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avril 2007
Quel vote en 2007 ?
L'incapacité des Collectifs à présenter un candidat commun est un reflet du désarroi actuel du mouvement ouvrier en France. Malgré des périodes de luttes intensives, et l'hostilité ressentie par une partie importante de la population face à l'offensive marchande dans le secteur public et devant les attaques contre les travailleurs, les sections les plus avancées de la classe ouvrière n'ont pas encore répondu à la question : de quel parti a-t-on besoin ? Ainsi, l'avant-garde ouvrière est actuellement très dispersée, et aucune organisation et aucun secteur ne joue un rôle hégémonique au sein de la classe ouvrière.
En général, la tactique électorale permet aux révolutionnaires, là où ils n'ont pas leur propre candidat, de soutenir de manière critique des candidats ou des partis qui sont soit historiquement liés à la classe ouvrière, soit qui ont des liens réels avec des luttes ouvrières importantes. Dans la situation actuelle, cette tactique ne peut pas s'appliquer facilement. Qui plus est, les deux tours de l'élection permettent aux travailleurs d'exprimer une préférence politique claire au premier tour. Dans la situation actuelle, avec une avant-garde fragmentée et une multiplicité de candidats se réclamant, de près ou de loin, de la classe ouvrière, il serait erroné de favoriser un candidat particulier au premier tour.
Pour certains militants, échaudés par le succès de Le Pen en 2002, un « vote utile » en faveur de Royal déterminera leur choix. Pour d'autres, une tradition ou un penchant en faveur de la personne d'Arlette ou d'Olivier Besancenot, ou de leurs organisations, voire l'influence locale ou l'orientation politique du PCF ou même du PT expliqueront leur vote. Dans ces circonstances, et sans un candidat s'appuyant sur un programme révolutionnaire, ou avec des liens clairs à des luttes importantes, il n'y a pas de solution facile et simple.
Par exemple, il serait difficile pour nous de chercher à convaincre un militant pensant voter pour Arlette de voter pour Olivier Besancenot. De la même manière, des travailleurs ayant toujours des illusions dans le PC ou le PS ne rompront pas avec le réformisme suite à un argument propagandiste consistant à appeler à voter LO ou LCR. Et, évidemment, les millions de travailleurs qui _ avec raison _ détestent le PS et se considèrent comme des révolutionnaires ne seront pas impressionnés par un appel à « voter utile » pour Royal.
Dans cette situation, caractérisée par la fragmentation et la dispersion, aucune tactique électorale n'aurait la capacité d'influencer l'évolution de la conscience politique des travailleurs. Cela se passera lors de l'inévitable «troisième tour social ». Nous pensons que les travailleurs devraient voter pour un des candidats qui aient soit des liens avec la classe ouvrière, soit défendent clairement les intérêts des travailleurs. Ceci inclurait Royal (et le PT), mais exclurait Bové.
Si, au deuxième tour, on nous offrait un choix entre Royal et Sarkozy, nous appellerions à voter Royal. Nous n'avons aucune illusion sur ce que représenterait une présidence Royal et un nouveau gouvernement PS ou pire, une coalition PS-UDF. Mais il semble probable que des millions de travailleurs ne soient pas d'accord, et chercheront à endiguer la menace néo-libérale et autoritaire représentée par Sarkozy en votant Royal. De telles illusions si minces soient-elles, et même si elles ne sont exprimées qu'aux urnes ne seront détruites qu'en brisant l'influence réelle du PS, à travers la lutte des classes et la construction d'un parti révolutionnaire.
En fin du compte, de telles tactiques électorales ne sont que cela des tactiques au sein d'une guerre de classe à l'échelle historique. Peu importe le résultat de l'élection, les luttes qui suivront poseront encore une fois la question de la direction et de l'orientation politiques du mouvement ouvrier. Si Sarkozy (ou même Bayrou) gagnait, on peut s'attendre à une offensive rapide et ouverte contre les travailleurs du secteur public. Si Royal gagne, cette offensive aura toujours lieu, mais accompagnée de tentatives de camouflage ou en échange de réformes mineures, soutenues par l'appétit des dirigeants syndicaux.
Paradoxalement, une telle situation rendrait plus claire la position des révolutionnaires, car elle révélerait les dirigeants réformistes (politiques et syndicaux) comme les architectes responsables de l'offensive capitaliste.
Si, ensemble, nous savions saisir cette opportunité, développer un programme d'action révolutionnaire capable de repousser ces attaques et de rassembler la classe ouvrière, le « troisième tour » serait infiniment plus important que l'élection présidentielle elle-même.
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