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janvier 2007

La théorie des vagues longues

Mandel sur les conditions d'une nouvelle croissance longue


Au milieu des années 60 Ernst Mandel prédit que le “long boom” après la Deuxième Guerre Mondiale finirait dans la décennie. Il prétendait que la baisse tendancielle du taux de profit prendrait le dessus sur les critères qui permirent la croissance d'après-guerre. Il basait ses prédictions selon la théorie des vagues longues , qui suggère qu'elles sont « parties prenantes de l'histoire entière du capitalisme avec des caractéristiques clairement définies. » (1)

Ces “parties” ne sont pas des moyennes statistiques d'une quelconque période de quinze ans que l'on puisse choisir arbitrairement, mais correspondent à des périodes historiques réelles (guerres, révolutions et contre-révolutions, nouvelles inventions). Et pourtant, les mouvements des prix, les taux d'intérêt, etc., montreront pour chacune des phases une tendance bien définie.

Précisément, quand un non Marxiste cherchera à expliquer les forces sous-jacentes à ces tendances avec de tels critères, soit par les effets des “innovations groupées” (Schumpeter), soit par des investissements en capital infrastructurel à long terme (Kondratiev), un Marxiste appliquera la théorie du taux de profit pour expliciter la théorie des vagues longues.

Ainsi pour Mandel “les mouvements essentiels, ceux qui déterminent les tendances de base dans le système, restent les fluctuations de la moyenne du taux d'accumulation du capital productif.” (2)

Mandel chercha à améliorer la théorie de Kondratiev en prenant à son compte les critiques faites par Trotsky de la nature "modélisée"des "cycles longs" précédents et fit une différence entre les causes donnant naissance à une phase de baisse de la vague longue et celles qui se cachent derrière une nouvelle phase d'expansion.

Pour expliquer la phase décroissante on doit essentiellement s'intéresser aux critères internes ou "endogènes"; ainsi, la hausse de la composition organique du capital permet de plus en plus à la Baisse Tendancielle du Taux de Profit (TTP) d'agir sur le processus d'accumulation, les tendances compensatoires ayant de moins en moins d'effets.

Mais une longue phase d'expansion ne vient pas "automatiquement" de mouvements purement internes du capital, mais nécessite plutôt des événements sociaux-économiques majeurs portant un coup tel au système qu'il lui faille rétablir les conditions globales d'une accumulation rentable. Mandel se réfère aux conséquences des révolutions de 1848 en Europe créant la base de marchés internes fortement développés en érigeant des Etats-nations bourgeois.

De la même manière, les percées dans le domaine des transports préparèrent le boom des années 1890. Les défaites massives infligées à la classe ouvrière mondiale dans les années 30 et 40 grâce à la contre-révolution et à la guerre mondiale furent les préconditions sociaux-économiques majeures pour le long boom d'après-guerre.

Cette différence implique que la durée d'une phase décroissante, de baisse de la vague longue ne peut pas être prédite avec une grande certitude. Ainsi Mandel n'adopta pas la théorie des cycles de Kondratiev où la périodicité des deux parties de la vague longue pouvait être prédites à l'avance.

Les facteurs "exogènes" se combinent pour créer une vague longue expansive, "des périodes dans lesquelles les forces compensant la tendance du taux moyen de profit à la baisse opèrent de manière forte et synchronisée". (3)

Mandel développa les raisons de ces tendances compensatrices: "une vive hausse du taux de plus-value, une nette baisse du taux de croissance de la composition organique du capital, une accélération soudaine de la rotation du capital, ou une combinaison de tout ou partie de ces facteurs peuvent expliquer une reprise soudaine de la moyenne du taux de profit.

De plus Marx a indiqué que parmi les forces mises en jeu les effets de la baisse tendancielle du taux de profit contribue à une augmentation de la masse de plus-value et un flux de capital entre pays (et nous pouvons ajouter entre secteurs) là où la composition organique moyenne du capital est particulièrement plus basse que dans les branches industrielles de base des pays capitalistes industrialisés.” (4)

Une hausse soudaine du taux de profit peut éventuellement attirer des réserves de capital en argent qui seront efficacement accumulées et qui en retour préserveront le taux moyen de croissance au-dessus de celui des cycles de la phase décroissante précédente.

Une longue phase de croissance ne signifie pas en premier lieu un retour aux taux de PNB ou à la croissance de la réserve en capital que l'on a connu dans la période 1951-70. Au contraire, les chiffres du PNB par habitant délimitant la phase de croissance de la précédente période ne sont pas ceux de la dramatique exception de la vague des années 1920-70.

Le sursaut du commerce international et des investissements étrangers est certainement plus concerné. Mais c'est surtout le rétablissement du taux de profit qui doit être mis en évidence; Mandel propose que c'est lorsque qu'a lieu une hausse de 50% au-dessus de la moyenne de la période précédente qu'on peut l'observer.


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Notes
1. E. Mandel, Long Waves of Capitalist Development, Cambridge, 1980
2. Ibid. p8
3. Ibid. p12
4. Ibid. p11


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