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24 mars 2002
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La révolution socialiste au XXIe siècle : 1

Une seule solution


La révolution !

Le siècle s’ouvre sur une planète en crise. On nous présente un monde en progrès constant, où l’évolution n’est en fait que virtuelle : chaque pas en avant s’accompagne d’au moins autant de pas en arrière pour l’écrasante majorité de la population. La mondialisation capitaliste, loin de représenter un progrès pour la grande majorité, impose le pouvoir du capital partout.

• Les fusions industrielles qui touchent les grandes entreprises et dont le but est de réaliser des profits encore plus colossaux vont de pair avec des pertes d’emplois et des taux de chômage record. Malgré une accumulation de richesses sans précédent, rien n’est sérieusement fait pour améliorer la situation des jeunes et des chômeurs, et encore moins pour changer celle des populations issues de l’immigration dont les conditions de vie et de travail sont partout inférieures à celle des autres travailleurs.

• L’Europe se présente comme une vaste zone de libre circulation mais seules les marchandises peuvent y pénétrer et y transiter librement. Les frontières sont fermées à toute immigration hormis celle des riches touristes ou des hommes d’affaires capitalistes. Une forteresse policière est dressée pour empêcher l’immigration des pays les plus pauvres et pour chasser les sans-papiers qui auraient réussi à passer outre les contrôles.

• Les richesses mirobolantes créées chaque jour sur les places boursières de la planète reposent sur une bulle financière, dont les économistes bourgeois eux-mêmes prévoient l’éclatement. Et les capitalistes ne se préoccupent nullement du sort des millions de travailleurs qui ont cru au rêve cynique du “capitalisme populaire” et y ont investi leurs économies.

• La mise en place de l’Euro et la construction d’une Europe fédérale sont fondées sur le clientélisme et la corruption, et non sur la participation de la masse de la population. De plus, ces développements renforcent la division de la planète en trois grands blocs économiques concurrents. Les frictions économiques d’aujourd’hui pourraient demain exploser en guerres d’abord économiques, puis militaires.

• Les grandes puissances impérialistes utilisent leurs alliances militaires pour mener des guerres de “haute technologie” sous des prétextes humanitaires. En fait, comme l’a montré la guerre en Afghanistan, aux "pertes zéro” côté militaires font face des dizaines de milliers de victimes côté civils et des millions de familles jetées sur les routes. Et pour quel objectif ? Pour imposer la domination impérialiste aux quatre coins de la planète. La guerre hypocrite en Afghanistan est une indication de ce qui nous attend si nous n’arrivons pas à mettre fin à ce système d’exploitation et de guerre.

• Notre nourriture elle-même subit les effets du “progrès” capitaliste. Elle est truffée d’hormones, de gènes venus d’autres espèces ou encore de polluants. L’Europe dépense des milliards pour subventionner les grandes entreprises du secteur agro-alimentaire, alors que les petits exploitants croulent sous les dettes. Et dans le même temps, la famine sévit dans plusieurs pays africains. Même dans les pays impérialistes des enfants sont toujours mal nourris, les choses les plus élémentaires manquent à certaines familles.

• Enfin, la mondialisation de l’économie s’accompagne d’une mondialisation de l’information, nouvelle denrée rentable. Mais, alors que les informations circulent à la vitesse de la lumière, il n’en résulte que plus de passivité encore. Alors qu’on peut visiter tous les sites Web de la planète en cliquant sur une souris, les travailleurs sont toujours exclus du contrôle sur leurs entreprises, et a fortiori sur la société toute entière. L’illusion de la démocratie est partout, sa réalité nulle part.


Le réformisme, une politique de droite

En Europe, les gouvernements qui président à cette situation et qui l’appuient sont majoritairement de gauche. A la différence des partis de droite, qui ont joué la carte nationaliste pendant plusieurs années et se trouvent déboussolés par le tournant politique et économique européen, les partis de gauche sont eux en parfaite harmonie avec la bourgeoisie impérialiste.

Du parti travailliste en Angleterre au PDS en Allemagne jusqu’au Parti communiste en France, les partis de gauche au pouvoir font la paix avec les patrons et rallient le dogme de l’“horreur économique”, le libéralisme.

Evidemment, ils prétendent l’avoir apprivoisé, mais il n’en est rien : ils conduisent une politique de droite. Ils mènent la guerre, privatisent, ferment les frontières, diminuent les dépenses d’Etat dans des secteurs-clés comme les services publics, l’école et la santé.

Leur objectif est de baisser le coût de la main d’oeuvre, non seulement les coûts salariaux mais ceux de l’ensemble des acquis sociaux, la Sécurité Sociale, les retraites et les allocations chômage.

Malgré cette conversion affichée à l’économie de marché, à la politique des patrons, les partis réformistes et leurs alliés dans les appareils syndicaux gardent leur influence auprès de l’écrasante majorité des travailleurs.

Ce sont les réformistes qui, lors de chaque lutte, font tout leur possible pour limiter le combat à des réformes mineures voire inexistantes et pour empêcher que la lutte s’étende et déborde sur des revendications s’attaquant au capitalisme. De cette manière ils préservent leur influence auprès des patrons sans la perdre auprès des travailleurs.

Les exemples se sont multipliés depuis plusieurs années : du mouvement de novembre-décembre 1995, aux grèves générales en Allemagne, au Danemark et en Grèce, en passant par la lutte des travailleurs de Vilvorde ou celle des lycéens français de 1998. A chaque fois, une mobilisation d’ampleur s’est terminée en queue de poisson, les réformistes raflant la mise.

C’est le poids étouffant du réformisme politique et syndical qui explique pourquoi le XXIe siècle s’ouvre sur une situation de crise, pourquoi les luttes du passé ne sont pas allées plus loin, pourquoi les patrons conservent le pouvoir.

Ceux qui dirigent actuellement la classe ouvrière ne sont pas à la hauteur. Au contraire. Et c’est cette crise de direction qu’il s’agit de résoudre. Les raisons ne manquent pas. L’heure n’est pas aux réformes.

Chaque gain sur nos revendications est une perte pour les profits des capitalistes qui, crise oblige, deviennent plus précieux encore que par le passé. Ainsi, même si gouvernements et patrons concèdent quelques miettes de temps à autre, c’est pour les récupérer ensuite par mille moyens, quand elles ne servent pas carrément à masquer de réelles attaques.

L’exemple des 35 heures à la sauce Aubry le montre clairement : la réduction du temps de travail se fait au prix d’une accentuation de la flexibilité, de la mise en place de l’annualisation et d’énormes subventions aux patrons. Ce qui devrait être une réforme est devenue une attaque.

Revendiquer la satisfaction des besoins élémentaires comme celui d’un logement, d’un travail, du droit à la formation et à la santé, signifie nécessairement entrer en conflit avec ceux qui ont les clés du pouvoir économique et politique, les bourgeois et leurs représentants politiques.


La nécessité de la révolution

Dans cette situation, la révolution n’est pas seulement possible, elle est plus que jamais nécessaire.

Cette révolution placera au coeur de la société les besoins des masses et leur satisfaction. Ell ne peut surgir que des luttes de la classe ouvrière, qui est la seule à avoir le pouvoir de classe pour terrasser la bourgeoisie, lui arracher son pouvoir économique et politique et représenter une perspective socialiste.

Cette révolution donnera le pouvoir aux masses, au travers des organes de démocratie ouvrière, notamment les conseils ouvriers.

Ce sont les masses ouvrières qui décideront de la marche au socialisme et organiseront la nouvelle société, en particulier la planification de toute la production, selon les souhaits de la population.

Ce sera donc une révolution basée sur des conseils ouvriers, comme celle qui a ébranlé le monde en Russie en 1917, une dictature du prolétariat et non comme son avatar stalinien, une dictature sur le prolétariat.

Pour briser le pouvoir des patrons et de leur Etat, il faut mobiliser tous les travailleurs et les jeunes, il faut avoir une idée claire des objectifs et des moyens pour y parvenir. Il faut un plan, un programme capable d’entraîner et d’organiser de façon démocratique les masses dans l’action.

Ce n’est donc pas un programme parlementaire de compromis de classe comme ceux du PS ou du PCF, ni une liste de revendications abstraites et réformistes comme celle de Lutte Ouvrière et de la LCR.


Le programme qu’il nous faut

Nous avons au contraire besoin d’un programme partant des besoins d’aujourd’hui pour nous amener à la révolution socialiste. Un programme dont chacune des revendications ne sera réalisée que par l’action des travailleurs, impliquant leur auto-organisation, et dont l’objectif est d’imposer le contrôle ouvrier sur la société toute entière.

Ce programme doit tirer les leçons des luttes du mouvement ouvrier, ses victoires comme ses échecs, et les appliquer à la réalité de la lutte des classes d’aujourd’hui. Il doit apporter des réponses immédiates et montrer qu’en s’organisant de façon démocratique, en mettant l’accent sur le contrôle de la société, on pourrait changer radicalement la situation en France, et, par extension, dans l’ensemble de l’Europe.

Cette perspective, et le parti révolutionnaire capable de l’incarner, c’est ce qui a fait cruellement défaut dans les grandes luttes qui tout au long du XXe siècle ont secoué ce pays jusque dans ses fondations.

La situation actuelle indique que les choses peuvent se passer différemment dorénavant. D’une part, les partis de gauche, usés par le pouvoir, ne se servent plus de la rhétorique et des promesses d’antan. Le stalinisme, une dictature sanglante qui au nom du “communisme” maintenait avant tout ses propres privilèges et l’oppression des travailleurs, n’existe plus.

Un frein fondamental a donc disparu de la lutte des classes : car au-delà de l’URSS, le stalinisme à l’échelle mondiale confinait l’affrontement de classe dans des luttes partielles (1968) et n’hésitait pas à briser les grèves pour défendre le capitalisme (1936). Les travailleurs et les jeunes, rassemblés autour d’un programme d’action, pourront s’engouffrer dans la brèche, se donner l’expression politique dont leurs luttes ont manqué jusqu’à présent, et ainsi changer complètement la donne.

D’autre part, les pas effectués vers une Europe unie portent également la promesse de luttes futures. L’ouverture des frontières mène aussi à une ouverture de la conscience et de l’action des travailleurs. Une certaine forme de réformisme, la collaboration de classe basée sur la défense de “la Nation” et de “la République”, est en train de s’éteindre. Elle doit être remplacée par l’internationalisme prolétarien, par l’action ouvrière à l’échelle continentale.

Les années à venir seront riches en opportunités : ce programme a comme ambition de nous permettre d’en finir avec le capitalisme et d’ériger un monde meilleur, libéré de toute forme d’exploitation et d’oppression — la révolution socialiste au XXIe siècle !  


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