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22 avril 2002
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La révolution russe de 1917 - 6

Les bolchéviks : parti de masse

Les travailleurs russes, en particulier ceux de Pétrograd, furent obligés de reculer après la défaite des Journées de Juillet. La direction bolchévique fut arrêtée ou contrainte à l’exil. Après juillet, la circulation de la presse du parti fut réduite de moitié et l’organe central se vendit à seulement 50 000 exemplaires en août. Dans les usines, le moral était souvent au plus bas.

Néanmoins, en septembre et octobre, le vent allait nettement tourner en faveur des bolchéviks. Après des années d’exil ou en clandestinité, après des mois d’opposition de gauche intransigeante dans les soviets et après la persécution soufferte en juillet, les bolchéviks démontrèrent qu’ils étaient le parti de la classe ouvrière russe.

Leur rôle de direction, incontesté, leur permit de transformer la conscience de classe spontanée de la classe ouvrière en une force politique consciente. Leurs méthodes pour arriver à ce rôle de direction, pour battre les obstacles réformistes sur le chemin de la victoire, sont un héritage inestimable pour les révolutionnaires d’aujourd’hui.

Sous le gouvernement de Kérensky, les forces de la contre-révolution bourgeoise continuaient de se mobiliser. La pression du Commandement Général devenait intense. Brousilov, commandant en chef, asséna rudement à Kérensky : “Il ne peut pas y avoir dualité du pouvoir dans l’armée. L’armée doit avoir un chef et un commandement.”

Il demanda la restauration complète et totale de la discipline militaire. Kérensky, dont le rôle comme futur Bonaparte et homme fort reposait sur l’équilibre entre les soviets et la contre-révolution, essaya de gagner du temps en congédiant Brousilov et en le remplaçant par Kornilov.

Il organisa du 12 au 15 août une “Conférence d’Etat” à Moscou pour concrétiser cette fonction d’équilibrage. Au Théâtre Bolchoï, lieu tout à fait approprié pour cette conférence, Kérensky fit de grandes pirouettes, allant et venant entre les délégués de la grande bourgeoisie et le corps des officiers à sa droite, et les délégués des soviets menchéviks et SR à sa gauche, deux blocs dont la peur et la haine réciproques éclatèrent à plusieurs reprises.

Kérensky ne pouvait que réaffirmer sa force et son autorité, ce qu’il fit de manière hystérique, mais ce faisant il se discréditait, au moins aux yeux de la bourgeoisie. C’est celle-ci qui, par une offensive contre-révolutionnaire, allait lui couper l’herbe sous le pied. Jugeant d’après Kérensky, Tsérételli et Tchernov, la contre-révolution fit une énorme erreur. Elle crut voir dans ces figures ruinées et épuisées l’épuisement et la faillite de la classe ouvrière et de la révolution. C’était une erreur qu’elle allait payer cher, et très vite.

Avant juillet, les bolchéviks s’étaient établis comme direction dans de nombreuses unités combatives de la classe ouvrière. Aux élections municipales du mois d’août, ils obtinrent des majorités dans les quartiers ouvriers de Peterhof et de Vyborg.

Leur influence sur les comités d’usine avait augmenté et 82 % des délégués à la conférence panrusse des comités d’usine d’août étaient en faveur de leur appel au pouvoir des soviets. Les bolchéviks dirigèrent une grève générale à Moscou contre la Conférence d’Etat. Les travailleurs n’étaient pas prêts à faire la paix avec la bourgeoisie ou le Gouvernement provisoire, comme le montre cette résolution des jeunes ouvriers de Poutilov :

“Nous, les jeunes, ayant appris de nos pères combien il est dangereux de fraterniser avec la bourgeoisie, nous déclarons que ce sera un moment terrible quand nous, les jeunes, pour le salut de la révolution, descendrons dans les rues pour détruire avec nos jeunes mains ces parasites qui vivent de la sueur et du sang des exploités... (Nous exprimons) notre profond mépris pour les socialistes révolutionnaires et les menchéviks qui continuent de cohabiter avec la bourgeoisie et permettent à Kérensky et Tsérételli de les mener en laisse.”

De nouvelles batailles se profilaient et cela était très clair pour les travailleurs ayant le plus de conscience de classe. Mais après juillet, les travailleurs avaient appris le besoin de discipline et d’organisation, la nécessité d’éviter les batailles prématurées et isolées.

C’est dans ce contexte que la bourgeoisie lança sa propre contre-offensive contre le Gouvernement provisoire et les acquis de la classe ouvrière. Les Journées de Juillet leur avaient donné confiance pour pousser plus loin l’offensive. Le 22 juillet, le général Kornilov fut nommé commandant suprême par Kérensky.

Il déclara qu’il serait responsable seulement devant “sa propre conscience et devant tout le peuple”. Bientôt, il prit l’allure du messie de la contre-révolution. A la Conférence d’Etat de Moscou, il fut salué par Kérensky et les ministres bourgeois comme le “premier soldat de la révolution”.

La montée de Kornilov coïncida avec la montée de la pression des patrons pour la restauration complète de leur droit d’embaucher et de licencier. Il y avait des projets déjà bien avancés pour instaurer une dictature militaire afin d’établir l’ordre que le Gouvernement provisoire n’avait pas pu réaliser.

La faiblesse du gouvernement de Kérensky se montra au grand jour. Il essaya de mater les ouvriers organisés. Le 24 août, il ferma à nouveau la presse bolchévique. En même temps, la bourgeoisie se préparait à le renverser, lui et son gouvernement : les patrons jugeaient tout simplement qu’après juillet ils n’avaient plus besoin du gouvernement provisoire. De façon coordonnée, les bourgeois du parti Cadet démissionnèrent du gouvernement et le général Kornilov annonça, le 27 août, une marche pour restaurer l’ordre dans la capitale.


La prévision des bolchéviks confirmée

Tout ce que les bolchéviks avaient prédit sur le rôle des conciliateurs menchéviks et de Kérensky était confirmé par le cours des événements. Ces traîtres de la classe ouvrière avaient donné aux forces de la contre-révolution la possibilité de rassembler leurs forces et de riposter. Le parti était maintenant mis à l’épreuve de la lutte contre la contre-révolution.

La marche de Kornilov sur Pétrograd fit voler en éclat l’ordre qui s’était installé dans les usines après juillet. Des assemblées firent le serment de défendre la ville et demandèrent à l’Exécutif du Soviet des armes pour le faire. L’usine de construction de machines Baranovski approuva la résolution suivante :

“Nous demandons que le Comité exécutif central donne des armes aux travailleurs qui, sans épargner leurs propres vies, s’érigeront unis comme un seul homme en défense des justes droits de la démocratie révolutionnaire et ensemble avec nos frères les soldats, formeront une barrière impénétrable par la contre-révolution et arracheront les dents empoisonnées au serpent qui a osé empoisonner la grande révolution russe avec son venin mortel.”

Des milliers d’travailleurs de Pétrograd se ruèrent dans la lutte, pour arrêter Kornilov ; au moins 25 000 parmi eux s’enrôlèrent dans les gardes rouges, qui étaient coordonnées par le Comité militaire révolutionnaire. A l’usine Poutilov, 8 000 travailleurs furent envoyés pour participer à la défense et faire de l’agitation. Ceux qui restèrent accomplirent le travail de trois semaines en trois jours afin de produire les canons pour défendre la révolution.

Kérensky, n’ayant pas, dans l’immédiat, d’autre alternative, se tapit derrière la muraille prolétarienne qui défendait Pétrograd la rouge. Les dirigeants bolchéviques furent relâchés et l’agitation et la propagande bolchévique se répandirent librement comme auparavant.

Les militants bolchéviques jouaient un rôle de premier plan dans toutes les mobilisations pour arrêter Kornilov. Le problème des bolchéviks était comment utiliser ces mobilisations pour gagner la masse des travailleurs et faire en sorte qu’ils retirent leur confiance dans les menchéviks et dans ce pourri de Kérensky, comment creuser les contradictions entre la base des menchéviks et SR et leurs dirigeants traîtres.

Pour Lénine, la clé du problème était de mener une campagne “indirecte” contre Kérensky “en demandant une guerre de plus en plus active, vraiment révolutionnaire, contre Kornilov”. Les travailleurs actifs devaient être mobilisés pour faire pression sur Kérensky pour des revendications partielles.

Cela développerait un esprit combatif et réveillerait la confiance de la base ouvrière, tout en révélant la faiblesse et les hésitations de ses dirigeants. Les revendications étaient l’arrestation du dirigeant du parti Cadet, Milioukov, et du président de la Douma, Rodzianko, qui soutenaient Kornilov, la légalisation du transfert de la terre aux paysans et le contrôle ouvrier sur les distributions de nourriture et sur les usines.


Défense révolutionnaire

Les bolchéviks demandèrent aussi l’armement des travailleurs de Pétrograd et que les garnisons des villes militantes de Cronstadt, Vyborg et Helsingfors soient réunies à Pétrograd. Impliquer les travailleurs dans la lutte pour leurs revendications à travers la défense révolutionnaire de Pétrograd était pour Lénine le moyen de les faire avancer politiquement.

C’est pour cette raison qu’il insista pour que les revendications soient présentées “non seulement à Kérensky, mais plutôt qu’à celui-ci aux ouvriers, paysans et soldats qui ont été emportés par la lutte contre Kornilov.”

En enlevant à Kornilov le droit de renverser Kérensky, Lénine était en effet en train de creuser la tombe politique de Kérensky et de ceux qui avaient cherché à faire un compromis avec lui. Comme le dit Lénine :

“Nous changeons la forme de notre lutte contre Kérensky. Sans relâcher d’un cran notre hostilité contre lui, sans retirer une seule parole dite contre lui, sans renoncer à la tâche de le renverser, nous disons qu’il faut prendre en compte la situation actuelle. Nous ne devons pas renverser Kérensky tout de suite. Notre approche de la tâche de lutter contre lui doit se faire d’une manière différente.”

Ce moyen de lutter contre Kornilov et Kérensky fut un succès retentissant. Kornilov fut stoppé dans sa marche, son armée disparaissant sous la pression des agitateurs bolchéviques et du sabotage des militants cheminots. Le prestige du Parti bolchévique augmenta énormément suite à la défaite de Kornilov et à l’humiliation de Kérensky.

Sa tactique du front unique, adressée à Kérensky et aux menchéviks mais vivante dans les milliers de travailleurs de base des comités de lutte, avait l’objectif, limité, de battre Kornilov. Mais en combinant l’unité d’action avec une critique sans pitié de Kérensky et de la direction conciliatrice des soviets, les bolchéviks prouvèrent qu’ils étaient les seuls révolutionnaires conséquents. Le front unique était un pont vers les masses et une arme contre leurs dirigeants traîtres.

La défaite infligée au Général Kornilov par les travailleurs de Pétrograd ouvrit la dernière phase de la Révolution Russe. Les travailleurs avaient à nouveau les armes. Les rangs des Gardes rouges avaient énormément grossi. Le ton était de nouveau confiant dans les réunions d’usines partout dans la capitale.

Une à une, les usines remplacèrent les délégués des soviets menchéviks ou SR par des bolchéviks. Dans les réunions de masse, début septembre, les ouvriers adoptèrent l’appel des bolchéviks pour que tout le pouvoir passe aux soviets, et défièrent la direction du Soviet qui collaborait avec le gouvernement Kérensky. Les travailleurs de Langezipen dirent à ces leaders :
“Nous supposons que la rébellion de Kornilov vous a ouvert les yeux, pleins de sommeil, et vous a permis de voir la situation telle qu’elle est. (...) Nous déclarons que vous avez longtemps parlé pour nous mais que vous n’avez pas exprimé nos positions, et nous demandons que vous commenciez à parler le langage du prolétariat ou nous nous réservons la liberté d’action.”

En fait, le coup de Kornilov n’avait pas ouvert les yeux des dirigeants menchéviques et des SR du Comité exécutif central. Il les avait fermés encore plus. Alors que Kérensky essayait de renforcer son pouvoir en établissant un directorat de cinq personnes, le Comité exécutif continua de le soutenir en échange de la promesse de réunir un pré-Parlement. La tension entre les aspirations de la masse prolétarienne et les intentions de ceux qu’ils avaient un jour délégués pour les représenter augmenta fortement.

En septembre, le Soviet de Pétrograd approuva sa première résolution clairement bolchévique, qui appelait à un gouvernement “du prolétariat révolutionnaire et de la paysannerie”. Les menchéviks, eux, purent rassembler seulement 15 votes, sur 1000 délégués, en soutien au Gouvernement provisoire ! Quatre jours plus tard, le Soviet de Moscou adopta une résolution bolchévique.

Les autres prétendant à la direction prolétarienne, connurent soit le déclin, comme les menchéviks, soit l’instabilité et des scissions. Le parti SR scissionna et les SR de gauche soutinrent l’appel pour le pouvoir aux soviets, contre leurs ex-dirigeants. Le gros de l’organisation SR de Pétrograd soutint les SR de gauche, ce qui reflétait l’esprit de Pétrograd la Rouge.

Ce fut l’identification croissante des travailleurs les plus actifs avec le parti bolchévique qui marqua le changement le plus important dans l’esprit de la classe ouvrière. L’agitation et la propagande inlassable pour démasquer la trahison de la direction du Soviet étaient maintenant en train de donner leurs fruits.

En octobre, les membres du parti bolchévique étaient 250 000 contre 30 000 au début de l’année. A Pétrograd, les bolchéviks avaient 43 000 militants, dont 28250 travailleurs et 5800 soldats. L’écrasante majorité du parti était prolétarienne.

Le noyau prolétaire du parti avait été choisi par la majorité des travailleurs comme délégués dans les soviets et les comités d’usine. En octobre, dans la Garde Rouge, 44 % des militants étaient au Parti bolchévique. Le parti de l’avant-garde de Lénine incluait l’avant-garde de masse de la classe ouvrière russe. La montée fantastique du parti s’était consolidée en septembre et octobre. En septembre, aux élections du conseil de département (Douma) de Moscou, les bolchéviks avaient obtenu 52 % des voix et balayaient les menchéviks.

En septembre-octobre, les bolchéviks pouvaient compter sur un soutien de 68 % dans le Soviet de Moscou alors que les menchéviks et les SR en avaient respectivement 16 et 4 %. Le parti devenait vraiment le parti national de la classe ouvrière russe.

A Sartov, dans la région de la Volga, il avait pris la direction du soviet en septembre. Il avait fait la même chose dans la plupart des soviets dans tous les centres industriels de la Russie dans le même mois.

Ces faits, ces faits têtus que les historiens bourgeois n’ont jamais pu réfuter, montrent que l’accusation selon laquelle les bolchéviks étaient une minorité quand ils prirent le pouvoir et que leur action était un coup d’état, est un mensonge et une calomnie. Au contraire, ils dirigèrent une révolution de masse en tant que majorité.

Une fois que les bolchéviks eurent gagné la couche de travailleurs que la majorité de la classe ouvrière considérait comme une direction pour ses luttes, la tâche fut d’utiliser cette position de direction pour préparer une offensive finale contre le Gouvernement provisoire et la direction conciliatrice incrustée dans les exécutifs des soviets.

Pour les travailleurs qui avaient rejoint les rangs des bolchéviks, la crise ne pouvait être résolue que par la prise du pouvoir des soviets. Mais même après le coup de Kornilov, le Comité exécutif refusa l’offre de Lénine d’une opposition loyale au sein des soviets si ceux-ci prenaient le pouvoir. Le transfert du pouvoir aux soviets ne pouvait que prendre la forme d’une prise du pouvoir dirigée et organisée par les bolchéviks.

Analysant la montée des prises de terres par les paysans, la paralysie du gouvernement de Kérensky et le nouvel état d’esprit dans les soviets, la troisième conférence des bolchéviks de la ville de Pétrograd décida début octobre que le moment de l’action décisive était proche. L’assemblée des représentants de la direction du prolétariat de Pétrograd la rouge déclara :

“Toutes ces circonstances montrent clairement que le moment de la dernière bataille décisive, qui doit décider du destin non seulement de la révolution russe mais de la révolution mondiale, est arrivé.”


Mémoires de juillet

Il y avait une seule différence entre l’avant-garde bolchévique et la majorité des travailleurs. La majorité était pour le pouvoir des soviets : à Pétrograd, seule une assemblée de masse d’usine vota contre l’appel pour que le Deuxième congrès panrusse des délégués des soviets, qui allait se tenir bientôt, prenne le pouvoir.

Cette discussion avait été tranchée. Toutefois, il n’y avait encore qu’une minorité parmi les ouvriers, surtout les plus jeunes, qui étaient prêts à ‘sortir’ ouvertement pour obtenir cela. Le souvenir de Juillet était encore dans l’air.

Un garde rouge de l’usine de tuyaux de Pétrograd a décrit ses pressentiments quand son détachement passa sa dernière nuit à l’usine avant octobre :

“Je ne pouvais pas dormir. Beaucoup de pensées tournaient dans ma tête, qui n’étaient pas claires alors comme elles le sont maintenant. Les Journées de Juillet restaient trop vives devant mes yeux. Les cris de la foule des philistins secouaient mes certitudes.”

Mais depuis juillet il y avait eu un changement crucial du rapport de forces, qui aurait dû dissiper ces craintes. Les autres centres industriels étaient, eux, beaucoup plus proches de l’état d’esprit de Pétrograd.

La paysannerie était en action et elle comprenait que les bolchéviks étaient prêts à mener la lutte pour le pouvoir. Toutes les conditions pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière étaient réunies.

Dans cette situation, seule une action déterminée par l’avant-garde pourrait donner aux masses la confrontation finale que la majorité voulait tout en la craignant. Comme le dit Latsis, responsable de quartier :

“Dans l’action, l’appareil organisé doit être en premier ligne, les masses le soutiendront. C’est totalement différent d’auparavant.”

Les bolchéviks avaient appris en juillet que le soulèvement ne pouvait pas suivre le modèle des révolutions bourgeoises, comme 1789 en France, quand la grande masse du peuple s’était soulevée toute ensemble contre l’ancien régime.

Dans la société capitaliste moderne, l’art de l’insurrection impliquait une préparation méticuleuse. La préparation technique devait suivre la préparation politique. Avec la conquête des masses, les bolchéviks étaient obligés de commencer le travail secret nécessaire pour la victoire du soulèvement. Le parti était donc obligé de construire les instruments de l’insurrection. Comme Trotsky l’observa :

“Tout comme le forgeron ne peut pas prendre en main le fer à la chaleur rouge, de même le prolétariat ne peut pas prendre directement le pouvoir : il lui faut une organisation capable d’assumer cette tâche. La coordination de l’insurrection de masse avec la conspiration pour l’insurrection constitue ce chapitre complexe et important de la politique révolutionnaire que Marx et Engels appelèrent ‘l’art de l’insurrection.’ Cela présuppose une direction générale des masses appropriée, une orientation flexible dans des conditions qui évoluent, un plan d’attaque bien conçu, une préparation technique soignée et une frappe audacieuse.”

Ayant gagné la direction prolétarienne, les bolchéviks se préparèrent à porter ce coup audacieux et pour prendre le pouvoir d’état pour les soviets. Le 22 octobre, les ouvriers de Pétrograd se rassemblèrent dans une série de meetings pour célébrer le “Jour du Soviet de Pétrograd”.

Des travailleurs du parti prirent la parole dans des meetings, qui se tenaient dans des salles afin d’éviter les provocations et les confrontations. A la Maison du Peuple, 30 000 personnes se rassemblèrent pour écouter Trotsky, qui électrisa la salle avec un appel à mener la révolution jusqu’au bout. Un SR raconte que, lors de ces réunions dans les usines, “nos discours [contre le soulèvement] tombaient dans le vide”.

Le commentateur menchévique Soukhanov quitta la Maison du Peuple complètement déboussolé : “Désespéré, je regardais cette scène superbe. Partout à Pétrograd c’était la même chose. Partout des serments. Stricto sensu, il s’agissait déjà d’une insurrection. C’était déjà commencé.”

Ceux qui devaient prendre les ponts, les bureaux de poste et les gares, ceux qui devaient arrêter le Gouvernement provisoire, savaient que la masse des ouvriers était derrière eux. Cela donna aux bolchéviks la confiance et le courage d’agir et la certitude que la victoire serait la leur.


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