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22 avril 2002
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Le manifeste trotskyste

4. Un programme de revendications transitoires (1989)

La période actuelle est ponctuée par des luttes économiques défensives de masse dans les pays impérialistes, par des crises révolutionnaires en cours ou latentes dans les Etats ouvriers dégénérés, et par des crises révolutionnaires et pré-révolutionnaires dans les pays semi-coloniaux.

Cette inégalité persistante dans le développement des luttes fait qu’il est impossible de parler, comme Trotsky pouvait le faire en 1938, d’une situation pré-révolutionnaire mondiale. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y pas urgence à armer le mouvement ouvrier d’un programme de revendications transitoires.

Seul un tel programme peut assurer que les acquis gagnés par les masses dans des luttes partielles seront consolidés et non confisqués par les forces de la réaction à la première occasion. Seul un tel programme peut résoudre la contradiction fondamentale qui affaiblit le mouvement ouvrier international : d’une part la volonté des masses de défendre leurs acquis, voire de lancer une offensive révolutionnaire, de l’autre, la capacité des directions existantes à démobiliser et à trahir ces luttes.

Un programme de transition cherche à résoudre cette faiblesse subjective, en créant un pont pour les masses entre leurs luttes immédiates défensives et le combat pour la révolution socialiste. Ce pont prend la forme d’une série de revendications liées entre elles qui, dans leur totalité, constituent un défi direct et ouvert au pouvoir capitaliste. Mais nous ne sommes pas des sectaires : nous luttons pour des revendications minimales, et pendant chaque lutte nous sommes les tacticiens et les organisateurs les plus minutieux. Nous sommes à l’avant-garde de chaque lutte de la classe ouvrière, même la plus partielle. Il serait donc faux d’opposer comme ultimatum le programme de transition aux luttes actuelles.

C’est une déformation centriste du programme de transition que de séparer totalement du système transitoire certaines revendications liées entre elles, et puis de les présenter, à peine camouflées, comme des revendications syndicales isolées. De la même façon, présenter les revendications transitoires comme des réformes structurelles est grossièrement opportuniste. Le but même des revendications transitoires est de mobiliser les masses contre le capitalisme. Ainsi, la tâche de l’avant-garde révolutionnaire est d’avancer certaines revendications dans les luttes immédiates des masses, dans la perspective d’un combat pour le programme tout entier.

En pratique, cela veut dire que, pendant une lutte donnée, on agit pour des revendications appropriées à la situation et on fait de la propagande pour le programme tout entier, en expliquant comment la réalisation d’une ou de certaines revendications soulèvera la question de la prochaine étape de la bataille, comme “Comment peut-on consolider cet acquis ?” ou “Comment peut-on empêcher une contre-attaque du patronat ?”. Le rapport entre l’agitation et la propagande, et le moment où la propagande est dépassée par l’agitation de masse, sont déterminés par l’ampleur, par la vitesse et par l’intensité de la lutte.

Le caractère transitoire du système des revendications est montré par plusieurs facteurs. D’abord, ces revendications répondent aux besoins économiques et politiques fondamentaux des masses, tels qu’ils sont eux-mêmes définis par la situation objective. La validité des revendications n’est pas déterminée par leur acceptation ou non par les masses, dont la conscience est généralement réformiste. Et les revendications ne perdent pas leur utilité même si les capitalistes ou les bureaucrates staliniens sont amenés à les accepter.

Deuxièmement, un aspect fondamental des revendications transitoires consiste à tenter d’organiser les masses, indépendamment des représentants politiques de la bourgeoisie ou de ses agents réformistes au sein de la bureaucratie ouvrière. Cette mobilisation s’effectue à travers les syndicats, les comités d’usine, les conseils ouvriers et le parti révolutionnaire.

Organisée ainsi, et mobilisée autour des revendications transitoires, la classe ouvrière conteste le pouvoir des capitalistes. Elle empiète sur ce pouvoir dans les usines, dans les bureaux et les écoles, lorsqu’elle établit les piquets de grève et dans les rues, jusqu’au niveau gouvernemental lui-même. A cette fin, chaque revendication transitoire concrétise un élément du contrôle ouvrier direct dirigé contre le pouvoir des capitalistes.

Si, pendant une lutte pour défendre l’emploi, on met en place le contrôle ouvrier le plus élémentaire sur la production, la lutte passera rapidement à un niveau plus élevé. La question est posée : qui dirige dans l’usine -- les travailleurs ou le patron ? A son tour, une lutte qui réussit au niveau de l’usine représente un nouveau défi pour les travailleurs, par rapport à la situation dans d’autres secteurs de l’industrie, et dans la société toute entière.

Qui plus est, en montrant aux masses comment diriger les usines, le système du contrôle ouvrier les prépare aux tâches à venir sous la dictature du prolétariat. De cette façon, les revendications transitoires sont à la fois un moyen de transition des luttes d’aujourd’hui vers l’assaut révolutionnaire contre le capitalisme, et une école pour former les travailleurs aux tâches de la transition vers le socialisme.


Contre l’offensive capitaliste

L’offensive concertée des capitalistes pour résoudre leurs crises et rétablir leurs profits a eu partout dans le monde un effet négatif important sur le niveau de vie de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre. Pour assurer sa stabilisation temporaire, le capitalisme inflige aux masses la cherté de la vie, y compris l’hyperinflation dans certaines semi-colonies, et le chômage de masse.

Pour défendre sa capacité de lutter, la classe ouvrière est obligée de défendre le droit au travail et d’exiger des salaires décents. Elle est obligée de lutter pour défendre et étendre les acquis sociaux concédés par la bourgeoisie. Il est donc essentiel d’avancer des revendications qui aboutissent à mettre fin à la lutte pour la survie.

Dans chaque pays, nous luttons pour un salaire minimum légal, à un niveau décidé par le mouvement ouvrier, et non par le patronat. Cela n’implique aucunement que les conventions collectives doivent se contenter d’un tel minimum. La classe ouvrière doit constamment se battre pour augmenter les salaires au-delà de ce minimum, qui ne représente qu’un filet de protection pour combattre les bas salaires et la misère des couches les plus opprimées des travailleurs.


L’inflation

Là où le patronat se sert de l’inflation pour paupériser les travailleurs, nous luttons pour la défense des conventions collectives contre toute hausse des prix imposée par le patronat. A cette fin, nous luttons pour imposer l’échelle mobile des salaires, qui garantit l’augmentation automatique des salaires, corrélativement à l’augmentation du coût de la vie.

Bien entendu, les patrons tenteront de duper les masses avec des indices truqués afin de prouver que le coût de la vie n’augmente pas. Contre cette ruse, nous luttons pour imposer un indice ouvrier du coût de la vie, évalué et déterminé par des comités de surveillance des prix, formés de délégués élus dans les usines, dans les communautés ouvrières : (cités ouvrières, quartiers ouvriers, bidonvilles), et par les organisations de femmes travailleuses et de consommateurs prolétaires. En cas d’hyperinflation, d’autres mesures sont nécessaires pour protéger les exploités et les opprimés de la famine, de la destruction de leur sécurité matérielle et de leur maigre épargne.

Ces comités doivent lutter pour contrôler les biens essentiels à la vie, ce qui implique le contrôle ouvrier sur l’industrie alimentaire, sur les grandes fermes, sur les usines de traitement, sur le transport et sur les chaînes de supermarché. Il faudra établir des liens commerciaux directs entre les travailleurs et les paysans pour l’échange des produits. Il faudra construire des comités de travailleurs et de paysans pour contrôler le prix de la nourriture et sa distribution.

Pour en finir avec l’hyperinflation, les travailleurs doivent prendre le contrôle des banques et imposer leur complète nationalisation, incluant la confiscation des biens de la bourgeoisie et des sociétés multinationales étrangères. Pour empêcher le transfert de capital à l’étranger, nous exigeons des actions immédiates ; il faut aussi répudier les dettes écrasantes et cesser tout paiement des intérêts. Par contre, l’épargne des travailleurs, des paysans et de la petite-bourgeoisie doit être garantie aux taux existant avant l’hyperinflation.

Toutes ces mesures montrent la nécessité d’un monopole d’Etat sur le commerce extérieur, et l’introduction de la planification démocratique par les producteurs. Pour appliquer le programme ouvrier et paysan contre l’inflation, il faut un gouvernement ouvrier et paysan. Sans cela, la bourgeoisie peut toujours utiliser l’hyperinflation pour démoraliser les travailleurs, et pour tourner la paysannerie et la petite-bourgeoisie contre la classe ouvrière, comme fut le cas en Bolivie entre 1985 et 1986.

La classe dirigeante tentera de résoudre la crise inflationniste par l’écrasement du mouvement ouvrier et l’imposition de mesures déflationnistes brutales (coupures dans le budget de l’Etat, de la sécurité sociale et de l’éducation nationale, diminution des salaires, fermeture des usines et des mines). L’inflation et la déflation sont toutes deux les armes utilisées par la bourgeoisie pour rompre l’élan révolutionnaire de la classe ouvrière. Pour combattre ces deux politiques, nous rassemblons les masses autour d’un programme qui avance le mot d’ordre : “Que les riches paient !”


Le fléau du chômage

Le chômage de masse est aujourd’hui une caractéristique permanente de tous les pays capitalistes. Dans les semi-colonies, l’effondrement des prix des matières premières sur le marché mondial a conduit à la dévastation d’industries entières, tandis que les entreprises agro-alimentaires ont chassé des millions de paysans sans terre vers les villes où, incapables de trouver du travail, ils sont cruellement transformés en lumpenproletariat.

Dans les métropoles impérialistes, la restructuration capitaliste a mis des millions de travailleurs au chômage. Contre ce fléau, notre programme met en avant la revendication du droit au travail pour tous, indépendamment du sexe, de la race, de l’âge, de la religion ou des pratiques sexuelles. Cette revendication ne peut être satisfaite que par la lutte directe : la grève contre les licenciements, l’occupation de l’usine contre la fermeture, les protestations militantes des organisations de chômeurs.

Ces luttes doivent se fixer comme objectif l’échelle mobile des heures de travail. Le travail doit être reparti, sous le contrôle ouvrier, entre tous les travailleurs de l’entreprise, et la semaine de travail doit être réduite pour faciliter ce partage. Cela ne doit pas entraîner de réduction des salaires. Cela constitue une généralisation consciente des revendications mises spontanément en avant par les travailleurs pour obtenir la semaine de travail de 35 heures sans réduction de salaire (France, G-B, Allemagne), ou “les 30 pour 40” (Etats-Unis).

Pour tous ceux qui restent sans emploi à cause de ce système basé sur le profit, nous luttons pour qu’ils aient du travail ou un salaire correspondant. Lorsque les patrons refusent de fournir du travail, nous exigeons des indemnités à titre de compensation, payées par l’Etat à un niveau décidé par le mouvement ouvrier. Quand le capitalisme ne fournit pas de soins socialisés pour les enfants, les personnes âgées ou les malades, empêchant ainsi des femmes de travailler à plein temps, nous exigeons des indemnités, mais cette revendication doit être combinée au combat pour des prestations sociales permettant aux femmes de travailler.

Tous ceux qui sont rejetés en dehors de la production sociale par le capitalisme pour des raisons d’âge, d’invalidité ou de maladie doivent recevoir une pleine compensation. Pour les personnes âgées, nous exigeons le droit de partir en retraite à un âge décidé dans chaque pays par le mouvement ouvrier. Les pensions de retraite, indexées sur l’inflation, doivent être payées par l’Etat et fixées à un niveau, décidé par le mouvement ouvrier, afin de maintenir le niveau de vie des retraités. Pour ceux qui ont dépassé l’âge de la retraite et qui souhaitent continuer à travailler, il faut qu’il y ait des emplois, rémunérés à plein taux.

Les chômeurs ne doivent pas être que des spectateurs dans la lutte contre le chômage. Les communistes révolutionnaires cherchent à bâtir dans les luttes l’unité entre chômeurs et ceux qui ont du travail. Nous soutenons le droit des chômeurs de se syndiquer, avec les mêmes droits mais en payant des cotisations réduites. Nous sommes aussi pour la construction de mouvements démocratiques de masse de chômeurs, soutenus financièrement et sans conditions, par le mouvement ouvrier, et avec les pleins droits de représentation à l’intérieur de ce dernier. De telles organisations joueront un rôle essentiel en empêchant que les chômeurs tombent sous l’influence des idéologies réactionnaires comme le fascisme, ou qu’ils soient poussés à la criminalité ou transformés en lumpenproletariat : elles sont un moyen essentiel d’encourager les travailleurs qui ont un emploi à lutter de façon active en soutien à leurs camarades chômeurs.

Pour intégrer tous les chômeurs dans le processus de production et leur permettre d’avoir un travail socialement utile, nous luttons résolument pour imposer un grand programme de travaux publics sous le contrôle ouvrier, financé par l’Etat capitaliste. Le besoin d’un tel programme est partout évident. Dans les métropoles impérialistes, toutes sortes d’équipements collectifs doivent être améliorés ou rénovés. Dans les semi-colonies, les masses vivent dans des conditions sordides, privées des équipements collectifs les plus élémentaires (logement, eau courante, système sanitaire, chauffage, instruction, système de santé).

Le programme de travaux publics vise à satisfaire tous ces besoins urgents en construisant des logements, des hôpitaux, des écoles, des équipements sociaux, tout en donnant du travail aux millions de chômeurs. De plus, ce programme forme la classe ouvrière à la tâche de gérer l’économie de manière à satisfaire ses besoins. C’est une école de l’économie planifiée.

La lutte pour un programme de travaux publics est liée au combat pour imposer, défendre ou développer les acquis sociaux qui, d’une certaine manière, protègent la classe ouvrière des pires effets de l’exploitation capitaliste. Le capitalisme est prêt à sacrifier non seulement notre niveau de vie pour satisfaire sa soif de profit, mais aussi notre droit à l’éducation, aux équipements sociaux qui permettent de profiter du peu de loisirs qui nous sont accordés, et notre droit aux soins médicaux lorsque nous tombons malades. Il n’y a preuve plus éloquente de la faillite manifeste du capitalisme que de constater qu’aux Etats-Unis, pays le plus riche et le plus puissant du monde, le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés de tous les pays industrialisés.

Pour combattre de telles iniquités, nous luttons pour le droit de tous à l’éducation gratuite, aux équipements collectifs et aux loisirs gratuits, à un système gratuit de santé publique. Ces droits doivent être garantis par le financement d’Etat, à un niveau déterminé par les masses elles-mêmes. Il faut imposer le contrôle ouvrier sur ces services sociaux, et ne pas les laisser administrer par des fonctionnaires nommés par les capitalistes.

La soif de profit dégrade et détruit des individus bien en dehors de l’usine ou du bureau. Sous le capitalisme, l’utilisation de la drogue pousse des centaines de milliers d’êtres humains bien au-delà de la simple détente et stimulation qu’elle peut procurer, jusqu’à la dépendance et l’esclavage. L’alcoolisme et la dépendance aux narcotiques détruisent la vie de milliers d’individus qui auraient pu lutter contre ce système qui engendre de telles dépendances. Nous exigeons la légalisation de l’utilisation de la drogue, et la confiscation des profits massifs que les barons de la drogue tirent de leur trafic illégal. Nous sommes pour un monopole d’Etat de la vente de drogue à usage pharmaceutique et non-pharmaceutique, contrôlé par des comités de surveillance de prix composés de travailleurs et de paysans. Nous exigeons une éducation et une information scientifiques sur les dangers qui découlent de l’utilisation de certains narcotiques à des fins non-médicales.

Patrons, politiciens bourgeois, “experts” économiques et apologistes réformistes du capitalisme ne manqueront pas de nous “prouver” que nos revendications concernant les salaires, l’emploi et les services sociaux sont irréalisables, faute de moyens suffisants. Nous répondrons que nous ne pouvons pas nous passer de la satisfaction de nos revendications.

Notre point de départ n’est pas ce que le système capitaliste prétend pouvoir ou ne pas pouvoir donner. L’histoire entière du capitalisme montre que les patrons ont toujours invoqué leurs portefeuilles devant chacune de nos revendications. Cependant, des acquis ont pu être arrachés parce que ce qui est “possible” est décidé par la lutte : les réformes sont les sous-produits de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme.

Si l’Etat bourgeois refuse les revendications des masses portant sur les salaires, le travail ou les services sociaux, en invoquant la menace d’un déficit budgétaire, nous avançons un programme de taxation révolutionnaire.

Les travailleurs dans les usines et les banques doivent calculer les biens fixes et liquides de leurs patrons. Sur la base de ce capital et des autres possessions, ces derniers devraient payer un impôt sur la fortune, fortement progressif. Avec cet argent, il sera possible de commencer à satisfaire les besoins des masses. L’imposition indirecte, imposée sur des biens de consommation de masse, et l’impôt sur le revenu des travailleurs qui n’ont que leur force de travail, doivent être abolis.

Les impôts sur la fortune et le revenu des capitalistes doivent être contrôlés par les travailleurs, afin de dévoiler la fraude fiscale et la corruption des experts financiers. Le contrôle ouvrier doit aussi empêcher toute tentative de la part des capitalistes de faire payer aux travailleurs l’augmentation de leurs impôts à travers la hausse des prix. Si les capitalistes refusent de payer leurs impôts, fraudent ou disent qu’ils ne peuvent pas payer, il faut confisquer leurs biens.


Les syndicats

Dans une grande partie du monde, les syndicats constituent des organisations ouvrières à caractère permanent et de masse. Le travail dans ces organisations doit donc être l’une des principales préoccupations des révolutionnaires, bien que les directions de ces syndicats soient réactionnaires. Pour intervenir correctement dans les syndicats, il faut une compréhension juste de leur nature et de leurs limites sous le capitalisme, ainsi qu’une stratégie cohérente qui vise leur transformation en instruments de la lutte révolutionnaire.

Le syndicalisme, en soi et pour soi, ne peut pas dépasser le cadre du capitalisme. En général, les syndicats ont été créés comme organes de base luttant pour la défense de la classe ouvrière contre les abus de l’exploitation capitaliste et pour assurer aux travailleurs les moyens de vivre, et d’augmenter leur niveau de vie et celui de leurs familles.

Tel quel, le syndicalisme pur accepte le salariat, le système d’esclavage salarial. Comme forme de conscience, le syndicalisme pur reste sur le terrain de la société bourgeoise. La conscience syndicale pure est donc un type de conscience réformiste, bourgeois, au sein même de la classe ouvrière.

Cependant, le système d’exploitation capitaliste génère la lutte de classe bien qu’au début au moins, sur un plan purement économique et fragmenté, car la bourgeoisie est conduite par la concurrence à réduire le coût du travail et à accroître l’intensité ou la longueur de la journée de travail. Cette lutte des classes créé les bases objectives pour contester les limites réformistes du syndicalisme pur.

En employant les méthodes de lutte de classe pour se défendre, la classe ouvrière menace d’aller au-delà des solutions syndicales réformistes. Ce fait objectif donne un caractère contradictoire aux organisations syndicales. D’une part, les syndicats reflètent le réformisme de la conscience syndicale pure. D’autre part, ils expriment épisodiquement le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière lorsqu’elle est obligée d’utiliser la grève, l’occupation des usines et les piquets de grève. Ils peuvent servir “d’écoles militaires” à la classe ouvrière.

Le caractère contradictoire de l’organisation syndicale se manifeste de diverses façons. Même si le prolétariat s’est développé dans le monde semi-colonial, les syndicats n’organisent qu’une minorité de la classe ouvrière internationale. Les bureaucraties en place sont caractérisées par une léthargie conservatrice : elles ont peur de faire entrer de nouvelles couches de travailleurs car un tel afflux menacerait leurs privilèges et leurs vies tranquilles.

En général, les syndicats organisent l’aristocratie ouvrière, les couches les plus qualifiées et les plus privilégiées de la classe ouvrière, et ils reflètent le corporatisme et l’étroite conscience de métier de ces couches. Ils montrent une tendance à repousser la politique, au nom de la neutralité, ce qui normalement a l’effet contraire. Cette “neutralité” n’empêche pas les dirigeants de mettre souvent la force électorale des syndiqués au service des partis réformistes ou des partis de la bourgeoisie “progressiste”.

Mais le plus important, c’est que les syndicats sont généralement dominés par une bureaucratie réformiste. Dans les pays impérialistes, cette bureaucratie, qui s’appuie sur les travailleurs qualifiés organisés, émergea de l’aristocratie ouvrière pendant le dix-neuvième, et au début du vingtième siècles. Dans plusieurs semi-colonies, une bureaucratie s’est aussi développée à partir de l’aristocratie ouvrière, bien que dans ces pays cette couche soit plus petite et bénéficie de moindres privilèges matériels que celles des pays impérialistes.

En certains cas, la bureaucratie a été soutenue par des forces nationalistes bourgeoises ou réformistes qui cherchent à établir une base sociale dans la société, comme au Mexique et en Argentine. Dans les pays où l’aristocratie ouvrière est carrément inexistante ou n’est pas assez développée pour influencer les syndicats et les partis réformistes ou nationalistes, une bureaucratie réformiste s’est néanmoins érigée, à travers ses liens avec le mouvement syndical international ou l’aide matérielle des pays impérialistes.

La bureaucratie syndicale forme une caste distincte qui doit sa position et ses privilèges économiques (quel que soit leur caractère limité) à son rôle de négociateur entre les travailleurs et le patronat dans la lutte des classes. Sa position privilégiée est souvent rehaussée par son intégration des les échelons inférieurs de l’Etat capitaliste. Pour maintenir sa position, la bureaucratie fait en sorte que le système d’exploitation de classe -- dans lequel elle a un intérêt objectif -- soit maintenu, en limitant et en trahissant les luttes. Elle agit comme l’agent des capitalistes au sein de la classe ouvrière. Elle est l’ennemi juré des méthodes directes de la lutte des classes et de l’authentique démocratie ouvrière.

Au contraire, les militants de base n’ont aucun intérêt objectif dans le maintien du système d’exploitation capitaliste. Pendant des luttes généralisées, les aspirations fondamentales de la base se montrent complètement opposées à celles de la bureaucratie. Face aux attaques patronales, la base syndicale se sert de l’action directe pour défendre ses propres intérêts. Face aux divisions sectorielles, elle cherche à organiser les inorganisés et à s’unir avec des travailleurs de la base d’autres industries et d’autres syndicats.

Contre la position “apolitique” de la bureaucratie, les travailleurs se sont servis, à plusieurs reprises, de leurs syndicats pour des objectifs directement politiques. Les intérêts fondamentaux de la base ne sont pas seulement distincts de ceux de la bureaucratie, ils sont en contradiction avec eux.

Pour développer la conscience élémentaire de classe des travailleurs de la base en conscience révolutionnaire, il est nécessaire de lutter pour la transformation révolutionnaire des syndicats. Soit ceux-ci deviendront des organisations qui visent à subordonner la classe ouvrière aux intérêts du capital, soit ils seront transformés en instruments de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme.

Il ne peut y avoir de neutralité syndicale dans la lutte des classes. L’issue de la lutte pour la transformation des syndicats dépend en premier lieu de l’organisation en leur sein des forces du communisme révolutionnaire. Nous nous efforçons de construire des fractions communistes dans les syndicats, composées des membres du parti révolutionnaire et de ses sympathisants, afin de contester la direction des syndicats sur la base du programme révolutionnaire.

Pour évincer la bureaucratie, nous sommes partisans de regrouper les militants de base en mouvements oppositionnels engagés dans la lutte pour la démocratie à la base, l’élection et la révocabilité de tous les responsables syndicaux, et un programme de lutte de classe.

Nous nous opposons à toute restriction apportée à la démocratie ouvrière, à toute division imposée bureaucratiquement, à toute tentative de garder les syndicats “au-dessus de la politique” (c’est à dire à l’abri de l’influence révolutionnaire). Nous sommes opposés à toute chasse aux sorcières contre des révolutionnaires et des militants de base. Nous nous opposons à toute tentative visant à trahir ou à limiter les luttes ouvrières. Nous défendons le droit de tous les opprimés (femmes, jeunes, minorités sexuelles et victimes du racisme) à leur propres organisations au sein des syndicats. Nous sommes pour l’unité syndicale sur une base lutte de classe et démocratique, et nous luttons pour la construction d’un seul syndicat dans chaque industrie.

La tactique du mouvement oppositionnel de la base (modelée sur le “Minority Movement” de le Grande-Bretagne des années 20) n’est pas opposée à la construction des fractions communistes au sein des syndicats. Dans de tels mouvements les révolutionnaires sont organisés en fraction, mais cherchent à devenir une force de masse et à gagner la direction sur la base d’un programme d’action composé des revendications transitoires.

C’est la forme qui prend, sur le terrain syndical, la tactique du front unique où les communistes, étant une minorité, ont ainsi la possibilité de mobiliser l’ensemble des travailleurs.

La trahison réformiste et l’intégration de certains syndicats dans l’appareil d’Etat a mené bon nombre de sectaires à tourner le dos aux organisations de masse, pour construire des syndicats “purifiés”, des “syndicats rouges”, qui ne regroupent ni la masse de la classe ouvrière, ni même des sections importantes de celle-ci.

Cette politique de syndicalisme parallèle n’est en effet rien d’autre qu’un lâche abstentionnisme qui abandonne les masses à la bureaucratie traître, les laissant sous l’emprise réformiste et les condamnant à la défaite organisée par la direction bureaucratique. La rupture avec les syndicats réformistes de masse ne doit pas être un substitut à la lutte pour la direction de ceux-ci. Au sein des syndicats, nous combattons pour développer une véritable indépendance de classe par rapport à l’Etat et au patronat.

Là où les syndicats patronaux ou d’Etat organisent des masses de travailleurs, des militants ouvriers devraient y oeuvrer, avec pour objectif une scission afin de pouvoir créer un véritable syndicat de classe. Il ne s’agit pas de fétichiser l’unité syndicale et nous somme prêts à rompre avec des syndicats ou des fédérations devenus véritablement jaunes. Notamment, il faut rompre tous les liens avec les “syndicats” dirigés par des truands et avec les partis ouvertement bourgeois qui prétendent être “des amis des travailleurs”.

Nous rejetons tout fétichisme syndical. L’organisation syndicale doit nécessairement tenter de gagner les secteurs les plus larges de la classe ouvrière. Les syndicats sont hétérogènes, incluant aussi bien des travailleurs peu progressistes que les travailleurs les plus avancés.

Ainsi, les syndicats ne sauraient remplacer l’avant-garde politique de la classe ouvrière -- le parti révolutionnaire. Notre politique n’est pas celle du “trade unionisme”, ni celle du syndicalisme révolutionnaire, qui voient le syndicat comme une fin en soi ou comme un succédané du parti ou des conseils ouvriers.

Seul le parti peut représenter les intérêts stratégiques de toute la classe ouvrière. Seul le parti pourra canaliser les différents flux de la lutte des classes vers la défaite du système capitaliste.

Les syndicats, même dirigés par les révolutionnaires, ne sont qu’un des moyens pour atteindre notre but : la révolution socialiste. Seul le triomphe du parti et de son programme dans les syndicats et dans toutes les autres organisations de lutte à caractère de masse, pourra garantir au prolétariat une victoire durable contre le système capitaliste.


Contrôle ouvrier et comités d’usine

Le système d’exploitation capitaliste nécessite que les patrons contrôlent chaque aspect du processus de production. La recherche d’une plus grande productivité et des profits compromet notre santé et intensifie l’exploitation. La classe ouvrière est donc de plus en plus obligée d’opposer au contrôle capitaliste le contrôle ouvrier afin d’obtenir satisfaction sur ses revendications, y compris les plus élémentaires et les plus partielles.

C’est pour cette raison que l’avant-garde révolutionnaire place le combat pour le contrôle ouvrier au coeur de sa propagande et de son agitation. Face à l’exploitation capitaliste nous luttons pour imposer le contrôle ouvrier sur la production. Cela signifie essentiellement que nous devons exercer le droit de veto sur les projets et les actes des capitalistes dans chaque aspect de la production, du niveau le plus élémentaire (cadences, pauses, etc.) jusqu’au niveau le plus élevé de la gestion de l’usine elle-même (effectifs, salaires, type de production).

Nous rejetons catégoriquement les mille et un projets de participation ouvrière qui sont avancés afin d’incorporer la classe ouvrière dans l’opération du capitalisme. Ceux-ci cherchent à séduire les travailleurs pour qu’ils acceptent leur responsabilité dans les échecs de la production capitaliste et la nécessité des attaques contre l’emploi, les salaires et les conditions de travail.

Le contrôle ouvrier au niveau de l’usine est insuffisant s’il n’est pas étendu à la production capitaliste toute entière. Les capitalistes font de leur comptabilité un secret qu’ils gardent jalousement des travailleurs, bien qu’ils n’ont pas de secrets les uns pour les autres. C’est par ce moyen qu’ils escroquent et manipulent la classe ouvrière.

Contre la fraude du secret commercial, nous luttons donc pour l’ouverture de tous les livres de compte de la classe capitaliste : de ses entreprises, de ses banques, de son Etat, à l’inspection des travailleurs. Le but de ce contrôle n’est pas d’apporter sa caution lorsque telle ou telle entreprise fait véritablement banqueroute. La ruine de capitalistes individuels n’est pas de notre faute, et ne doit pas être non plus notre préoccupation. Au contraire, l’abolition du secret commercial est destinée à dévoiler la faillite du système capitaliste tout entier, sa malhonnêteté, sa mauvaise gestion de l’économie, son parasitisme, sa tendance à gaspiller les richesses créées par les travailleurs et ses méthodes scandaleusement inéquitables de répartition de ces richesses.

Depuis 1945, il y a eu une intensification de l’application de la science et de la technologie à la production, ce qui exige des formes encore plus riches et profondes de contrôle ouvrier. Parce que la science et la technologie sont organisés par le capital, l’objectif de l’introduction d’une nouvelle technique, et ses conséquences, sont cachés aux travailleurs. Ils ne deviennent évidents qu’à travers les licenciements, les dangers au travail, l’augmentation des cadences ou les effets désastreux sur l’environnement.

Le contrôle ouvrier sur la planification technique et scientifique de l’Etat peut devenir une question de survie immédiate, tant pour les travailleurs dans l’entreprise concernée que pour la communauté avoisinante, comme cela a été démontré à Bhopal, à Tchernobyl et ailleurs.

Mais le contrôle ouvrier sur l’appareil technique et scientifique nécessite que la classe ouvrière surmonte les divisions entre travail manuel et travail intellectuel. Dans ce cas, les travailleurs techniques et scientifiques adhéreront aux comités du contrôle ouvrier et agiront en commun avec les travailleurs manuels. La réglementation croissante de l’économie par l’Etat à l’époque impérialiste a conduit divers réformistes et centristes à mettre en avant des “plans alternatifs” de production sous le capitalisme. Sous l’égide de différents gouvernements réformistes et nationalistes, on a même fait appel aux travailleurs pour “gérer” certaines entreprises. La planification alternative sous le capitalisme est une utopie.

Bien entendu, au cours des crises économiques et sociales profondes, nous avançons un plan d’action pour un gouvernement ouvrier révolutionnaire, comme solution à la crise. Mais même le plan le plus élémentaire, s’il veut faire face au chaos et au sabotage capitalistes, doit être enraciné dans le contrôle ouvrier à l’échelle nationale. Séparer un tel plan de la lutte révolutionnaire pour le contrôle ouvrier, prôner la gestion ouvrière sur le terrain de la société capitaliste, ce serait jouer le rôle de simples conseillers du système capitaliste en faillite.

Le contrôle ouvrier ne peut pas être un raccourci pour déboucher furtivement sur l’économie socialiste planifiée. Au contraire, le contrôle ouvrier doit alimenter la lutte révolutionnaire pour le pouvoir dans la société tout entière et ainsi servir de condition préalable à la gestion ouvrière après la victoire de la révolution.

Les syndicats réformistes ne sont, au mieux, que partiellement adaptés à l’exercice du contrôle ouvrier sur la production. Les divisions entre les différents métiers dans une même usine, souvent reflétées et renforcées par des divisions syndicales sur la base des métiers, limitent la capacité des syndicats à exercer le contrôle sur la production.

Mise à part la création de commissions de contrôle spéciales et temporaires avec des buts biens précis, la meilleure forme organisationnelle correspondant à la lutte pour le contrôle ouvrier est le comité d’usine. Le comité d’usine unit tous les travailleurs d’une même usine, indépendamment de leur métier, de leur atelier, ou de leur adhésion syndicale, et les dirige dans une lutte quotidienne pour le contrôle et pour la contestation du pouvoir patronal.

De plus, le comité d’usine pourra jouer un rôle dans la lutte pour transformer les syndicats de métier réformistes actuels en syndicats d’industrie lutte de classe. Le comité d’usine doit être fondé sur la démocratie directe, formé de délégués élus et révocables par des assemblées générales et des assemblées d’atelier et en contact quotidien avec les travailleurs.

Organe “non officiel”, le comité d’usine attirera à la fois la haine des patrons et des bureaucrates réformistes, qui tenteront de le saboter. L’origine de cette hostilité est la potentialité de cet organe à devenir l’organisation de combat du prolétariat. Le comité d’usine, comme l’occupation d’usine, représente un défi lancé au droit de gestion du capitaliste, au caractère sacro-saint de la propriété privée et au pouvoir des “responsables” syndicaux sur les travailleurs.

L’apparition du comité d’usine ouvre une situation de double pouvoir dans l’usine et pose la question de savoir qui dirige dans l’usine : le patron ou les travailleurs ? Le comité d’usine est donc caractéristique des périodes de lutte de classe intense, et la dualité de pouvoir dans l’usine, comme dans la société, ne peut pas durer longtemps. Le comité d’usine est obligé d’aller de l’avant, avec de plus en plus d’audace, dans la lutte pour le contrôle ouvrier. S’il ne le fait pas, il court le risque d’être détruit ou intégré.

Après la première guerre mondiale en Allemagne et en Autriche, des comités d’usine sont apparus en tant qu’organes de lutte. Cependant, la défaite de la révolution dans ces pays eut comme conséquence la transformation de ces comités en organes de collaboration avec les patrons. Aujourd’hui, ils sont utilisés par la bureaucratie syndicale et par la bourgeoisie comme piliers de la paix sociale.

Cette expérience montre les dangers d’incorporation qui existent si les comités d’usine ne prônent pas une orientation révolutionnaire. Là où les comités d’usine n’existent pas, il faut les construire, dès le début, en tant qu’organes de contrôle ouvrier. Là où ils existent en tant qu’organes de contrôle bureaucratique, il faut les transformer totalement pour qu’il puissent devenir des organes du contrôle ouvrier.


Défense de l’environnement par le contrôle ouvrier !

Chaque mode de production a créé des perturbations dans l’environnement, mais l’époque impérialiste a rendu possible des dégâts sur une échelle qualitativement plus grande. Le mode de production capitaliste a créé des problèmes d’environnement qui vont des dégâts physiques (pour les organismes, les écosystèmes, la couche d’ozone etc.) aux effets physiques et psychologiques conséquents sur les êtres humains (maladie, famine, stress mental).

La combinaison des avancées scientifiques et technologiques a créé la possibilité de l’abondance pour l’humanité toute entière. Mais le caractère privé des moyens de production dans un monde dominé par les puissances impérialistes constitue une quadruple menace pour le genre humain. La guerre nucléaire menace l’humanité de destruction ; la capacité de la nature à se régénérer est menacée par la destruction insouciante d’éléments essentiels de l’écosystème ; la population du monde entier est menacée par l’utilisation insuffisamment contrôlée de produits et de procédés dangereux. Sous l’impérialisme les conséquences sociales de la division du travail internationale affament des millions d’être humains et transforment l’urbanisation en un péril pour l’environnement.

Dans les Etats ouvriers dégénérés, la politique de la caste bureaucratique a eu des effets similaires. Cette caste a utilisé des méthodes de production qui privilégient le rendement à court terme. Leur impact à long terme sur l’environnement est ignoré. Comme la bourgeoisie, la bureaucratie a développé la science mais méprise les conditions de vie des masses et, donc, les effets de l’application de cette science à la production. Dans ce domaine aussi, le progrès réel nécessite le renversement des dirigeants.

Même si ce sont le prolétariat et la paysannerie qui ont le plus souffert des capacités destructrices du capitalisme, la menace actuelle sur l’environnement a d’abord été reconnue à grande échelle par des secteurs de la petite-bourgeoisie et de l’intelligentsia des pays impérialistes. Par exemple, depuis la deuxième moitié des années 70, des campagnes autour d’une seule question se sont multipliées, et sont devenues de larges mouvements écologistes, d’abord en RFA et en Autriche, puis en France et en Italie.

Ces mouvements furent composés d’abord de la petite-bourgeoisie. Pour la première fois, leurs quartiers, leurs enfants, leur santé étaient mis en danger et, compte tenu de leurs avantages sociaux et culturels, ceux-ci ont pu faire de l’environnement une question politique. Quelques-uns sont allés jusqu’à mettre en lumière les effets sur les pays semi-coloniaux. La politique de cette couche petite-bourgeoisie fut limitée, mais progressiste, parce qu’elle posait de façon systématique la question de la destruction de l’environnement. Ces militants écologistes ont organisé des mobilisations de masse, et ainsi la question de l’écologie, pour la première fois, a eu un impact sur la conscience populaire. De plus, ils ont pu impliquer bon nombre de travailleurs qualifiés et bien payés.

Les réponses généralement utopiques, voire réactionnaires, avancées par ces mouvements ne changent en rien le rôle progressiste qu’ils ont joué, étant donné que les organisations ouvrières, dominées par les réformistes, adoptaient une attitude complaisante et se mettaient du côté de leur bourgeoisie sur cette question. En même temps, les solutions proposées par les écologistes, reflétant les positions sociales de la petite-bourgeoisie et de l’intelligentsia, ne remettaient pas en question le caractère privé des moyens de production ou le rôle de l’Etat bourgeois. Leurs stratégies et leurs tactiques, souvent inefficaces, constituaient aussi une diversion à la tâche indispensable de mobiliser le pouvoir social et économique de la classe ouvrière.

Cependant, là où de tels mouvements mobilisent sur des objectifs qui défendent ou appuient les intérêts de la classe ouvrière, des actions communes entre ces mouvements petit-bourgeois et les travailleurs et leurs organisations sont possibles. Notre but est de gagner les éléments les plus avancés à une orientation prolétarienne, et, ainsi, de scissionner le mouvement petit-bourgeois.

La classe ouvrière a un intérêt fondamental à combattre la menace que fait peser sur l’environnement l’impérialisme. Pendant toute son histoire, elle a lutté pour mettre fin aux méthodes de production dangereuses, pour imposer des règles de sécurité à la classe capitaliste dans son ensemble. En faisant voter des lois par la classe dirigeante, les travailleurs ont obtenu des acquis dans ces domaines, aidant ainsi à la création d’un environnement plus habitable.

Cette lutte continue et doit s’intensifier ; cependant, elle ne peut réussir de manière irréversible sans le renversement du capitalisme. Les méthodes de lutte les plus efficaces -- même pour assurer des améliorations immédiates -- sont celles de la lutte de classe, à l’échelle régionale, nationale et internationale. Malgré toute la complaisance que l’on peut souvent rencontrer parmi les dirigeants actuels des syndicats, il est vital que le combat pour imposer les réponses ouvrières à la question de l’environnement soit mené au sein des organisations de masse de la classe ouvrière.

Ceci fait partie intégrante de la lutte pour prendre le pouvoir d’entre les mains des réformistes dans les syndicats. Afin d’assurer que les travailleurs aient accès à des avis experts et indépendants sur les questions d’environnement et de sécurité, nous exigeons la création de commissions consultatives syndicales.

Pour mettre fin aux procédés de production dangereux, nous luttons pour que les comités d’usine et les syndicats imposent un veto et surveillent l’introduction, au dépens du profit, de technologies et de conditions plus sûres. Là où le danger dépasse le cadre de l’usine, nous sommes pour l’organisation d’une action directe des travailleurs dans l’usine et de la communauté avoisinante, dans le but de forcer le gouvernement à imposer des méthodes et des équipements plus sûrs. Là où les patrons ou leur Etat nient le danger ou utilisent la nécessité économique pour défendre des usines dangereuses, nous exigeons que tous les livres de compte et documents des capitalistes soient soumis à l’inspection des travailleurs. Nous ne revendiquons pas la fermeture immédiate des centrales nucléaires, mais cela ne veut pas dire que nous ignorons les dangers créés par ces centrales. A la revendication de fermeture immédiate, nous opposons l’inspection du problème par les travailleurs ou les représentants qu’ils auraient désignés. Le parti révolutionnaire ne préjuge pas du résultat d’une telle enquête scientifique. Là où l’enquête ouvrière ou la commission du mouvement ouvrier exige la fermeture, où face à un danger aiguë ou immédiat, nous comptons sur la mobilisation de la classe ouvrière pour exiger et parvenir à la fermeture. Dans des telles circonstances, nous exigeons que l’Etat maintienne le niveau de vie des travailleurs de l’entreprise.

Nous combattons pour le contrôle ouvrier sur la recherche et la planification au sein des institutions scientifiques et techniques de l’Etat et du secteur privé. Cela permettrait de dévoiler la vraie nature des propositions de recherche et de développement, et d’avancer des contre-propositions pour maintenir notre santé et la sécurité de tous. Il pourrait impliquer, aussi, le développement d’autres projets de recherche, comme partie intégrante d’un programme de travaux publics.

Pour la classe ouvrière, la question de l’environnement ne se limite pas à un travail de prévention, car d’énormes dégâts ont déjà été faits, qui nécessitent un travail de réparation. Nous exigeons que la restauration de l’environnement ait une place prioritaire dans tout programme de travaux publics.

Pourvoir aux besoins des millions d’êtres humains qui habitent dans les bidonvilles, en créant un système sanitaire acceptable, et donc de l’eau potable, est une nécessité brûlante. Dans les larges régions d’Afrique qui sont en train de devenir désertiques, il faut établir tout de suite des programmes de réhabilitation à l’échelle régionale. Dans les régions de mousson il faut construire des digues contre les inondations causées par les fleuves ou la mer. C’est au capitalisme de financer toutes ces réparations indispensables.

Beaucoup de dangers ne peuvent être contrés par le biais de modifications introduites dans l’usine ou par la fermeture. La pollution atmosphérique et marine, la destruction d’écosystèmes entiers par le déboisement ou la monoculture, ou l’épuisement total des ressources naturelles sont souvent des phénomènes internationaux, même si leurs effets sont plus facilement perceptibles dans certains pays que dans d’autres. Au niveau national comme au niveau international, nous soutenons l’introduction de mesures légales pour sauver l’environnement, mais nous combattons en nous servant des méthodes prolétariennes de lutte de classe et nous n’accordons aucune confiance aux agences internationales des impérialistes pour imposer de telles normes.

Ces revendications ne pourront être imposées de façon définitive que si classe ouvrière arrache des mains des capitalistes le pouvoir politique et économique et établit la planification internationale, démocratiquement organisée, la seule voie qui offrirait la possibilité d’avancer vers la suppression du conflit entre la ville et la campagne, et l’harmonisation de la production humaine avec la nature.


Expropriation et nationalisation

Le programme socialiste vise l’expropriation complète de la classe capitaliste, la destruction de son Etat et l’instauration du pouvoir ouvrier. A l’époque impérialiste, une série de nationalisations de type “capitalisme d’Etat” ont été menées à bien. Dans les pays impérialistes, celles-ci ont été effectuées avec l’accord de toute la classe politique, par des gouvernements conservateurs ou réformistes. Dans les pays semi-coloniaux, ce sont des gouvernements nationalistes qui l’ont fait.

Dans les pays impérialistes, les nationalisations ont favorisé en général la classe capitaliste toute entière. Ces nationalisations garantissent le maintien d’industries essentielles qui, autrement, ne pourraient survivre à cause de leur caractère peu rentable. Elles permettent également de sortir d’affaire des capitalistes faillis qui sont récompensés de leur incompétence par d’énormes indemnités.

Dans les semi-colonies, des classes bourgeoises affaiblies et embryonnaires ont utilisé la nationalisation pour constituer les ressources nécessaires à l’accumulation du capital, anciennement dans les mains de l’impérialisme. Ce type de nationalisation s’est avéré indispensable à la croissance de la bourgeoisie nationale.

Cependant, bien que certaines nationalisations puissent porter des coups à l’impérialisme (la nationalisation du Canal de Suez par Nasser en Egypte, la nationalisation des mines de cuivre par Allende au Chili) et puissent représenter des concessions aux revendications des masses, elles n’aboutissent pas à l’expropriation du capitalisme, mais à la domination de la classe capitaliste toute entière à travers l’Etat capitaliste.

La nationalisation sert aux réformistes et aux nationalistes à tromper les travailleurs en leur faisant croire que l’économie leur appartient. En fait, loin de détruire le système capitaliste, la nationalisation n’est qu’une méthode pour le gérer. Dans le même temps, les travailleurs des entreprises capitalistes d’Etat n’ont aucun contrôle sur la production.

Lorsqu’on fait appel aux travailleurs pour “cogérer”, c’est généralement afin de sauver la peau de l’entreprise en question ou du régime bourgeois qui a mené à bien la nationalisation mais qui se trouve, au moins temporairement, en conflit avec l’impérialisme (le Mexique dans les années 30, la Bolivie dans les années 50). Il en va de même en ce qui concerne le “rachat” d’industries ou d’usines en difficulté par les travailleurs et les patrons.

Les travailleurs s’exploitent eux-mêmes souvent sous la forme d’une coopérative : afin de garantir l’emploi, ils sont obligés de limiter ou de réduire impitoyablement leurs propres salaires. Lorsque ces entreprises seront à nouveau rentables, l’Etat capitaliste les rendra, sans le moindre scrupule, aux capitalistes privés à des prix très avantageux (l’Egypte sous Sadat, la Grande-Bretagne sous Thatcher). Les réformistes et les nationalistes ne montreront aucune opposition sérieuse.

Malgré notre critique des nationalisations bourgeoises, nous reconnaissons le caractère régressif des privatisations, qui sont effectuées aux dépens de la classe ouvrière. Par la perte des emplois, les réductions salariales, l’affaiblissement du syndicalisme et de la représentation ouvrière au sein de l’entreprise, et les attaques contre les acquis sociaux, les travailleurs paient directement le prix des privatisations.

Et à tout cela il faut ajouter le fait que, par les impôts, les travailleurs avaient déjà subventionné les nationalisations par l’Etat ! A la différence des anciens propriétaires, la classe ouvrière, elle, ne touche aucune indemnité de la part des nouveaux propriétaires quand les entreprises nationalisées sont vendues ! De façon plus générale, les tâches de la transition vers le socialisme sont rendues plus difficiles par l’existence des sociétés privatisées.

Même si nous ne pensons pas que les industries nationalisées sont “socialistes”, nous reconnaissons que la centralisation de l’industrie, entre les mains de l’Etat, sera un grand avantage pour l’Etat ouvrier durant la période de transition. Nous exigeons des réformistes et des nationalistes qui se disent opposés à l’impérialisme qu’ils ré-exproprient toutes les industries privatisées, sans indemnité ni rachat et sous contrôle ouvrier.

Contre les boniments des réformistes et des nationalistes, nous avançons le mot d’ordre d’expropriation. Pour détruire la domination économique de la classe capitaliste, la classe ouvrière a besoin du pouvoir politique. Néanmoins, là où les patrons veulent fermer une usine ou une industrie, nous combattons pour l’expropriation sous contrôle ouvrier et sans indemnité ni rachat.

Une telle nationalisation oblige le patronat tout entier à payer, à travers son Etat, la crise de son système. De même, nous sommes pour l’expropriation de secteurs entiers de l’industrie et de secteurs-clés (tels que les transports, l’énergie, les eaux etc.) afin de combattre l’anarchie de la production capitaliste. Chaque acquis de la classe ouvrière dans ce domaine souligne le besoin d’avancer davantage, d’exproprier de nouveaux secteurs de l’économie, afin d’empêcher le sabotage de l’industrie expropriée.

Pour briser le monopole des grands capitalistes sur l’information et la propagande, exercé par la presse soi-disant “libre”, nous avançons le mot d’ordre de nationalisation des journaux, des chaînes de télévision et des autres médias, sous contrôle ouvrier et sans indemnité ni rachat aux Citizen Kane modernes. Loin d’empêcher le développement d’une presse libre, une telle politique mettrait fin à la capacité des capitalistes de diffuser des mensonges, d’attaquer des travailleurs en lutte ou de faire de la propagande répugnante qui renforce le sexisme, le racisme et les préjugés anti-homosexuels. En même temps, nous défendons le droit des organisations et des partis politiques ouvriers d’organiser leur propre presse, indépendante du contrôle étatique.

Même si le but stratégique de la classe ouvrière est l’expropriation de tout le capital, elle doit se rendre compte de l’importance tactique de neutraliser politiquement certains petits capitalistes et des propriétaires petits-bourgeois. Ces couches, souvent très nombreuses dans les semi-colonies, devraient être déliées de leurs énormes obligations envers le capital financier.

L’expropriation du capital -- qu’il soit petit ou grand -- est décidée selon le rythme de la lutte des classes au niveau national et international, et par le degré d’expropriation nécessaire à un moment donné pour briser la résistance capitaliste et assurer le développement de l’économie. Là où c’est possible, donc, des indemnités pourraient être payées aux petits capitalistes ou à des actionnaires petit-bourgeois, si cela peut aider à neutraliser ces couches.

L’expropriation d’une branche d’industrie met les travailleurs en conflit avec ceux qui contrôlent le système financier et monétaire : les banques et la finance. Contre le sabotage de ces parasites, dont le régime économique ruine les travailleurs mais aussi des secteurs de la petite-bourgeoisie et de la paysannerie, nous avançons le mot d’ordre de l’expropriation des banques et du système de crédit.

C’est seulement de cette façon qu’il sera possible d’offrir aux paysans des conditions de crédit privilégiées. C’est seulement de cette façon qu’il sera possible de mettre les livres de compte de la société sous le contrôle étroit des travailleurs. C’est seulement de cette façon qu’il sera possible de refuser de payer les dettes accumulées dans de nombreux pays opprimés, sans courir le risque d’un sabotage économique interne.

Et c’est seulement de cette façon qu’il sera possible pour les masses de prendre des mesures pour mettre fin au fléau de l’hyperinflation. Le contrôle ouvrier sur les banques et le système de crédit protégera les petits épargnants, les travailleurs propriétaires de leur maison, les petits agriculteurs et les paysans face aux financiers rapaces.

L’expropriation de branches d’industrie, des banques et du système de crédit est une phase de transition dans la liquidation complète du système économique de la classe capitaliste. Seules ces mesures pourront garantir une véritable planification, c’est à dire garantir que la production soit tournée vers la satisfaction des besoins humains et non vers le profit. On pourrait ainsi progressivement mettre fin aux disproportions entre les différentes branches de l’industrie, caractéristique de la propriété privée des moyens de production. De même, cela mettrait fin à l’anarchie de la production qui fait qu’une surproduction constante coexiste avec des besoins non-satisfaits, parce que les marchandises qui ne peuvent réaliser un profit ne sont pas vendues. Pourtant, l’expropriation de la classe capitaliste ne jettera les bases de la planification socialiste que si le pouvoir d’Etat lui-même passe entièrement des mains des capitalistes et des bureaucrates staliniens, aux mains des travailleurs.


De la défense des piquets de grève à la milice ouvrière

Tous les conflits décisifs dans l’Histoire ont été réglés par les armes. Les réformistes, chantres de la voie pacifique au socialisme, sont au mieux des sots naïfs, ignorants de la réalité historique, au pire des lèche-bottes cyniques de la bourgeoisie. Aucune classe dirigeante n’a jamais quitté la scène de l’Histoire sans combat.

Le prolétariat est dans l’Histoire la seule classe dont l’intérêt est l’abolition de toutes les classes. Il doit se donner comme but stratégique la prise du pouvoir et l’établissement de sa dictature sur les exploiteurs, en passant par l’insurrection armée. La préparation de la classe ouvrière à cette insurrection passe par une série de revendications et d’actions, toutes centrées sur la défense des travailleurs dans la lutte et la déstabilisation et la destruction des forces armées de l’Etat capitaliste.

Dès le début de la société capitaliste, la classe ouvrière, quand elle a tenté de lutter pour ses droits, a dû faire face à la violence et à la répression. Face à de telles attaques, elle s’est dotée de son propre moyen de défense : le piquet de grève. Pour cette raison, l’Etat bourgeois tente de limiter le piquet de grève à une protestation inefficace. A leur tour, les militants ouvriers, voulant gagner leur lutte, ont cherché à transformer le piquet en force de masse, capable de chasser les jaunes, les nervis patronaux et la police. Cependant, indépendamment de sa taille, le piquet de grève ne suffit pas pour garantir une efficacité totale ni une défense adéquate des travailleurs en lutte. La classe ouvrière doit, dans chaque lutte, organiser sa propre défense et ainsi préparer le terrain de la milice ouvrière.

Le premier pas concerne la défense du piquet de grève, de l’occupation de l’usine ou de la terre. Chaque fois que les travailleurs ou les paysans pauvres cherchent à imposer leur volonté, ils doivent faire face à la répression. Les agents de cette répression changent selon l’endroit et selon les circonstances. Mais que les briseurs de grève ou leurs protecteurs soient des policiers (Europe occidentale), des soldats (dans de nombreuses semi-colonies) ou des nervis armés et des “gardes nationaux” (Etats-Unis), leur fonction est la même : l’écrasement physique des piquets de grève des travailleurs. Dans une situation de crise extrême, afin de briser la combativité de la classe ouvrière, la bourgeoisie aura recours aux bandes fascistes sur le modèle des chemises noires de Mussolini, des SA de Hitler ou des “escadrons de la mort” liés aux forces armées.

Les briseurs de grève entrent dans la bataille avec confiance parce qu’ils ressentent le poids entier de l’Etat capitaliste derrière eux. Mais leurs succès sont fonction du manque d’organisation au sein de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre.

Des unités spéciales de travailleurs, soutenues par les masses mais entraînées pour le combat armé, pourront détruire cette confiance et mettre les jaunes en fuite. De cette manière, le piquet de grève peut être transformé d’un simple geste symbolique ou d’une manifestation désorganisée en un détachement discipliné et efficace de l’armée ouvrière.

C’est également de cette manière que pourront se créer les cellules fondamentales d’une milice ouvrière, la force qui sera le fer de lance de l’insurrection. Pendant toutes les phases de la lutte, nous soutenons la mobilisation et la formation des travailleuses pour qu’elle puissent jouer un rôle fondamental dans les organisations militaires de la classe ouvrière.

Il va de soi que la construction d’une telle organisation devra se faire en tenant compte de la conscience des masses elles-mêmes et du niveau d’organisation existant. Lors d’une grève ou d’une occupation d’usine, il faut des détachements ouvriers d’autodéfense.

Même durant les périodes de “paix” de la lutte de classe, en utilisant divers moyens et organisation, nous pouvons et nous devons entraîner les jeunes travailleurs combatifs pour les batailles de demain. Cette tâche ne peut être reportée. Etre pris à l’improviste signifie la défaite, et la défaite signifie la prolongation de la société de classe.


Pour la destruction des forces armées de l’Etat

Seule, la milice ouvrière ne pourra détruire le pouvoir de l’Etat capitaliste. Les forces armées de la bourgeoisie devront être brisées de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur. Comme le démontre chaque situation révolutionnaire, dans une épreuve de force contre la classe ouvrière, des secteurs des forces armées (la police, les armées de terre, de l’air, la marine) hésitent et rompent avec leurs maîtres capitalistes.

La nature des forces armées et des organisations de police diffère d’un pays à l’autre. En général, la police est l’appareil répressif quotidien de l’Etat capitaliste. Pendant les situations d’urgence, de loi martiale ou sous un régime militaire, l’armée peut aussi jouer ce rôle répressif direct. Partout, ainsi, nous sommes opposés à l’idée utopique selon laquelle ces détachements de gens armés peuvent être démocratisés ou transformés en une force neutre, voire en un allié pour la classe ouvrière. Ils doivent être détruits et remplacés par une milice populaire de masse, basée sur les travailleurs et les paysans pauvres.

Néanmoins, la variation dans la composition et l’organisation des forces armées (armées de métier ou composées de conscrits, de recrues venues de la classe ouvrière ou de la paysannerie pauvre), fait en sorte qu’il faut appliquer des tactiques différentes pour briser ces forces. Toutes nos tactiques ont pour but la déstabilisation et la destruction du commandement et de la discipline.

A cette fin, nous menons la lutte des classes au sein des organismes militaires. Le corps des officiers constitue l’avant-garde anti-ouvrière irréductible de la classe dirigeante. Les travailleurs doivent combattre pour l’organisation des soldats du rang et des sous-officiers contre l’autorité, les privilèges et la corruption de la caste des officiers. Pour mener à bien ce travail, nous nous efforçons de construire au sein des forces armées des cellules communistes produisant des bulletins pour la base.

A côte du travail qui vise à miner la discipline, les communistes doivent soutenir les griefs légitimes des militaires de base. C’est seulement ainsi qu’on peut espérer affaiblir le rôle répressif des forces armées et gagner la base à la solidarité active avec la classe ouvrière, sous la forme, par exemple, du refus d’attaquer les manifestations ou les piquets de grève, ou de participer à la torture. Ainsi, nous soutenons le droit des militaires et des policiers de base d’appartenir à un syndicat ou à une organisation politique, de diffuser une presse politique, et de faire grève.

Il n’est pas de notre devoir d’avancer des revendications pour de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail pour les forces armées de l’Etat capitaliste. Néanmoins, nous soutenons les luttes de la base, quand celles-ci conduisent cette dernière à s’affronter, de façon progressiste, avec l’Etat capitaliste. A cette fin, nous luttons pour l’abolition des casernes et pour l’élection des officiers.

Nous combattons pour la création de tribunaux, composés de militaires de base, pour que les officiers accusés de brutalité, de corruption, de conspiration ou de participation aux coups d’Etat réactionnaires, puissent être jugés. Pendant une situation pré-révolutionnaire, nous agissons pour que les militaires de base créent des conseils et envoient des délégués aux conseils des ouvriers et des paysans pauvres, au niveau local, régional et national.

Cependant, tant que la police, les matons et l’armée restent sous la direction de l’Etat bourgeois, il n’est pas question d’admettre leurs unions syndicales ou organisations dans les rangs du mouvement ouvrier, y compris dans ses fédérations syndicales nationales ou locales. Le point de départ de notre combat pour la destruction du pouvoir armé de la bourgeoisie est le mot d’ordre “pas un soldat, pas un sous pour ce système”. Nous condamnons tout représentant des travailleurs qui vote pour un budget militaire ou des crédits de guerre, sous le prétexte de “la défense de la nation”. De cette position découle notre opposition à la conscription bourgeoise des jeunes travailleurs au sein de l’armée.

Mais nous ne sommes nullement des pacifistes : il faut que tous aient le droit et l’opportunité d’apprendre les techniques militaires et de porter les armes. Nous soutenons aussi le droit des femmes à la formation militaire dans les armées bourgeoises. A bas le monopole capitaliste des moyens de coercition ! La formation militaire doit être organisée sur les lieux de travail et dans les quartiers ouvriers, sous le contrôle des syndicats et en liaison avec des comités de soldats. Nous soutenons le droit des individus de refuser la conscription, mais prôner une telle politique serait un acte de pacifisme petit-bourgeois. Les communistes révolutionnaires entrent dans les forces armées, là où se trouvent les travailleurs, et de là, ils oeuvrent pour la révolution.

Là où il existe un mouvement de masse contre une guerre impérialiste réactionnaire avec une direction pacifiste ou réformiste, nous lui apportons un soutien critique autant qu’il gêne ou sabote l’effort de guerre, mais nous insistons sur le fait que le seul refus de s’engager dans les forces armées ne suffit pas à retirer à la bourgeoisie sa puissance armée.


Contre le militarisme bourgeois et la guerre impérialiste !

Le prolétariat est une classe internationale qui n’a aucun intérêt à défendre l’Etat-nation bourgeois. Dans les pays impérialistes, les travailleurs doivent donc adopter une politique défaitiste sans faille. La position léniniste, développée pendant la guerre de 1914-18, reste plus actuelle que jamais.

Le défaitisme révolutionnaire est fondé sur le principe que l’ennemi principal de la classe ouvrière est la bourgeoisie de son propre pays. La défaite de “sa” bourgeoisie impérialiste, comme résultat de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour le pouvoir, est un moindre mal par rapport à une victoire de la classe dirigeante acquise sur la base d’une collaboration de classe et du sacrifice de l’indépendance du prolétariat pendant la guerre. Au nom de la “paix sociale”, les sociaux-chauvins déclarent que les travailleurs doivent se mettre au service de la “nation” et accepter l’augmentation des cadences et les limitations au droit de grève.

Nous devons lutter pour que les travailleurs et leurs organisations ne participent pas à l’effort de guerre et transforment la guerre impérialiste en guerre civile. Dans une guerre contre une semi-colonie ou un Etat ouvrier, les travailleurs doivent soutenir et aider matériellement l’ennemi des impérialistes.

Dans une guerre contre un Etat ouvrier, indépendamment du degré de dégénérescence de ce dernier et des armes militaires employées (nucléaires, biologiques, chimiques ou classiques), les travailleurs doivent défendre ce qui demeure des rapports de propriété planifiés dans les Etats ouvriers moribonds de la CEI et de l’ex-Europe de l’Est et les autres Etats ouvriers dégénérés face à l’attaque impérialiste.

En dehors des pays impérialistes, le défaitisme généralisé n’est pas la politique juste pour toute guerre. Les conditions concrètes varieront et l’avant-garde révolutionnaire devra lutter pour le défaitisme ou une politique de défense selon tout d’abord la nature des Etats en guerre. Dans une semi-colonie ou un Etat ouvrier dégénéré, le prolétariat doit adopter une politique de défense face à l’impérialisme.

En ce qui concerne les guerres entre semi-colonies (Inde-Pakistan), entre Etats ouvriers dégénérés (Chine-Viêt-nam) ou entre un Etat ouvrier dégénéré et une semi-colonie (Chine-Inde), les travailleurs devront généralement adopter une position défaitiste dans les deux camps, sauf s’il est manifeste que l’un des camps agit pour le compte de l’impérialisme et que le prolétariat international sortira donc renforcé par la victoire de l’autre camp.

Les méthodes du prolétariat dans sa défense des semi-colonies ou des Etats ouvriers ne sont pas celles de la bourgeoisie ou de la bureaucratie stalinienne. La mobilisation indépendante de la classe ouvrière est nécessaire pour garantir la solidarité internationale et la défaite des impérialistes. Même lorsqu’une puissance impérialiste est alliée militairement à un Etat ouvrier, le prolétariat de ce pays impérialiste doit maintenir sa position défaitiste et poursuivre la lutte des classes.

C’est seulement quand la continuation d’une action donnée de la lutte des classes conduirait à gêner la capacité militaire de l’Etat ouvrier que la classe ouvrière pourrait suspendre son action. En aucune manière cependant, une telle situation ne signifierait la suspension de la politique défaitiste vis à vis de la guerre impérialiste et de la classe capitaliste.

C’est à juste titre que des millions d’êtres humains sont remplis d’effroi par l’existence d’énormes arsenaux nucléaires et d’armes biologiques et chimiques capables de détruire l’humanité plusieurs fois. Devant cette menace, les réformistes sociaux-démocrates et staliniens prêchent à la classe ouvrière le désarmement mondial et le bannissement de la guerre de la planète. La question du désarmement n’est pas abstraite : il s’agit de savoir qui doit être désarmé et comment. La bourgeoisie ne rendra jamais les armes sans combattre : le prolétariat révolutionnaire devra la désarmer par la force. Les campagnes en faveur du désarmement qui tentent d’unir les travailleurs avec des secteurs de la bourgeoisie ne font que créer des illusions en la possibilité de convaincre les patrons de désarmer et de rendre les armes dont ils se servent pour protéger leur monopole des moyens de production.

En fait, les accords signés entre l’impérialisme et les Etats ouvriers dégénérés en vue de réduire certains types d’armements vont de pair avec un nouvel effort de réarmement. Comme pendant l’entre-deux guerres, des conférences internationales pour la paix peuvent être un prélude à la guerre, lorsque chaque camp utilise une propagande complexe pour présenter l’autre comme l’ennemi de la paix.

Cependant, lorsque les pacifistes conduisent des secteurs de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie à entrer en conflit avec le programme militaire de la bourgeoisie, les révolutionnaires participent aux actions d’un tel mouvement. Mais nous affichons clairement notre opposition à la politique utopique des pacifistes et nous avançons notre programme transitoire de revendications relatives à la guerre et au militarisme.

Les industries de guerre sont immensément rentables pour la bourgeoisie. Nous nous efforçons de dévoiler leurs secrets commerciaux, et nous exigeons l’expropriation immédiate de ces industries sous le contrôle ouvrier, ainsi que la confiscation des bénéfices de guerre. Pendant ses préparatifs de guerre, la bourgeoisie augmentera ses investissements dans ce secteur et fera grossir les rangs des forces armées. Au programme d’armements de la bourgeoisie, nous opposons un programme de travaux publics.

Même quand il n’y a pas de conflit global, les impérialistes continuent à mettre en place un système de pactes et de traités afin de défendre leurs intérêts et se doter d’une capacité d’intervention militaire. Nous exigeons l’abolition des pactes et des traités impérialistes, l’abolition de la diplomatie secrète : tous les traités et accords doivent être connus des travailleurs.

Nous exigeons des partis ouvriers bourgeois qu’une fois au gouvernement ils mènent à bien ce programme dans l’intérêt de la classe qu’ils prétendent défendre. Nous exigeons qu’ils se retirent de l’OTAN, de l’ANZUS, de la SEATO etc., qu’ils s’opposent à tout budget militaire et qu’ils refusent d’utiliser les forces armées contre les travailleurs ou les peuples opprimés.

Ils doivent soutenir et instaurer les pleins droits démocratiques pour les soldats, reconnaître leur droit de créer des comités et des syndicats, soutenir l’inspection et le contrôle par les soldats des casernes, abolir la conscription et reconnaître le droit des travailleurs d’organiser des groupes d’autodéfense.

Nous devons nous appuyer sur les aspirations progressistes des travailleurs en vue d’assurer la paix afin de faire adopter ces revendications par le mouvement ouvrier, tout en mettant en garde les travailleurs contre la stratégie de banqueroute du pacifisme. Seule la révolution socialiste internationale peut empêcher l’horrible barbarie d’une guerre nucléaire.


Démocratie bourgeoise et revendications démocratiques

Dans les pays impérialistes, pendant les périodes de prospérité relative, la forme de gouvernement préférée de la classe dirigeante est la démocratie bourgeoise. C’est la forme spécifique qu’a développée la bourgeoisie durant son époque révolutionnaire afin d’obtenir le soutien des masses dans sa lutte contre la féodalité, et afin de se consolider elle-même politiquement contre les classes féodales. Leur parlement n’est qu’une façade démocratique, érigée pour déguiser la véritable dictature de la bourgeoisie.

La bourgeoisie se sert de sa démocratie parlementaire pour jeter des miettes à la classe ouvrière, pour lui accorder le droit de voter de temps en temps et pour intégrer ses dirigeants dans l’administration de l’Etat capitaliste. Les média et la presse de la bourgeoisie constituent une puissante machine de propagande, capable pendant toute une période de tromper les masses et de les lier à l’idéologie pourrie de la société bourgeoise.

Mais derrière cette façade se cache la réalité de l’appareil d’Etat capitaliste : l’exécutif, la magistrature et la bureaucratie (non élue ou s’ils le sont, non responsables), la police et les forces armées. Lorsque les capitalistes croient que leur propriété ou leur pouvoir sont menacés par la classe ouvrière, ils font intervenir tout leur appareil répressif. Les réformistes, experts ès parlotes parlementaires, doivent regarder, impuissants, tandis que la police et l’armée écrasent les piquets de grève et que les juges emprisonnent les syndicalistes.

Même lorsqu’au parlement une majorité réformiste tente de mettre en oeuvre de petites réformes dans l’intérêt des travailleurs, la bureaucratie d’Etat les sabote, les capitalistes utilisent leur contrôle de l’économie pour rappeler les réformistes à l’ordre et, toujours, les forces armées sont en coulisses, prêtes à intervenir si jamais la situation venait à échapper au contrôle de la bourgeoisie. Et dans chaque démocratie parlementaire existent les éléments potentiels de gouvernement bonapartiste sous la forme de la monarchie ou d’un régime présidentiel.

Dans l’Afrique du Sud impérialiste la démocratie parlementaire n’existait que pour la minorité blanche. A la masse de la population, les noirs, étaient niés les droits démocratiques les plus élémentaires. Mais même si les masses noires ont pu par leurs luttes et leurs sacrifices arracher des libertés démocratiques essentielles et mettre fin à l’apartheid, le combat doit continuer jusqu’à la satisfaction complètes des droits démocratiques et des besoins des masses (emplois, terre, etc.), jusqu’à l’écrasement des capitalistes et la transformation de cette étape de contre-révolution démocratique en révolution socialiste. Pour cela, il faut construire un parti révolutionnaire basée sur la classe ouvrière et capable de mener les masses jusqu’à la victoire.

La tâche stratégique de l’avant-garde révolutionnaire consiste à détruire toute forme de gouvernement bourgeois, y compris la forme démocratique. A cette fin, nous nous efforçons de démasquer la comédie parlementaire devant la classe ouvrière et de construire des organisations de démocratie prolétarienne. Cependant, les droits démocratiques accordés à la classe ouvrière sous la démocratie bourgeoise sont tous des acquis, arrachés à la bourgeoisie par la lutte, qu’il faut défendre contre l’offensive capitaliste.

En effet, les crises récurrentes de la période actuelle obligent les capitalistes à s’attaquer aux droits démocratiques gagnés par les travailleurs. A l’époque impérialiste, il existe une tendance permanente à la négation de la démocratie bourgeoise et à son remplacement par des formes de gouvernement bonapartistes et ouvertement dictatoriales.

Cette tendance s’intensifie dans tous les pays impérialistes. Les lois antisyndicales, les restrictions apportées à la liberté d’expression, la capacité de faire des lois en contournant complètement le parlement, le renforcement de l’appareil répressif sont autant d’exemples de formes embryonnaires de bonapartisme. Dans toutes ces situations, les révolutionnaires luttent pour défendre les droits élémentaires arrachés par le mouvement ouvrier sous la démocratie bourgeoise : le droit de grève, le droit à la liberté d’expression, le droit de se réunir librement et de se syndiquer.

De plus, nous défendons la démocratie parlementaire lorsqu’elle est menacée par le bonapartisme et que nous ne sommes pas encore en mesure de la remplacer par la démocratie prolétarienne. Ceci ne constitue pas une fin en soi mais un moyen de préserver le droit légal de la classe ouvrière de s’organiser et de mener à bien sa lutte contre les exploiteurs.

Partout dans le monde, nous nous opposons aux restrictions de type “mini-apartheid” apportées aux droits démocratiques des travailleurs immigrés. Ces limitations sont un moyen de faciliter la surexploitation des travailleurs immigrés et de diviser la classe ouvrière d’un pays donné sur des bases raciales ou nationales.

Nous nous appuyons sur les principes révolutionnaires de l’internationalisme et luttons pour le droit à la libre circulation des travailleurs : contre tout contrôle de l’immigration et de l’émigration imposé par les Etats capitalistes ; pour les pleins droits démocratiques pour tous les travailleurs, y compris le droit de vote dans le pays où ils vivent et travaillent. Dans les pays semi-coloniaux nous sommes opposés aux contrôles sur l’immigration, sauf dans le cas de la colonisation. Nous sommes contre toute loi sur la nationalité qui sert à persécuter et opprimer les travailleurs immigrés.

Dans la lutte pour arracher ou défendre les droits démocratiques, le prolétariat se sert des méthodes de la lutte des classes. Le droit de grève, par exemple, sera gagné ou préservé dans la mesure où la classe ouvrière est prête à se servir de l’arme de la grève.

S’opposer aux restrictions qui pèsent sur nos droits, refuser de s’agenouiller devant les lois capitalistes, utiliser toutes les organisations de combat de la classe ouvrière et toutes les méthodes de lutte sur le terrain politique, y compris pour obtenir le droit de vote : telles sont les méthodes nécessaires pour garantir que la classe ouvrière marque une progression dans la lutte pour des mots d’ordre démocratiques. Comme dans toutes les luttes, le sacrifice des intérêts propres de la classe ouvrière dans l’intérêt de l’unité avec des forces bourgeoises “démocratiques” ou “progressistes” porterait un coup fatal au prolétariat et à sa lutte pour la révolution socialiste.

Dans des situations de crise aiguë, la bourgeoisie peut utiliser un mouvement fasciste pour maintenir son pouvoir face à la classe ouvrière. Le fascisme est un mouvement réactionnaire de masse dont les recrues viennent de la petite-bourgeoisie et du lumpenproletariat, éléments rendus désespérés par la crise du capitalisme.

L’objectif du fascisme est la destruction du mouvement ouvrier indépendant et l’instauration de la dictature du capital financier, libéré de tout élément de démocratie bourgeoise. C’est un dernier recours pour la bourgeoisie parce qu’il implique la suppression de ses propres représentants parlementaires. Néanmoins, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste montrent que la bourgeoisie est prête à suivre cette voie si la situation l’exige.

Dans les pays semi-coloniaux, le fascisme peut se développer à partir de conflits intercommunautaires ou de mouvements cléricaux réactionnaires. La phraséologie de tels mouvements est quelquefois anti-impérialiste, mais il ne faut pas se tromper sur la nature anticommuniste et anti-ouvrière de ces mouvements. Ils sont coulés dans le même moule que “l’anticapitalisme” démagogique des Nazis. La dictature du capitalisme impérialiste se maintiendra et, dans un sens stratégique, peut même se renforcer, à travers le triomphe de mouvements chauvins ou fascistes cléricaux dans les semi-colonies.

Dès l’émergence du fascisme, la classe ouvrière doit mener une lutte sans merci pour l’écraser. Le front unique ouvrier doit être créé pour combattre le fascisme, même là où ce dernier cache ses objectifs plus stratégiques et travaille principalement à répandre les vapeurs délétères de la haine raciale. Il ne faut accorder aucun droit démocratique aux fascistes. Cependant, les travailleurs ne doivent pas faire appel à l’Etat bourgeois afin d’interdire les fascistes.

On ne peut pas faire confiance aux capitalistes dans cette tâche puisque ce sont eux qui sont le pouvoir ultime derrière les bandes brunes. En fait, l’Etat utilisera les mesures d’interdiction pour désarmer et gêner la résistance au fascisme. L’avant-garde révolutionnaire mobilise la classe ouvrière sur les mots d’ordre : pas de liberté d’expression pour les fascistes et chassons les fascistes des organisations ouvrières !

Nous nous efforçons à chacune de leurs mobilisations et d’organiser des détachements ouvriers d’autodéfense pour combattre leurs attaques contre le mouvement ouvrier et les victimes du racisme.

Les luttes pour la défense des droits démocratiques des travailleurs et pour combattre le fascisme ne constituent en aucune façon une série de tâches séparées ou distinctes du programme de transition tout entier. La lutte contre le bonapartisme et le fascisme ne peut aboutir que si l’ensemble des revendications du programme de transition est réalisé.


Tactique électorale

Les parlements et les élections ne peuvent pas assurer le transfert du pouvoir à la classe ouvrière. Il est du devoir des révolutionnaires de démasquer toute expression du crétinisme parlementaire, tout en refusant le crétinisme antiparlementaire des anarchistes. Les révolutionnaires utilisent le parlement en tant que tribune pour s’adresser aux masses, pour présenter les aspects essentiels du programme d’action communiste sous une forme populaire.

La meilleure façon d’utiliser cette tribune est de présenter des candidats du parti révolutionnaire aux élections, sur la base du programme révolutionnaire. S’il est impossible de présenter un tel candidat, il est permis d’avancer un soutien critique à un parti réformiste ou centriste qui a la fidélité d’un secteur important de l’avant-garde prolétarienne ou des masses populaires en général.

En avançant une telle tactique, nous disons en effet aux travailleurs : “Nous sommes prêts à voter pour votre parti, malgré notre manque total de confiance dans ses dirigeants et son programme. Nous faisons ceci pour vous aider à mettre ce parti à l’épreuve de l’action, que ce soit au gouvernement ou dans l’opposition. Nous vous proposons de lutter pour obliger vos dirigeants à prendre des mesures qui satisferont clairement les intérêts des travailleurs, et à rompre avec la bourgeoisie.” Cette tactique exige que les révolutionnaires mettent en avant toutes leurs critiques du réformisme, du centrisme et du parlementarisme et qu’ils exposent toutes les trahisons du parti concerné.

Là où seuls des partis des classes autres que la classe ouvrière, ou des partis réformistes ou des sectes centristes sans aucune influence se présentent aux élections, nous sommes obligés d’appeler les travailleurs avancés à voter blanc. Il ne faut pas confondre cette tactique avec celle du boycott, qui n’est possible que lorsque la lutte révolutionnaire de masse des travailleurs pose de façon immédiate la question du renversement du parlement.


Le gouvernement ouvrier et paysan et la dictature prolétarienne

L’objectif stratégique du combat du prolétariat est la transition au communisme. Pour effectuer cette transition, le prolétariat doit établir sa propre dictature. Ayant conquis le pouvoir d’Etat, le prolétariat ne doit pas l’abandonner immédiatement, comme le croient les anarchistes. La bourgeoisie, elle, continuera à comploter et à opérer une contre-révolution à l’échelle nationale et internationale.

Pour écraser la résistance de la bourgeoisie et protéger la révolution, le prolétariat doit imposer sa volonté à toute la société. Il doit exercer sa dictature de classe à travers ses propres organes de démocratie ouvrière (conseils ouvriers, comités d’usine, milice ouvrière). Il centralise cette démocratie sous la forme d’un gouvernement national, un gouvernement ouvrier révolutionnaire, ou un gouvernement ouvrier et paysan révolutionnaire.

Le seul gouvernement ouvrier, ou ouvrier et paysan, révolutionnaire conséquent est celui qui exerce la dictature du prolétariat.

Cependant, durant la période de transition, il se produit des crises qui posent la question de la prise du pouvoir par le prolétariat alors que ce dernier n’a pas encore été gagné dans sa majorité au parti révolutionnaire. Dans ce cas, la classe ouvrière a tout naturellement cherché à imposer à travers ses organisations qui se trouvent au pouvoir un programme qui défende ses intérêts.

C’est dans de telles situations que les bolcheviks ont utilisé le mot d’ordre du gouvernement ouvrier et paysan, développé plus tard par l’Internationale Communiste. La tactique bolchévique devant le gouvernement provisoire a consisté à exiger des dirigeants petits-bourgeois des travailleurs (les mencheviks) et des paysans (les Social-Révolutionnaires) qu’ils rompent avec la bourgeoisie et prennent le chemin de la lutte pour instaurer un véritable gouvernement ouvrier et paysan. Les révolutionnaires n’exigent pas seulement une rupture formelle avec les partis bourgeois au pouvoir mais aussi que les dirigeants ouvriers prennent les mesures immédiates nécessaires pour résoudre la crise au dépens de la bourgeoisie.

Ces mesures doivent comprendre l’expropriation immédiate des trusts impérialistes et des grands capitalistes sous contrôle ouvrier, la saisie des grandes propriétés terriennes, l’armement immédiat des organisations ouvrières et le désarmement de la contre-révolution bourgeoise. Ce gouvernement doit démanteler tout l’appareil répressif anti-ouvrier et anti-paysan de l’Etat et reconnaître l’autorité de toutes les organisations de la démocratie ouvrière et paysanne.

Durant cette étape vers la création d’un tel gouvernement, la classe ouvrière offre son aide révolutionnaire contre les attaques des impérialistes et de la bourgeoisie, tout en maintenant son indépendance et en n’assumant aucune responsabilité politique pour les actes du gouvernement, tant que la majorité de ce dernier est composée des forces réformistes ou centristes.

Les expériences de 1917 et les expériences postérieures montrent que le refus des mencheviks et des SR de suivre cette voie ne fut pas une aberration. Les dirigeants actuels des travailleurs et des paysans, que ce soit à travers des fronts populaires, ou à travers des gouvernements ouvriers bourgeois, feront tout pour sauver le capitalisme. Les événements qui se sont déroulés en Espagne et en France dans les années 30, en Bolivie dans les années 50 et les années 80, et au Nicaragua dans les années 80 et 90 en fournissent la preuve.

Les centristes d’aujourd’hui ont suivi les staliniens dans leur déformation opportuniste du mot d’ordre de gouvernement ouvrier et paysan. Dans les années 20, les staliniens ont fait revivre l’ancienne formule abandonnée par Lénine de la “dictature démocratique des ouvriers et des paysans”, la transformant en étape bourgeoise nécessaire de la révolution.

Aujourd’hui, le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale (SUQI) transforme de la même manière la formule de Trotsky du “gouvernement ouvrier et paysan”. En Algérie et au Nicaragua, des gouvernements nationalistes petit-bourgeois qui n’avaient fait aucune tentative pour rompre avec la bourgeoisie furent baptisés “gouvernements ouvriers et paysans révolutionnaires”, méritant le soutien politique de cette organisation centriste.

La caractérisation de gouvernements composés de partis ouvriers (social-démocrates et staliniens) comme “gouvernements ouvriers” par diverses tendances “trotskystes” centristes (par exemple, les lambertistes en France et au Portugal dans les années 70 et 80) constitue une autre utilisation trompeuse et opportuniste du mot d’ordre. C’est seulement quand un gouvernement composé de partis ouvriers s’engage sous la pression des masses dans une réelle lutte contre l’ordre bourgeois et les arme, qu’il peut être considéré comme un gouvernement ouvrier révolutionnaire.

Malgré toutes les déformations opportunistes chroniques de ce mot d’ordre, il constitue toujours une arme pour l’éducation et la préparation des masses à l’exercice du pouvoir. Nous nous servons de ce mot d’ordre afin de mettre les dirigeants ouvriers au pied du mur et de montrer leur refus de rompre avec la bourgeoisie. Il nous offre la possibilité de scissionner les partis réformistes et petit-bourgeois nationalistes, et de gagner leur base et leurs meilleurs dirigeants à une véritable lutte contre le capitalisme et l’impérialisme.

Parce que chaque situation de crise est différente, jetant sur la scène de l’Histoire des directions différentes, ce mot d’ordre a forcément un caractère algébrique ; il est donc impossible de fixer d’avance la composition d’un tel gouvernement, avant la lutte réelle.

D’ailleurs, si jamais était constitué un gouvernement ouvrier autre que la dictature directe du prolétariat, il ne représenterait qu’un gouvernement de guerre civile contre la bourgeoisie. Il devrait soit battre en retraite devant l’offensive de la bourgeoisie, soit devrait devenir un pont temporaire vers la dictature du prolétariat. Le gouvernement ouvrier, de type front unique, n’est nullement une étape historique obligée et préalable par laquelle il faut passer pour établir la dictature du prolétariat.

Dans son Programme de Transition, Trotsky parle de la possibilité théorique de ce que, dans une crise révolutionnaire exceptionnelle, les directions classiques puissent aller plus loin qu’elles ne le veulent elles-mêmes, rompant avec la bourgeoisie et réalisant un gouvernement ouvrier. L’Histoire a en effet fourni à plusieurs reprises la preuve de cette possibilité, mais le résultat fut toujours contre-révolutionnaire.

En Europe de l’Est, en Chine, en Indochine et à Cuba, dans des circonstances exceptionnelles les staliniens ont renversé le capitalisme. A chaque fois, l’agent du renversement fut un gouvernement ouvrier bureaucratique, qui n’avait rien à voir avec un gouvernement ouvrier révolutionnaire ouvrant la voie au socialisme. L’expropriation du capitalisme s’est faite de façon contre-révolutionnaire, avec comme condition préalable l’étranglement de tout organe indépendant de la démocratie ouvrière. C’est ainsi que le pouvoir de caste des bureaucrates a pu être établi et assuré.

La tâche du prolétariat dans de telles circonstances n’est pas d’appeller à une pause dans l’expropriation des capitalistes mais de combattre les méthodes bureaucratiques utilisées pour réaliser cette expropriation. En mettant en avant la lutte pour la démocratie prolétarienne, en exigeant des staliniens qu’ils reconnaissent le régime de contrôle ouvrier dans les usines, en exigeant l’armement des masses et la dissolution des forces de répression staliniennes, les masses peuvent s’organiser afin de continuer le processus d’expropriation commencé par les staliniens, tout en empêchant l’issue contre-révolutionnaire à laquelle travaillent ceux-ci : l’établissement d’un Etat ouvrier dégénéré qui bloque la voie au socialisme.


Les conseils ouvriers et le combat pour le pouvoir ouvrier

Le mot d’ordre des conseils ouvriers, ou des soviets, est le couronnement du programme des revendications transitoires. Si le comité d’usine est l’organe de double pouvoir dans l’usine, les conseils ouvriers, coordonnés à l’échelle nationale, sont les organes de double pouvoir dans la société toute entière. De véritables conseils ouvriers à l’échelle locale et nationale apparaissent lorsque la société entre dans une crise révolutionnaire, lorsque les masses se détachent de leurs organisations traditionnelles et se tournent vers les formes de lutte et d’organisation révolutionnaires.

Une crise révolutionnaire existe lorsque la société arrive à une impasse. La bourgeoisie se trouve alors divisée et affaiblie par des crises gouvernementales. Les masses refusent de tolérer l’ancien régime et manifestent à maintes reprises leur volonté de tout sacrifier dans la lutte contre ce régime.

L’histoire du capitalisme fournit une série d’exemples de périodes révolutionnaires, qui comprennent chacune une série prolongée de crises économiques et politiques, résolues seulement lorsqu’une défaite fondamentale a été infligée à l’une des classes combattantes. Ensuite, un nouveau rapport de forces économique et politique, radicalement différent, permettait la stabilisation et le développement du capitalisme. Les périodes de crise révolutionnaire varient géographiquement (un pays, plusieurs pays, un continent, le monde entier), en durée et en profondeur, les plus sévères étant liées à des guerres, des révolutions triomphantes ou des contre-révolutions.

Une période révolutionnaire peut comprendre plusieurs phases ou situations plus courtes. Une situation pré-révolutionnaire existe lorsqu’une profonde crise économique interrompt le cycle normal de la reproduction, amenant ainsi l’inflation (ou la déflation), le chômage et des faillites, démasquant de cette façon devant des millions de gens les limites du système capitaliste et son caractère agonisant. Une situation pré-révolutionnaire peut aussi se produire à la suite d’une défaite militaire, comme ce fut le cas en Russie en 1905.

De telles situations de crise tendent à produire une crise politique, obligeant la bourgeoisie soit à recourir soit à des méthodes de gouvernement plus autoritaires, soit à impliquer des dirigeants du mouvement ouvrier dans le partage des tâches pour faire payer la crise à la classe ouvrière. Les divisions au sein de la bourgeoisie quant à la voie à suivre qui accentuent la crise, poussent le prolétariat à adopter des formes de lutte de plus en plus militantes, généralisées et politiques. C’est ainsi que surgit une situation révolutionnaire.

Dans une situation pré-révolutionnaire, les tâches du parti révolutionnaire sont centrées sur le combat pour les mots d’ordre les plus généralisés de la lutte des classes politique : la grève générale, l’autodéfense ouvrière, la création d’embryons de conseils ouvriers tels les comités d’action, les comités de grève, les comités de front unique. Dans une situation révolutionnaire, la transformation de tous ces organes en formations capables de jouer le rôle de conseils ouvriers revêt une importance cruciale, ainsi que la lutte directe pour le pouvoir.

Si la classe ouvrière ne profite pas de cette situation, la contre-révolution triomphera soit sous la forme d’une dictature fasciste ou bonapartiste exercée contre la classe ouvrière et ses alliés, soit sous la forme plus limitée de la “contre-révolution démocratique”. Cette dernière laisse la constitution bourgeoise plus ou moins en place, mais soumet l’avant-garde révolutionnaire à la terreur militaire, policière et judiciaire.

De telles contre-révoluti