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11 octobre 2001
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Travail de nuit des femmes : légalité à rebours
Le 30 novembre dernier, le gouvernement a fait adopter par lAssemblée Nationale un texte mettant fin à linterdiction du travail de nuit pour les femmes dans lindustrie. Ce texte a pris pour prétexte la mise en conformité du droit français avec le droit européen sur légalité entre les sexes.
En effet, voilà plus de 20 ans, une directive européenne levait linterdiction du travail de nuit pour les femmes, sous prétexte dégalité.
Mais en 1976, pas question quun quelconque gouvernement lapplique en France : la gauche aurait été attaqué par le mouvement féministe de lépoque, tandis que la droite aurait eu à faire au lobby catholique qui venait dencaisser la légalisation de lavortement.
En 1987, une brèche est ouverte par la loi Séguin sur "laménagement du temps de travail" qui comporte une clause sur le travail de nuit.
Concrètement, linterdiction est levée sous réserve dun accord patronat/syndicat au niveau de la branche et de lentreprise.
Cette initiative est confortée par la révision de la Convention 89 du Bureau International du Travail en 1990, qui lève linterdiction du travail de nuit pour les femmes dans lindustrie.
Enfin, en 1997, la Cour européenne de justice met en demeure la France daccorder son droit national au droit européen. Pas dexception dans lEurope capitaliste.
Mais quon soit clair : le travail de nuit des femmes est déjà une réalité. Aujourdhui, environ 650 000 femmes travaillent de nuit, soit 1/4 de lensemble salariés de nuit, principalement dans la santé, le commerce et les transports. Parmi elles, 55 000 travaillent dans lindustrie, sur la base du "volontariat". Dans quelques mois, elles seront certainement plus nombreuses, et plus très "volontaires" !
Cest de nouveau une aggravation des conditions de travail que le gouvernement Jospin nous promet. Sous couvert de respecter légalité, on nivelle par le bas. Et ce sont les patrons qui se frottent les mains, encore une fois.
Car malgré tous les soi-disant remparts pour mieux "encadrer le travail de nuit" (par exemple il doit rester exceptionnel et doit prendre en compte la sécurité et la santé des travailleurs), il est évident que toute une série dentreprises vont immédiatement passer aux 3 x 8. Car depuis quand les patrons se préoccupent-ils de la santé des travailleurs ?
On connaît déjà les ravages que provoque le travail en équipe chez les hommes (diminution de la durée de vie, perturbation du rythme biologique, fatigue accrue donc insécurité accrue sur les lieux de travail).
On imagine ce que cela veut dire pour les femmes. Car celles-ci, contrairement à la plupart des travailleurs hommes, ne rentrent pas chez elles le matin pour se coucher mais bien pour emmener les enfants à lécole et remplir les tâches domestiques.
De plus, les femmes qui occupent des emplois dans lindustrie sont souvent employées pour les tâches les plus dévalorisées, celles qui requièrent le plus de minutie et dattention, celles qui sont répétitives, sans initiatives, avec une pression accrue sur le rythme de travail (textile, assemblage, micro-soudure...).
Travailler dans ces conditions entre 21h et 6h du matin relève plus de lesclavage que du temps "choisi" quon voudrait nous faire gober.
Sans oublier quun poste qui se féminise est un poste qui se dévalorise, le travail de nuit va subir une banalisation et devenir non pas un "choix" pour ramener plus dargent, mais une contrainte pour garder un emploi.
Non, le travail de nuit pour les femmes nest pas un progrès de légalité des sexes. Cest un retour au XIXème siècle, quand les filles de la classe ouvrière sétiolaient dans les filatures.
A cette époque, le mouvement ouvrier luttait pour empêcher le travail de nuit des femmes. Mais ce nest quen 1892, alors que fécondité ouvrière baissait et que le prolétariat ne se reproduisait plus suffisamment, que le patronat a voulu faire rentrer les femmes à la maison pour soccuper des enfants. Linterdiction du travail de nuit a fait partie de cette campagne.
Aujourdhui, la mode est à la rentabilité immédiate, les patrons se soucient peu que les femmes qui travaillent puissent conjuguer vie professionnelle et familiale.
La seule façon réellement progressiste denvisager la question est dinterdire le travail de nuit, pour les femmes comme pour les hommes. Seuls certains secteurs ont besoin de personnel de nuit comme la santé ou les transports, mais certainement pas la production capitaliste !
Cest aux travailleurs et aux travailleuses de décider des modalités de fonctionnement de ces secteurs, de manière démocratique et en prenant en compte des conditions sociales, familiales et matérielles de chacun.
Il faut mettre en place des services dastreinte par exemple, avec compensations réelles en terme de durée du temps de travail, de salaires et de repos. Chaque cas doit être étudié pour savoir si la présence de nuit savère nécessaire et si des systèmes automatisés peuvent être mis en place pour éviter la présence humaine.
Refusons la mise en place déquipes de nuit dans les entreprises !
Les travailleurs eux-mêmes doivent contrôler toute entreprise fonctionnant en équipes !
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