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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

Les perspectives de l’Internationale et la guerre de Corée

Depuis le Deuxième Congrès, l’Internationale avait à maintes reprises souligné le fait qu’une troisième guerre mondiale était peu probable à court terme. En avril 1949 le CEI notait que “l’économie américaine a connu un essor jamais atteint dans l’histoire du capitalisme”, (1) tout en percevant “des signes avant-coureurs d’une dépression prochaine possible” (2), mais cette conclusion s’appuyait sur une théorie de la crise capitaliste assez simpliste, voire erronée. (3)

La conclusion du CEI de 1949 est que, malgré ces problèmes et la menace d’une remontée ouvrière, “les moyens dont dispose le capitalisme américain pour atténuer et retarder un tel processus éruptif et catastrophique, sont encore puissants”. (4)

Un an plus tard, au printemps 1950, le CEI nota la remontée en puissance de la bourgeoisie allemande mais nota aussi que “les modifications qui se sont produites dans les rapports de force entre les Etats-Unis et l’URSS tendent à se neutraliser les unes et les autres, et provoquent une situation d’équilibre des forces qui exclut pour toute une période toute possibilité d’une guerre d’agression contre l’URSS.” (5)

Ces perspectives, essentiellement les mêmes depuis 1946, seront complètement bousculées par le cours de la guerre de Corée, qui éclata en juin 1950.

A la fin de la guerre, la Corée fut divisée en deux, le Nord tomba sous domination soviétique, le Sud sous la domination des impérialistes nord-américains. En Corée, comme dans les pays du glacis, le capitalisme fut détruit bureaucratiquement, et un plan stalinien visant la suppression de la loi de la valeur fut instauré.

Cette politique n’était pas la conséquence d’un choix de la part des staliniens, mais des pressions de la guerre froide. Comme en Europe, l’impérialisme n’accepta pas cette situation, et en 1950 une série de menaces de guerre furent lancées par Synghman Rhee, la fantoche sud-coréenne.

En réponse à ces provocations, le 28 juin, des troupes nord-coréennes envahirent le Sud. Le résultat fut une déroute pour le Sud, et deux jours plus tard les troupes nord-coréennes prenaient Seoul. Seul l’envoi de troupes nord-américaines, au nom de l’ONU, empêcha la défaite totale du Sud. (Pour une discussion de la politique du SWP-US pendant la guerre de Corée, cliquez ici.)

Dans sa réponse, le SI souligna que la tâche principale était “d’abattre avec les forces révolutionnaires du pays, mobilisées sous la direction du Parti communiste Coréen, le régime féodalo-capitaliste de Seoul instauré par les impérialistes américains”. (6)

Pablo alla encore plus loin un mois plus tard. Après avoir décrit la politique stalinienne du Nord, qui consiste à appeler à la création des “comités populaires” et à la réforme agraire il remarqua que “les résultats de ce programme et de ces décisions révolutionnaires se manifestèrent incontestablement dans l’ampleur de l’appui des masses que rencontra partout dans le pays l’armée nord-coréenne descendant vers le sud. C’est cet appui qui se trouve à la base de sa résistance, de ses victoires et des surprises qu’a eues la stratégie américaine en face d’une guerre révolutionnaire de cette nature.” (7)

Cette analyse ici est totalement fausse. La guerre n’était pas une “guerre révolutionnaire”. En menant cette guerre, la bureaucratie nord-coréenne cherchait à sauver sa peau. Il n’y eut aucune mobilisation indépendante des travailleurs, aucune création d’un véritable pouvoir ouvrier.

La caractérisation du Secrétaire International est totalement fausse. Sur le plan politique, il n’y eut aucune critique du régime stalinien de Kim Il-song, ni dans la résolution, ni dans l’article. (8) Il s’agit de la même méthode que celle développée après la rupture yougoslave, qui consistait à appuyer un régime stalinien en le présentant comme quelque chose d’autre. Il ne s’agit donc pas d’une erreur isolée : l’Internationale a clairement adopté une politique opposée à celle de Trotsky à l’égard des partis staliniens.

Pour l’Internationale, la perspective de guerre mondiale était toujours loin. S’appuyant sur la rapidité de l’avancée du Nord, Pablo expliqua que les impérialistes ne sont pas prêts à “chauffer” la guerre froide.

Il fit une série de remarques ironiques qui, quatre mois plus tard, allaient se retourner contre lui :

“Malgré les prophètes de la troisième guerre mondiale imminente (‘imminente’ depuis 1946 déjà!), la guerre de Corée reste circonscrite dans le climat général de la ‘guerre froide’. C’est le résultat du rapport des forces actuel entre l’URSS et l’Amérique, qui ne permet ni à l’une ni à l’autre d’escompter une victoire tant soi peu certaine. Pour les USA, ceci est maintenant évident avec la guerre de Corée. Leur impréparation saute aux yeux. (...) Le capitalisme accélère sa marche vers la guerre, mais sa route est encore semée de nombreux puissants obstacles. La guerre de Corée est une preuve supplémentaire de ces difficultés et de la nécessité pour l’impérialisme de gagner du temps.” (9)

Mais Pablo va un peu vite en besogne. Les impérialistes n’ont pas cherché la guerre, peut-être, mais une fois qu’elle fut déclenchée, ils comptaient la poursuivre jusqu’au bout. Des centaines de milliers d’hommes furent envoyées en Corée. A partir de la mi-septembre, le Nord commençait à battre en retraite. Seoul fut reprise le 20 septembre, et les troupes impérialistes foncèrent vers le Nord, avant d’être repoussées par l’entrée en guerre de la Chine.

Loin d’être une affaire mineure, cette guerre fut menée de façon déterminée par les impérialistes munis d’armes biologiques et nucléaires et fit peser sur l’URSS une menace d’enlisement. En trois ans environ trois millions de personnes furent tuées, en grande majorité des civils. Cette terrible guerre allait aussi permettre de tester la politique du Parti Communiste Yougoslave. Privé de l’aide soviétique depuis 1948, le PCY chercha un appui auprès des impérialistes.

Comme tous les staliniens, son objectif était bel et bien la “coexistence pacifique” avec la bourgeoisie mondiale. Pour ce faire, il fallait se montrer utile et discipliné. Ainsi, après avoir pris sa place à l’ONU, la Yougoslavie appuya les résolutions impérialistes et l’envoi de troupes contre le Nord. Les limites de l’évolution politique du PCY devenaient évidentes.

Pour le SI, c’était clair : le PCY avait montré son incapacité à achever son évolution vers la politique révolutionnaire. De toute évidence, il n’avait pas “suivi le tracé du trotskysme” jusqu’au bout.

Le SI faisait une distinction (peu dialectique) entre la politique intérieure du PCY (= bonne) et sa politique extérieure (= mauvaise). De cette façon, il pouvait maintenir ses anciennes positions et ses nouvelles : “Sur le plan intérieur, ils (le PCY) cherchèrent nettement un appui dans la classe ouvrière. Par contre, sur le plan extérieur, le PCY n’osa pas se tourner franchement vers la classe ouvrière mondiale.” (10)

Mais pour d’autres, et notamment pour Bleibtreu et la majorité de la section française, la solidarité avec la Yougoslavie, et les liens que le PCY avait noué avec le mouvement ouvrier occidental étaient devenus plus importants que son évident tournant à droite.

C’est à partir de ce moment-là que les véritables divisions commencèrent à surgir dans l’Internationale et que les positions qui mèneront à la scission de 1953 se sont développées. Mais les lignes de division ne sont pas claires, et, à l’époque, personne ne comprend où elles pourraient mener. Pis, personne ne comprend où se trouve le vrai enjeu. Tout le monde partagea l’erreur centriste fondamentale de l’Internationale.



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Pour une discussion de la politique du SWP (US) pendant la guerre de Corée, cliquez ici


NOTES
1 CR du VII plénum du CEI, BI du SI de la QI, mai 1949, p3
2 Ibidem, p4
3 Pendant toute la période d’après-guerre, l’Internationale ne dépassa pas une analyse de “la sous-consommation des masses”, où la force motrice de la crise est l’incapacité des masses d’acheter les marchandises qu’elles produisent : “La hausse continue des prix a épuisé peu à peu la capacité d’achat des masses américaines (...) une surproduction (...) par rapport à la diminution de la capacité d’achat” (ibidem) Cette position est celle des réformistes, pour la simple raison que ses conclusions sont... réformistes. Pour désamorcer la crise, selon eux, il suffit d’augmenter les salaires. En fait, même si la question de réalisation de la valeur contenue dans les marchandises est fondamental à toute crise, la question n’est pas seulement de vendre, mais de récupérer suffisamment du profit pour accumuler faire face aux concurrents. Il faut donc aussi inclure dans un modèle de crise - et donc dans une analyse et une critique du système capitaliste - la tendance du taux de profit à baisser, du fait de la croissance de la composition organique du capital. Ce que l’Internationale n’a jamais fait.
4 Ibidem
5 Quatrième Internationale, mai 1950, p46
6 Les événements de Corée et l’intervention impérialiste en extrême-orient, résolution du SI, 1.7.50
7 Quatrième Internationale, août 1950, p16
8 Il en va de même pour une résolution adoptée par le CC du PCI le 30.9.50 (La Vérité supplément n° 257)
9 Quatrième Internationale, août 1950, p20-22
10 Circulaire du SI, 15 novembre 1950, p2



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Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion