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24 mars 2002
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La révolution socialiste au XXIe siècle : 8

Démocratie ouvrière, action ouvrière


La révolution et son parti

Depuis ses origines, le système capitaliste à l’échelle planétaire a été émaillé par des luttes ouvrières audacieuses, dures et parfois très poussées.

A plusieurs reprises les travailleurs et les opprimés ont cherché à se libérer et à imposer leur propre pouvoir face à celui des oppresseurs et des exploiteurs. Et pourtant, les capitalistes n’ont été privés de leur pouvoir de manière révolutionnaire qu’une seule fois, en Russie en 1917.

Un facteur, commun à toutes les luttes ouvrières, explique cette triste réalité. Prenons trois exemples dans l’histoire de France : juin 36, des millions de travailleurs font grève et occupent leurs usines ; été 1944, Vichy s’effondre et une partie de la population travailleuse est armée ; mai 68, 12 millions de travailleurs arrêtent le travail, c’est la plus grande grève générale de l’histoire de France.

A chaque fois, des structures d’auto-organisation et d’autogestion sont apparues. Les travailleurs ont pris leurs affaires en main à l’échelle de l’entreprise ou du quartier.

Malheureusement, à chaque fois le mouvement s’est essoufflé avant que la révolution ne prenne forme. Le potentiel d’un changement total s’est éteint et les travailleurs ne sont pas allés jusqu’au bout.

Pourquoi ? A chaque fois, les dirigeants de la classe ouvrière ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour arrêter le mouvement, pour empêcher qu’il mette en danger les intérêts des patrons.

En un mot, ce qui a manqué, c’est un parti révolutionnaire. Cette phrase peut sembler vide de sens aujourd’hui. Après tout, le PCF se disait bien révolutionnaire, alors que ses pratiques n’avaient rien de révolutionnaire, ni de démocratique. Mais justement, ce n’est pas de cela dont nous avons besoin.

La classe ouvrière a besoin d’une représentation politique qui lui soit redevable, qui défende ses intérêts jusqu’au bout : un parti qui, à la différence du PS et du PCF, soit complètement indépendant de la bourgeoisie. Pour défendre les intérêts de classe des travailleurs, il faut que le parti soit armé d’une stratégie, d’un programme qui diffère fondamentalement de ceux des partis réformistes dans ses objectifs et dans ses méthodes.

Le capitalisme ne cédera jamais la place de lui-même. Il est incapable de changer fondamentalement la vie des travailleurs à travers des reformes. L’échec de la stratégie réformiste est patent et les intéressés eux-mêmes reconnaissent que dans la situation actuelle, la possibilité de reformes majeures est très réduite, sauf à aller empiéter sur les intérêts patronaux...
Ce qui explique que même la rhétorique du “socialisme” a cédé la place à une acceptation ouverte de la logique du marché contre les intérêts de la classe ouvrière.


Le rôle du parti

Les crises révolutionnaires qui ont marqué l’histoire du XXe siècle montrent que des millions de travailleurs peuvent être dans la rue et faire tomber des tyrans. Mais ils ne pourront pas nécessairement donner le coup de grâce au capitalisme gisant.

La plupart des révolutions et des insurrections de l’Histoire ont eu lieu sans parti révolutionnaire, ce qui explique qu’elles n’ont pas été victorieuses.

Avec la mobilisation des millions de travailleurs, il nous faut les moyens politiques et organisationnels pour aller jusqu’au bout, en particulier pour donner une assise au pouvoir ouvrier et pour déjouer les tentatives de l’Etat capitaliste d’écraser la révolution.

Le rôle du parti révolutionnaire est d’aider les travailleurs à trouver ces moyens, d’orienter le mouvement révolutionnaire vers la formation d’un gouvernement ouvrier, l’expropriation des capitalistes, l’insurrection armée et la création d’un Etat ouvrier.

Le parti révolutionnaire dont nous avons besoin ne va pas se substituer aux masses, mais en fera partie.

Comme l’a dit Marx : l’émancipation de la classe ouvrière sera l’oeuvre de la classe ouvrière elle-même.

La révolution, ce ne sera pas seulement des travailleurs armés dans la rue, ce sera aussi la construction d’organes de démocratie ouvrière et du pouvoir ouvrier qui permettent aux travailleurs de s’exprimer, de décider et d’agir.
Mais comment imaginer que les travailleurs puissent prendre le pouvoir sans une direction politique qui sait ce qu’elle veut ?

Le point fondamental est donc celui du programme, de la capacité du parti à fournir aux travailleurs des réponses qui vont au-delà des problèmes immédiats, qui amènent la lutte des classes sur le terrain de la bataille pour le renversement du capitalisme.

A coté de ces revendications dites transitoires, le parti révolutionnaire doit lutter pour la mise en place des organes (comités de grève, comités d’usine, groupes d’autodéfense armés, coordinations, conseils ouvriers) capables à la fois de lutter contre les capitalistes et leur Etat, et d’assurer le contrôle ouvrier, fondement du nouvel Etat des travailleurs.

Le point culminant du programme révolutionnaire est l’appel à l’organisation des conseils ouvriers au sein d’un gouvernement ouvrier, voué à la défense des intérêts des travailleurs et basé sur des milices armées.

Parce que la révolution sera l’oeuvre de tous les travailleurs, le parti dont nous avons besoin doit être capable d’organiser et de rassembler en son sein chaque secteur de la classe ouvrière et des groupes opprimées, afin de créer des liens entre les luttes des uns et des autres.

Il faut aussi qu’il soit uni dans l’action. Non pas comme les partis staliniens d’antan, où tout débat était étouffé sous un carcan bureaucratique, mais comme dans une grève. L’assemblée générale débat la grève de la manière la plus démocratique possible.

Tout le monde peut et doit s’exprimer. Puis il faut décider, et la majorité l’emporte. En cas de grève, tout le monde suit la décision majoritaire, quelque soit leur opinion.

C’est le B-A-BA de la lutte des classes qui doit également s’appliquer à l’action du parti : pour le débat le plus large avant de décider une ligne d’action, pour l’unité la plus grande en la mettant en oeuvre.


Le type de parti qu’il nous faut

Face à la multiplication des organisations se réclamant de la révolution et aux différends qui les séparent, les travailleurs ont une tendance tout à fait compréhensible à dire “Mais mettez-vous ensemble !”

D’où plusieurs tentatives de la part de forces se réclamant de la révolution de s’unifier ou de créer une organisation plus grande sur des bases larges. La dernière en date fut l’appel d’Arlette Laguiller en 1995 à un grand parti des travailleurs, suite à son résultat électoral. D’autres auront probablement lieu à l’avenir.

Nous comprenons tout à fait le sens de tels appels et nous sommes partisans du rassemblement le plus grand de tous ceux qui se réclament de la révolution.

Mais l’idée qu’on puisse simplement se regrouper au sein d’un grand parti “en défense des intérêts des travailleurs” est erronée. C’est sous-estimer la nature de la révolution et l’ampleur de la tâche du parti.

On peut être pour la révolution sans être d’accord sur la manière d’y parvenir. Pourtant, ce sont justement les méthodes, les revendications et les structures dont les travailleurs se serviront lors du mouvement révolutionnaire et insurrectionnel qui détermineront sa réussite ou non. Et selon nous, un programme qui ne pourrait pas répondre à ces besoins n’est pas un programme révolutionnaire.

Voilà pourquoi, par exemple, nous ne faisons pas partie de Lutte Ouvrière ou de la Ligue Communiste Révolutionnaire, et c’est d’ailleurs pourquoi ces organisations ont une existence séparée. Selon nous, ces organisations et les programmes sur lesquels elles se basent, tout en prônant la révolution, n’avancent pas les moyens nécessaires pour qu’elle soit menée à bien : ce sont ce que les marxistes appellent des organisations centristes.

Certes, LO et la LCR, et d’un certain point de vue le Parti des Travailleurs sont connus par des secteurs de la classe ouvrière, pour leur intervention militante, la détermination et le courage de leurs militants qui prennent parfois la direction des luttes. Mais ce dont nous avons besoin, pour répondre à la crise de direction qui touche notre classe, ce n’est pas seulement decourage et de détermination, ni même uniquement l’implantation dans les entreprises.

Il s’agit aussi, voire avant tout, d’un programme politique qui dit “ce qui est”, et qui montre aux travailleurs comment ils peuvent défendre leurs intérêts jusqu’au bout. Malgré leur taille, leur expérience et leur implantation, malgré le désir de leurs militants de voir la classe ouvrière prendre le pouvoir, aucune de ces organisations ne constitue une alternative politique réelle aux directions actuelles.

Voilà pourquoi nous ne pensons pas qu’il suffise de rassembler tout le monde au sein d’un nouveau parti ouvrier sur un programme général de soutien à la révolution, mot d’ordre pourtant souvent avancé depuis l’effondrement du stalinisme.

Toutefois, nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de répéter les mots magiques “parti révolutionnaire”, “révolution” ou “revendications transitoires” pour que les masses se ruent vers la révolution. Nous comprenons également qu’il serait criminel de la part des organisations de rester séparées là où elles peuvent être unies.

Mais l’unité qui n’est pas basée sur un accord programmatique profond ne passera pas la première lutte de classe importante. C’est pourquoi si un nouveau parti ouvrier voyait le jour, nous y lutterions pour qu’il soit un parti révolutionnaire et non pas à mi-chemin entre la révolution et la politique réformiste.


Comment construire ce parti ?

On ne construira pas le parti qu’il nous faut par une simple proclamation. Il sera forgé dans le combat des travailleurs et des jeunes. Son programme sera testé dans l’action, validé et enrichi par la lutte des classes.

Pour ce faire, il faut balayer le sectarisme et l’opportunisme. Nous ne voulons ni brader l’héritage révolutionnaire, ni l’emmurer dans une tour d’ivoire.

Il faut à la fois expliquer patiemment la nature du programme révolutionnaire et des tâches de l’heure et de demain, intervenir partout où c’est possible afin de tester et de réaliser ces revendications, et se lier dans l’action avec tous ceux qui veulent lutter.

Enfin, les travailleurs n’ont pas de patrie, et la lutte des classes non plus. Il s’agit d’une lutte mondiale contre le capitalisme, contre ce système qui, lui, ne connaît pas de frontières. Si le parti révolutionnaire doit lutter contre le chauvinisme et appeler les travailleurs à soutenir les luttes ouvrières et de libération nationale des autres pays, il doit aussi organiser les travailleurs au niveau mondial au sein d’un parti révolutionnaire international.

Sans une telle organisation, les partis nationaux céderont inévitablement aux pressions de la situation nationale dans la lutte des classes, alors que le communisme révolutionnaire qu’il faut construire doit être planétaire. Pour détruire l’exploitation et l’oppression il va falloir détruire le capitalisme partout !

Un parti international, organisé selon les bases du centralisme démocratique, permettra aux travailleurs d’avoir une expérience de la lutte de classe plus complète et de forger des liens forts à l’échelle mondiale.

Marx, Engels, Lénine et Trotsky ont tous lutté pour la construction d’une Internationale révolutionnaire, tout en poursuivant le combat à l’échelle nationale.

Notre organisation internationale, la Ligue pour une Internationale Communiste Révolutionnaire, se veut un élément essentiel de la construction de cette future Internationale.

Nous ne pouvons pas attendre la construction de sections fortes avant de nous tourner vers la question de l’Internationale. La lutte des classes ne le permet pas !

Le socialisme est un besoin brûlant. L’humanité et la planète entière souffrent d’une production capitaliste mondialisée qui ne sert que les intérêts des puissants, peu importe le coût en terme de vies humaines ou de dégâts environnementaux.

Nous avons besoin d’établir un plan rationnel de la production, pour que les besoins de tous soient satisfaits et les ressources de la planète soient utilisées de manière cohérente.

La disparition du capitalisme à l’échelle mondiale, et la construction d’un socialisme débarrassé de toute trace du bureaucratisme et où tous participent à la détermination et la mise en oeuvre de la politique, constituerait un saut qualitatif dans l’histoire de notre espèce.

En abolissant le capitalisme nous pourrions abolir la famine et la pauvreté et développer tous les pays du monde, selon les désirs des habitants.

La révolution socialiste est la seule solution à la crise continue du capitalisme. En 1917, il s’agissait d’une réponse nécessaire à la barbarie de la guerre, et à la misère.

Aujourd’hui nous subissons toujours la barbarie et la misère, avec en plus la menace bien réelle de la destruction de la planète. Le socialisme et, par conséquent, le développement du communisme, sans classe ni oppression ni exploitation, n’est pas une utopie et les révolutionnaires ne sont pas des illuminés.

A plusieurs reprises pendant le XXe siècle le capitalisme nous a mené au bord du gouffre. Le XXIe siècle et les luttes qu’il amènera, représente notre chance de mettre fin à ce système et d’instaurer le socialisme révolutionnaire, au nom de tous les opprimés et exploités de la planète. A nous tous, ensemble, de réaliser ce potentiel.

• Pour un parti révolutionnaire, armé d’un programme révolutionnaire, basé sur la démocratie ouvrière et enraciné dans les luttes de la classe ouvrière et des opprimés !

• Pour le renversement révolutionnaire du capitalisme par la classe ouvrière organisée en conseils ouvriers armés !

• Pour les Etats Unis Socialistes d’Europe, basés sur des conseils ouvriers et défendus par des milices ouvrières, une fédération d’Etats ouvriers révolutionnaires ouverte à tous les peuples qui souhaitent y adhérer !

• Pour une Internationale communiste révolutionnaire ! 



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