sur cette dernière question la poursuite du travail autour du journal lUnité le SI et le CC étaient daccord. Lorientation vers les ouvriers staliniens nétant pas précisée, le projet de résolution du SI nimpliquait pas un changement fondamental dans la politique de la section française.
Les problèmes commencèrent quelques semaines plus tard. Laccord entre le SI et le CC ne pouvait tenir quaussi longtemps que la situation politique restait stable. Dès que léquilibre des forces se modifia, les réponses devinrent différentes, et des différends éclatèrent.
LUnité se caractérisait par une orientation inter-syndicale pour lunité des centrales. Le combat pour laction concrète nétait que rarement au centre de sa propagande, le journal (lessentiel de la réalité de lUnité) préférant appeler à lunité sans trop spécifier le contenu.
Il en allait de même pour la démocratie. En présence de centrales hautement bureaucratisées, comme la CGT ou FO, le mot dordre de démocratie syndicale, le combat pour une vie syndicale réelle auraient dû être au coeur de lactivité de lorganisation. Il nen fut rien : comme aujourdhui chez les lambertistes, le mot dordre magique de démocratie, sans définition, sans structures, sans contenu, dominait tout.
Même si la grande majorité des militants du PCI étaient à la CGT, une partie importante du soutien quobtenait lUnité venait de militants des autres centrales, notamment de FO et des autonomes. Ces derniers, anti-communistes soit par instinct soit à cause des manoeuvres des staliniens, évoluaient de plus en plus à droite du fait de lambiance anti-communiste créée par la guerre de Corée, et des positions pro-impérialistes adoptées par la Yougoslavie. (Cette dernière représentait en effet pour une partie importante des militants de lUnité un grand espoir.)
Devant une CGT sectaire, refusant lunité daction avec les autres syndicats, lUnité pouvait facilement exprimer son rôle critique, soit en renvoyant les centrales dos à dos, soit en dénonçant principalement la CGT. Mais au cours de lannée 1951 il y eu un changement dans la politique stalinienne. Lors des élections législatives, le PCF perdit des sièges, alors que la droite se renforçait. Les conditions de vie des travailleurs saggravaient de plus en plus. Pour mieux renforcer parti et syndicat, la CGT décida en octobre 1951 den appeler aux autres centrales afin dorganiser une réponse densemble.
Le PCI fut complètement bouleversé par ce tournant inattendu. Comment répondre à lappel de la CGT? LUnité ne semblait pas le remarquer, ne critiquait pas les autres centrales pour leur indifférence, et continuait à défendre lidée dun front unique international des syndicats libres. Cette indifférence est dautant plus frappante que soit la manoeuvre stalinienne offrait la possibilité dune réelle unité daction, soit elle permettait de démasquer leur rhétorique.
La confusion était tellement grande que lors de la réunion du CC du 27 octobre, ce dernier narrivait pas à définir une orientation syndicale tenant compte des nouveaux développements. Il devenait évident que la résolution adoptée au mois de septembre était déjà caduque.
Pour résoudre la question, le CC fit appel au SI, qui se réunit à la mi-novembre. Ce dernier adopta une résolution sur lUnité, qui critiquait le refus de ce dernier de soutenir lappel de la CGT et sen prenant aussi à lidée dune tribune libre, affirmant (avec raison) quune telle chose na jamais existé et ne peut pas exister : il y a toujours une direction, une ligne qui se cache derrière une telle étiquette. (4)
Trois semaines plus tard, alors que la CGT lançait des appels de plus en plus forts pour lunité daction, le SI adopta une résolution Pour la réorientation de notre travail syndical en France qui allait sceller lalignement fractionnel, notamment en poussant Lambert dans lopposition au SI.
La résolution préconisait un changement radical de lactivité du PCI : Actuellement, le but de notre activité syndicale ne peut plus être, dans ces nouvelles conditions, dagir comme une tendance distincte, attirant par lexemple indépendant et regroupant dans limmédiat autour dun autre pôle les ouvriers staliniens, mais de profiter du courant unitaire afin de sintégrer dans la masse des ouvriers staliniens organisés. (5)
Lâchement, le SI ne parla pas une seule fois de lUnité, mais le message se comprenait parfaitement : il fallait laisser tomber lUnité, pour ne pas agir comme une tendance distincte. Comme sil cherchait la confrontation (cétait sans doute le cas), le SI appuyait la résolution dune lettre particulièrement musclée, menaçant la majorité du PCI dune intervention directe si elle nappliquait pas effectivement la ligne du Congrès : dans le cas où il constatera que vous passez systématiquement outre cette voie, et que vous maintenez à son égard une opposition larvée rendant impossible son application efficace, et paralysant lactivité du parti dans la méfiance et la confusion (...) le SI reconsidérerait sa position et saisirait le CEI en vue de décision définitive sur le cas de la direction du parti français. (6)
Devant cette provocation évidente, la majorité du PCI répondit que malgré de sérieuses réserves, le Bureau Politique a tenu à sengager à appliquer avec discipline cette résolution, écartant toute interprétation liquidatrice de lUnité dans ce document. (7)
Ce qui voulait dire quils nappliqueraient que les parties de la résolution qui leur convenaient. Au lieu de chercher à clarifier les divergences en demandant par exemple dabord ce quil fallait faire avec lUnité, puis en faisant appel si besoin aux instances internationales, la majorité du PCI répondit de façon hâtive et peu sérieuse.
Dune certaine manière, ce refus était la conséquence de lunité au sein de la majorité. Jusqualors Lambert, responsable du travail syndical, et dabord de lUnité, navait pas pris position.
Comme il ladmet lui-même, il avait tendance à faire confiance à Pablo, homme dappareil efficace, plutôt quà Bleibtreu, parfait petit-bourgeois. (8) Mais une fois que Pablo sen prit clairement à la chasse gardée de Lambert, les jeux étaient faits, et lanti-pabliste était né.
Le SI répondit au BP du PCI, soulignant que ce qui est en cause, ce sont vos rapports avec le mouvement trotskyste international. (9) Par la suite, il appliqua les résolutions adoptées lors du Troisième Congrès mondial, soulignant que, dans le contexte du tournant à gauche effectué par la CGT et des tensions croissantes que connaissait la Quatrième République (bientôt les manifestations du PCF allait être interdites et le rédacteur en chef de lHumanité arrêté lors dune vague anti-communiste) il faudrait changer de tactique, et avoir une politique nettement entriste.
Etant donné que cest sur la mise en oeuvre de cette politique que va éclater le PCI puis, par la suite, lInternationale toute entière, il est important de bien comprendre sa logique :
Cette politique, définissons-la encore une fois clairement : il sagit de pratiquer dans un pays comme la France, de plus en plus une sorte de politique entriste sui generis (10) par rapport aux organisations et ouvriers influencés par les staliniens. Cela veut dire quau fur et à mesure que nous approchons de la guerre, une partie de plus en plus importante de nos forces doit sinvestir dans les différentes organisations politiques et syndicales dirigées ou influencées par les staliniens, y compris dans le PCF, y rester et y travailler selon une tactique adaptée à la nature de chacune de ces organisations et subordonnée au principe dun travail à longue échéance. (11)
Même si le SI préconisait le maintien dune organisation indépendante, la tactique entriste, quelle fut centrée sur la CGT ou sur le PCF, devait être appliquée dans les termes que prévoyait la résolution sur lAutriche adoptée par le Troisième Congrès : les militants devraient y oeuvrer longuement, sans apparaître comme trotskystes.
Répétant les conseils de Lénine sur le besoin de ruser avec la bureaucratie ouvrière, le SI cherchait à donner une couverture de gauche à sa politique dadaptation. Mais il nen était rien : il prônait clairement une orientation qui conduirait à la disparition du PCI.
Pour le militants majoritaires du PCI, le problème était que la logique du SI était parfaitement... logique. Comme le déclarait le SI, ce nétait que lapplication des perspectives et de lorientation adoptées au Congrès Mondial. Il allait certes plus loin, mais la méthode politique, soutenue également par la majorité du PCI, était identique.
Une autre question est de savoir pourquoi le SI adopta ce ton de précipitation. La seule explication est quil était convaincu que la lutte finale tant promise allait bientôt éclater (les événements en France du tournant à gauche de la CGT à la campagne anti-communiste semblaient lindiquer; la campagne tonitruante pour la paix lancée par le PCF et les rumeurs du déploiement darmes biologiques par les impérialistes en Corée ne faisaient que renforcer cette impression) et que toute hésitation pourrait être fatale. Après tout, le PCI ne comptait que 200 militants; pour les faire intervenir efficacement dans la mouvance stalinienne, chaque jour était précieux.
De plus, les débats de lannée passée avaient sans doute laissé des traces sur le plan humain mais surtout montré à chaque côté la méthode politique de lautre. Depuis 15 mois une absence de confiance mutuelle sétait installée. Dune certaine façon, cest la chronique dune scission annoncée qui prendra fin en juin 1952.
Le 19-20 janvier, Pablo assista au CC du PCI. Le débat aussitôt commencé, le Secrétaire International parla de scission, insistant pour que le PCI adopte la position du SI et menaçant la section de mesures organisationnelles en cas de refus. (12) Chez la minorité régnait une auto-satisfaction dédaigneuse. Elle aussi sentait que lheure des règlements de comptes approchait.
Les réponses de la majorité du CC vont du borné (comme Gérard Bloch, qui accuse Pablo de liquidationnisme) au rusé (comme Bleibtreu, qui demande la création de deux sections). Il ny eut que Marcel Gibelin (syndicaliste droitier et cible du SI lors de son attaque contre lUnité) qui donna la réponse correcte. Il rejetait la politique du SI et ses menaces organisationnelles, mais indiquait que nous ne devons pas tomber dans le piège tendu et que la section devait plutôt appliquer la décision du SI et faire appel au CEI. (13)
Malheureusement la majorité rejeta cette position loyale et sage, et alla vers la confrontation. Après le vote du CC rejetant la position du SI, Pablo suspendit tous les membres de la direction ayant voté contre. Le CC refusa de reconnaître cette décision, la déclarant contraire aux statuts de lInternationale, et la majorité continua à siéger. (14) Nétant pas capable de convaincre la majorité du PCI, Pablo répondit par un réflexe purement organisationnel, ajoutant une erreur méthodologique à une grave erreur politique.
Une nouvelle direction pour le PCI
Le mois suivant, le CEI se réunit pour discuter de la situation et adopta un rapport de Pablo sur la question de lentrisme sui generis (cliquez ici). En ce qui concerne la France, le CEI élabora un nouveau compromis, soutenu par Bleibtreu, qui préconisait la tenue dun Congrès de la section pour décider de lapplication des décisions du CEI.
En même temps le CEI mis en place un nouveau Bureau Politique composé de 4 membres de la majorité (dont Bleibtreu et Lambert), 3 de la minorité, plus Mandel pour le SI, ce dernier ayant une voix prépondérante en cas (inévitable) dégalité des voix.
A la fin du mois de mars le nouveau BP adopta à lunanimité une résolution qui sappuyait sur le rapport de Pablo au CEI. Le ton accentuait lobjectivisme et le pessimisme des résolutions du Congrès :
Le peu de temps qui nous sépare des luttes finales ne nous permet pas en tant que pôle dattraction indépendant de rassembler suffisamment de forces pour pouvoir jouer un rôle décisif dans lexplosion révolutionnaire. (...) Lorientation du PCI doit être toute entière déterminée par la volonté de fusionner coûte que coûte avec les forces révolutionnaires explosives qui saccumulent à lintérieur des organisations staliniennes. (15)
Cette position, acceptée par Bleibtreu et Lambert, se trouve à mille lieux de la politique révolutionnaire. Armé dune telle méthode, Trotsky naurait jamais fondé lInternationale en 1938. Lui, aussi, savait que la guerre venait (il avait raison), mais il ne prôna pas lentrisme généralisé. Après le début de la guerre, il ne proposa pas une telle politique, même quand lURSS fut attaquée par la majorité des impérialismes et quon pouvait également sattendre à une accumulation des forces révolutionnaires explosives au sein des PC.
Trotsky ne le faisait pas parce quil nutilisait pas la méthode objectiviste, impressionniste et centriste de Pablo, Bleibtreu et Lambert.
Vers la scission
Laccord obtenu au sein du PCI ne dura pas longtemps. Au début du mois de mai Bleibtreu déposa une ébauche de perspectives au BP. Celle-ci fut rejetée par la majorité, parce quelle ne suivait pas la ligne du CEI, repoussant dans le temps lentrisme.
Malgré un accord méthodologique profond, la majorité du PCI refusait la politique dentrisme chez les staliniens, pour la simple raison que le travail principal des militants et notamment des syndicalistes autour de Lambert se faisait en direction des éléments anti-staliniens dans FO et des exclus de la CGT, groupés autour de lUnité.
Les rapports se dégradaient, la majorité protestant que la minorité lempêchait de sexprimer, même si laccord du mois de mars indiquait clairement que les bases de la discussion étaient celles de la résolution du CEI.
Cherchant un appui dans lInternationale, la majorité demanda à lun de ses membres, Renard, décrire à Cannon, dirigeant américain, pour expliquer la situation au sein du PCI. Malgré lui, Renard cracha le morceau et montra ce que valaient les protestations de loyauté de la part de la majorité : parlant de lentrisme il déclara : Nous ne sommes pas hostiles à en examiner la possibilité (...) Mais pour nous, il sagit avant tout dun travail de fraction qui ne peut modifier le travail du parti indépendant. (16)
La majorité nacceptait lentrisme que si cette politique ne changeait rien! Cette position hypocrite constituait en fait une fin de non recevoir.
La réponse de Cannon trois mois plus tard! fut sèche et sans appel : Nous jugeons la politique de la direction internationale par la ligne quelle élabore dans les document officiels dans la récente période par les documents du IIIe Congrès mondial et du Xe Plénum. Nous ny voyons aucun révisionnisme. (...) Nous considérons que ces documents sont entièrement trotskystes. (...) Cest lopinion unanime des cadres dirigeants du SWP que les auteurs de ces documents ont rendu un grand service au mouvement, service pour lequel ils méritent dêtre appréciés et soutenus fraternellement, et non dêtre soupçonnés et dénigrés. (17)
Le CEI se réunit encore, en juin 1952 à Paris, alors que le PCF venait dorganiser des protestations contre la visite du Générale Ridgeway, dirigeant des forces américaines en Corée. Interdite par le gouvernement, la manif tourna à lémeute devant lattaque de la police : 1 personne fut tuée et plus de 700 furent interpellées. Par la suite, Duclos, dirigeant du PCF, fut arrêté. (18) Le lendemain, des centaines de locaux de la CGT et du PCF étaient pillés par les forces de lordre et des milliers de militants étaient arrêtés.
Le 4 juin, le PCF et la CGT appelaient à des grèves de protestation sous le mot dordre Libérez Duclos!. Malgré les cris de succès venus du PCF et du SI! le résultat des grèves fut un désastre. La classe ouvrière navait pas suivi lappel des staliniens. Archi-minoritaires, les militants de la CGT subirent les représailles patronales : plusieurs centaines de cadres du parti et de délégués syndicaux furent par la suite licenciés.
Le CEI, impressionné sans doute tant par lacharnement du gouvernement contre le PCF une apparente vérification de la position du SI que par le refus de la majorité du PCI dappliquer les accords, décida que le moment était venu dappliquer le centralisme démocratique au niveau international : le CC et le BP issus du VIII Congrès du Parti seront composés dune majorité de camarades qui, dès avant le Congrès, aurait défendu la ligne du Xe Plénum dans le parti. (19)
Ainsi, peu importait le résultat du Congrès, la direction serait celle de la minorité autour de Frank, Privas et Mestre. Et, pour mettre les points sur les i, le CEI décida que tous ceux qui refuseraient dappliquer les décisions du BP actuel seraient exclus des rangs de lInternationale.
Le CEI vota cette position à lunanimité, à lexception de Bleibtreu et du délégué suisse. Ce qui montre que Healy, Peng et Novack, qui 18 mois plus tard soutiendraient à fond la scission du SWP et la création du Comité International face aux actions bureaucratiques de la direction pabliste, avaient bel et bien soutenu lexclusion de la majorité du PCI.
Malgré sa proclamation de loyauté à lInternationale, la majorité du PCI préparait la scission. Elle ne participait plus aux réunions du BP, et commençait à organiser sa propre vie interne, tenant la minorité à lécart.
A la fin du mois de juin, la minorité expliqua quelle venait de mettre sous sécurité les appareils du parti (ronéos etc). La majorité appela un chat un chat, et dénonça le pillage du local par la minorité. Les 13-14 juillet 1952, ce sont donc deux PCI qui tinrent séparément leur Congrès dans le même bâtiment. La scission était consommée.
A la rentrée, des tentatives furent faites afin daboutir à la réintégration de la majorité au sein de lInternationale. Lintérêt de la majorité pour les dissidents du PCF, notamment lexclusion des dirigeants Marty et Tillon, semblait créer les bases dune réconciliation.
Mais, encore une fois, malgré les déclarations internationalistes de la majorité, le résultat fut maigre. Au XIIe plénum du CEI, les 15-18 novembre 1952, il se tint une commission réunissant dun côté Bleibtreu, Renard et Lambert et de lautre Maitan, Pablo, Mandel et Frank. Mais les deux côtés narrivèrent pas à se mettre daccord sur la nature des décisions prises!
Le CEI proposa trois mois de discussion entre les deux organisations, avec, à la fin, la nomination dune direction par le CEI. Bleibtreu semblant changer davis de jour en jour, le CEI ne donna au BP majoritaire que huit jours pour choisir; les militants du rang eurent jusquau début de lannée suivante. Mais ces tractations neurent aucun effet. La scission fut maintenue.
Qui avait raison dans ce débat? Ce serait mal poser la question. Le CEI et le SI, convaincus de leur orientation politique, avaient le droit dagir comme ils lont fait. Pour sa part, la majorité du PCI a agit de façon peu conséquente, préférant remettre en cause lunité de lInternationale plutôt que de compromettre son travail syndical.
Même si la majorité du PCI avait compris la nature de la politique centriste prônée par lInternationale ce qui nétait pas le cas une telle scission naurait pas été souhaitable. La rupture, si elle était devenue inévitable, naurait dû avoir lieu quaprès un combat international contre lorientation de lInternationale. Le PCI se montra sectaire : la question principielle nétait pas de sorienter ou non vers la mouvance stalinienne, mais plutôt de savoir comment le faire, avec quel objectif.
La majorité, comme la minorité, croyait que sous la pression de la guerre, les partis staliniens, comme dautres organisations de masse, pourraient esquisser une orientation révolutionnaire sans lintervention des révolutionnaires, quune direction de rechange que ce soit celle de Mao ou de Tito pourrait remplacer laction consciente du parti révolutionnaire. Il ny avait pas de différence de méthode entre les deux fractions. De ce point de vue, la scission nétait pas justifiée.
Lisez la suite
Pour une discussion de lentrisme sui generis cliquez ici
NOTES
1 Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p330
2 Ibidem, p331
3 Résolution dorientation pour le PCI (30.9.51), ibidem, p380-382
4 On peut se demander pourquoi le SI a mis si longtemps pour le comprendre. Ce nétait pourtant pas si compliqué.
5 Pour la réorientation de notre travail syndical en France (6.12.51), ibidem, p393
6 Lettre du SI au PCI (7.12.51), ibidem, p389
7 Lettre du BP au SI, 28.12.51, Cahiers du CERMTRI 45, p15
8 P. Lambert, Quelques enseignements de notre histoire, SELIO, p92
9 Lettre du SI au CC du PCI, 14.1.52, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4, p394
10 Dun type nouveau
11 Ibidem, p401
12 CR du CC 19-20.1.52, Cahiers du CERMTRI 44, p10
13 Ibidem, p17
14 Sur le plan purement legislatif, le SI avait raison : il avait tous les pouvoirs dun CEI sur la question, comme le prévoyait lalinéa 18 des statuts (Les Congrès de la Quatrième Internationale, t3, p300). Mais il nest pas certain que le SI discuta de la question avant que Pablo ne prononça ses mesures disciplinaires. Pendant le CC, Pablo fit comprendre que le SI aurait préalablement décidé quelle action prendre dans pareil cas. Plus tard, cette interprétation fut contestée par Peng Shu-Tse, membre du SI, qui ne se rappelait que dune décision visant à prendre une mesure sévère en cas de refus de la majorité (Lettre à J.P.Cannon, 30.12.53, International Committee Documents t3 - SWP-USA, mars 1974 - p167)
15 Résolution du BP sur le cadre de la discussion préparatoire au Congrès de la Quatrième Internationale, 31.3.52, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t4,p321
16 Lettre de Renard à Cannon, 16.2.52, ibidem, p431
17 Lettre de Cannon à Renard, 29.5.52, ibidem p437
18 Ce fut la fameuse affaire des pigeons. Dans la voiture de Duclos se trouvait un certain nombre de pigeons, cadeau dun camarade et destinés à la cuisine. Les flics expliquèrent que les pauvres volatiles faisaient partie dun système de communication clandestin utilisé par le PCF.
19 Résolution du CEI sur le PCI, 7.6.52, ibidem, p449.
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