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3 décembre 2000
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La LCR et la Palestine : quelle solidarité, quelle critique ?

La crise actuelle en Palestine et les centaines de Palestiniens tués par l’armée israélienne placent tout militant en face de ces simples questions : comment mettre fin aux massacres, comment faire aboutir la lutte de libération nationale des Palestiniens ?

La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) est doublement concernée par la situation actuelle : d’une part en tant qu’organisation française voulant brandir le drapeau de la solidarité, d’autre part en tant que section de la Quatrième Internationale (secrétariat unifié) qui a des militants en Israël.

Parmi ceux-ci, Michel Warshawski, bien connu pour son opposition acharnée à la politique du gouvernement sioniste.

Face au mouvement des masses palestiniennes et à la politique assassine d’Israël, la LCR avance la position suivante :
"Pour arrêter la folie meurtrière en cours, il faut une intervention internationale, décidée à imposer au moins le retrait des forces militaires israélo-américaines. Les Palestiniens appellent à une protection internationale. Cet appel doit être repris avec vigueur par le mouvement de solidarité."

Sentiment louable, certes, et dans la droite ligne de la politique de l’OLP. Mais une question évidente se pose : qui va fournir cette protection internationale ? Quels pays, sous quel commandement, avec quelles forces et pour quel objectif ?

Sans des réponses claires à de telles questions, la politique de la LCR risque fort de n’être que la cinquième roue du carrosse... impérialiste. Exagération polémique ? Pas du tout : cela s’est déjà fait, l’année dernière, au sujet du Kosovo.

Face aux bombardements de l’OTAN et les persécutions des Albanais par les Serbes, la LCR avait appelé à l’intervention de l’ONU afin de protéger les Albanais. A l’époque, nous avons expliqué que l’idée que l’ONU pouvait défendre les opprimés était au mieux une utopie, au pire une politique aux relents réformistes qui semait des illusions dans les institutions internationales de l’impérialisme.

Très rapidement, il est devenu apparent que nous avions raison. Depuis juin 1999, les voeux de la LCR sont exaucés : le Kosovo est devenu un protectorat de l’ONU. Mais ce sont les forces de l’OTAN (KFOR) qui assure ce statut, ou qui plutôt assure le maintien d’une paix réactionnaire qui refuse aux Kosovars le droit à l’autodétermination. Loin d’être là pour protéger les Kosovars, la KFOR avait avant tout pour mission de réprimer et de désarmer les masses albanaises, ce qu’elle a fait.

Il est évident que l’envoi d’une éventuelle (et très hypothétique) force internationale en terres palestiniennes aurait exactement les mêmes conséquences.

Que l’OLP appelle à une telle "solution" n’a rien d’étonnant. En acceptant les accords d’Oslo en 1993, l’OLP a montré une fois pour toutes les limites de sa politique nationaliste petite-bourgeoise.

En accordant à l’Etat sioniste le droit d’exister et en acceptant comme seul horizon la création d’un mini-Etat palestinien, fantoche et géographiquement éparpillé, en laissant tomber la question du droit de retour des 4 millions de réfugiés, l’OLP a effectivement abandonné la lutte du peuple palestinien. Mais qu’une organisation se réclamant de la révolution permanente lui emboîte le pas est plus triste. En effet, c’est sur toute sa ligne que la LCR et son organisation internationale s’adaptent à la politique de l’OLP.

Ainsi, Inprecor du mois de novembre 2000, organe de presse international du SU, commente sans condamner Arafat qui a fait "le choix problématique et extrêmement risqué en décidant un cessez-le-feu (lors des accords d’Oslo - ndlr) en échange d’un tête-à-tête israélo-palestinien sous le haut patronage de l’impérialisme américain."

Risqué pour qui, pour quoi ? Problématique dans quel sens ? Silence. Poursuivons :
"Il a, en outre, accepté de faire des compromis extrêmes imposés par Israël et les USA, de prendre des mesures de répression contre ceux qui lui refusaient le droit de faire de tels compromis au nom du peuple. (...) S’ils ont accepté les diktats israéliens, c’était dans l’idée d’obtenir, à la fin de la période intérimaire, la fin totale de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et un Etat souverain dans les territoires libérés, avec Jérusalem pour capitale. L’Histoire dira si la méthode était la bonne."

L’adaptation de la LCR à la politique de l’OLP va jusqu’à accepter l’existence de l’Etat d’Israël. Ainsi, le rédacteur en chef de Rouge, Christian Piquet, a expliqué que "Dans les conditions présentes, l’existence de deux Etats apparaît le seul moyen d’ouvrir à terme le chemin d’une solution fédérale ou confédérale pour les deux occupants d’une même terre."

Mais une telle "solution" n’en est pas une pour le peuple palestinien. Il serait tout simplement privé de ses terres, occupées de manière illégitime par les sionistes.

L’existence d’un Etat israélien sert les intérêts de l’impérialisme. D’une certaine manière, l’accepter est aussi accepter la domination de l’impérialisme dans la région. Ce que l’OLP a fait depuis longtemps, et que la LCR semble prête à faire à son tour.

Actuellement les masses palestiniennes se méfient ouvertement de la politique de l’OLP, elles ont lancé une nouvelle Intifada et celle-ci a produit des tensions importantes au sein du camp palestinien.

Le SUQI, l’une des rares organisations d’extrême gauche présentes au Moyen Orient, au lieu d’exposer ces contradictions et chercher à gagner des militants à son point de vue, s’abstient de toute position claire ("l’Histoire dira...") préférant ainsi offrir une couverture de gauche à la politique d’Arafat.

Et depuis la création de l’Autorité Nationale de la Palestine (ANP), Arafat n’est plus seulement le dirigeant d’un mouvement nationaliste. Désormais, il dirige un Etat, muni d’un appareil répressif.

Nous ne jouons pas avec les mots : 60% du budget de l’ANP est voué à l’appareil d’Etat - forces de répression et bureaucratie. Depuis sa fondation, la police palestinienne, sous contrôle d’Arafat, a eu comme tâche principale non pas de protéger les masses contre d’éventuelles attaques d’Israël, mais de protéger Israël et ses colons contre des attaques des forces palestiniennes!

Cet Etat embryonnaire, loin d’être l’objectif de l’action des révolutionnaires, devient chaque jour une force à abattre, parce qu’elle est entièrement vouée à la protection de la propriété privée, au maintien de l’Etat sioniste dans le contexte des accords d’Oslo, et à la répression des masses palestiniennes.

Au lieu de suivre la politique de l’OLP, il faut chercher à fournir aux masses palestiniennes un parti et un programme capables de rompre avec le compromis et le nationalisme petit bourgeois et de prôner la véritable libération des masses palestiniennes.

Les premiers pas d’une telle démarche sont de refuser tout appel à une "intervention internationale", soulevant à sa place le besoin d’un soutien financier et donc militaire à l’Intifada par les masses des pays arabes voisins et des forces progressistes des autres pays.

Il faut également soulever clairement la critique de la direction actuelle, tout en se montrant complètement solidaire, des actions, de la nouvelle Intifada.

La crise politique créée par la situation actuelle en Palestine est extrêmement prometteuse pour une telle lutte politique.

Mais pour la réussir, il faut la commencer, ce que la LCR et son organisation internationale ne veulent pas faire, semble-t-il.


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