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La grève de 1947 chez Renault
Le vendredi 25 avril 1947, dès 6h30, les travailleurs des départements 6 et 18 de lusine Renault-Billancourt se mettent en grève, coupant lélectricité et mettant en place des piquets qui empêchent laccès aux transformateurs. La production est paralysée et lappel à la mobilisation diffusé par le Comité de grève est massivement suivi.
Tout était soigneusement préparé : une semaine plus tôt, plusieurs centaines douvriers rassemblés à la sortie de la cantine par les militants de lUnion Communiste (UC) revendiquent une augmentation de 10 francs sur le taux de base et désignent un Comité de grève pour porter à la direction de lusine la revendication des travailleurs.
La direction la refuse.
Au milieu de la semaine qui suit, le mercredi 23 avril, le Comité de grève convoque un nouveau meeting rassemblant plus de 700 travailleurs qui votent le principe de la grève et chargent le comité de grève de lorganiser "dans les plus brefs délais".
"10 francs pour tous !"
LUC ne compte pas plus de huit militants, tous concentrés dans les départements 6 et 18. Depuis le 15 février, ils publient "La Voix des Travailleurs de chez Renault" et organisent des réunions qui regroupent jusquà 15 personnes : le "comité des mécontents".
Dès la fin du mois, des réunions élargies regroupent le réseau de lUC ainsi que les quelques militants du PCI de lusine et des militants de divers courants révolutionnaires dont des bordiguistes et des anarchistes. Ces réunions rassemblent alors jusquà 60 personnes.
Ces militants décident davancer un mot dordre rassembleur : une augmentation de 10 francs sur le salaire de base. Dès le mois de mars, le Comité Central du PCI relaye et justifie la revendication dans loptique de toute la métallurgie, et non pas des seuls travailleurs de Renault :
"Dans la métallurgie, le combat doit se mener pour les dix francs de lheure daugmentation pour tous (
) Les dix francs doivent être considérés comme un acompte sur le véritable minimum vital en rapport avec le coût de la vie et garanti par léchelle mobile".
Pour leur part, dès le début du mois davril les militants de lUC font circuler une pétition réclamant laugmentation de 10 francs sur le taux de base. Dans le seul département 6, ils recueillent 850 signatures. Cest le point de départ de la grève.
La CGT sabote
Le mouvement de grève du 25 avril na pas le soutien de la direction de la section locale de la CGT, qui fait tout pour la reprise du travail. Au meeting de 8h, Plaisance, dirigeant CGT de Billancourt, condamne laction engagée. Tout au long de la matinée, les délégués cégétistes poussent à la reprise les travailleurs qui rejoignent le mouvement sous limpulsion des 1 500 ouvriers des départements 6 et 18 qui parcourent lusine en appelant à la grève.
La CGT nhésite pas à utiliser les pires calomnies. A midi, elle organise un meeting contre les grèvistes où le dirigeant CGT Plaisance déclare : "Ce matin, une bande danarcho-hitléro-trotskystes a voulu faire sauter lusine".
La manuvre "subtile" des staliniens réussit en partie : à la veille du week-end la grève nest totale quaux départements 6 et 18, là où elle a été déclenchée.
Mais les grévistes ne sont pas découragés : tout le week-end, les ateliers en grève sont occupés par des piquets. Et le lundi 28, la mobilisation se propage dans toute lusine tandis que lessentiel des travailleurs de lentreprise participe au meeting appelé par le Comité de grève à 12h30.
La revendication des 10 francs sur le salaire de base pour tous rassemble les travailleurs. Le lendemain, la grève touche environ 12.000 des 30.000 travailleurs de lusine.
Sentant le vent tourner, les staliniens manuvrent. La direction de Renault les reçoit dans laprès-midi du 28 et leur concède une petite augmentation de la prime de rendement.
Forte de cette "concession", la CGT appelle lensemble des travailleurs à débrayer le lendemain, espérant ainsi reprendre linitiative. Cette action-choc doit durer... une heure, de 11 à 12 !
Mais la tactique stalinienne se retourne contre la CGT.
A midi, les travailleurs refusent de reprendre le travail. Hénaff, dirigeant des Métaux CGT, est hué par les travailleurs quand il annonce les bases du compromis avec la direction.
La grève est votée par plus de 80% des travailleurs, qui se dotent dun Comité central de grève comptant 105 membres.
Ayant échappé au carcan bureaucratique de la CGT, la mobilisation offre dorénavant la possibilité dune extension de la lutte dans lensemble des industries métallurgiques de la région parisienne. Les militants de lUC et du PCI semblent en situation de force dans lusine.
Et pourtant, la situation va leur échapper.
Pour ne pas se couper des grévistes, la CGT se rallie aux travailleurs le 29, suivi le lendemain par le PCF. Mais, la CGT ne revendique quune augmentation de trois francs sur la prime à la production (encore et toujours la "Bataille pour la production").
Et avant tout, elle cherche par tous les moyens à contourner le Comité central de grève.
Ainsi, dès le mardi 29, deux directions alternatives défendant deux revendications différentes se disputent le contrôle de la mobilisation.
Dune part la puissante machine bureaucratique CGT, forte de ses 17.000 adhérents à lusine et de ses relais gouvernementaux, de lautre le Comité de grève, émanation démocratique des travailleurs en lutte.
Reprise en main par la CGT
Laction des révolutionnaires face à la volonté des bureaucrates de briser la mobilisation aurait du se déployer dans trois directions :
Assurer la mise en place de comités de grève démocratiques élus par les travailleurs mobilisés dans chacun des départements en grève afin de structurer le mouvement.
Lutter à lintérieur des rangs de la CGT pour que le syndicat se mette au service de la lutte.
Assurer lextension de la grève aux usines voisines, aux autres sites Renault et enfin à toute la métallurgie parisienne et au-delà.
La consolidation des organes de luttes démocratiques neut pas lieu.
Un an plus tard le dirigeant de lUC, Barta, avouait que "les ouvriers qui viennent [qui sont élus au Comité central de grève] représentent leur propre bonne volonté mais nont pas dappui sérieux parmi leurs camarades datelier".
Cette absence de relais solides dans les départements facilite largement la reprise en main de la grève par la CGT.
Les militants de lUC au sein de la CGT nont pas compris limportance fondamentale de contester la direction bureaucratique de lintérieur lors du mouvement.
Pourtant le nombre des syndiqués CGT en grève était un réel point dappui qui aurait pu être renforcé par la syndicalisation de tous les travailleurs grévistes.
Il ne sagit pas dune critique facile, avec le recul : en juillet 1947, dans leur bulletin au sein de la CGT, les camarades du PCI expliquaient bien limportance de cette tactique :
"Durant le développement de la grève, quand les délégués se démasquaient comme des jaunes, le comité de grève aurait dû donner le mot dordre de renouveler, par tous, les collèges syndicaux. Il aurait fallu donner la directive de chasser les jaunes et délire au CE (comité exécutif - ndlr) ceux qui sétaient montrés les plus aptes à défendre les revendications."
Lextension de la grève
Vendredi 1er mai, malgré les provocations répétées des staliniens, des membres du Comité central de grève ainsi que des Jeunesses socialistes diffusent massivement un tract rédigé par Barta appelant à lextension du mouvement.
Le tract explique :
"Notre usine a commencé le mouvement. Nous appelons tous nos camarades de la métallurgie, tous les ouvriers de la région parisienne, à se joindre à nous. Faisons pour nous mêmes, ne fût-ce quune partie, des sacrifices que nous obligent à faire tous les jours les patrons pour leur profit et nous vaincrons. Vive les 10 francs ! Vive le minimum vital garanti par léchelle mobile ! Vive la solidarité de la classe ouvrière unie dans ses revendications !"
Le lendemain, de nombreuses délégations sont envoyées par le comité de grève, appelant les travailleurs à entrer dans la lutte.
Ces délégations interviennent notamment dans la banlieue ouest de la région parisienne où le PCI compte quelques cellules comme à lusine UNIC (aussi dans lautomobile), en vain.
Néanmoins, des débrayages ont lieu dans quelques entreprises de la métallurgie (Panhard par exemple).
Mais la grève est déjà reprise en main par une CGT omnipotente. Jamais plus, les révolutionnaires de Renault ne furent en mesure de reprendre linitiative du mouvement.
Dès le 29, la CGT ouvre les négociations avec le ministre du travail, Croizat, communiste et militant de la Fédération des Métaux de la CGT !
Celui-ci propose, naturellement, une augmentation de la prime à la production afin que les bureaucrates puissent obtenir la reprise du travail. Et le vendredi 2 mai, la CGT organise une consultation des travailleurs à bulletin secret sur la base du compromis avec Croizat.
Ceci marque un changement fondamental dans la lutte, qui sétait menée par consultation à main levée. Malgré tout, 12 671 se prononcent pour la grève, 8 715 contre.
Quelle claque pour la CGT : les travailleurs rejettent la tentative de mettre fin au mouvement et poursuivent la lutte. La grève est et reste générale.
La CGT sincline
et repart négocier au Ministère du travail !
Le tournant se produit durant le week-end : le lundi 5 mai, trois jours seulement après le vote fatidique, le Comité central de grève ne contrôle plus que quelques départements et la CGT tous les autres. La veille, le PCF est exclu du gouvernement par Ramadier, sous prétexte de son soutien à la grève.
Le 8 mai le nouveau gouvernement accorde les 3 francs revendiqués par la CGT et livre à la régie 26000 tonnes dacier supplémentaires pour augmenter la production ! Un nouveau vote est organisé par les staliniens le lendemain : 12 075 se prononcent pour la reprise du travail contre 6 866.
La reprise samorce. Malgré leur implantation, malgré leur expérience, les militants de lUC et du PCI, et les centaines de travailleurs rassemblés autour deux dans le comité de grève, ne peuvent rien faire pour empêcher la mainmise des staliniens sur le mouvement. Barta reconnaîtra sur le tard lerreur de lUC - davoir accepter que la CGT organise le deuxième vote. Mais dès la première tentative des staliniens, il fallait lutter pour un AG contrôlée par les travailleurs et condamner le vote à bulletin secret.
Néanmoins, même si le lundi 12 mai la reprise est presque générale, les départements 6, 18, 88, 31, 49 et 48 restent en lutte. A la fin de la semaine, les départements 6 et 18 sont toujours en grève pour le paiement des heures de grève.
Ce mouvement a des conséquences importantes : ces départements ont un tel poids dans lorganisation de la production que, dès le mardi 13, le travail sarrête faute de pièces. Le lendemain, la production est totalement paralysée.
Enfin, les ouvriers du secteur Collas ne reprennent le travail quaprès avoir gagné sur le paiement des heures de grève, le gouvernement ayant annoncé, le jeudi 15, une prime de 1 600 francs et une avance de 900 francs pour tous les travailleurs de lusine.
Quelles leçons tirer de cette lutte ?
Une chose fondamentale : les travailleurs des départements 6 et 18 peuvent reprendre le travail la tête haute. Ils ont résisté aux pressions des staliniens et arraché pour lensemble des travailleurs le paiement des heures de grèves. Et si on ne peut parler dune victoire faute davoir obtenu les 10 francs, la grève a ouvert un cycle de lutte dont la vague de grèves de novembre-décembre 1947 fut lapogée.
A peine les travailleurs de Renault reprennent-ils le chemin des ateliers que les grèves se multiplient partout dans le pays. Des grèves touchent la métallurgie, le bâtiment, le textile, les mines...Le 2 juin, la grève sétend à la SNCF. Elle est totale le 7.
La fin de lété est marquée par une nouvelle flambée de grèves, avant qu en novembre-décembre, Renault nexplose à nouveau, cette fois-ci sous la pression de la CGT et du PCF. Le gouvernement parle d "insurrection" et envoie les chars...
La grève davril 1947 nest pas seulement un signe avant-coureur de ce qui allait venir, elle montre aussi comment les révolutionnaires peuvent jouer un rôle fondamental dans le lancement de mouvements, même là où ils sont minoritaires.
Comme la expliqué Barta un an plus tard :
"Personne navait la naïveté de croire quune augmentation de 10 francs sur le salaire de base et le paiement des heures de grève pouvaient être obtenus par douze cents grévistes ! (
) Pour renverser la vapeur, pour mettre un frein à la rapacité capitaliste, il fallait, comme en juin 1936, une action gréviste de la majorité de la classe ouvrière".
Pourtant, cest le seul moment où le groupe Barta a pu réellement peser. Dans les mouvements qui ont suivi, lUC a été effectivement incapable dintervenir dans les luttes qui ouvraient la possibilité dune grève générale.
Implanté dans une seule usine, le groupe de Barta sest trouvé coupé de lavant garde ouvrière qui entrait alors en action vers la fin de 1947. Le Syndicat Démocratique Renault que lUC lance suite à la grève du mois davril a fini par faire couler lorganisation, sans gains effectifs (voir encadré).
Oui, la grève Renault a démontré la capacité dun noyau de militants révolutionnaires à impulser et diriger une lutte.
Mais elle souligne plus encore les limites dune telle intervention sans un parti implanté fortement dans la classe ouvrière et armé dun solide programme capable de contrer les bureaucraties syndicales et de structurer la lutte autour de revendications transitoires.
Après la grève : le Syndicat Démocratique Renault
Après la grève, lUC cherche à structurer les travailleurs qui rejettent ouvertement le PCF mais ne sont pas encore prêts à la rejoindre.
Leur première tentative de "reconstruction à la base" du mouvement ouvrier est dorganiser des élections au CE de Renault contrôlées par les travailleurs. Ni la CGT, ni la direction ne reconnaissent la validité du vote. Mais les camarades vont jusquau bout de leur logique et lancent un syndicat autonome, le Syndicat Démocratique Renault (SDR).
LUC, comme le PCI, défendaient jusqualors une orientation vers la base de la CGT. Le sous-titre de leur bulletin "la Voix des Travailleurs", "bulletin inter-usines de lopposition syndicale lutte de classe de la CGT" indiquait clairement leur option.
Jusquà la grève de 1947, la politique syndicale de lUC rejette les syndicats "rouges". LUC critique violement la création de la CNT en mai 1946. Mais ses succès immédiats et la perspective dune explosion sociale orientent lUC vers la construction dune opposition extérieure à la CGT.
Pierre Bois, dans la Voix des Travailleurs du 3 Juin 1947, lavoue :
"le problème que nous posons nest pas de faire un syndicat 'opposé' à la CGT. Ce que nous voulons, cest reconstruire le syndicat à la base. Nous sommes partisans dune seule centrale syndicale, cest à dire de syndicats regroupés en fédérations elles mêmes regroupées en une confédération CGT".
Cela peut constituer un passage obligé face à des exclusions ou à une fin de conflit. Cependant par la suite, Bois, qui tient lieu de porte parole de lUC, avance des analyses unilatérales qui conduisent à une dérive destructrice :
"Mais actuellement il ny a pas de CGT, il y a seulement une bureaucratie syndicale qui encaisse des cotisations".
Nier lexistence de la CGT, forte de millions dadhérents à cette époque, et jeter dans le même sac bureaucrates et majorité de la classe ouvrière, voilà à quoi conduit la position de lUC.
La suite des événements démontre les confusions profondes que la petite taille du groupe ne feront quamplifier.
Le SDR reprend à son compte les revendications de la Voix des Travailleurs - échelle mobile des salaires, et des heures de travail ; retour aux 40 h, contrôle syndical sur lembauche - et la tradition internationaliste. Ses campagnes contre le chauvinisme "anti-Boche", le racisme, et sa lutte de solidarité avec les travailleurs vietnamiens constituent des exemples pour les révolutionnaires daujourdhui.
La révocabilité des élus, possible à chaque AG, et la publication de bulletins de discussion, abordant tous les aspects politiques de la vie syndicale, assurent non seulement la participation active des travailleurs, mais aussi évitent la bureaucratisation.
Les succès se révèlent pourtant fragiles et limités. Le projet de contournement des organisations traditionnelles - en les régénérant par le bas et en dehors - commence à buter sur la réalité.
Limpatience et la difficulté à trouver une politique capable de se poser en alternative à la bureaucratie syndicale amènent lUC à faire des ouvriers les responsables de ses propres limites. Dès la rentrée 1947, le problème de la conscience politique des travailleurs sert de justification.
Le conseil syndical SDR du 27 septembre affirme "que la classe ouvrière a perdu sa conscience de classe
quavant les travailleurs luttaient pour la disparition du capitalisme. Maintenant ils veulent améliorer leur situation".
Quelle est la signification profonde de cette analyse, outre une nostalgie peu fondée ?
Le syndicat est loutil de tous les travailleurs, quelle que soit leur conscience politique. Le SDR, sans pour autant rejeter les travailleurs réformistes, ne regroupe que lavant-garde, et coupe les travailleurs avancés de la majorité de la classe.
Le caractère anticapitaliste du SDR, montre la confusion de lUC sur les tâches dans les syndicats, en partie celles du front unique, et sur les tâches du parti de délimitations sur la base du programme. Le travail des révolutionnaires est de remplir ces tâches, sans confusion.
LUC et son syndicat SDR en sélectionnant les ouvriers "anti-capitalistes" ne peut dès lors prétendre représenter lensemble des travailleurs, ce qui doit être lambition de tout véritable syndicat.
Les tâches du SDR sont énormes et reposent seulement sur les militants de lUC. Le journal de lorganisation ne parait plus, faute des forces nécessaires. Le travail SDR, qui engloutit toutes les forces du groupe ne permet cependant pas de gagner de nouveaux militants.
Un rapport interne davril 1949 reconnaît "nous navons pas trouvé au sein de la classe ouvrière même des éléments avancés capables de lutter".
Barta préconise alors de retirer quelques militants de lusine afin de "pouvoir restaurer linstruction de cadres pour un travail en dehors de lusine tout en maintenant nos acquis".
Malgré sa reconnaissance légale et sa capacité à imposer à la CGT un front unique en novembre 1949, les jours du SDR sont comptés. Les tensions se renforcent dans lUC. A lautomne 1949, la crise éclate sur le mot dordre de "grève générale" avancé par les directions syndicales. Barta dénonce ladaptation des camarades les plus engagés dans le travail SDR, mais il est minoritaire.
Après lémergence de deux fractions internes, au début de décembre 1949, lUC reconnait limminence de sa fin, et tire une conclusion franche : "en tant quorganisation politique nous nexistons pas : la seule organisation réelle a été le syndicat".
La volonté de contourner le mouvement ouvrier sachève sur un échec.
En se coupant du mouvement majoritaire, en laissant les travailleurs seuls face à la bureaucratie syndicale, les militants de lUC, malgré leur courage, nont réussi ni à construire un syndicat, ni un parti révolutionnaire.
En janvier 1950, le SDR se sépare publiquement de lUC. Une bagarre de procédure éclate, laissant libre court aux réflexes bureaucratiques qui ne sont pas simplement lapanage des grandes centrales. En avril 1950, on apprend par exemple que "la CE du SDR a retiré ses mandats" aux oppositionnels, partisans du repli politique et que cette CE na pas été élue par
la base.
Les élections de 1950 entérinent la marginalisation du SDR. Il passe de 1300 voix en 1949, à 500 voix.
Pour autant, il serait faux de simplement conclure que lUC sest épuisée à la tâche, seulement à cause de ses effectifs réduits. La raison majeure tient à la confusion entre tâches et priorités. Un groupe, même limité en force, doit intervenir dans la lutte de classe.
Mais il doit avant tout former des cadres politiques, hiérarchiser ses priorités et justifier son existence par des délimitations programmatiques.
En 1945, le Bulletin Intérieur indique qu"il est nécessaire de faire la conquête de la classe ouvrière avant de vouloir faire une politique révolutionnaire". Les étapes du processus révolutionnaire sont ici clairement renversées. Lobsession est de simplanter à tout prix.
Comment conquérir la majorité du prolétariat sans la confrontation réelle du programme révolutionnaire et laction des travailleurs ?
Limplantation ouvrière est essentielle mais ne règle pas tous les problèmes.
Sil est vrai que les principes généraux de laction révolutionnaire imposent des contraintes et des tâches générales, un ordre de priorité est indispensable. Il faut adapter le programme révolutionnaire en le confrontant avec la réalité, mais aussi savoir reculer sans sacrifier les idées pour laction.
La grève davril-mai montre quil est possible de sortir le trotskysme de la marginalité.
Elle confirme aussi quil ny a pas de raccourci dans la construction dun parti révolutionnaire, armé dun programme solide et basé sur des cadres à la fois implantés et formés à tous les aspects de la lutte des classes : économique, politique et théorique.
Le PCF et le gouvernement
En 1945, Thorez annonce quil veut participer "avec enthousiasme à la bataille de la production." Il dénonce la grève comme "larme des trusts" et appelle les travailleurs du pays à soutenir la reconstruction de limpérialisme français.
La présence des ministres "communistes" apaise une classe ouvrière qui a soif de changements. Le rôle du PCF - comme toujours chez les réformistes - consiste à assurer que les travailleurs se contentent de quelques miettes, au lieu dexiger un contrôle total sur la production et la société.
La bureaucratie soviétique, qui jouit dune influence déterminante sur le PCF, imagine que la "coexistence pacifique" avec limpérialisme est possible, et quen faisant une série de compromis, les rapaces impérialistes la laisseront tranquille.
Les impérialistes ont repris le pouvoir des mains des bureaucrates une fois le danger dune vague révolutionnaire éloignée. Le "Plan Marshall" en Europe de lEst met les staliniens dos au mur : soit ils acceptent largent des USA, et donc leur droit dingérence, soit ils refusent, ce qui implique de rompre avec le capitalisme, de façon bureaucratique, voire contre-révolutionnaire.
Pour augmenter la pression, les USA déclenchent la guerre froide. Le 12 mars 1947, Truman, Président des USA, lance sa campagne de "résistance à la subversion". En avril 1947, utilisant la grève chez Renault comme prétexte, le gouvernement, dirigé par la SFIO, exclut les ministres communistes.
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