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22 avril 2002
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Le manifeste trotskyste

8. Pour une internationale communiste révolutionnaire (1989)



La classe ouvrière a besoin d’un parti révolutionnaire pour mettre en place la dictature du prolétariat. Seul un parti révolutionnaire, soutenu par la majorité de la classe ouvrière organisée dans ses syndicats rénovés, ses comités d’usine, ses milices et ses conseils ouvriers, peut prendre le pouvoir. Seul un tel parti peut retenir le pouvoir face à la contre-révolution, le protéger contre la dégénérescence bureaucratique et étendre la révolution sur le plan international. La construction d’un parti léniniste dans chaque pays est la tâche fondamentale des révolutionnaires.

Le parti révolutionnaire doit se séparer de tout élément réformiste ou centriste, tout en proposant l’unité combative la plus solide à toutes les couches de la classe ouvrière. Toute tendance cherchant à subordonner le parti aux organes d’un front unique, à le dissoudre dans un front permanent qui ne s’adresse aux masses que sur la position commune la plus élémentaire, entraîne le parti dans la dégénérescence centriste. Le MAS argentin, fondé par Nahuel Moreno dans les années 80, fournit un bel exemple de ce danger.

Le parti léniniste d’avant-garde fonctionne selon les principes du centralisme démocratique. Pour développer les facultés critiques des cadres, il faut soumettre les décisions au débat démocratique, que celles-ci portent sur la stratégie et les tactiques du parti ou sur le choix de ses dirigeants. L’expression libre des différences est donc essentielle. Le bureaucratisme ne sait former que des instruments malléables ; il ne sait pas former des militants révolutionnaires.

S’il surgit au sein du parti des différences sérieuses qui se prolongent, la création de tendances — voire de fractions — peut s’imposer comme un “mal nécessaire”. C’est pourquoi il faut défendre le droit de créer des tendances et des fractions. De même que le stalinisme a dévalorisé le mot “communisme” il a aussi transformé l’organisation du parti en une caricature bureaucratique.

La discipline centralisée constitue un outil indispensable pour diriger toutes les forces du parti contre la bourgeoisie et son Etat. Elle rend plus efficaces toutes les actions du parti. La discipline peut s’avérer comme une question de vie et de mort quand le parti travaille dans des conditions de clandestinité ou de répression brutale. C’est pourquoi l’organisation révolutionnaire n’est pas un cercle de discussion. Quand les différends politiques se résolvent par le vote, le devoir de chaque militant consiste à appliquer toutes les décisions et les démarches qui en découlent de manière systématique et fidèle. Après ceci, il est tout à fait admissible de réexaminer la décision en cause pour tenter de la changer. Un tel centralisme démocratique est nécessaire à chaque moment dans la construction du parti.

Les premières étapes dans la construction du parti sont très souvent dominées par l’activité propagandiste. Quand il n’existe qu’une poignée de révolutionnaires dans un pays donné, la tâche principale de ceux-ci est de répondre aux questions les plus fondamentales du programme. Néanmoins, nous tentons toujours de mettre en oeuvre notre programme et de le soumettre à l’épreuve de la lutte des classes. Au fur et à mesure que l’organisation révolutionnaire revêt le caractère d’un groupe combatif de propagande, elle participera aux luttes des masses, elle luttera pour en assumer la direction, elle proposera des stratégies pour gagner et elle tirera les leçons qui en découlent. C’est grâce à des interventions de cette importance qu’elle gagnera les parties des masses les plus avancées au programme révolutionnaire.

On ne passe de l’étape du groupe combatif de propagande à celle du parti léniniste ni en lâchant une poignée de cadres dans un quelconque “travail de masse” ni en faisant des adaptations opportunistes dans des situations où la lutte des classes est particulièrement intense.

S’il y a des forces centristes ou réformistes importantes qui évoluent vers la gauche, il peut être nécessaire de faire un travail “d’entrisme”. Ceci aurait un double objectif : faire un front unique contre les dirigeants de droite et construire une tendance révolutionnaire. Ainsi les meilleurs combattants de classe peuvent être ralliés à la perspective de la construction du parti révolutionnaire. Cette tactique est loin d’être une étape inévitable dans la construction du parti. Elle n’a rien de commun avec la stratégie de l’“entrisme profond” déployée par diverses organisations “trotskystes” — en fait des centristes de droite — depuis la fin des années 40, qui se sont laissées enterrer dans les partis réformistes et ont ainsi abandonné depuis longtemps la lutte pour le programme révolutionnaire.

Un véritable parti révolutionnaire exerce une grande influence sur la classe ouvrière. Composé de cadres révolutionnaires, il s’implante considérablement à l’échelle nationale dans tous les secteurs avancés du prolétariat et peut organiser des luttes de masse. Dans les situations révolutionnaires et pré-révolutionnaires, le parti doit devenir un parti des masses afin d’organiser celles-ci pour la prise du pouvoir.


Pour un parti ouvrier révolutionnaire de masse

Dans plusieurs pays sous domination impérialiste, et même aussi dans certains pays du monde impérialiste, des décennies de croissance capitaliste ont vu une expansion massive du prolétariat et de ses syndicats sans expansion correspondante de partis politiques ouvriers. Souvent les travailleurs et les syndicats restent fidèles aux partis bourgeois ou petits-bourgeois et parfois à des formations bonapartistes. Dans de telles conditions la lutte pour la construction d’un parti révolutionnaire va de paire avec la lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière.

Aux Etats Unis pendant les années 30, Trotsky avança le slogan du parti des travailleurs (le “Labor Party”) créé à partir des syndicats pour surmonter l’état politique arriéré des travailleurs américains et pour répondre au besoin ressenti d’une organisation politique suite aux luttes massives qui ont eu lieu dans les années 30. Ce slogan ne constitua aucunement un appel pour un parti réformiste ou social démocrate ; au contraire, il s’agissait d’une tactique dans la lutte pour un parti révolutionnaire.

Cette tactique est d’une grande utilité propagandiste dans la lutte pour l’indépendance de classe du prolétariat et pour démontrer la servilité des bureaucrates syndicaux à l’égard du patronat. Mais elle peut aussi devenir un mot d’ordre très important dans l’organisation de la classe ouvrière. L’appel à un parti des travailleurs est adressé aux syndicats pour qu’ils rompent avec les partis ouvertement bourgeois et combattent pour la création d’un parti de la classe ouvrière toute entière. Les syndicats devraient cesser de livrer la classe ouvrière à ses ennemis de classe. Ces syndicats sont d’une importance fondamentale pour l’appel à un parti des travailleurs : c’est lors de l’intensification de la lutte des classes, quand les masses radicalisées se syndicalisent, que cet appel trouvera toute son utilité (par exemple aux Etats Unis pendant les années 30, en Afrique du Sud et au Brésil pendant les années 80).

Dans de telles circonstances, si les révolutionnaires n’utilisent pas la tactique du parti des travailleurs et n’interviennent pas dans sa construction, les réformistes menaceront de remporter la victoire sur la classe ouvrière, soit en créant un parti réformiste, soit en renouant les liens avec les partis bourgeois ou petit-bourgeois. La tactique de l’appel pour un parti des travailleurs n’est nullement une étape inévitable dans l’évolution politique de la classe ouvrière. Son utilité dans la lutte des classes dépend des circonstances concrètes de chaque pays. Toutefois, il faut souligner qu’en luttant pour un parti des travailleurs, nous insistons pour que celui-ci soit basé sur un programme révolutionnaire. Nous luttons pour empêcher les réformistes ou les centristes de mettre une corde autour du cou du prolétariat. Néanmoins, on ne peut pas poser le caractère révolutionnaire du parti comme un ultimatum. Sa nature sera déterminée par la lutte entre les révolutionnaires et les dirigeants réformistes, nationalistes petit-bourgeois ou centristes. Lorsqu’il n’existe pas de tradition d’organisation politique de la classe ouvrière, la lutte qui se joue au sein du parti ouvrier pour défendre les intérêts des travailleurs facilitera la polarisation des tendances politiques déjà existantes dans la classe ouvrière. Ceci est montré par l’évolution du Parti des Travailleurs brésilien au cours des années 80.


L’Internationale révolutionnaire

Les actions anti-ouvrières menées par les impérialistes et leurs complices dans les semi-colonies et les Etats ouvriers, en particulier ceux où la restauration est en cours, sont coordonnées à l’échelle mondiale par l’ONU, le FMI, la Banque Mondiale, ainsi que par les blocs militaires comme l’OTAN.

Contre ces “Internationales” nous devons construire une Internationale révolutionnaire de masse, une Internationale qui surmontera le chauvinisme et le racisme que la société bourgeoise impose à la classe ouvrière mondiale. Cette Internationale aura pour but la destruction révolutionnaire des régimes capitalistes et staliniens dans le monde entier. Elle guidera la lutte pour libérer l’humanité entière du joug de l’exploitation et de l’oppression. La dictature internationale du prolétariat jettera les bases d’un système socialiste mondial et commencera à déraciner toute trace de l’ancien ordre, sur la voie du communisme mondial.

Avant et après la révolution, la création du parti et du programme révolutionnaires est une tâche d’envergure internationale. Il ne peut être question de lutter d’abord pour la création de grands partis nationaux pour ensuite les lier l’un à l’autre dans une Internationale de masse.

Les partis nationaux, construits isolément, succomberont à l’étroitesse nationale et aux déformations politiques. Dans les pays impérialistes, ce danger s’exprimera par une adaptation à l’économisme et au chauvinisme social. Dans les semi-colonies, c’est l’indépendance politique de la classe ouvrière qui sera sacrifiée pour faire plaisir au nationalisme petit bourgeois. Dans les Etats staliniens, on peut s’attendre à une adaptation à l’aile “réformatrice” de la bureaucratie stalinienne. Pour surmonter les pressions nationales, il faut développer une perspective mondiale et développer la lutte des classes internationale. Il est toujours nécessaire de forger des liens de solidarité active entre les travailleurs de tous les pays.

Aujourd’hui il n’existe pas d’Internationale révolutionnaire. L’Internationale Socialiste s’est écroulée dans le réformisme en 1914 quand ses sections les plus importantes se sont ralliées à “leurs” bourgeoisies nationales lors de la première guerre mondiale. Aujourd’hui elle fonctionne comme le centre des partis social démocrates réformistes et de leurs plans anti-ouvriers.

En 1933, l’Internationale Communiste, écrasée sous le poids mortel du stalinisme, est devenue “morte pour la révolution” facilitant ainsi la montée de Hitler. En 1943 Staline l’a cyniquement dissoute. Il a toujours existé des liens forts entre les divers partis communistes occidentaux et les castes dirigeantes des Etats ouvriers dégénérés. La plupart des partis communistes du monde ont été liés à Moscou par une Internationale bureaucratique, inconnue du monde.

Puis, le Kremlin a perdu le monopole de la fidélité stalinienne : “l’eurocommunisme” a désuni les partis communistes d’Europe Occidentale ; pour d’autres, c’est Cuba et la Chine qui sont devenus les inspirateurs et ont endossé les chèques. Tout ceci montrait déjà la désintégration continue du mouvement stalinien mondial.

La dernière internationale révolutionnaire — la Quatrième Internationale (QI) fondée par Trotsky — n’existe plus. La QI a été fondée pour diriger rapidement des millions de travailleurs dans les crises révolutionnaires suscitées par la seconde guerre mondiale. Les choses ne se sont pas passées ainsi. Le stalinisme ainsi que la social démocratie sont tous deux sortis renforcés du conflit. Pourtant, la QI a maintenu ses perspectives d’avant-guerre qui étaient basées sur l’imminence de la guerre et de la révolution. Affaiblie par la répression stalinienne et impérialiste, et ayant souffert du désordre et de l’absence de toute organisation formelle et politique pendant la guerre, la QI n’a pas su, dans le cadre de l’après-guerre, montrer la voie à la classe ouvrière mondiale.

Entre 1948 et 1951 la Quatrième Internationale s’est éloignée de plus en plus de la méthode marxiste. Elle effectua une série d’adaptations politiques, cédant le rôle dirigeant dans la lutte des classes aux soi-disant forces “centristes”, toutes d’origine stalinienne, social démocrate ou nationaliste petite-bourgeoise. Le premier exemple de cette tendance, et le plus dramatique, fut celui de la Yougoslavie. Après la scission entre Tito et Staline en 1948, la QI déclara que Tito n’était plus stalinien, et s’est opposée au mot d’ordre de la révolution politique en Yougoslavie.

A l’origine de cette dégénérescence il y avait la perspective d’une guerre mondiale imminente qui serait rapidement transformée en guerre civile internationale. Le fait que la QI n’ait pas réélaboré son programme et ses perspectives a permis l’adoption d’une méthode centriste systématique au Congrès Mondial de 1951. La Quatrième Internationale fut détruite politiquement. Pendant la révolution bolivienne de 1952, la QI centriste soutînt le gouvernement bourgeois du MNR, et gaspilla, de façon criminelle, le potentiel du pouvoir prolétarien. La QI cessa d’abord d’exister comme organisation révolutionnaire en 1951, puis comme organisation unifiée lorsqu’en 1953, elle se divisa en diverses fractions centristes. Aucune d’entre elles ne représenta la continuité politique de la Quatrième Internationale révolutionnaire qui existait de 1938 à 1948.

Après 1953, la fraction dirigée par le Secrétariat International (SI) maintenait la dérive centriste de droite de la QI. Dans sa second incarnation — le Secrétariat Unifiée de la Quatrième Internationale (SUQI) — cette tendance s’est adaptée sans faille à divers courants staliniens, nationaliste petit-bourgeois et social-démocrate. Après 1953 le Comité International (CI) était l’opposition principale au SI. Malgré certaines critiques partiellement correctes, le CI continua sur le fond d’appliquer la méthode de la QI centriste. Le travail “entriste” de sa section britannique fut complètement opportuniste. Il s’est plié devant le nationalisme petit-bourgeois et le maoïsme. Il fut marqué par une perspective catastrophiste, rigidement basée sur celle du Programme de Transition de 1938.

Comme pour les Internationales “Socialiste” et “Communiste”, le legs de la dégénérescence politique et organisationnelle de la Quatrième Internationale existe toujours. Plusieurs tendances centristes internationales qui se réclament de l’héritage de la Quatrième Internationale, et avec lesquelles nous menons un combat politique existent. Toutes ces tendances partagent la même incapacité à utiliser la méthode de Lénine et de Trotsky pour guider la classe ouvrière mondiale vers la victoire. L’ordre du jour est clair : la construction d’une nouvelle Internationale Communiste Révolutionnaire.

La LICR est l’instrument pour la création d’une nouvelle internationale révolutionnaire léniniste-trotskyste de masse. Dans ce combat nous ne partons pas de zéro. Nous nous situons dans la tradition politique de la Première Internationale de Marx et Engels, de la lutte des internationalistes révolutionnaires au sein de la Deuxième Internationale, des quatre premiers congrès de l’Internationale Communiste (la Troisième Internationale) de Lénine, du combat mené par Trotsky pour la défense et la réélaboration du programme révolutionnaire, et des positions révolutionnaires de la Quatrième Internationale de 1938 à 1948. Nous commençons donc notre travail sur la base des luttes et des acquis programmatiques des derniers 150 ans.


La lutte contre le centrisme

Le centrisme se trouve entre le communisme révolutionnaire et le réformisme. Il combine de façon éclectique des théories volées au premier avec la “politique pratique” du second. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Dès le début du mouvement marxiste, il y a 150 ans, le centrisme s’est présenté sous la forme d’organisations qui ont évolué vers la droite, quittant la politique révolutionnaire (l’Internationale Socialiste d’avant 1914, l’Internationale Communiste stalinienne des années 20 et le début des années 30, la Quatrième Internationale à la fin des années 40 et le début des années 50). Mais on a vu également des tendances centristes qui ont rompu avec le réformisme, pour évoluer vers la gauche (par exemple les militants autour de Pivert à la SFIO pendant les années 30, des tendances au sein de la révolution hongroise de 1956).

Par nature, le centrisme est incapable de mener la classe ouvrière à la victoire. Il fait des déclarations “révolutionnaires”, tout en refusant de se baser sur une stratégie précise ou sur un programme concret. Le centrisme est incapable d’unifier la théorie et la pratique : sa méthode théorique est fondamentalement basée sur l’impressionnisme. Sans gène, il développe des “théories nouvelles” pour une réalité de plus en plus “nouvelle”, qui bafouent le doctrine et la méthode du marxisme.

Pendant les périodes révolutionnaires, les brusques zig-zags du centrisme résultent de la perte des occasions vitales et de la reprise de l’initiative par les forces du stalinisme ou de la social-démocratie, consciemment contre-révolutionnaires. C’est pour cela que le centrisme représente un danger pour la classe ouvrière. A chaque fois qu’il dirigea les travailleurs pendant un conflit décisif, ce fut un désastre (par exemple en Allemagne en 1919, en Italie en 1920, en Chine en 1927, en Espagne en 1937, en Bolivie en 1952, 1971 et 1976).

L’exemple du POUM pendant la guerre civile espagnole montre comment une organisation centriste peut obstruer la construction du parti révolutionnaire. Loin de mener les masses à la victoire, le POUM centriste a couvert le flanc gauche du front populaire contre-révolutionnaire des staliniens et a caché les trahisons des anarchistes, ouvrant ainsi la voie à l’écrasement de la classe ouvrière espagnole par Franco.

Le centrisme est d’abord un phénomène de mouvement — d’évolution ou de dégénérescence — vers la gauche ou la droite. En l’absence d’événements révolutionnaires de masse et d’un pôle d’attraction révolutionnaire très puissant, le centrisme peut se maintenir pendant de longues périodes sous une forme pétrifiée. Ce fut le cas du centrisme croissant de Karl Kautsky au sein de l’Internationale Socialiste d’avant 1914. Toujours réformiste en pratique, un tel centrisme de droite est prêt à utiliser des phrases pseudo-révolutionnaires jusqu’à son passage dans le camp réformiste. Plusieurs organisations disséminées dans le monde entier qui se réclament du “trotskysme” sont de cette nature. Le sectarisme craint les luttes vivantes de la classe ouvrière. Il justifie son inactivité par “la préservation des principes”. Plutôt que de s’intégrer dans des organisations de masse des travailleurs, il préfère se cacher dans des organismes “révolutionnaires” bidons. En somme, il n’a rien en commun avec le marxisme révolutionnaire, mais tout en commun avec le centrisme.

N’en déplaise aux sectaires rigides, le sectarisme et l’opportunisme ne sont pas opposés, mais sont le produit de la même méthode politique. Ni l’un ni l’autre n’ont confiance dans la capacité de la classe ouvrière à se mobiliser autour du programme révolutionnaire. L’opportuniste cherche à diluer le programme, le sectaire s’abstient d’une intervention décisive dans la classe, basée sur ce programme. L’identité essentielle des deux méthodes est montrée par le tournant sectaire de l’Internationale Communiste centriste entre 1928 et 1933, et la politique ultra-gauche du SUQI entre 1967 et 1974.

La lutte contre le sectarisme de tout genre fut un élément décisif dans la construction de chaque Internationale révolutionnaire. Marx et Engels combattirent les anarchistes ; Lénine et Luxembourg menèrent le combat contre la direction centriste de l’Internationale Socialiste.

L’Internationale Communiste parvint à gagner en France les syndicalistes centristes de gauche et en Allemagne l’USPD, et scissionna le PSI italien, ralliant l’aile gauche. Dans la lutte pour construire la Quatrième Internationale, Trotsky dirigea ses polémiques contre les forces centristes issues de l’Internationale Communiste (par exemple, Bordiga, Treint, Souvarine) et de la social-démocratie (par exemple l’Independent Labour Party — ILP — en Grande Bretagne et Pivert en France). En même temps, il proposa l’unité d’action avec les centristes lorsque cela était possible. C’est ainsi que nous nous orientons vers les forces centristes d’aujourd’hui.

La transition entre le centrisme et la politique révolutionnaire ne provient pas d’une évolution progressive : il faut rompre avec la méthode centriste. Ceci n’est pas un processus graduel ou inévitable. La grande majorité des organisations centristes ne sont pas devenues révolutionnaires. Elles se sont soit désintégrées, comme l’ILP et le POUM des années 30, soit elles ont dégénéré en organisations réformistes, comme les MIR d’Amérique latine. Là où des partis centristes deviennent des formations de masse, ils ne peuvent rester longtemps sur la corde raide entre réforme et révolution. Ainsi, dans les années 80 le PUM au Pérou et Democrazia Proletaria en Italie ont vu surgir des ailes réformistes de plus en plus fortes.

Sous l’impact du maoïsme et de la révolution cubaine, des formes de centrisme peu stables sont aussi apparues durant les 40 dernières années, dans les semi-colonies notamment. Même si la révolution culturelle chinoise (1964 à 1969) fut en réalité une lutte fractionnelle bureaucratique, les paroles révolutionnaires de l’aile maoïste ont touché des opposants aux staliniens pro-Moscou, et des forces anti-impérialistes.

Des groupes maoïstes furent fondés en RFA, Italie et dans plusieurs semi-colonies. Ces groupes, basés sur des forces radicalisées, souvent jeunes, ont connu une brève évolution centriste. Au début des années 70, révélée par le massacre des forces prolétariennes à Wuhan et Guangdong pendant la révolution culturelle et par le rapprochement de Pékin avec Nixon et Pinochet, la réalité réactionnaire du maoïsme mis fin à cette période.

Dans le monde semi-colonial, les groupes MIR, nés sous l’influence du guévarisme et de la révolution cubaine, ont rapidement dégénéré en partis sociaux-démocrates ou nationalistes petit-bourgeois, voire en formations ouvertement bourgeoises. D’autres tendances centristes, dont l’origine fut encore différente, sont apparues au sein des Etats ouvriers dégénérés, face à la crise du stalinisme. Elles combinent une hostilité révolutionnaire au régime bureaucratique avec des programmes confus qui sont souvent influencés par la social-démocratie.

La forme principale du centrisme qui existe à l’échelle internationale est celle dont les racines se trouvent dans la dégénérescence de la Quatrième Internationale. Des organisations qui se sont développées à partir de ce courant ont avancé des critiques partielles de la social-démocratie, du stalinisme ou des fragments dégénérés de la Quatrième Internationale. Plusieurs d’entre elles ont tenté de rétablir une continuité révolutionnaire, mais toutes ces tentatives ont, à notre connaissance, échoué. Aucune de ces organisations n’a été capable d’avancer de façon conséquente un programme révolutionnaire pour les masses, ni le mettre en oeuvre dans la lutte quotidienne ou lors de ces situations révolutionnaires majeures des 40 dernières années. En général, étant donné le manque d’implantation ouvrière de ces organisations, leurs erreurs n’ont pas eu une grande influence dans les luttes du prolétariat mondial. Néanmoins, des centristes qui se réclamaient du trotskysme ont joué un rôle important dans la faillite de la révolution bolivienne de 1952, et dans le gaspillage des mouvements de masse au Sri Lanka en 1964 et au Pérou de 1978 à 1980.

Touchées par l’adaptation opportuniste, ces organisations ont toutes répété l’erreur de la Quatrième Internationale centriste qui consistait à tout miser sur “le processus révolutionnaire”, en suivant telle ou telle tendance de “gauche” au sein du réformisme ou du nationalisme petit-bourgeois, dans l’espoir qu’elle deviendrait le nouvel outil de la “révolution mondiale” désincarnée. Cette méthode est celle de l’adaptation systématique du SUQI. Il considère que le Nicaragua du FSLN fut un Etat ouvrier sain, et il ne mène pas de combat pour renverser le régime bureaucratique de Castro à Cuba. La même méthode est suivie par la Ligue Internationale des Travailleurs, fondée par Nahuel Moreno, lequel a prôné, dans son pays d’origine, l’Argentine, une adaptation envers le péronisme, puis envers le stalinisme.

C’est cette méthode de suivisme vis-à-vis des nationalistes petit-bourgeois et des réformistes qui caractérise aussi le courant autour de Pierre Lambert — aujourd’hui avec la Quatrième Internationale (Centre International de Reconstruction). Au cours des années 50, cette organisation a qualifié de “bolcheviks” les nationalistes algériens du MNA, et prône actuellement la construction d’une “internationale ouvrière” autour d’un programme réformiste centré sur des revendications bourgeoises démocratiques.

La tendance internationale autour du groupe “Militant” de Grande-Bretagne, qui préfère cacher qu’il vient de la Quatrième Internationale, poursuit une orientation opportuniste à l’égard des paartis ouvriers de masse. Le groupement autour du Socialist Workers Party de Grande-Bretagne et celui autour de Lutte Ouvrière suivent la lutte de classe spontanée et n’avancent pas un programme transitoire.

Le fait que toutes ces organisations, sous une forme ou une autre, existent depuis plus de 40 ans témoigne de leur isolement de la classe ouvrière internationale, et non pas de la force ou de la vérité de leur politique. Les forces pour une nouvelle Internationale incluront beaucoup des meilleurs combattants de classe qui se trouvent actuellement piégés au sein des organisations centristes. Les sections de notre propre organisation internationale proviennent de scissions avec le centrisme. Pour construire la nouvelle Internationale, scissions, fusions et regroupements seront nécessaires. Pour la LICR, il est particulièrement important d’engager la polémique et l’action avec les centristes qui se disent — faussement — trotskystes. Dans ce combat notre point de départ est celui de Trotsky : “le programme d’abord !”


Construire la LICR, construire l’Internationale Communiste Révolutionnaire !

L’impérialisme est un ennemi redoutable. Il possède des richesses qu’il utilise pour corrompre et contraindre les dirigeants réformistes du prolétariat. Son énorme appareil d’Etat lui sert à opprimer et à tuer des travailleurs dans le monde entier. Mais il ne peut pas mettre fin à la lutte des classes qui éclate sans cesse sur la base des contradictions fondamentales du capitalisme. Chaque cycle d’expansion et de prospérité renforce la confiance dans la lutte. Chaque crise dresse les exploités dans de nouveaux assauts contre les dirigeants du monde.

La classe ouvrière mondiale a besoin d’un parti révolutionnaire international pour jeter au moment propice, tous les agents du capitalisme dans l’abîme. La LICR cherche à construire un parti mondial de la révolution socialiste. Nous avons commencé par l’élaboration d’une série de positions révolutionnaires sur des luttes internationales fondamentales et par la réélaboration du programme révolutionnaire international. Cette tâche a presque un retard de 50 ans. En l’effectuant, nous nous sommes basés sur la politique et la méthode du trotskysme véritable, du marxisme révolutionnaire. Notre but est la construction d’un nouveau parti de la révolution socialiste, une Internationale léniniste-trotskyste réfondée.

La LICR est-elle loin de cet objectif ? Ses forces sont-elles trop petites face à un tel défi ? Il est vrai que nos forces sont faibles, beaucoup plus faibles que celles de la Quatrième Internationale de Trotsky à sa fondation en 1938. Nous n’avons encore qu’une poignée de militants dans quelques pays. Mais nous n’avons pas le droit d’être découragés par ce fait, ni de ne pas lutter en conséquence.

Malgré une longue période de stabilité impérialiste au milieu du siècle, l’époque impérialiste reste toujours celle des guerres et des révolutions. Les événements ne se déroulent pas à une vitesse égale, et les partis ne sont pas construits simplement par l’accumulation lente de cadres. Lors des périodes de crises et de révolutions, les tâches qui prennent en général des années ou des décennies peuvent être accomplies en quelques mois, voire en quelques semaines. Mais pour que le prolétariat tire avantage de telles périodes, nous avons besoin d’un programme de construction, et de cadres pour diriger.

Il n’y a pas de temps à perdre. Il faut jeter les fondations dès maintenant. Nous faisons appel à tous les militants, repoussés par les vacillations centristes, qui se réclament des traditions révolutionnaires du prolétariat international ; nous faisons appel à tous les combattants de la classe ouvrière, écoeurés par les trahisons du réformisme, du nationalisme petit-bourgeois et de la bureaucratie syndicale : rejoignez-nous !




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