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24 février 2002
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1981-1984 : Le réformisme à l'épreuve

1981. Fait sans précédent sous la Vème République, les forces de droite — pour qui la Constitution fut taillée sur mesure — ont perdu le pouvoir. Mitterrand gagne les présidentielles, la foule en liesse danse à la Bastille et, un mois plus tard, une majorité PS-PCF est élue à l’Assemblée. Pour la première fois depuis 1947, des communistes occupent des strapontins ministériels.

L’histoire qui suivit — 14 ans de pouvoir mitterrandien, l’explosion du chômage, la montée du Front National, l’effondrement du PCF — constitue un élément fondamental de la lutte des classes actuelle.

En moins de trois ans, les socialistes et les communistes ont réussi le tour de force de faire payer la crise à ceux à qui ils avaient promis de “changer la vie”. Comment cela a-t-il été possible ? Ce gouvernement pouvait-il vraiment représenter les travailleurs et leurs intérêts et a-t-il été bloqué par la bourgeoisie ? Etait-ce un gouvernement ouvrier ? Quel rôle ont joué les communistes dans cette politique ?

Afin de comprendre comment cette situation s’est produite, et de tirer les enseignements pour l’actuel gouvernement PS-PCF, il faut regarder de près les années 1981-1984, période charnière dans l’histoire du mouvement ouvrier après mai 68.

1981 en France et dans le monde

Le monde est très différent en 1981. Treize ans auparavant, la plus grande grève de l’Histoire déferlait sur la France. En 1973, le gouvernement de gauche au Chili était renversé par un coup d’Etat sanglant, tandis qu’un an plus tard une révolution ouvrière avait lieu en Europe, au Portugal.

En 1979 trois événements secouent l’ordre mondial :

• le renversement du Chah d’Iran par une révolution populaire qui n’était pas dès le début sous l’emprise des intégristes islamistes ;

• le fantoche des USA, Somoza est chassé du Nicaragua par le FSLN et les masses ;

• l’URSS envoie ses chars en Afghanistan afin de maintenir le régime chancelant de ses alliés.

Dans un contexte où les USA procédent à une vague de réarmement — implantation de missiles nucléaires en Europe, — la nouvelle guerre froide était née.

Le délire sur la “menace communiste” est tellement fort que Giscard peut dire que les chars soviétiques pourraient entrer dans Paris et descendre les Champs Elysées. De leur côté, les dirigeants du PS utilisent une rhétorique très différente de celle d’aujourd’hui : Mitterrand proclame que “Celui qui ne croît pas dans la rupture avec le capitalisme n’a pas sa place au PS”, Quilès promet qu’une fois au pouvoir “les têtes vont tomber”, tandis que Jospin se réclame ouvertement du marxisme.

Néanmoins, l’austérité des gouvernements de droite est trop forte, et la masse de la population vote clairement pour un changement radical : en mai Mitterrand est élu avec 51,8% des voix. Un mois plus tard une nouvelle assemblée est élue où le PS a, à lui seul, la majorité absolue (285 sièges). Le PCF a 44 sièges. La droite de son côté n’a que 151 sièges, et perd 40% de ses sièges pour le RPR et la moitié pour l’UDF.

Le 23 juin, le nouveau gouvernement Mauroy est formé. Il comporte quatre ministres communistes qui ont pour chef de file Fiterman. Même si ces postes sont de moindre importance (transport, fonction publique, santé et formation professionnelle), ils vont se révéler fondamentaux par la suite, à cause des relais entre le PCF et la classe ouvrière, notamment à travers la CGT.

Mitterrand avait bien décidé de mettre le PCF au pied du mur, en le “mouillant” à fond dans l’application de la politique gouvernementale auprès des travailleurs. Pendant ce temps-là, les chars soviétiques restaient de l’autre côté du rideau de fer...

Le profil du gouvernement

Rapidement, le gouvernement met en oeuvre un certain nombre de mesures qui indiquent l’ampleur du changement :
• le 11 août, 130 000 immigrés sont régularisés ;
• le 18 septembre, la peine de mort est abolie ;
• le 9 novembre, la création des radios locales privées est autorisée (cette revendication, portée par la jeunesse, était très populaire à une époque ou l’Etat contrôlait presque tout) ;
• en janvier 1982, la semaine de travail est réduite de 40 à 39 heures, une semaine de congés payés supplémentaires est accordée et l’âge de la retraite est abaissée à 60 ans.

Enfin, le 26 octobre 1981, cinq groupes industriels (Compagnie Générale d’Électricité, Péchiney-Ugine Kulhmann, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain et Thomson-Brandt), deux compagnies financières (Suez et Paribas) et 36 banques sont nationalisés. Si aujourd’hui, à une époque où on ne parle que de privatisations, l’acte peut sembler audacieux, il n’est en rien un défi au patronat.

Les nationalisations visent bien plus la création de multinationales soutenues et contrôlées par l’État qui sont ainsi mieux équipées pour dominer les marchés mondiaux, que le bien-être de la population. Les patrons sont indemnisés et les travailleurs — bien entendu — n’ont pas vu l’ombre du contrôle ouvrier. Sur le fond, rien n’a changé, sauf qu’après la nationalisation l’Etat contrôle les sociétés pour et à la place des patrons privés...

Toute l’action gouvernementale n’avait pas cette “caution” gauche, loin s’en faut !

Malgré les promesses d’une “rupture”, Mitterrand et son gouvernement poursuivent la politique impérialiste de la France, notamment la politique franco-africaine. Bien qu’il était question d’engager de nouveaux rapports qui ne soient plus ni néo-colonialistes, ni avec des régimes corrompus et dictatoriaux, Mitterrand décide seul de l’intervention des troupes au Tchad en août 1983.

Il renoue des liens avec Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire et, met en place un nouveau réseau de contacts avec les pays francophones (dont son propre fils, Christophe) pour continuer à profiter de l’exploitation et de la répression des masses.

Toutes ces mesures tracent le profil du gouvernement dont la nature est profondément contradictoire. Le PS et le PC jonglent entre les aspirations de leur base sociale et électorale parmi les travailleurs et leur volonté de préserver les profits des patrons.

C’est un gouvernement “ouvrier”, certes. Mais un gouvernement ouvrier bourgeois, basé sur une politique de collaboration de classes. C’est la nature même du réformisme que de donner aux travailleurs et à la population des avantages qui sont uniquement ceux que le système peut concéder.

Ils ne sont pas seuls dans cette tâche. Les confédérations syndicales, dirigées à l’époque par Krasucki (CGT), Maire (CFDT) et Bergeron (FO) sont un relais efficace de la politique du gouvernement. Les liens du PC et de la CGT sont clairs, ceux de la CFDT avec le PS aussi. Même FO et son étiquette « apolitique” se range clairement du côté gouvernemental.

Ceci est fondamental pour le futur du gouvernement : quand, en 1982-83, le tournant vers l’austérité commence, le gouvernement sait qu’il peut compter sur les directions syndicales pour freiner les travailleurs.

Ce qui est fait. Les bureaucrates syndicaux se font les meilleurs défenseurs du réalisme politique et de la négociation avec le gouvernement et le patronat.

Chronique d’un échec annoncé

La situation économique s’avère plus difficile à gérer que le gouvernement ne l’avait espéré. Sa politique de relance économique suivant la recette de Keynes — augmenter la consommation en se servant de la planche à billets — n’eut qu’une conséquence, prévisible celle-là : l’inflation et non la reprise.

Tandis que le chômage grimpe et l’inflation flambe, le franc s’affaiblit. Le gouvernement est devant un choix : trouver l’argent là où il est — dans les caisses des grandes sociétés — et ainsi rompre réellement avec la logique capitaliste, ou se retourner contre sa base, et faire payer la crise aux travailleurs.

Evidemment, il n’y a pas photo : le gouvernement fait le choix de ménager ses partenaires européens, de préserver les marchés financiers et le capitalisme. En juin 1982, un premier plan d’austérité est mis en place. Le franc est dévalué de 10%, les salaires (sauf le SMIC) et certains prix sont bloqués. Les dépenses de l’État sont réduites, avec l’engagement d’équilibrer les comptes de la Sécu. Le forfait hospitalier, la contribution de 1% sur les salaires des agents publics sont instaurés.

Mauroy fait le choix de gérer la pénurie aux frais des travailleurs. Quand le capitalisme est en crise, les travailleurs ne gagnent rien même dans un pays gouverné par le PS et le PC. La protection des profits, moteur de l’économie capitaliste, est prioritaire. Les dirigeants réformistes préfèrent renier même leurs fades promesses plutôt que de laisser leurs sièges confortables des ministères et de l’Assemblée.

Neuf mois plus tard, en mars 1983, un nouveau plan d’austérité est né. Il consiste en une dévaluation, une réduction des déficits publics, un relèvement des cotisations sociales et un emprunt obligatoire. L’austérité n’est plus dès lors une parenthèse dans le projet keynésien mais devient un axe de la politique de la gauche, PS et PCF confondus.

Les dirigeants syndicaux, qui s’identifient tous à cette politique, jouent le rôle de courroie de transmission gouvernementale et font en sorte que certaines couches des travailleurs acceptent le “réalisme de gauche”.

Et le pire c’est que tous les sacrifices des travailleurs sont inutiles. Si la politique d’austérité aide la bourgeoisie, dont Tapie devient le symbole abject, les travailleurs, eux, voient le chômage passer la barre des 2 millions tandis que des régions entières sont transformées en déserts industriels.

Si les effets du plan d’austérité de Mauroy se font sentir dans le domaine social, la riposte des syndicats se fait attendre. Seule la CGT appelle à une manifestation le 3 octobre 1983. 40 000 personnes se rassemblent dans les rues de Paris.

Ni FO ni la CFDT ne bronchent. Les confédérations syndicales ne font qu’appeler à de vaines journées d’action à des dates différentes. Après un léger pic en 1982, le nombre des journées non travaillées baissent progressivement en dessous du niveau de 1981.

Néanmoins, la lutte de classe n’est pas anéantie. Loin de là. En automne 1983, les travailleurs de Talbot-Poissy (automobile) — en grande partie d’origine immigrée — mènent un combat courageux contre les réductions d’effectifs.

Mais c’est dans la sidérurgie que le coup de grâce est porté. Malgré d’énormes manifestations à Paris, malgré l’organisation des travailleurs dans des structures de base, cette lutte est une défaite. Les travailleurs trinquent mais la France peut prétendre être une puissance mondiale qui compte, ce qui est plus important pour les réformistes.

Les défaites affaiblissent la conscience des travailleurs et la volonté de se battre. Il n’y a eu aucun soutien de la part des confédérations. La lutte ne s’est pas étendue, malgré la recherche de l’appui d’autres travailleurs pour faire pression sur le gouvernement.

Trahis par leur dirigeants politiques et syndicaux, les travailleurs boudent d’une certaine manière la lutte de classe jusqu’en 1986 et la politique en général comme en attestent les taux d’abstention aux élections.

La montée du FN

Cette situation de crise rampante ne profite qu’à une seule force : le Front National. Récoltant des scores électoraux insignifiants au début des années 80, le FN exploite des renoncements du PS-PCF et de leur ambiguïté sur la question du racisme.

Parmi les 110 propositions du candidat Mitterrand se trouvait le droit de vote pour les immigrés. Aussitôt au pouvoir, le PS et le PCF mettent au placard cette proposition.

Pire, Mauroy, dans les premiers mois de 1983, désigne pour responsables de la grève Talbot à Poissy “les ayatollahs” sous-entendu les immigrés, qui n’ont que le droit de se faire exploiter et pas celui de faire grève.

Déjà, à plusieurs reprises le PCF avait assumé des dérapages racistes. Du nationalisme au racisme, il n’y a qu’un pas, que franchit le maire de Vitry-sur-Seine en février 1981 en détruisant sauvagement un foyer d’immigrés à coup de bulldozer.

Peu de temps auparavant, un obscur maire de la banlieue parisienne expulse une famille d’immigrés sous le faux prétexte d’un trafic de drogue. Son nom? Robert Hue.

Dans ce contexte, le FN, avec son racisme primaire, tire son épingle du jeu.

Cherchant à mettre la droite dans l’embarras, Mitterrand encourage les médias à donner l’antenne à Le Pen. Le résultat est catastrophique : la montée en puissance du FN dont le premier indice est la victoire aux élections municipales à Dreux le 11 septembre 1983 d’une liste unissant le Front National et la droite. Le Pen est désormais lancé.

L’été 1984 marque la fin de l’expérience PS-PCF et de toutes leurs prétentions réformatrices. Face à la réforme Savary qui veut réduire l’aide de l’Etat à l’école privée, la droite se rebiffe, mobilisant plus d’un million de personnes à Paris. Le gouvernement cède, malgré l’appui de centaines de milliers de manifestants laïcs.

Dans le même temps les élections européennes de juin 1984 sonnent le glas de la participation PCF. Du fait d’un taux d’abstention voisinant les 43% la gauche fait son plus mauvais score depuis 1969 : 39%, tandis que le FN entre définitivement sur la scène politique française avec 10,95%.

Le PC, lui, chute vers les bas-fonds — 11,2%. Marchais avait récolté 15% des voix au premier tour de 1981. Pour les staliniens, l’expérience du gouvernement est concluante... et catastrophique.

Le PCF est au pied du mur. Soit il continue de jouer la caution de gauche au sein du gouvernement, et dans ce cas il coule, soit il quitte le gouvernement et essaie de sauver les meubles.

Lorsque Mitterrand demande la démission de Mauroy en juillet 1984, le PCF refuse de participer au nouveau gouvernement Fabius. Au lieu de mobiliser la base du PS et du PCF contre le gouvernement, il entreprend un virage sectaire, plus en phase avec sa base, ou ce qui en reste.

Ainsi l’Union de la Gauche n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir. Le PS a réussi son entrée dans les palais ministériels, se servant de l’appui électoral du PCF qui, lui, a été le dindon de la farce, tout comme Mitterrand, renard rusé, l’avait prévu.

Le bilan de l’union de la gauche

Pendant ces trois courtes années, le sort de la lutte des classes s’est joué... en faveur des patrons. La présence des représentants réformistes de la classe ouvrière au pouvoir a permis au patronat français d’entreprendre une restructuration profonde du système de profit qui continue aujourd’hui, et ceci presque sans riposte de la part des travailleurs.

Le PCF, en comblant son appétit réformiste, a perdu une partie importante de sa base — après tout, si le PCF fait la même chose que le PS, à quoi bon voter pour lui ? Pour le PS, par contre, l’appétit est venu en mangeant. La “rigueur” de Mauroy est suivie par celles de Fabius, de Rocard, de Cresson et de Bérégovoy. En même temps la Bourse flambe, le chômage dépasse les 3 millions, et la France joue pleinement son rôle impérialiste en Afrique, en Kanaky et dans le Golfe. Quelle aubaine pour les patrons !

Selon certains, cette période marque la fin des illusions des travailleurs dans le réformisme. L’expérience ayant été faite, on ne peut plus parler d’une quelconque possibilité de mettre les réformistes à l’épreuve du pouvoir, parce qu’elle a déjà été faite. Si seulement c’était aussi facile !

Expérience

Certes, l’expérience de 1981-84 est concluante, toute comme celles de mai 68, de 1944-1947 ou de 1936. Mais pour que la classe ouvrière rompe avec le réformisme il ne suffit pas d’avoir vu la réalité en face. Il faut que cette rupture ait lieu dans la lutte, dans l’affrontement des politiques révolutionnaires et réformistes. Or, c’est justement ce qui n’a pas eu lieu.

En fait, toute cette période — et celle qui a suivi — nous montre que les liens entre le réformisme — politique et syndical — et la classe ouvrière restent forts. Sans doute, le PCF prit un tournant viscéralement anti-PS, suivant la haine justifiée ressentie par une partie importante de l’avant-garde ouvrière face à un PS de plus en plus arrogant et corrompu par son passage au pouvoir. Talônnant ce suivisme, l’extrême-gauche put se réconforter en imaginant qu’un discours anti-PS suffirait pour mettre fin à l’influence du PS.

Mais la réalité fut plus complexe — et l’est toujours. Le fait est que, malgré les trahisons flagrantes, une majorité de la classe ouvrière a considéré — à tort — que les gouvernements “de gauche” étaient, d’une manière ou d’une autre — “les leurs ».

C’est ce qui explique le fait que, entre 1986-88 et 1993-1997, lorsque la droite était au gouvernement, le nombre de grèves a augmenté rapidement. Ceci n’est pas le seul effet des dirigeants syndicaux cherchant à rendre la vie plus facile pour leurs collègues au PCF et au PS.

Dans l’absence d’une alternative révolutionnaire, et de structures à la base dans les entreprises, rassemblant syndiqués et non-syndiqués et permettant de faire face à la politique gouvernementale et syndicale, les travailleurs n’ont pas pu faire le saut qualitatif nécessaire pour briser l’influence de tous les réformismes — socialiste et stalinien, politique et syndicale.



L’extrême-gauche et la gauche

La LCR

Epousant l’espoir de la majorité des travailleurs, la LCR avait mis en avant la nécessité de l’unité PS-PCF pour battre Giscard. La division entre les deux partis ouvriers, qui provoqua la victoire de la droite en 1978 lorsque le PCF rompit l’union de gauche, était mal ressentie parmi les travailleurs.

Mais ceci n’était pas seulement un problème électoral ; c’était (et c’est toujours) aussi un problème dans les entreprises, où différentes confédérations syndicales coexistent. La question de l’unité des travailleurs (et non pas de leurs seuls dirigeants politiques) était, et est encore, une question clé.

La LCR a transformé l’objectif de l’unité en une fin en soi, évitant la question fondamentale de la base politique. Et dans cette situation, c’est le programme réformiste, celui des dirigeants, qui, par manque d’alternative, l’emporte. La tâche des révolutionnaires est, de poser une autre alternative, à travers le programme révolutionnaire.

Pour la Ligue, Giscard était l’ennemi numéro un, et son départ conditionnait tout : “Le chasser c’est la précondition de tout changement”.

Les camarades avaient tort : la précondition de tout changement réel était la mobilisation de la classe ouvrière autour d’un programme d’action. Pour la LCR, la victoire de Mitterrand était une étape nécessaire, sans laquelle, la lutte de classe ne pouvait pas avancer.

C’est vrai que la LCR soulevait la nécessité pour la classe ouvrière de se mobiliser pour “transformer” la société, mais son rôle était réduit à la simple pression sur le gouvernement afin d’introduire les réformes.

En avançant le besoin de comités de vigilance et d’action, la LCR cherchaient non pas à donner aux travailleurs les moyens d’imposer leurs revendications, mais plutôt de “discuter concrètement de leurs revendications” ! Et la mobilisation allait aller de soi, convaincue qu’était la LCR, qu’une vague de grèves de masse allait suivre la victoire de la gauche, toute comme celle qui avait suivi la victoire du Front Populaire en 1936 !

En réponse au tournant gouvernemental de 1982-83, la LCR a critiqué le refus du PS-PCF de tenir leurs promesses. Mais ce faisant, ils ont renforcé l’idée que le problème n’est pas la politique réformiste du PS en soi, mais plutôt le fait que les gouvernements socialistes n’appliquaient pas ce réformisme. La conséquence fut le renforcement des illusions au sein de l’avant garde ouvrière.

L’idée d’utiliser l’expérience d’un gouvernement réformiste et des luttes ouvrières afin d’imposer les revendications au gouvernement, de briser les illusions dans le réformisme et renforcer la politique révolutionnaire, était, et est toujours, le dernier des soucis de la LCR.


LO

A la différence des élections récentes, LO rejoignit la majorité des organisations de la classe ouvrière en appelant à voter pour Mitterrand en mai 1981 et ensuite pour les socialistes aux législatives en juin.

Mais son soutien aux partis réformistes n’était pas basé sur une analyse correcte de la nature de ces derniers et de leurs rapports avec la classe ouvrière. Pour LO, il fallait voter Mitterrand afin de se solidariser avec les travailleurs qui voulaient battre la droite et qui avaient des illusions dans les réformistes. Ce qui revient à une espèce d’obligation morale.

La victoire de Mitterrand contre Giscard ne pouvait nullement faire avancer la lutte de classe selon Lutte Ouvrière. Si c’était le cas, à quoi bon appeler à voter Mitterrand ?

Précisément parce que la classe ouvrière avait des illusions dans le PS et le PCF, la tactique électorale permettait de mettre ses illusions à l’épreuve de la confrontation dans la lutte avec la politique révolutionnaire, notamment dans les entreprises où les sympathisants du PS et du PCF étaient en première ligne face aux attaques gouvernementales. Voilà en quoi la victoire de Mitterrand aurait pu faire avancer la lutte des classes.

C’est pour cette raison qu’un gouvernement ouvertement bourgeois et un gouvernement ouvrier bourgeois ne sont pas la même chose, même si, tous deux, défendent le capitalisme.

En 1981 comme en 1997, LO ne comprenait pas l’une des tâches clés de la politique révolutionnaire — comment faire en sorte que la classe ouvrière rompe avec le réformisme. Elle s’est contenté de suivre la volonté de la majorité des travailleurs, et de dénoncer les inévitables trahisons.

Vouloir mobiliser les travailleurs activement pour devancer les dirigeants n’était pas à l’ordre du jour.

La plus délirante des perspectives développées par l’extrême gauche était celle de l’Organisation Communiste Internationaliste (OCI — aujourd’hui le Parti des Travailleurs — les “lambertistes”). Pour l’OCI, la victoire de Mitterrand allait conduire à une crise révolutionnaire, pour deux raisons : il y avait une contraction fondamentale entre un gouvernement des partis ouvriers bourgeois et la Ve République bonapartiste, et la victoire électorale était l’expression d’une “montée révolutionnaire”.

Dès le premier tour, il appelait à voter PS et dénonçait la candidature de Marchais, “arme ultime de Giscard”.

Après la victoire, en juin 1981, l’OCI dédouana la politique gouvernementale et adopta une perspective parlementaire :

“Les travailleurs savent que tout n’est pas possible tout de suite. Mais ils savent que, par la spéculation contre le franc, l’inflation, la hausse des prix, les capitalistes et les banquiers indiquent clairement leur volonté. Ils sont tous animés, comme classe capitaliste, de l’esprit de revanche. C’est seulement par des mesures hardies que pourront être tranchées toutes les grandes questions qui se posent au pays, autrement que dans l’intérêt des capitalistes et des banquiers.”

Plus tard, lorsqu’il devint intenable de défendre le gouvernement, le tout nouveau PCI se limita à des critiques marquées par un réformisme de gauche. Tout comme la LCR, il avançait le fait que le PS n’avait pas « respecté son mandat”, c’est-à-dire qu’il n’avait pas mis en oeuvre son programme réformiste, sans dire mot sur le fait qu’en lui-même, ce programme ne correspondait nullement aux besoins des travailleurs.

Pire, l’adaptation opportuniste du PCI l’amenait à critiquer le plan de rigueur de Fabius d’un point de vue réformiste et nationaliste : “La consommation va chuter... Cette baisse va se répercuter sur la production, dont l’emploi... Dans le même temps le Franc ayant baissé, les importations seront stimulées, d’autant qu’elles seront plus concurrentielles en face de produits français en hausse. L’effet de ces mesures sera encore une fois préjudiciable à l’emploi”.

La cible majeure des critiques de l’OCI/PCI était le refus du gouvernement de s’en prendre aux institutions de la Ve République. Pour lui, le remplacement de la Ve République par une république « démocratique” (dont le contenu de classe était à deviner) était la condition préalable pour la satisfaction des revendications ouvrières. Il y a une continuité claire entre la politique opportuniste de l’OCI d’hier et sa dérive réformiste d’aujourd’hui avec le PT. Tous ceux qui considérent qu’il a représenté une quelconque continuité révolutionnaire se trompent.   



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