pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
18 janvier 2002
pix_transparent


La mondialisation et la crise argentine

La mondialisation que connaît actuellement l’économie mondiale, et dont les effets touchent avant tout les travailleurs, est la suite des développements suivants:

• En 1971, l’hégémonie nord-américaine sur l’économie mondiale s’est effondrée entraînant la disparition de la parité dollar-or et tout le système d’échanges mis en place après la dernière guerre.

• A partir de 1989 et de la chute du stalinisme, l’effondrement de l’ordre mondial a bouleversé les rapports de domination entre les pays et a encore affaibli la capacité des Etats à réguler le commerce et les investissements internationaux. Malheureusement, la classe ouvrière internationale n’a pas pu saisir cette opportunité pour imposer son propre pouvoir et une autre organisation de l’économie mondiale. En conséquence, ce sont les patrons qui ont triomphé — temporairement.

• Les “nouvelles” formes de production — le “flux tendu” et les “cercles de qualité” — liées aux développements informatiques qui permettent aux investissements de traverser la planète en un clin d’oeil, font en sorte que le capital peut se déplacer là où il veut, sans entrave.

Les entreprises multinationales sont donc devenues les véritables puissances, gérant des “budgets” plus grands que le PNB des pays “moyens” et capables d’imposer leur volonté aux Etats. Le capital, toujours à la recherche de la production la plus rentable, déplace ses entreprises comme autant de pions sur l’échiquier. C’est l’époque de la délocalisation.

Mais pour comprendre ces développements, il faut les replacer dans leur contexte historique et voir en quoi ils représenteraient une étape nouvelle dans l’histoire du capitalisme.

L’époque impérialiste, qui s’est développée entre 1895 et 1914, a vu la multiplication des rapports commerciaux internationaux. Rien de fondamental n’a donc changé à cet égard. Un seul fait le démontre : aujourd’hui, le commerce international représente la même proportion de la production mondiale qu’en 1913.

Si le commerce international a augmenté en quantité, son poids dans l’économie mondiale impérialiste demeure inchangé. Mais entre-temps, le commerce mondial a connu des hauts et des bas. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une phase ascendante, qui ramène les chiffres à leur point fort des débuts du système impérialiste. Voilà un aspect bien réel de la “mondialisation”.

Depuis 15 ans, le commerce mondial s’est développé deux fois plus vite que la production, et depuis 1983 les investissements à l’étranger ont augmenté de plus de 30% par an en moyenne.

Les cibles de ces investissements ne sont pas forcément les pays semi-coloniaux. Si l’exploitation directe des pays dominés par l’impérialisme est au coeur de ce système pourri, l’écrasante majorité des investissements à l’étranger s’est toujours faite et se fait encore aujourd’hui entre pays riches.

On voit ainsi que plusieurs aspects “novateurs” de la phase actuelle de l’économie mondiale ne sont que de nouvelles expressions des tendances fondamentales de l’époque impérialiste.

Néanmoins, certains développements sont réellement nouveaux. L’affaiblissement de l’hégémonie nord-américaine sur les plans politique et économique, et l’effondrement du système stalinien avec la restauration du capitalisme qui a suivie, ont bouleversé le cadre d’exploitation et de domination établi à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale par les impérialistes.

Aujourd’hui, les USA tentent — avec un certain succès — de rétablir cette domination, à travers leurs succès économiques des années 90, et leur terrible guerre contre l’Afghanistan et le “terrorisme”, qui a reçue le soutien de la plupart des pays, dont la France.

En parallèle, depuis les années 70, les USA, soutenus par la Grande Bretagne, ont décidé de “déréguler” les marchés financiers partout sur la planète, contraignant tous les autres pays à ouvrir leur économie. Ce tournant a mis fin à la spirale inflationniste des années 70, et a érigé le dogme néo-libéral au rang de nouvelle “pensée unique”. Cette nouvelle phase de l’impérialisme, qui touche tous les pays de la planète, explique la mise en place de l’Euro, la politique de la Commission Européenne en matières économique et sociale, et la politique actuelle du FMI à l’égard de l’Argentine.

Désormais, la politique économique des plus grands Etats impérialistes a comme maîtres mots efficacité, réduction des dettes et discipline financière. C’est cette politique qu’ils imposent également aux autres pays, et en particulier à l’Argentine.

Cela a eu trois conséquences importantes :

1) L’explosion des bourses et des marchés des changes. Toutes les bourses de la planète enregistrent des records historiques car les actions et la spéculation sur les devises représentent le placement le plus rentable pour le capital financier. Avec l’introduction de nouvelles technologies et à la disparition des contrôles sur l’échange de devises, on assiste à une spirale vertigineuse de spéculation. Chaque jour, autour de la planète, plus de 10.000 milliards de francs sont échangés dans la seule spéculation sur les devises ! Cette bulle d’argent quasiment fictive a déjà perdu beaucoup de sa superbe, lors de l’effondrement des cours liés à l’Internet et l’après 11 septembre. Mais c’est loin d’être terminé, et elle risque de s’effondrer complètement un jour ou l’autre.

2) L’attaque contre les dépenses “sociales” — la sécurité sociale, la retraite, la sécurité de l’emploi — afin de réduire le budget de l’Etat. Les travailleurs de tous les pays impérialistes — les USA, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie... — subissent le même genre d’attaques, que celles dirigées contre les travailleurs des plus puissants pays semi-coloniaux (Corée de Sud...). Les pays d’Afrique et d’Amérique Latine ont déjà fait les frais de cette politique, avec une chute dramatique du niveau de vie et la montée en flèche de la pauvreté. Le fait que ce soit une politique poursuivie par tous les pays nous montre également que le Traité de Maastricht, même s’il coordonne et rythme la politique anti-ouvrière en Europe, n’est nullement le seul responsable de ces attaques.

3) Les “délocalisations” d’emplois afin de profiter de salaires plus bas ou de charges sociales moins élevées. Une partie importante de cette délocalisation se fait vers les pays sous-développés : par exemple, dans l’informatique la sous-traitance est de plus en plus réalisée en Inde ou aux Philippines. Cette tendance n’est pas nouvelle : depuis longtemps, l’industrie textile a largement disparu de l’Europe pour être “délocalisée” en Inde ou ailleurs, et les chantiers navals ont presque disparu de l’Europe et des USA pour réapparaître en Corée du Sud.



L’impérialisme selon Lénine

• Concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique.

• Fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce “capital financier”, d’une oligarchie financière.

• L’exportation des capitaux, à la différence de l’exportation des marchandises, prend une importance toute particulière.

• Formation d’unions internationales monopolistes des capitalistes partageant le globe.

• Partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes.


Haut


pix_transparent
pix_transparent