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17 mai 2002
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La Quatrième Internationale 1940-1953

Une nouvelle adaptation : la Chine

Devant la prise du pouvoir par Mao en Chine (cliquez ici), l’Internationale se demanda si l’expérience yougoslave était en train de se répéter. La réponse initiale, adoptée lors du VIIe plénum du CEI, en avril 1949, fut négative. Le CEI définit le mouvement dirigé par Mao comme “un mouvement paysan dirigé par les staliniens” (1) et rejeta la possibilité d’un cours similaire à celui de l’Europe de l’Est, étant donné l’absence des troupes soviétiques et la taille de la Chine.

L’Internationale, opérant toujours avec la méthode de “l’assimilation structurelle” n’arrivait pas à comprendre le véritable enjeu, et que les staliniens puissent exproprier de manière bureaucratique le capitalisme en Chine comme l’avait fait Tito en Yougoslavie.

Il est frappant que, même dans cette première résolution, l’Internationale ne mit en avant ni l’importance d’un parti révolutionnaire armé d’un programme d’action, ni l’importance stratégique de l’Internationale et de la direction consciente pour mener à bien la révolution. A sa place, le CEI se contenta d’appeler les trotskystes chinois à formuler “un programme de lutte irréductible contre l’opportunisme et le bureaucratisme stalinien”, sans pour autant donner la moindre indication sur le contenu d’un tel programme. (2)

Un an plus tard, le CEI avança l’esquisse d’un programme, mais il était entièrement conçu dans l’optique d’un développement “yougoslave”. Ainsi le CEI appela à “l’organisation démocratique des masses et leur participation effective à la gestion de l’Etat et au contrôle de l’économie. Il n’est pas impossible qu’une telle orientation résulte de la pression des masses sur le PC et de la victoire dans ses rangs d’une aile gauche.” (3)

La conclusion logique de cette politique fut, bien évidemment, le soutien apporté au gouvernement de front populaire de Mao : “Le devoir des marxistes-révolutionnaires en Chine est (...) de définir un programme non-ultimatiste, de soutien critique au régime de Mao Tse-Tung, faisant confiance aux forces propres de la Révolution Chinoise et tenant compte de la réalité concrète du pays et de ses difficultés.” (4)

Nous sommes loin de la politique révolutionnaire qui consiste d’abord à appuyer l’organisation des masses travailleuses autour de revendications nettes, et à refuser tout soutien — même “critique” — à un gouvernement bourgeois. Le danger énorme que représentait pour les masses chinoises — et pour les trotskystes — le régime de Mao fut totalement sous-estimé.

La réponse de l’Internationale à la révolution chinoise — même si elle apparaît plus mesurée que celle donnée à la rupture Tito-Staline — montre que l’erreur de 1948 s’est transformée en une méthode, qui va guider la direction à chaque tournant de la situation mondiale.

Par la suite, la Chine devint un cheval de bataille pour ceux qui, dans la section française, se voulaient des opposants au “révisionnisme pabliste”. Mais la politique qu’ils défendaient sur cette question était encore plus liquidationniste que celle avancée par le SI.

Bleibtreu, en particulier, s’acharna contre la section chinoise pour ne pas avoir pratiqué l’entrisme au sein du PCC, et soutenait — contre toute évidence — que Mao avait rompu avec le stalinisme. Au IIIe Congrès Mondial, par exemple, il soutint que “Ce parti autrefois stalinien a cessé de l’être et est devenu un parti centriste”. (5)

Encore plus ironique est le fait que, juste avant l’exclusion de la majorité du PCI par le CEI de juin 1952, Bleibtreu est toujours en train d’attaquer le SI à cause de sa politique trop peu enthousiaste à l’égard de la Chine, qu’il considérait comme “le moteur essentiel de la révolution mondiale actuellement”.(6)

A la différence de la majorité du CEI, Bleibtreu considérait que la Chine était devenue un Etat ouvrier à partir du moment où Mao avait pris le pouvoir.

Quel programme Bleibtreu avançait-il pour les masses chinoises? Au lieu d’une révolution politique, il proposait la “voie de réformes”, “de réformes bien entendu très profondes’. (7) Bien entendu.

Cette politique est identique à celle du SI à l’égard de la Yougoslavie. Bleibtreu, comme tous ceux qui allaient créer le “Comité International”, appliquait exactement la même méthode centriste. (8)



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Pour savoir plus sur la “révolution chinoise” cliquez ici


NOTES
1 Résolution sur la troisième révolution chinoise, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t3, p463
2 Ibidem, p472
3 Le tournant de la situation mondiale et les tâches de la Quatrième Internationale, Quatrième Internationale, mars 1950, p55
4 Ibidem
5 Réponse de Bleibtreu à Pablo, Les Congrès de la IVe Internationale, t4, p209
6 CR de la discussion sur la 3è révolution chinoise, BI du SI de la QI, juillet 1952, p29
7 Ibidem.
8 Il est intéressant de noter que cet enthousiasme pour la Chine fut maintenu après la rupture de 1953. Par exemple, en 1963, Varga, dirigeant du Comité international, écrivait dans les pages de La Vérité, organe lambertiste, “nous n’excluons pas la possibilité de voir le PCC se redresser contre ses ennemis et renouer avec la classe ouvrière internationale. (...) Il est possible que le PCC se rapproche du programme de la IVème. (...) Dans cette voie, nous voyons la possibilité de ce que ce parti rompe définitivement avec les partis staliniens et établisse un front uni basé sur l’internationalisme prolétarien en alliance avec les peuples opprimés. En cas de danger imminent contre la Chine, les ouvriers chinois, guidés par leurs éléments les plus clairvoyants et les plus dévoués, peuvent et doivent barrer la route aux éléments conservateurs et oeuvrer pour le redressement du parti.” (La Vérité, N° spécial Où va l’URSS - 1963; cité par H. Weber, Qu’est-ce que l’AJS, 1971, p85-86)



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La Quatrième Internationale 1940-1953
(33 pages web)

Préface

La QI et la guerre

La direction de la QI pendant la guerre

Les trotskystes français et la guerre

Le SWP (US) et la guerre

La question démocratique et la guerre

La conférence de 1946

Le SWP (US) après la guerre


La direction internationale après la guerre

La section française 1946-48

La section britannique 1946-1948

1948 : le IIe Congrès

Le IIe Congrès et le stalinisme

La crise Yougoslave

La nature de la Yougoslavie

1949 : l'Internationale tourne à droite

L’Internationale et l’Europe de l’Est

L’Internationale et la Chine

La révolution chinoise

La guerre de Corée

Le SWP (US) et la guerre de Corée

1951 : Un changement de perspectives

“Où allons-nous?”

"Où va Pablo?"

1951 : Crise en France

1951 : le IIIe Congrès

L’entrisme “sui generis”

La scission au sein du PCI français

La lutte au sein du SWP (US)


Pablo et Healy

La révolution bolivienne

1953 : La scission de l'Internationale

Cannon, le SWP et l’Internationale

Conclusion