pix_transparent
pix_transparent
pix_transparentpix_transparent
13 novembre 2000
pix_transparent
Le marxisme et l’oppression des femmes

L’oppression des femmes ne se limite pas à une faible représentation dans toute instance de pouvoir. La face cachée de l’iceberg ce sont ces millions de femmes travailleuses pour qui les éphémères ministres femmes du premier gouvernement Juppé et les députées du RPR ont été les plus opposées à leurs acquis, et qui vivent une réalité qu’on occulte : les différences salariales et la discrimination dans l’emploi.

Alors que les luttes des années 70 avaient permis de réduire les inégalités entre hommes et femmes dans le domaine du travail salarié (dans le travail domestique elles sont toujours restées profondes), depuis dix ans l’écart se creuse de nouveau.

La crise touche plus les femmes que les hommes. Le taux de chômage des femmes est plus élevé pour toutes les tranches d’âge, y compris chez les plus jeunes (6,8 points d’écart pour les moins de 25 ans, 4 points pour les 25-49 ans), en moyenne mieux formées que les hommes.

Pour les femmes immigrées, la situation est encore pire, et l’écart avec les hommes est plus grand : leur taux d’activité est de 30% contre 60% pour les hommes immigrés.

Les médias mettent souvent en avant qu’aujourd’hui les femmes font des études supérieures et ont réussi à occuper des postes autrefois "typiquement masculins", bien payés et considérés. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que les diplômées de l’enseignement supérieur ont moins de chance de trouver du travail qu’il y a 20 ans, baisse que l’on n’observe pas pour les hommes. Pour celles qui choisissent des filières scientifiques ou technologiques le taux de chômage est trois fois plus élevé que celui de leurs camarades hommes.

Aujourd’hui encore 45% des femmes travaillent dans 20 professions sur 455 (infirmières, secrétaires, institutrices, vendeuses, ouvrières du textile, femmes de ménage, etc).

Alors qu’elles représentent 57% des bacheliers et 55% des étudiants, les femmes représentent 36% des cadres supérieurs et 45% des professions intermédiaires, mais 60% des emplois peu ou non qualifiés.

Les femmes sont donc encore plus surqualifiées pour les postes qu’on leur offre que les hommes. De plus, elles sont plus victimes de la précarité puisque 55% des CDD sont des femmes.

L’essor du temps partiel, à 83% des femmes, accroît encore les écarts de salaire entre hommes et femmes pour un même travail à temps complet, notamment chez les employés. Alors que les salaires féminins représentent en moyenne 80% des salaires masculins pour les métiers manuels et 67% seulement pour les métiers non-manuels, ils sont en réalité, toutes catégories confondues, du fait du temps partiel, 36% plus bas.

Ce qui rend encore plus fausse l’affirmation que les femmes auraient enfin obtenu "à travail égal salaire égal".

Elles sont embauchées avec des salaires plus bas parce qu’on leur confie des emplois "féminins", elles obtiennent moins de primes et de promotions que les hommes parce que les compétences spécifiques des métiers dits féminins n’en font pas l’objet et que les patrons considèrent que leur salaire n’est que complémentaire, elles ont moins d’ancienneté du fait des interruptions dans leur carrière pour les naissances et l’éducation des enfants. Bref, les travailleuses sont toujours dévalorisées et les laissés pour compte.

En conséquence elles en arrivent à penser qu’il vaut mieux que ce soit elles qui s’investissent moins dans le travail salarié, et donc plus dans le travail domestique.

Elles privilégient les emplois à temps partiel, proches des écoles et à des horaires compatibles avec l’éducation de leurs enfants, même s’ils sont mal rémunérés et peu intéressants.

Cela creuse encore plus les écarts de salaire avec leurs maris et explique que le déséquilibre dans la répartition des tâches éducatives et domestiques reste très important.

Dans les couples, 80% des tâches domestiques sont toujours effectuées par les femmes. L’oppression des femmes dans le travail domestique continue, avec ou sans salaire, avec ou sans double journée de travail.

Le fardeau des tâches domestiques et éducatives, le déficit chronique de places en crèche et dans les petites sections de maternelle, mais surtout le type d’emplois qui leur sont offerts, mal payés et souvent à temps partiel, avec des horaires de plus en plus flexibles et même de nuit, font que beaucoup de femmes qui aimeraient pourtant continuer à travailler demandent finalement l’allocation parentale d’éducation. Celle-ci, créée par la gauche en 1985 (encore merci le PS ! ), puis étendue par la droite, est, du fait des écarts de salaire hommes-femmes, une allocation "maternelle".

Si elle ne parvient pas à dissuader les femmes de retravailler, elle augmente leur dépendance financière vis-à-vis de leur mari, à court terme étant donné son montant dérisoire (3000F mensuels) et à plus long terme car elle accentue leur handicap sur le marché du travail, avec le risque de les en exclure carrément.

Cette allocation, qui est considérée par d’aucuns, à tort, comme la reconnaissance de la valeur du travail domestique et éducatif des femmes, n’a rien de progressiste : elle signifie pour beaucoup de femmes travailleuses le retour au foyer.

Si depuis une décennie le taux d’activité des jeunes femmes ayant des enfants en bas âge a continué de croître (73% des mères de 26 à 39 ans), le chômage, la précarité et l’extension de l’APE pourraient rendre celle-ci plus attrayante et inverser la tendance, alors que déjà le taux d’activité général des femmes stagne autour de 75%.

Le capitalisme fait donc payer ses crises encore plus cher aux travailleuses qu’aux hommes travailleurs et ce n’est qu’en se débarrassant du système capitaliste qu’on en finira avec l’oppression des femmes.

Pas de libération des femmes sans socialisme, pas de socialisme sans libération des femmes !

Oppression des femmes et société de classe

Au cours de la période de développement de la société humaine qu’Engels a décrite comme "le communisme primitif", la contribution des femmes à la société et leur rôle au sein de cette dernière étaient perçus comme égaux à ceux des hommes.

L’existence de telles sociétés - démontrée par les anthropologues et les archéologues - dément la théorie de ceux qui défendent la subordination des femmes parce "qu’il en a toujours été ainsi".

Ces sociétés consistaient en des communautés domestiques, et non des familles, qui vivaient de la chasse et de la cueillette. Les femmes s’occupaient surtout de la cueillette, à cause de leur rôle dans la reproduction (grossesse et allaitement). Les hommes s’occupaient surtout de la chasse et des autres activités qui impliquaient une mobilité accrue. Le travail des femmes n’était pas moins valorisé que celui des hommes. Une égalité approximative existait entre les sexes.

Les forces de production ont connu une expansion lors du développement de l’horticulture et de l’agriculture, de la domestication des animaux et de l’élevage, et lors du développement de la métallurgie, conduisant à la production de meilleurs outils pour effectuer ces tâches et aussi à la production des armes.

Ceci a créé les conditions pour la production d’un surplus, c’est-à-dire de plus de nourriture et de moyens de subsistance que ce qui était nécessaire à la survie du groupe. Une couche sortie du système complexe de rang qui dominait au sein des gentes est devenue une classe dirigeante embryonnaire.

La classe dominante des nouvelles sociétés était d’abord composée d’hommes, à cause du rôle de ces derniers dans la production et le commerce.

La concentration de surplus et le développement du commerce exigèrent la destruction du large réseau des demandeurs du produit. La gente fut remplacée par la famille individuelle et la monogamie fut imposée aux femmes.

Le travail social des femmes, la cueillette, l’agriculture et la gestion du ménage, furent transformés en travail privé au service de la famille monogamique. Ce fut donc le rôle des femmes dans la production qui les condamna à une position subordonnée au sein de la société.

En même temps que le mariage devenait la forme dominante de l’organisation sociale, des lois et des codes furent introduits pour renforcer la subordination des femmes, conduisant à la perte de toute égalité, pour les droits aux possessions à la propriété, dans la vie sociale ou politique. La communauté domestique collective fut transformée en prison de la famille monogamique. La patrilinéarité devint la norme.

Le conflit entre les gentes et la famille, reflet du conflit entre le communisme primitif et la propriété privée, créa le besoin d’un pouvoir public pour arbitrer cette lutte, l’Etat. Celui-ci renforça la nature patriarcale de la famille et de l’héritage.

Ces développements, qui ont pris plusieurs milliers d’années et se sont déroulés d’une façon profondément inégale et combinée, ont créé les premières sociétés de classe, patriarcales. Les femmes avaient subi une défaite historique.

Le capitalisme industriel révolutionna la nature de la production humaine et la forme spécifique de l’oppression des femmes.

La communauté domestique, remplacée par l’usine et la ferme capitaliste, cessa d’être l’unité de base de la production.

La famille ouvrière ne produisait plus ses moyens de subsistance, elle ne possédait plus de moyens de production.
Le temps de travail domestique nécessaire à la reproduction de la force de travail fut pris par la production capitaliste ; hommes, femmes et enfants travaillèrent de longues journées à l’extérieur du foyer.

L’introduction de lois limitant la durée de la journée de travail de tous les travailleurs, surtout des femmes et des enfants, a conduit à la réduction de la participation des femmes à la production, et leur prise en charge du travail domestique.

Les dirigeants réformistes ont transformé la défense de la famille comme moyen de survie (lieu de repos et de récréation) en défense de l’idéal bourgeois réactionnaire de la famille, qui confine la femme au foyer avec ses enfants et limite sa sexualité pour assurer la garantie de la paternité et des héritages.

Seule la suppression de l’exploitation capitaliste et du travail domestique gratuit, par sa socialisation, donc la lutte de classe, pourront libérer les femmes.


Zetkin, Kollontaï et les femmes travailleuses

Avant la première guerre mondiale, le SPD allemand organisait les femmes travailleuses dans un mouvement des femmes explicitement socialiste dirigé par Clara Zetkin. Avec d’autres dirigeants et dirigeantes du parti, elle avait compris l’importance des formes spéciales d’organisation et de propagande, dirigées vers les femmes.

Elle combattait plutôt pour une organisation spéciale conduite par des membres du parti afin de sortir les femmes de leur état arriéré et passif dans lequel elles ont été maintenues par l’exploitation capitaliste.

Cela ne voulait pas dire que Zetkin était en faveur d’organisations socialistes séparées pour les femmes. Elle soutint toujours que les militantes devaient être des membres à part entière des partis socia-listes et puis, plus tard, des partis communistes.

L’oppression spéciale et l’exploitation dont souffraient les femmes, l’arriération et l’analphabétisme de beaucoup de femmes travailleuses, la discrimination, et le dédain dont leurs revendications faisaient l’objet rendirent nécessaires la création de formes spéciales d’organisation (presse, réunions, organisations).

Zetkin a fait des émules parmi les militantes révolutionnaires - en particulier les russes Alexandra Kollontaï, Inessa Armand et Nadezhda Krupskaïa.

Selon Krupskaïa "Pour les travailleurs et les travailleuses, la question des femmes est une question de comment organiser les masses arriérées des femmes travailleuses, comment mieux leur expliquer leurs intérêts et comment leur faire partager la lutte le plus rapidement possible."

Mais pour Kollontaï la question était un peu plus compliquée. C’est pourquoi elle prônait la création d’une organisation séparée pour les femmes travailleuses :
"La séparation a un objectif double. D’une part ces collectifs au sein du parti (commissions, bureaux de travailleuses, etc) doivent effectuer un travail agitatoire spécial, adapté au niveau des questions dont les femmes souhaitent avoir les réponses ; leur tâche est de recruter des militantes parmi la masse de femmes qui ont un niveau de conscience bas, de l’élever au niveau du reste des militants du parti ; de pousser les femmes sur l’arène de la lutte révolutionnaire. D’autre part, ces collectifs fournissent aux femmes travailleuses la possibilité d’avancer et de défendre dans la pratique les intérêts qui, avant tout, touchent les femmes : la maternité, la protection des enfants, les salaires des femmes et des enfants, la lutte contre la prostitution, les réformes dans l’organisation des ménages, etc."

A la différence de la plupart des femmes bolchéviques, Kollontaï avait compris que le travail spécial parmi les femmes - y compris les commissions femmes au sein du parti, les réunions et les structures spéciales - ne permettait pas seulement de surmonter certaines difficultés des femmes, il encourageait les femmes à faire pression sur le parti pour qu’il soulève des questions féminines :
"Se rassembler dans un collectif spécial fournit aux femmes la possibilité d’influencer leurs camarades au sein du parti, de les inspirer et de les pousser encore plus loin dans le combat pour des droits politiques pour les femmes de la classe ouvrière".

Mais ce n’est qu’en 1917, quand se produisirent de grandes mobilisations de femmes (la révolution de février commença par des grèves et des manifestations de travailleuses à Petrograd, pour marquer la journée internationale des femmes) que les bolcheviks tentèrent vraiment de construire un mouvement de masse des femmes travailleuses.

Après de longues discussions internes, les bolcheviks créèrent un bureau des femmes pour accomplir ce travail. En 1919 le "Zhenotdel" - "la section féminine" - fut créé afin de mobiliser les femmes travailleuses, de lutter contre l’oppression des femmes au sein du parti bolchevik et d’approfondir le développement du programme communiste sur la question des femmes.

Enfin, au Troisième Congrès de l’Internationale Communiste, en juin 1921, Kollontaï présenta une résolution "concernant les méthodes du travail communiste parmi les femmes" dans laquelle l’Internationale préconisait la création des "sections féminines" à tous les niveaux de tous les partis communistes :
"Les organes féminins du parti communiste doivent dans leur activité se rendre compte que les moyens d’agitation et d’instruction ne sont pas que les discours et les écrits, mais qu’il faut également apprécier et utiliser comme les moyens les plus importants : la collaboration des femmes communistes organisées dans tous les domaines de l’activité - lutte et édification - des partis communistes ; la participation active des femmes ouvrières à toutes les actions et luttes du prolétariat révolutionnaire, aux grèves, aux insurrections générales, aux manifestations de rue et révoltes armées."


Quelle parité ?

L’une des principales cibles des féministes est la domination de la vie politique par les hommes.

En effet, la proportion de députés femmes en France est la plus faible de toute l’Europe - seulement 6% !

Tous les partis politiques cherchent à répondre à ce qui est ressenti par les femmes - avec raison - comme une véritable sous-représentation.

Ayant instauré une liste paritaire (un homme - une femme) lors des dernières élections européennes, le PS a annoncé à grands cris que 30% de ses candidats aux élections législatives de 1998 seront des candidates.

Mais le PS n’étant pas plus convaincu que ça de l’utilité de ces candidates sauf pour amuser la galerie, la plupart d’entre elles seront présentées dans des circonscriptions casse-gueules. De droite, quoi.

D’autres réfléchissent sur la possibilité d’obliger les partis politiques à présenter au moins 50% de candidates en instaurant une réforme constitutionnelle. Le fait que les partis traditionnels (y compris le PS) évoquent la possibilité d’une loi pour imposer un tel changement en dit long sur leur incapacité à mobiliser les femmes, voire leur désintérêt à le faire.

Cela fait longtemps que, par exemple, Lutte Ouvrière présente des listes électorales d’une parité parfaite. Et sans l’ombre d’une loi pour l’imposer.

Même si la sous-représentation des femmes dans l’assemblée est en soi un scandale - comme l’absence totale de tout député beur et qu’il faut tout faire pour augmenter le nombre de femmes sur les listes du PS et du PCF, voire instaurer la parité, sur le fond, toutes ces réponses évitent le véritable problème, et donc la véritable solution.

Les femmes participent moins à la politique que les hommes. Il y a moins de militantes que de militants (y compris dans l’extrême gauche), il y a moins de dirigeantes que de dirigeants.

La raison en est simple : les femmes sont opprimées, elles s’occupent plus des tâches ménagères et des enfants que les hommes.

Dès leur jeune enfance, on leur apprend que leur rôle n’est pas de se mettre en avant comme les garçons.

Changer cette situation est l’une des tâches des révolutionnaires, en particulier au sein du mouvement ouvrier.

Combien de délégués syndicaux sont des déléguées ?

Combien de délégués aux congrès syndicaux et politiques sont des femmes ?

Dans les deux cas, les hommes dominent, et c’est un scandale.

Changer cette situation c’est aussi augmenter la probabilité que les questions féminines soient soulevées au sein du mouvement ouvrier et que, lors d’un combat des femmes sur la question de la contraception et de l’avortement, les organisations du mouvement ouvrier répondent "présentes".

C’est pourquoi nous sommes favorables aux tentatives visant à augmenter la participation des femmes en particulier au sein des syndicats, mais aussi au PS et au PCF et donc qu’elles aient une meilleure représentation.

Parce que c’est là, sur le plan de la mobilisation et des revendications qu’on peut avant tout changer quelque chose dans la vie quotidienne des femmes.

Mais imposer la parité dans les élections, c’est remplacer le combat pour l’égalité réelle par un simple trucage de la démocratie parlementaire qui, sur le fond, ne changerait rien. Et, pire, cela pourrait laisser croire que le sexe du représentant prime sur sa politique.

Cette position est complètement fausse : Édith Cresson et Nicole Notat en sont la preuve vivante.



Le combat pour le socialisme suffit-il ?

Pour beaucoup de militants révolutionnaires, la position énoncée par l’une des principales militantes marxistes du siècle dernier, Clara Zetkin, est la seule correcte. Ainsi, en 1889, lors de la fondation de la Deuxième Internationale, Zetkin déclarait :
"Nous nions qu’il existe une question féminine spécifique, nous nions qu’il existe un problème spécifique des travailleuses. L’émancipation de la femme, comme celle de tout le genre humain, ne deviendra réalité que le jour où le travail s’émancipera du capital. C’est seulement dans la société socialiste que les femmes, comme tous les travailleurs, accéderont à la pleine possession de leurs droits."

Ainsi, compte tenu du fait que l’oppression des femmes trouve ses origines dans la société de classe, la destruction de ce système - et donc le combat pour le socialisme - constitue la panacée du combat pour la libération des femmes.

Nous reconnaissons que le combat pour la libération des femmes est inséparable du combat pour le socialisme, mais nous n’ignorons pas la question des droits démocratiques des femmes et l’importance de lutter autour de ces revendications. Comme pour toutes les revendications démocratiques, seule la classe ouvrière parvenue au pouvoir peut garantir de tels droits.

Qui plus est, nous reconnaissons que le sexisme et l’oppression des femmes existent aussi au sein de notre classe et qu’il est nécessaire de mobiliser les femmes travailleuses contre leur oppression, pour l’égalité des droits - dans la vie sociale comme dans les entreprises - et pour qu’elles s’affirment et s’organisent ensemble.

Certes, le rôle d’un parti révolutionnaire est de fournir un tel cadre aux militantes. Mais lorsque les révolutionnaires organisés ne représentent qu’une minorité infime de la classe ouvrière, il faut proposer des cadres du type front unique afin de permettre à tous ceux et à toutes celles qui souhaitent combattre ensemble de le faire.

C’est pourquoi nous combattons pour la construction d’un mouvement de masse des femmes travailleuses, enraciné dans les entreprises, les syndicats et les quartiers ouvriers.

Comme dans les expériences allemandes et russes, un tel mouvement ne devrait pas être séparé mais ancré dans les organisations de masse du prolétariat. Sa stratégie combative ne doit pas être limitée aux seules questions économiques, ou aux intérêts sectoriels des seules "femmes travailleuses".

Il doit lutter contre tous les aspects de l’oppression des femmes sous le capitalisme : contre les remises en causes du droit à l’avortement et à la contraception, contre les violences physiques dont souffrent les femmes, contre les effets de la crise capitaliste tels les bas salaires, l’insécurité de l’emploi, les hausses de loyers, l’augmentation des prix, les attaques contre la Sécurité Sociale, etc.

Le noyau du mouvement des femmes travailleuses doit donc être constitué par les femmes organisées dans les entreprises. Elles doivent
• s’assurer que les syndicats s’occupent des revendications des femmes.
• construire des groupes de femmes non-mixtes dans les syndicats pour permettre aux femmes de discuter de leur oppression particulière, de gagner en confiance combative, de faire adhérer de plus en plus de femmes aux syndicats et d’organiser le combat.

Mais un mouvement des femmes travailleuses va également attirer les femmes qui vivent dans les quartiers qui doit faire face aux problèmes du chômage, de l’insertion des jeunes, etc.

Pour les féministes, tout mouvement des femmes doit être "autonome", protégé de la "récupération" politique. C’est une position qui est souvent partagée par d’autres secteurs opprimés. Nous ne sommes pas d’accord. Tout en comprenant l’importance fondamentale qu’il y a à ce que les opprimés décident par eux-mêmes, la revendication de l’autonomie cache en fait un refus de débattre ouvertement des questions politiques, ce qui, inévitablement, conduirait à la domination d’un parti ou d’un autre.

C’est pourquoi, au sein d’un tel mouvement, les communistes révolutionnaires combattraient pour leur programme, et pour la direction du mouvement, face aux réformistes, aux centristes et aux féministes. Les révolutionnaires lutteraient pour convaincre les femmes d’adhérer au parti afin qu’elles participent à l’ensemble des luttes de la classe ouvrière.

Aux organisations ouvrières et aux féministes, nous disons : les femmes de la classe ouvrière souffrent de l’oppression, elles sont victimes d’attaques considérables durant les périodes de crises capitalistes, et elles ont besoin de lutter. Elles ne devraient pas placer leur confiance dans les dirigeants syndicaux réformistes actuels, ni dans le PS ou le PCF.

Malheureusement, l’écrasante majorité des femmes travailleuses font confiance aux dirigeants et aux partis réformistes pour qu’ils combattent pour leurs revendications. Il faut, selon nous, exiger que ces dirigeants luttent, qu’ils soient responsables de leurs actions, et que les femmes s’organisent pour empêcher leur trahison.

Il s’agit donc d’une tactique qui permet aux révolutionnaires de prendre la direction politique des masses.

A ceux qui disent qu’un mouvement des femmes travailleuses diviserait la classe ouvrière et conduirait au séparatisme et au féminisme bourgeois plutôt qu’à la lutte révolutionnaire, nous répondons :
• Premièrement, notre classe est déjà divisée du fait de l’oppression des femmes, ce qui conduit aux privilèges défendus activement par certains hommes (exclusion des femmes de certains emplois et de certains syndicats), et au sexisme omniprésent au sein de la classe ouvrière.
Dans ces conditions, si les femmes veulent participer au mouvement ouvrier sur un pied d’égalité avec les hommes, elles devront combattre pour être entendues, pour que leur rôle soit pris au sérieux, et pour que la classe toute entière combatte pour les revendications des femmes.
• Deuxièmement, un mouvement des femmes travailleuses est nécessaire pour toucher les femmes qui sont enfermées dans la famille, exclues de la production sociale, en butte aux idées arriérées, et qui constituent des recrues potentielles pour la réaction.
• Troisièmement, quoique nous puissions dire en tant que révolutionnaires, des mouvements des femmes travailleuses surgiront spontanément au cours des luttes. Un exemple parmi tant d’autres : il y a 12 ans en Grande-Bretagne, lors de la grande grève des mineurs, les femmes, les sœurs et les filles des mineurs se sont organisées en comités de solidarité afin de mobiliser les femmes pour défendre l’emploi des hommes, prôner la solidarité parmi les femmes travailleuses et empêcher toute pression anti-gréviste des femmes sur leurs hommes.

Selon les féministes il faut organiser toutes les femmes, quelle que soit leur affiliation de classe, afin de combattre pour leurs droits face aux hommes. Nous ne sommes pas de cet avis, et ceci pour deux raisons.

D’abord, les féministes se trompent d’ennemi. Comme nous l’avons expliqué, si toutes les femmes sont aujourd’hui opprimées, les origines historiques de cette oppression se trouvent non pas dans le fait même de l’existence de deux sexes, mais plutôt dans le développement d’une société de classes. Aujourd’hui, seule la destruction de cette société de classe, poussée à son niveau le plus productif et le plus destructeur et réactionnaire, offrira aux femmes la possibilité d’une libération réelle et totale.

Ensuite, les moyens qu’elles se donnent afin de mener à bien la libération des femmes ne sont nullement suffisants. Certes, dans les années 70 le "mouvement des femmes" a pu arracher des acquis, en particulier le droit à l’avortement. Mais quelle autre réforme de taille peut-il mettre à son compte ?

La raison en est simple : afin d’imposer de véritables changements dans la société, afin de mettre fin à la discrimination en matière d’emploi, de salaires, dans la vie de tous les jours, il va nous falloir une force autrement plus puissante qu’un simple mouvement de protestation, si large soit-il.

La seule force capable d’imposer ce changement radical, d’aller jusqu’au bout, c’est la classe ouvrière. Lier le combat du prolétariat tout entier et le combat pour la libération de la femme, voilà notre objectif. Pour la simple raison que, sur le fond, les deux luttes ne font qu’une.

Pour les révolutionnaires, la construction d’un tel mouvement n’est pas un choix parmi d’autres, mais une partie essentielle du combat pour unifier la classe ouvrière et ses alliés dans la lutte pour le renversement du capitalisme et la construction du socialisme.


Haut


pix_transparent
logo_licr
pix_transparent
ecrivez—nous