La Quatrième Internationale 1940-1953
Une nouvelle adaptation : la Chine
Devant la prise du pouvoir par Mao en Chine (cliquez ici), lInternationale se demanda si lexpérience yougoslave était en train de se répéter. La réponse initiale, adoptée lors du VIIe plénum du CEI, en avril 1949, fut négative. Le CEI définit le mouvement dirigé par Mao comme un mouvement paysan dirigé par les staliniens (1) et rejeta la possibilité dun cours similaire à celui de lEurope de lEst, étant donné labsence des troupes soviétiques et la taille de la Chine.
LInternationale, opérant toujours avec la méthode de lassimilation structurelle narrivait pas à comprendre le véritable enjeu, et que les staliniens puissent exproprier de manière bureaucratique le capitalisme en Chine comme lavait fait Tito en Yougoslavie.
Il est frappant que, même dans cette première résolution, lInternationale ne mit en avant ni limportance dun parti révolutionnaire armé dun programme daction, ni limportance stratégique de lInternationale et de la direction consciente pour mener à bien la révolution. A sa place, le CEI se contenta dappeler les trotskystes chinois à formuler un programme de lutte irréductible contre lopportunisme et le bureaucratisme stalinien, sans pour autant donner la moindre indication sur le contenu dun tel programme. (2)
Un an plus tard, le CEI avança lesquisse dun programme, mais il était entièrement conçu dans loptique dun développement yougoslave. Ainsi le CEI appela à lorganisation démocratique des masses et leur participation effective à la gestion de lEtat et au contrôle de léconomie. Il nest pas impossible quune telle orientation résulte de la pression des masses sur le PC et de la victoire dans ses rangs dune aile gauche. (3)
La conclusion logique de cette politique fut, bien évidemment, le soutien apporté au gouvernement de front populaire de Mao : Le devoir des marxistes-révolutionnaires en Chine est (...) de définir un programme non-ultimatiste, de soutien critique au régime de Mao Tse-Tung, faisant confiance aux forces propres de la Révolution Chinoise et tenant compte de la réalité concrète du pays et de ses difficultés. (4)
Nous sommes loin de la politique révolutionnaire qui consiste dabord à appuyer lorganisation des masses travailleuses autour de revendications nettes, et à refuser tout soutien même critique à un gouvernement bourgeois. Le danger énorme que représentait pour les masses chinoises et pour les trotskystes le régime de Mao fut totalement sous-estimé.
La réponse de lInternationale à la révolution chinoise même si elle apparaît plus mesurée que celle donnée à la rupture Tito-Staline montre que lerreur de 1948 sest transformée en une méthode, qui va guider la direction à chaque tournant de la situation mondiale.
Par la suite, la Chine devint un cheval de bataille pour ceux qui, dans la section française, se voulaient des opposants au révisionnisme pabliste. Mais la politique quils défendaient sur cette question était encore plus liquidationniste que celle avancée par le SI.
Bleibtreu, en particulier, sacharna contre la section chinoise pour ne pas avoir pratiqué lentrisme au sein du PCC, et soutenait contre toute évidence que Mao avait rompu avec le stalinisme. Au IIIe Congrès Mondial, par exemple, il soutint que Ce parti autrefois stalinien a cessé de lêtre et est devenu un parti centriste. (5)
Encore plus ironique est le fait que, juste avant lexclusion de la majorité du PCI par le CEI de juin 1952, Bleibtreu est toujours en train dattaquer le SI à cause de sa politique trop peu enthousiaste à légard de la Chine, quil considérait comme le moteur essentiel de la révolution mondiale actuellement.(6)
A la différence de la majorité du CEI, Bleibtreu considérait que la Chine était devenue un Etat ouvrier à partir du moment où Mao avait pris le pouvoir.
Quel programme Bleibtreu avançait-il pour les masses chinoises? Au lieu dune révolution politique, il proposait la voie de réformes, de réformes bien entendu très profondes. (7) Bien entendu.
Cette politique est identique à celle du SI à légard de la Yougoslavie. Bleibtreu, comme tous ceux qui allaient créer le Comité International, appliquait exactement la même méthode centriste. (8)
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NOTES
1 Résolution sur la troisième révolution chinoise, Les Congrès de la Quatrième Internationale, t3, p463
2 Ibidem, p472
3 Le tournant de la situation mondiale et les tâches de la Quatrième Internationale, Quatrième Internationale, mars 1950, p55
4 Ibidem
5 Réponse de Bleibtreu à Pablo, Les Congrès de la IVe Internationale, t4, p209
6 CR de la discussion sur la 3è révolution chinoise, BI du SI de la QI, juillet 1952, p29
7 Ibidem.
8 Il est intéressant de noter que cet enthousiasme pour la Chine fut maintenu après la rupture de 1953. Par exemple, en 1963, Varga, dirigeant du Comité international, écrivait dans les pages de La Vérité, organe lambertiste, nous nexcluons pas la possibilité de voir le PCC se redresser contre ses ennemis et renouer avec la classe ouvrière internationale. (...) Il est possible que le PCC se rapproche du programme de la IVème. (...) Dans cette voie, nous voyons la possibilité de ce que ce parti rompe définitivement avec les partis staliniens et établisse un front uni basé sur linternationalisme prolétarien en alliance avec les peuples opprimés. En cas de danger imminent contre la Chine, les ouvriers chinois, guidés par leurs éléments les plus clairvoyants et les plus dévoués, peuvent et doivent barrer la route aux éléments conservateurs et oeuvrer pour le redressement du parti. (La Vérité, N° spécial Où va lURSS - 1963; cité par H. Weber, Quest-ce que lAJS, 1971, p85-86)
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