pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
11 avril 2002
pix_transparent
1989 : L’effondrement du stalinisme

En 1989 le monde a vécu une intense période de convulsions historiques : une transformation révolutionnaire. La division politique de la planète, établie à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, a fondu comme neige au soleil. Toutes les certitudes acquises depuis presque un demi-siècle se sont évaporées d’un coup.

A partir de l’été 1989, des événements majeurs se sont succédés à une vitesse incroyable alors que le système stalinien, cette dictature sanglante qui écrasait les populations de l’Europe de l’Est, s’effondrait :

• Mai : Des manifestations, faibles en nombre, énormes par leur signification, ont lieu en Allemagne de l’Est (RDA) pour protester contre la fraude électorale.

• Juin : Des élections parlementaires pluralistes ont lieu en Pologne. Les staliniens ne gagnent qu’un tiers des sièges et Solidarnosc, ex-syndicat illégal transformé en parti politique chrétien-démocrate, constitue le nouveau gouvernement.

• Juillet : Les bureaucrates chinois écrasent dans le sang le mouvement de protestation de la Place Tienanmen qui réclame plus de démocratie, alors que les travailleurs commencent à soutenir les étudiants et à former des syndicats indépendants. C’est là l’unique victoire stalinienne.

• Août : Le gouvernement hongrois, ayant suivi une politique de réformes économiques depuis dix ans, ouvre sa frontière avec l’Autriche. Des dizaines de milliers de travailleurs de toute l’Europe de l’Est passent en Occident.

• Octobre : Alors que la RDA s’apprête à “fêter” le quarantième anniversaire du régime stalinien, des manifestations de masse, fortes de centaines de milliers de participants, secouent le pays. Lâché par les soviétiques, le dirigeant honni et corrompu de la RDA, Honecker, démissionne.

.• Novembre : Le Mur de Berlin, qui symbolise la division de l’Allemagne, tombe lors d’une nuit de liesse populaire. En Bulgarie, suite aux manifestations de masse, le parti communiste oblige Zhivkov (en poste depuis 35 ans) à démissionner afin de garder le pouvoir. En vain. En même temps, 200.000 manifestants descendent dans les rues de Prague.

• Décembre : La “révolution de velours” bouleverse la Tchécoslovaquie alors que le gouvernement stalinien démissionne. En Roumanie, par contre, la révolution est tout sauf pacifique. Ceaucescu, “le génie des Carpates”, comme il se fait appeler, est tombé sous l’effet d’un soulèvement armé. L’appareil policier cherche à endiguer le mouvement en lançant une répression sanglante, mais rien n’y fait et Ceaucescu subit le même traitement que beaucoup de ses sujets : il est exécuté, une balle dans la nuque.

Lors de chacun de ces mouvements, les staliniens ont cherché à se ressaisir, à trouver dans leurs rangs un “homme neuf”, voire un “parti neuf”, qui pourrait incarner le changement dans la continuité, comme ils l’avaient fait à plusieurs reprises en Pologne.

Mais les couleuvres staliniennes ne passeront plus : les masses n’ont plus aucune intention de les avaler.

Telles des feuilles mortes, les staliniens sont balayés par le vent de l’Histoire. Cinquante ans de règne disparaissent presque du jour au lendemain.

Les conséquences de cette véritable révolution sont énormes et on en sent aujourd’hui toujours les ondes de choc.

L’impérialisme s’est senti tellement renforcé que pendant quelques années il a annoncé le triomphe de son “nouvel ordre mondial” qui marquait “la fin de l’Histoire” !

Pourtant, la lutte de classes a continué. Et pour certains peuples, cela a même eu des conséquences tragiques : la vague de guerres nationalistes des années 90 est le résultat direct de la disparition des États staliniens fédéraux qu’étaient l’URSS et la Yougoslavie.

Partout, les travailleurs ont créé de nouveaux syndicats, des comités d’usine et de quartier qui, pendant une courte période, ont offert la possibilité d’un autre avenir.

Mais ce sont les capitalistes en herbe, les bureaucrates reconvertis, qui ont raflé la mise et empêché les travailleurs de profiter pleinement de la crise politique et d’imposer leur pouvoir.

Le stalinisme est mort. Et, seuls des nostalgiques d’une caricature sanglante du communisme peuvent le regretter. Mais la restauration du capitalisme qui se fait à l’Est a des conséquences terribles sur le niveau de vie de toute une génération de travailleurs. Il est donc important de comprendre clairement pourquoi cette convulsion historique n’a pas eu un résultat plus favorable au prolétariat mondial.


Le poids du stalinisme

Aujourd’hui, et en particulier pour les jeunes, l’ampleur de l’événement est difficile à jauger. Il faut se rappeler que pendant 45 ans, le monde était divisé en deux : la planète stalinienne des pays de l’Est d’un côté et le monde capitaliste de l’autre. Toute tendance politique, tout mouvement des masses, était obligé de se positionner par rapport au « communisme” version stalinienne.

Le centre politique, économique et militaire du monde stalinien était Moscou et sa bureaucratie qui, pendant les années 20, avait usurpé le pouvoir des travailleurs en URSS sous la direction de Staline.

A la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les impérialistes ont accepté l’occupation soviétique de la moitié de l’Europe. Ainsi l’Allemagne de l’Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Bulgarie ont tous vu l’imposition militaro-bureaucratique par les Forces Armées Soviétiques de régimes politiques et économiques semblables à celui de Moscou. Au préalable, celles-ci avaient assuré l’écrasement de tout mouvement indépendant des travailleurs.

En Yougoslavie, ce sont les partisans dirigés par Tito qui ont fait ce sale boulot, tout comme Mao en Chine. Sur une partie importante de la planète, le capitalisme fut éradiqué de manière bureaucratique, mais les travailleurs n’eurent jamais le moindre pouvoir.

Ces régimes se réclament du communisme, les dirigeants chantent les louanges de Marx, Engels et Lénine. Et les idéologues de la libération des travailleurs sont ainsi identifiés à une dictature meurtrière et anti-ouvrière.

Le “grand mensonge”, déjà répandu en URSS, s’exporte en Europe de l’Est.

Et comme en Russie, les travailleurs sont privés de toute expression politique : pas d’organisation indépendante, pas de liberté de la presse, même pas le droit de voyager hors du bloc de l’Est. L’intervention de la police secrète et la délation systématique sont utilisées tandis que la dictature traque la moindre faille de sa domination.

En même temps, l’économie “planifiée” par les bureaucrates ne répond pas aux besoins des masses. Pour les travailleurs, la consommation est réduite à des produits peu chers mais de mauvaise qualité et en nombre insuffisant.

Bien entendu, les choses vont tout autrement pour les bureaucrates (la “nomenklatura”). Maisons de campagne, produits de luxe (souvent occidentaux...), enrichissement personnel systématique sont les réalités cachées derrière la façade “communiste”.

Dès les origines du système stalinien, le gouffre qui sépare la vie quotidienne des masses et celle, privilégiée, des bureaucrates, crée une situation en permanence explosive dans laquelle la moindre revendication démocratique ou égalitaire peut conduire à l’effondrement de tout le système.

Tout cela est nié par les sbires occidentaux de la bureaucratie. Selon les partis communistes de l’Ouest, et en particulier le PCF, les travailleurs des pays “du socialisme réel” sont contents, les mouvements de contestation ne sont l’oeuvre que de forces petites-bourgeoises influencées par l’impérialisme, et l’écrasement sanglant des oppositions ouvrières est la réponse nécessaire d’un gouvernement légitime.

C’est en partie pour avoir ainsi cautionné la dictature stalinienne depuis les années 30 que le PCF et ses partis-frères ont perdu leur crédibilité et leur influence.


Expliquer le cours de la révolution

A plusieurs reprises, le stalinisme s’est servi de la répression militaire afin d’écraser un soulèvement populaire. Ce fut le cas lors des invasions soviétiques de la Hongrie (1956) et de la Tchécoslovaquie (1968) et du massacre chinois de juillet 1989. Mais, à l’exception de la Roumanie, les événements de 1989 en Europe de l’Est se sont déroulés pacifiquement.

Pourquoi ? Parce que les bureaucraties satellites suivent les indications de Moscou qui leur ordonne de laisser la population s’exprimer. C’est une façon de se refaire une image “démocratique” à bon compte, ce sur quoi Gorbatchev mise pour apaiser les impérialistes occidentaux et regagner leur confiance. Pour les dirigeants nationaux, il est évident qu’ils ne peuvent pas ordonner une répression militaire si les garnisons soviétiques ne les soutiennent pas.

En Roumanie, où il n’y avait pas de troupes soviétiques, la bureaucratie est livrée à elle-même. Les conseils et les pressions venus de Moscou — ou leur absence — n’ont aucune conséquence sur la politique paranoïaque de Ceaucescu et de sa police secrète, qui se croient à l’abri des masses. Ils se trompent profondément et en paient le prix.

La force motrice de chacune de ces révolutions — car il s’agit bel et bien de révolutions, dans le sens d’un changement rapide, total et incontrôlé du système politique — était la classe ouvrière. Les travailleurs ont participé massivement aux mouvements de protestation, voire, dans le cas de la Roumanie, au soulèvement populaire.

Plus encore, c’est la menace de l’intervention indépendante de la classe ouvrière qui a poussé les bureaucrates dans cette fuite en avant mortelle, par crainte d’une véritable riposte ouvrière à des décennies de dictature stalinienne.

Et pourtant, au bout du compte, les travailleurs ont été systématiquement dépossédés de tout rôle fondamental dans les gouvernements qui ont succèdé au stalinisme, à la fois en ce qui concerne la forme et le contenu.

La dualité de pouvoir — ou plutôt la “dualité d’impuissance” — qui s’est ouverte avec l’effondrement des régimes, avec d’un côté les staliniens et les capitalistes en herbe, et de l’autre côté les masses populaires mobilisées mais sans projet clair, a finalement été résolue en faveur des possédants. Pas les mêmes que par le passé, certes, mais farouchement hostiles à la classe ouvrière tout de même.

Ceux qui ont pris le pouvoir — le plus souvent au nom du “peuple” — sont des bureaucrates reconvertis, des intellectuels, voire, en ex-URSS et en Yougoslavie, des nationalistes. Et, partout, la politique qu’ils appliquent est celle de la restauration du capitalisme, de l’intégration totale de ces pays dans le système capitaliste mondial, à travers l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN.

Pourquoi ce manque d’indépendance de la part de la classe ouvrière ? Il y a plusieurs raisons liées à l’Histoire.

D’abord, depuis l’écrasement de la démocratie ouvrière par la bureaucratie stalinienne dans les années cinquante, il n’existait plus dans ces pays de tradition d’organisation politique. De ce fait, il n’y eut aucune organisation politique capable de répondre de manière adéquate à la situation révolutionnaire qui se profilait.

La seule exception fut peut-être en Pologne où les travailleurs avaient lutté depuis longtemps contre le régime bureaucratique, dans les années 70, puis en 1981 à travers le syndicat Solidarnosc. Mais celui-ci s’est transformé en parti politique libéral, prônant ouvertement la restauration du capitalisme. Ailleurs, les seules autres forces ouvrières existantes sont les partis staliniens et leurs diverses émanations culturelles.

Il n’y a donc aucune organisation ouvrière valable qui peut permettre aux travailleurs de s’exprimer et d’agir.

Ensuite, dans le contexte d’un mouvement historique si rapide, marqué en particulier par les mutations continues de fractions de la bureaucratie cherchant à sauver les meubles (parfois littéralement...), la “fenêtre” ouverte pour imposer une politique révolutionnaire est de courte durée. Et surtout les travailleurs ne peuvent se fier qu’à eux-mêmes et à leurs propres formes d’organisation créées spontanément au cours des luttes.

Les forces se réclamant du trotskysme, du fait des années de répression stalinienne et du discrédit apporté par la bureaucratie à toute forme de « marxisme”, n’ont pu avoir qu’une pénétration marginale. Il n’existe même pas d’embryon de parti révolutionnaire.

Malheureusement, la classe ouvrière est aussi sensible à l’idéologie bourgeoise que toute autre couche de la population, en particulier à l’issue de décennies de dictature “marxiste”. Elle prêta donc une oreille attentive au discours des intellectuels et des bureaucrates reconvertis, dont l’objectif numéro un était d’accéder aux droits démocratiques qui caractérisaient les pays impérialistes voisins, notamment la liberté d’expression et d’association et le droit de vivre sans la surveillance et le contrôle de l’État.

Tout cela est largement compréhensible, même si ces “droits” sont moins absolus et moins réels qu’ils semblent.

Mais les conséquences de cette politique ont été catastrophiques, car les masses ont été dépouillées de tout rôle politique et les pays se sont orientés vers la mise en place d’une économie de marché avec l’inflation, le chômage et la misère qui vont avec.

En Bulgarie et en Roumanie, ce sont les anciens bureaucrates reconvertis qui dominent le nouveau gouvernement ; en Pologne et en Tchécoslovaquie, d’anciens dissidents sont devenus gérants de la restauration. Enfin, en RDA, c’est carrément l’Allemagne de l’Ouest qui fait une OPA sur l’Est et qui absorbe son ancien voisin, moins de dix mois après la chute du Mur.

Partout, donc, le même résultat : les bureaucrates et les intellectuels se sont bien servis, et les travailleurs ont été trahis. La révolution a eu lieu, certes, mais ce ne sont pas les travailleurs qui en ont bénéficié.

La responsabilité ultime de cette situation revient au stalinisme et à ses effets destructeurs et pervers sur la conscience ouvrière.

C’est le stalinisme qui a pourri la conscience de classe de centaines de millions de travailleurs.

C’est le stalinisme qui a systématiquement détruit toute forme d’organisation ouvrière indépendante.

C’est le stalinisme qui a souillé le marxisme, qui a transformé une politique libératrice en justification de l’oppression sanglante.


Et aujourd’hui...

Dans les années qui ont suivi l’effondrement du stalinisme, particulièrement après l’éclatement de l’URSS en 1991, une vague de pessimisme a balayé le mouvement ouvrier international. Aux yeux de bon nombre de militants, la disparition de cette force qui prétendait s’opposer au capitalisme, représentait un affaiblissement profond du prolétariat mondial, voire entérinait l’échec de toute tentative de détruire le capitalisme.

Heureusement, il n’en est rien. En réalité, défendre une telle position révèle soit qu’on avait soi-même des illusions sur la nature du stalinisme, soit qu’on comptait trop sur des forces ouvrières qui, elles, avaient des illusions dans le stalinisme.

Loin d’être une tragédie, la disparition du stalinisme a représenté une libération pour les travailleurs, une ouverture réelle pour les révolutionnaires. La destruction de l’appareil répressif du stalinisme représentait un énorme pas en avant pour les travailleurs de ces pays, et l’affaiblissement des partis communistes occidentaux qui s’en est suivie a également libéré les travailleurs d’un fardeau qui les empêchait d’agir.

Bien entendu, aucun développement n’est unilatéral. Face à cette libération redoutable, il faut mettre dans la balance les dix ans de politique restaurationniste qui ont suivi, et la misère qu’elle a engendré et continue à engendrer.

Mais la seule véritable tragédie de ces événements n’est pas la mise en mouvement des masses, avec les risques encourus, mais le fait que le mouvement se soit arrêté à mi-chemin, après avoir détruit la dictature et arraché des acquis démocratiques.

Sur ce point, les révolutionnaires portent une part de responsabilité. Par leurs interventions avant et pendant la crise, ils auraient, peut-être, pu contribuer à changer le cours des événements pour mettre le mouvement sur la voie de la révolution politique contre la dictature, créant ainsi de véritables partis révolutionnaires.

En particulier, en se focalisant sur des revendications démocratiques qui mobilisaient les masses, tout en soulignant la nécessité d’une réponse ouvrière à la crise, il y avait la possibilité de jeter les bases d’une organisation à l’écoute des masses et capable de montrer la voie de la révolution prolétarienne.

Comme notre organisation l’a dit — et fait — à l’époque : “La tâche est de lutter au sein du mouvement de masse révolutionnaire contre la dictature stalinienne et pour une révolution politique — pour la démocratie ouvrière et contre la contre-révolution bourgeoise.”


Les luttes à venir


Aujourd’hui, les travailleurs du monde entier, y compris des pays de l’Est, n’ont aucune raison d’être nostalgiques des années de dictature. Il s’agissait d’un système immonde, qui corrompait les êtres humains afin qu’une infime minorité en profite.

La solution à la crise qui couve à l’Est se trouve entre les mains des travailleurs et des jeunes eux-mêmes. Depuis dix ans, ils se sont tournés successivement vers des libéraux, vers des démagogues nationalistes, puis enfin vers des staliniens requinqués. A chaque fois, ils ont été trahis.

Aujourd’hui, de petits groupes de syndicalistes, de militants jeunes, sont en train de se créer et commencent à agir. De ces forces, qui ne sont nullement compromises par l’histoire empoisonnée du stalinisme, surgiront demain les futurs partis révolutionnaires qui ont fait cruellement défaut il y a dix ans.

Des révolutions se représenteront mais avec une vigueur renouvelée. La réalité cruelle de la dictature du capital, qui fait suite aux décennies de dictature stalinienne est en train de forger une nouvelle génération de combattants révolutionnaires.



Aux origines de la crise

Des années 50 au milieu des années 80, les bureaucrates staliniens ont conservé leur pouvoir malgré une série de mouvements ouvriers de masse, tous matés par l’armée locale, en particulier en Allemagne de l’Est (1953) et en Pologne (1956, 1975 puis à nouveau en 1980-81).

Par deux fois, en 1956 (Hongrie) et en 1968 (Tchécoslovaquie), les bureaucrates de Moscou ont jugé leur pouvoir si menacé qu’ils ont envoyé les Forces Armés Soviétiques écraser les rébellions dans le sang.

Mais la crise qui touche toutes les économies des pays de l’Est à partir du milieu des années 80 est d’un autre ordre. Il s’agit d’une crise rampante du système de “planification” bureaucratique. Les pays de l’Est se sont endettés de plus en plus auprès des banques occidentales afin de satisfaire les besoins des masses, les appétits de la bureaucratie et un budget militaire croissant.

Au début des années 80, l’impérialisme nord-américain sous l’égide du Président Reagan se lance en effet dans une nouvelle “guerre froide”, fondée en particulier sur une nouvelle génération d’armes spatiales. Affaiblis par la stagnation quasi-permanente de leur économie, les staliniens ne peuvent pas suivre l’initiative impérialiste.

C’est dans ce contexte que Gorbatchev arrive à la tête de l’Union Soviétique en 1985. Il est avant tout un bureaucrate, et son seul objectif est d’assurer le maintien du pouvoir bureaucratique. Mais, tel Pandore, le processus qu’il déclenche va le conduire à sa perte et à la perte de tous les régimes staliniens.

La “solution” adoptée par la bureaucratie autour de Gorbatchev est triple :

• D’une part, elle adopte et renforce une politique de réformes marchandes comme celle qui avait été adoptée par la Hongrie dès le début des années 80. Il ne s’agit pas d’un projet visant la restauration du capitalisme, mais il cherche à revitaliser les économies moribondes à l’Est en renforçant leurs liens avec l’impérialisme et en les ouvrant au marché.

• Ensuite, elle cherche à miner l’offensive impérialiste en ouvrant de nouvelles négociations sur l’armement. La bureaucratie montre ainsi sa bonne foi en retirant son soutien militaire et économique à divers “amis de l’Union soviétique”, que ce soient des mouvements de libération nationale (p. ex. l’O.L.P.) ou des pays comme le Nicaragua ou Cuba, et en se retirant de l’Afghanistan, pays que l’URSS avait envahi en 1979 pour soutenir un “régime ami”.

• Enfin, pour couvrir son revirement, la bureaucratie prône une certaine réforme de la vie publique, connue sous le nom de “glasnost” (“transparence”). Des cas de corruption notoires sont dénoncés. Des groupes informels de discussion ou d’activité, hier interdits, sont encouragés par le régime. En 1989, on estime leur nombre à 60.000 dans toute l’URSS.

Les conséquences de cette politique sont multiples. Avant tout, elle conduit à la dislocation du “bloc soviétique”, et au “rôle dirigeant du Parti” — deux socles sur lesquels reposait la domination stalinienne sur l’Europe de l’Est. Sans le soutien militaire et économique de l’URSS, les régimes staliniens sont tous voués à une disparition rapide. Et sans la façade politique du parti communiste, la bureaucratie stalinienne apparaît clairement comme un parasite social à abattre.

De plus, la bureaucratie elle-même commence à se diviser. D’abord sur des lignes politiques, ensuite sur des bases géographiques et économiques quand certains secteurs de la bureaucratie se rendent compte que la libéralisation économique leur offre la possibilité de gagner encore plus. Jour après jour, le monolithe bureaucratique se fissure, apparaissant plus faible encore aux yeux des contestataires.

En même temps, les travailleurs des autres pays de l’Est, qui ne bénéficient pas de la même ouverture démocratique, commencent à envier leurs camarades soviétiques. Ils n’ont pas les mêmes droits démocratiques ou syndicaux. Les vérités qu’on peut dire à Moscou sont toujours réprimées à Berlin ou à Prague — encore un facteur de dislocation au sein du monde stalinien.

Ce n’est plus qu’une question de temps que ces fissures deviennent des ruptures profondes. 

  
A lire aussi :
Notre auto-critique sur la nature de l'Etat
Une résolution sur la RDA, écrite en 1989



Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous