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24 mars 2002
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La révolution socialiste au XXIe siècle : 2

La classe ouvrière


Ses luttes et ses organisations

Au début des années 90, on nous expliquait que la lutte des classes n’existait plus. La destruction de pans entiers de l’industrie et l’effondrement du stalinisme à l’échelle internationale ont donné des espoirs aux capitalistes. Ils ont, heureusement, été vite déçus.

La grève des travailleurs d’Air France en 1993, et surtout l’explosion de novembre-décembre 1995, qui a mis le pays au bord de la grève générale, ont clairement montré aux capitalistes et à leurs gouvernements que les travailleurs et les jeunes n’entendaient pas les laisser tranquilles. La lutte des classes est donc toujours et plus que jamais d’actualité.

Certes, la classe ouvrière a changé : on compte moins d’ouvriers dans l’industrie, où la production est plus faible que par le passé. En France, comme dans les autres pays européens, le système de production industrielle s’est réorganisé avec, d’une part l’introduction des nouvelles technologies, et d’autre part une nouvelle division du travail à l’échelle mondiale (la “mondialisation”), marquée par la sous-traitance de la production industrielle dans les pays semi-coloniaux où les coûts de main d’oeuvre sont moins élevés.

La conséquence a été l’explosion du chômage dans les pays impérialistes et la disparition des industries entières.

Toutefois, la classe ouvrière industrielle existe toujours. Par exemple, malgré les pertes d’emplois dans l’industrie lourde, le secteur automobile en France à lui seul emploie toujours plus de 300.000 salariés. Parallèlement, deux “nouveaux secteurs” se sont considérablement développés et ont aussi montré leur combativité. D’une part, le secteur public, et en particulier l’Education Nationale et les services publics (La Poste, France Télécom, les hôpitaux, les établissements pour personnes âgées etc.), ont un poids croissant. D’autre part, dans le privé, le secteur tertiaire a connu une véritable explosion (la distribution, l’hôtellerie, les études informatiques, la publicité, les entreprises d’intérim).

Cette croissance s’est accompagnée récemment de toute une série de luttes, certes souvent locales et partielles, mais qui témoignent de la combativité de ces secteurs et de notre classe en général. De plus, elles ouvrent des perspectives de lutte pour l’avenir.

Ces luttes ont une origine commune : les conditions de travail se sont partout aggravées, la flexibilité a été imposée — plus encore avec l’annualisation du travail inscrite dans le cadre de la loi Aubry sur les 35 heures. La précarité de l’emploi et le travail à temps partiel se sont généralisés, particulièrement chez les jeunes et les femmes.


La puissance du prolétariat

Même si le prolétariat a changé de forme, il conserve toute sa puissance. Il est toujours à la fois la source de toute la richesse et la force qui fait tourner les roues de la société. Sans les travailleurs, la société ne fonctionnerait pas, même quelques jours.

On a pu se faire une idée de cette centralité de la classe ouvrière lors du mouvement de 1995. La grève des cheminots ne s’est malheureusement pas transformée en grève générale ; elle a pourtant paralysé pendant plusieurs semaines le pays, suscitant ainsi l’attention et l’enthousiasme des exploités et des opprimés du monde entier.

Les profonds changements dans la structure et la composition de la classe ouvrière s’expliquent, non seulement par la capacité des patrons d’imposer leur vision du capitalisme en détruisant des emplois et des industries, mais aussi par l’incapacité des directions actuelles du mouvement ouvrier de les stopper. Ce sont ces deux facteurs, organisationnels et politiques, qui sont à l’origine de l’effondrement des effectifs des organisations du mouvement ouvrier et du peu de soutien que les travailleurs leur accordent.

Ce n’est donc pas uniquement l’évolution dans la composition du prolétariat qui donne à la situation actuelle sa nouveauté et sa richesse, mais également les conséquences que cette évolution a sur les formes d’organisation traditionnelles du mouvement ouvrier.

La possibilité, voire la nécessité, de créer de nouvelles structures qui puissent mobiliser les travailleurs et les représenter réellement apparaissent aujourd’hui encore plus clairement.


L’organisation dans les entreprises

Les premières organisations créées par la classe ouvrière furent des syndicats. Leur rôle était de permettre aux travailleurs de se défendre contre les patrons. Depuis le 19e siècle, les syndicats sont dominés par une couche de bureaucrates qui jouent le rôle d’intermédiaires entre patronat et prolétariat. Bon nombre de militants, dégoûtés par les manoeuvres et les trahisons bureaucratiques et par le manque notable de combativité de la plupart des sections syndicales, ont déchiré leur carte.

Aujourd’hui en France, moins de 10 % des travailleurs sont syndiqués. Cette désyndicalisation touche des secteurs où l’emploi n’a pas ou peu reculé ces dernières années, voire des secteurs où il a augmenté : banques, assurances, grandes entreprises nationales, services publics et surtout l’enseignement.

Ce phénomène est l’expression de la faiblesse du mouvement ouvrier, et ce pour deux raisons : d’une part, parce qu’il traduit un manque de confiance de classe chez la plupart des travailleurs, et d’autre part, parce qu’en l’absence d’une politique révolutionnaire et de démocratie ouvrière, les appareils gardent leur influence sur la masse des travailleurs.

Actuellement, malgré le faible taux de syndicalisation, les syndicats continuent à jouer un rôle de premier plan dans la vie et les luttes de la classe ouvrière. Pourtant, aucune des trois grandes confédérations ouvrières ne correspond aux besoins des travailleurs.

La CFDT a joué les girouettes : hier chantre de l’autogestion ; aujourd’hui syndicat gestionnaire rangeant au placard la lutte de classes et les grèves. En novembre-décembre 1995, sa direction s’est clairement placée du côté du gouvernement Juppé et s’est ainsi discréditée aux yeux de bon nombre de militants.

Si la CGT a une tradition de lutte, elle a également pratiqué les exclusions à tour de bras et s’est opposée à toute expression de la démocratie ouvrière. Aujourd’hui, elle se veut un syndicat “de proposition” et est passée des “journées d’action” sans mobilisation et sans lendemain à la signature des accords patronaux.

FO, qui se vante de sa “neutralité”, prône un syndicalisme “à l’américaine” dont l’axe principal est la négociation salariale, une politique qui est vouée à l’échec lorsque les miettes concédées par le patronat se réduisent à néant. De plus, son hostilité à des mots d’ordre comme la réduction du temps de travail traduit plus un esprit sectaire qu’un souci de faire avancer la condition ouvrière.

SUD, qui se déclare plus à gauche que les trois grandes confédérations, est affaibli par son côté minoritaire et par son abandon dans les faits de la lutte pour la refonte des confédérations actuelles.

Il n’y a donc aucune raison de préférer systématiquement une confédération par rapport aux autres.


Renouveler l’organisation ouvrière

Pour se défendre contre les attaques des patrons et du gouvernement, et pour passer à l’offensive, nous devons nous organiser et nous rassembler au sein de structures vivantes et démocratiques. Les syndicats actuels ne correspondent pas à celles-ci, ni du point de vue de leur fonctionnement sclérosé, ni de celui de leurs orientations.

Il y a deux manières conjointes de répondre à ce besoin criant : créer des structures démocratiques et autonomes qui rassemblent tous les travailleurs (comités de grève, comités d’usine) et lutter au sein des syndicats actuels pour leur démocratisation et leur refonte.

Il n’y a rien qui rende automatiquement révolutionnaires les comités de grève, ni rien d’absolument néfaste dans les syndicats. Tout dépend de leur orientation politique, des revendications qui sont avancées, comme les moyens mis en oeuvre pour réaliser la démocratie ouvrière. L’essentiel étant de permettre la meilleure mobilisation possible de la masse des travailleurs, pour qu’elle s’exprime et agisse en défense de ses intérêts.


Pour la syndicalisation massive

Il nous faut des syndicats forts et démocratiques. Ramener des centaines de milliers de nouvelles recrues au syndicat permettra aux travailleurs de lutter plus efficacement contre la direction actuelle, pour la démocratie interne et pour imposer une nouvelle direction.

• Pour la syndicalisation des travailleurs qui ont été ignorés depuis des années par les directions syndicales, comme les femmes et les immigrés.

• Pour la syndicalisation des chômeurs, notamment les jeunes des banlieues !

• Pour les réunions syndicales pendant les heures de travail, sans perte de salaire !

• Pour la syndicalisation massive des travailleurs !


Contre la bureaucratie syndicale

Les directions syndicales défendent d’abord leurs intérêts d’interlocuteurs des patrons et du gouvernement. Leurs privilèges (salaires, voitures de fonction, statut social, etc.) découlent de ce rôle d’intermédiaire entre prolétariat et patronat.

Cependant, tout en jouant ce rôle de pompier social, la bureaucratie syndicale est contrainte de défendre, au moins partiellement, les intérêts des travailleurs. C’est ainsi qu’elle maintient sa position de direction.

Seul un syndicat démocratique, garantissant dans la pratique la libre organisation des tendances politiques, pourra permettre aux travailleurs de tester les divers programmes mis en avant.

Seul un tel syndicat permettra aux travailleurs de critiquer et de rejeter ceux qui prônent une politique de trahison.

• Les syndicats aux syndiqués !

• La seule indépendance politique qui vaille c’est l’indépendance par rapport à sa propre bourgeoisie, l’indépendance de classe !

• Avec les dirigeants syndicaux là où on peut, contre l’appareil là où il le faut !

• Les intérêts des travailleurs avant ceux de l’appareil !

• Tout dirigeant et tout représentant syndical doit être élu et révocable à tout moment par l’assemblée générale des syndiqués !

• Aucun dirigeant ne doit gagner plus que le salaire ouvrier moyen !

• Droit de tendance au sein de chaque centrale pour assurer la démocratie syndicale !

• Pour l’élection en assemblée générale (AG ) de tout délégué aux instances supérieures du syndicat !


Non à la division syndicale !

La division syndicale nuit à notre capacité de contrer patronat et gouvernement. Face à la faiblesse de leurs organisations, les dirigeants syndicaux s’interrogent sur une possible réunification. L’unité bureaucratique entre appareils, même si elle constituerait un pas en avant par rapport à la situation actuelle, ne peut résoudre les problèmes politiques auxquels les travailleurs doivent faire face.

Pour y arriver, il faut l’unité dans l’action, autour d’un programme de lutte qui défende les intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière et pas ceux des appareils syndicaux. Il faut jeter les bases d’une unité démocratique en organisant des réunions de tous les travailleurs dans une entreprise ou une branche donnée, sur les plans local, régional et national.

• Contre la division syndicale et l’unification bureaucratique il faut lutter pour une seule confédération syndicale démocratique, unitaire, et de masse, au service des travailleurs !

• Pour l’unité syndicale dans l’action, contre les accords bureaucratiques au sommet !


Un mouvement de la base

Pour contrer l’influence néfaste de l’appareil syndical et pour s’organiser, il faut construire un mouvement de la base intersyndical qui rassemblera tous les travailleurs — syndiqués ou non — qui luttent pour une réponse de classe aux attaques gouvernementales et patronales et pour la démocratie ouvrière, y compris au sein des syndicats.

Ce mouvement pourrait surgir des mouvements contestataires des syndicats actuels, des groupes de syndiqués exclus pour avoir combattu l’appareil, des comités de grèves et des AG nouant des liens entre syndiqués et non-syndiqués, des coordinations rassemblant des travailleurs en lutte.

Un tel mouvement, visant la refonte organisationnelle et politique des syndicats, ne doit pas avoir le caractère d’un “syndicat parallèle » mais d’un centre organisateur des militants dans les entreprises et dans les syndicats.

Nous voulons gagner les syndicats à la politique révolutionnaire, pour les transformer en outils efficaces de la lutte de classe contre le capitalisme, sans jamais remettre en cause la liberté d’expression pour tous, à l’exception des fascistes, au sein du syndicat.

• Au lieu de réunions entre dirigeants des syndicats en l’absence de la base, discussion ouverte à tous, syndiqués ou non !

• Pour renforcer les liens et l’unité, impulsons des comités d’action intersyndicaux permanents !

• Pour un mouvement de la base fédéré nationalement !


Créer des organes de lutte

Parce qu’aujourd’hui les syndicats sont souvent sclérosés et bureaucratisés et ne rassemblent qu’une minorité de travailleurs, il faut créer lors de chaque mouvement des organes de lutte, basés sur la démocratie ouvrière (assemblées générales, comités de grèves, groupes de défense, coordinations nationales, etc.) qui rassemblent tous les travailleurs, syndiqués ou non.

Ces structures peuvent devenir une étape transitoire vers la création de conseils ouvriers dans les entreprises, les quartiers, etc., qui constitueront le fondement même du futur pouvoir ouvrier.

Les syndiqués, y compris les dirigeants locaux, doivent se présenter à l’élection du comité de grève, sans place de droit. S’il n’y a pas une majorité importante de travailleurs soutenant le comité de grève, ce sont les appareils syndicaux qui l’emporteront.

• Pour des comités de grève, élus et révocables en assemblée générale par tous les travailleurs !

• Il faut faire de l’assemblée générale l’organe souverain des luttes !


Pour l’action ouvrière efficace !

Trop souvent les luttes ouvrières sont affaiblies par la politique des appareils syndicaux. D’abord, ceux-ci prônent toujours le respect du préavis de grève, loi inique qui freine l’action des travailleurs.

Ensuite, ils sont parfois sensibles à l’idée d’un “service minimum” dans les services publics (hôpitaux, EDF-GDF...), ce qui entrave l’action ouvrière.

Parfois, les directions syndicales cherchent à contourner la démocratie ouvrière en en adoptant la forme (assemblées générales etc.) sans l’investir d’un contenu réel (pleins pouvoirs à la base, politique capable de gagner).

C’est également le cas pour la reconduction de la grève : par exemple, sous couvert de “démocratie”, en novembre-décembre 1995, les dirigeants syndicaux appuyaient la reconduction quotidienne du mouvement dans chaque dépôt local, c’est-à-dire au sein de groupes isolés de travailleurs sans contact entre eux. Cette méthode met chaque jour la grève en question.

Dans le même temps, les appareils s’opposent souvent à l’extension du mouvement à toute la branche et surtout à la création d’une direction nationale de la grève.

• Non aux préavis de grèves !

• Tout “service minimum” doit être décidé par les grévistes eux-mêmes, une fois que la grève générale et totale a été lancée.

• Non aux grèves de 24 heures ou aux journées d’action sans préparation et sans lendemain !

• Pour des grèves générales et totales !

• Pour l’élection d’une coordination nationale composée de délégués élus et révocables en AG locales !

• Pour l’extension du mouvement à toute la branche !

• Pour l’envoi de délégués appelant à des grèves de solidarité dans les entreprises voisines, quelque soit leur secteur !

• Protection des grèves et des occupations par des groupes de défense contre les attaques des “forces de l’ordre” ou des nervis patronaux !


Non au secret commercial !

Les comités d’entreprises (CE) mis en place après la seconde guerre mondiale ne sont pas uniquement des organismes d’oeuvres sociales pour les travailleurs.

Ce sont également des instances au sein desquelles syndicats et patronat discutent et tranchent des aspects stratégiques de la vie des entreprises (plans sociaux, réorganisation du travail...).

En cela, ils représentent des organismes de collaboration de classe. Ils sont aussi un lieu privilégié pour la formation de la bureaucratie syndicale qui y gère un véritable trésor de guerre.

Tout en reconnaissant la nature de ses structures, nous ne proposons pas que les travailleurs s’en retirent, mais qu’ils les utilisent afin d’informer les travailleurs de l’entreprise, tout en luttant pour le contrôle ouvrier sur la production, seule alternative efficace à la collaboration de classe.

• Ouverture des livres de compte de toutes les entreprises !

• Non au secret commercial !

• Révocabilité immédiate de tout représentant des travailleurs au comité d’entreprise !

• Pour le contrôle ouvrier sur la production et l’embauche !


Surmonter les divisions

La réponse efficace aux offensives patronales et gouvernementales qui, de plus en plus, se coordonnent à l’échelle continentale, ne peut être qu’une riposte de l’ensemble de la classe ouvrière européenne. Celle-ci forte de 160 millions de travailleurs, a les moyens de stopper net les plans patronaux et d’imposer ses revendications.

Notre première tâche est de surmonter les divisions nationales et sectorielles que le capitalisme et ses agents au sein du mouvement ouvrier nous imposent. Les diverses mobilisations ouvrières contre la mondialisation montrent que c'est bien possible. Renforcer les liens entre les travailleurs à l’échelle européenne afin de mieux coordonner nos luttes est une tâche primordiale pour chaque section syndicale.

Aujourd’hui la Confédération Européenne Syndicale (CES) est la seule confédération européenne importante, il faut se battre pour la mettre au service des syndiqués. Nous devons renouveler le mouvement ouvrier, syndical et politique, à l’échelle européenne, afin de le rendre indépendant de toutes les fractions de la bourgeoisie.

• Etablissement des liens avec les travailleurs des autres pays pour rassembler les informations, pour déchirer le voile du secret commercial, pour agir ensemble et jeter les bases d’une organisation commune !

• Création de comités de la base internationaux dans les sociétés multinationales !

• Pour l’extension de tout mouvement de grève à toutes les branches des sociétés multinationales !

• Pour une confédération des syndicats en Europe, basée sur la démocratie ouvrière et armée d’un programme de lutte !


Le réformisme politique et syndical

La politique qui domine la classe ouvrière est le réformisme, qu’il soit syndical ou politique. Cette idéologie surgit spontanément de la lutte des classes. Elle découle de la volonté des travailleurs d’améliorer leur sort, que ce soient leurs salaires ou leurs conditions de travail.

D’une certaine manière, le réformisme est même renforcé par les acquis partiels accordés aux travailleurs dans le cadre du capitalisme : l’illusion qu’on peut améliorer continuellement le sort des travailleurs par des réformes en sort confortée.

Cela se traduit par une stratégie qui prétend “transformer” la société en s’appuyant sur les institutions de la démocratie bourgeoise, sans s’attaquer ni aux capitalistes qui détiennent le pouvoir économique, ni à l’appareil de répression de l’Etat bourgeois.

Même si on peut et doit lutter pour des réformes, celles-ci sont des cadeaux empoisonnés lorsqu’elles sont séparées des luttes ouvrières. Elles semblent répondre aux exigences de la classe ouvrière, en fait elles conduisent à faire un pas en avant en même temps qu’un pas en arrière.

Par exemple, les 35 heures à la sauce Aubry permettront à une partie des travailleurs de travailler moins, mais elle est également un outil qui permet d’augmenter la flexibilité et l’annualisation sans création véritable d’emplois.

Tant que le système capitaliste subsistera, les acquis seront constamment menacés. Pour assurer leurs profits, les capitalistes sont toujours prêts à reprendre ce qu’ils ont auparavant accordé aux travailleurs afin de les exploiter sans conflit majeur.

D’autre part, les réformistes — dirigeants syndicaux ou politiques — qui gèrent le système capitaliste, autrement dit, qui mènent une politique de collaboration de classe, assument également les conséquences en temps de crise.

Dans ce cas-là, ils sont prêts à défendre le capitalisme contre les travailleurs, au mieux en prônant que les travailleurs auto-limitent leurs revendications, ou pire, en envoyant les CRS contre les grévistes. Par exemple, en novembre-décembre 1995, les dirigeants syndicaux se sont opposés à l’extension du mouvement au secteur privé, et tous les gouvernements de gauche se sont servis des CRS pour mettre fin aux mouvements.

Du fait de leur fidélité aux intérêts du capitalisme, les partis ouvriers bourgeois et les bureaucraties syndicales jouent un rôle central pour la bourgeoisie, à la fois pour contenir l’action ouvrière et assurer la mise en place de ses projets, comme par exemple la réalisation de l’union économique et monétaire au niveau européen.

Grâce aux “compromis” ou aux “pactes sociaux”, ils pensent pouvoir faire croire qu’ils servent les intérêts des travailleurs.

En fait, la “voie parlementaire” au socialisme n’est qu’un dangereux leurre. Elle conduit les travailleurs à sacrifier leurs intérêts devant ceux des patrons. Elle prétend qu’il existe des intérêts communs — la Nation, la République — qui sont au dessus des intérêts de classe, le tout au profit des capitalistes.

Enfin, et plus gravement, elle désarme la classe ouvrière face aux patrons et à leur Etat. Au lieu de mettre l’accent sur l’autodéfense et l’auto-organisation des travailleurs, elle suggère que d’autres — les réformistes et leurs partis — peuvent agir à la place des masses ouvrières. Le réformisme n’est pas un choix stratégique possible parmi d’autres. C’est une politique qui conduit au mieux à l’impasse, au pire à la défaite sanglante.

En France, même si le PS et le PCF sont des partis qui ont géré les affaires des patrons et sont donc dotés d’une politique bourgeoise, ils demeurent des organisations du mouvement ouvrier, vers lesquelles, malheureusement, les travailleurs peuvent se tourner, tout comme vers leurs confrères syndicaux.

Les liens entre classe et parti diffèrent selon qu’il s’agit du PS ou du PCF, même si avec l’effondrement du PCF, les deux partis se ressemblent de plus en plus sur ce plan. Mais dans les deux cas, par leurs électeurs, par leurs liens avec les dirigeants syndicaux et par la composition de leurs rangs, ces partis ont des moyens importants de relayer leur politique bourgeoise dans la classe ouvrière.

D’une certaine manière, les travailleurs considèrent ces partis comme “les leurs”, y compris quand ceux-ci sont au gouvernement. On le voit très clairement dans le rythme de la lutte des classes en France ces 15 dernières années : les périodes où la droite était au gouvernement ont été marquées par de grandes luttes ouvrières (cheminots en 1986 ; Air France en 1993 et CIP en 1994 ; novembre-décembre 1995) tandis que les gouvernements de “gauche”, qui ont mené une politique clairement pro-capitaliste, ont pu la faire passer sans de tels combats.

Certes, en partie ceci est dû à la politique des directions syndicales, soucieuses de ne pas contrer leurs collègues politiques, mais aussi parce que les travailleurs sont prêts à accepter de telles manoeuvres.

C’est pourquoi la simple expérience d’un gouvernement réformiste ne suffit pas à faire rompre la masse des travailleurs avec les partis réformistes. La réélection de Mitterrand en 1988 comme le retour du PS et du PCF aux affaires en juin 1997 le démontre amplement.

La percée électorale relative de l’extrême-gauche depuis la présidentielle de 1995 n’indique nullement la rupture d’une fraction significative de la classe ouvrière avec le réformisme, mais elle souligne que bon nombre de travailleurs expriment dans les urnes leur rejet du PS et du PCF, leur rejet des partis réformistes traditionnels, et non du réformisme. Le fait que ni Lutte Ouvrière ni la LCR n’ait joué un rôle plus grand en novembre-décembre 1995 comme dans les luttes qui ont suivi montre bien les limites de leur soutien électoral actuel.

Cela est d’autant plus vrai que LO et la LCR défendent souvent des plate-formes électorales réformistes et ne cherchent pas à utiliser les élections pour mobiliser les travailleurs et les jeunes dans l’action.

Leur politique reste ainsi largement abstraite et incapable d’armer les travailleurs pour contrer les attaques actuelles. Plutôt que d’apparaître comme une direction alternative défendant un plan de lutte insistant sur les formes d’auto-organisation, sur l’importance des comités de grève etc., ces organisations se contentent d’avancer certaines revendications (interdiction des licenciements) sans jamais avancer les moyens de les obtenir.

Certaines couches de la classe ouvrière ont compris la traîtrise de la politique des organisations réformistes, mais l’écrasante majorité n’a pas encore fait ce pas.

En mettant les organisations et les dirigeants réformistes à l’épreuve de l’action, y compris à celle du pouvoir aux plans local, régional, national et continental, les travailleurs réformistes pourront mesurer les conséquences de la politique réformiste, et comparer dans l’action le programme des réformistes et celui des révolutionnaires.

Les travailleurs doivent exiger que les dirigeants et les organisations réformistes soutiennent dans la pratique leur combat, que ces derniers se mettent au service de la lutte sans s’y substituer.

Quand les réformistes sont au pouvoir aux plans local, régional, national ou européen, les secteurs en lutte doivent faire pression sur ces élus pour qu’ils accèdent aux revendications du mouvement. Dans tous les cas, il ne faut pas compter sur les réformistes, il faut toujours une mobilisation plus forte.

Essentiellement, le réformisme constitue un tampon entre patronat et prolétariat, une agence qui négocie au nom de ce dernier, sans mettre en cause le système du premier.

C’est ce qui caractérise pour l’essentiel la situation actuelle, où la classe ouvrière est dirigée par des forces qui, sur le fond, sont des agents de notre ennemi de classe.

Cette crise de direction colore tous les aspects de la lutte des classes. Sa résolution est essentielle. C’est l’objectif fondamental de ce programme d’action.


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