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22 avril 2002
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Le manifeste trotskyste

3. La crise de direction prolétarienne (1989)

Le capitalisme, même dans son agonie impérialiste, ne s’éteindra pas de façon automatique : il faut que la classe ouvrière le détruise consciemment. Pour cela, il faut forger une nouvelle avant-garde autour d’un projet stratégique, d’un programme, et d’un parti ouvrier révolutionnaire.

Aujourd’hui, l’humanité se trouve toujours face au problème fondamental : qui dirige la classe ouvrière ? A la veille de la deuxième guerre mondiale, le capitalisme fut atteint par une dépression économique généralisée qui plongea le monde entier dans une crise révolutionnaire.

“Le programme de transition”, écrit par Trotsky pendant cette période, déclarait que la crise de l’humanité se réduit à celle de la direction ouvrière. Pourtant, aujourd’hui il serait erroné de répéter simplement que toutes les crises contemporaines “se réduisent à la crise de la direction révolutionnaire”.

Le prolétariat mondial n’est pas encore placé devant l’alternative ou prendre le pouvoir ou voir la destruction totale de tous ses acquis. Néanmoins, dans plusieurs pays, voire sur plusieurs continents, la crise de direction prolétarienne prend cette forme aiguë. Même dans les pays où elle ne prend pas une telle forme, le mouvement ouvrier est frappé par une crise chronique qui, à cause des trahisons répétées des dirigeants réformistes, mène à la défaite, à la stagnation voire au déclin.

L’incapacité du capitalisme à répondre aux besoins les plus élémentaires des masses fait qu’il est à la fois possible et nécessaire de transformer les batailles défensives des travailleurs et des paysans pauvres en lutte pour le pouvoir. Mais il n’existe chez aucune des directions actuelles de volonté ou de capacité pour mener un tel combat : elles sont liées aux intérêts de la bourgeoisie ou à ceux de la bureaucratie parasite des Etats ouvriers dégénérés dont une partie est en voie de constituer une bourgeoisie embryonnaire.

Depuis fort longtemps, la bourgeoisie impérialiste consacre des ressources considérables à créer des divisions au sein du prolétariat. Elle a même promu l’existence d’une couche privilégiée, l’aristocratie ouvrière, dont le niveau de vie est sensiblement plus élevé que celui de la masse des travailleurs.

Cette couche de la classe ouvrière constitua le terreau de la “bureaucratie ouvrière”, dont le rôle est de négocier avec le capital, et dont la conscience politique spontanée est la collaboration de classe.

Dans l’Europe de 1914, les partis ouvriers de masse étaient dominés par la politique de collaboration de classe. Ceci était vrai de partis comme le Labour Party de Grande-Bretagne, qui fut un parti réformiste dès sa fondation, et des partis sociaux-démocrates qui ont malgré tout maintenu une adhésion formelle au marxisme.

Leur dégénérescence connut son apogée lors de la trahison de la classe ouvrière en 1914 lorsque les instances dirigeantes de la Deuxième Internationale encouragèrent les masses à soutenir “leur” bourgeoisie dans la guerre. En 1917, quand la grande vague révolutionnaire déferla sur l’Europe, elles se firent les apôtres de la contre-révolution bourgeoise, contre la classe ouvrière.

C’est à ce moment-là que la social-démocratie a pris sa forme classique. Désormais, au niveau de sa stratégie, elle adhéra à l’économie capitaliste sous sa forme interventionniste, et à l’Etat capitaliste sous sa forme de démocratie bourgeoise. Cela eût lieu même là où le capitalisme n’avait pas encore développé d’aristocratie et de bureaucratie ouvrières à part entière.

En Russie, par exemple, les mencheviks s’opposèrent à la révolution ouvrière et prirent les armes contre celle-ci au nom de la nécessité de passer par une étape de démocratie bourgeoise. Pour ces réformistes, il fallait utiliser l’action directe et la force militaire contre ceux qui s’opposaient à leurs objectifs démocratiques bourgeois, mais jamais pour infliger de défaite aux ennemis de la classe ouvrière.


La dégénérescence de l’Internationale Communiste

L’Internationale Communiste fut créée par des militants résolus luttant contre les trahisons de la social-démocratie durant la période révolutionnaire qui a succédé aux événements de 1917. Tout au long de ses quatre premiers congrès, l’Internationale Communiste entama la réélaboration du programme révolutionnaire pour l’époque impérialiste.

Mais, elle dégénéra en centrisme après 1923 sous l’impact de la contre-révolution bureaucratique qui se produisit en URSS. L’objectif historique de la révolution mondiale fut abandonné au profit de l’utopie réactionnaire du “socialisme dans un seul pays”, et les partis communistes centristes menèrent la classe ouvrière à des défaites sanglantes et inutiles en Chine (1927) et en Allemagne (1933).

Tirant les leçons de la défaite de la classe ouvrière allemande en 1933, Trotsky déclara que le KPD (le parti communiste allemand) était devenu irréformable ; puis, dans la même année, que l’Internationale Communiste centriste bureaucratique, n’ayant ni reconnu ni corrigé ses erreurs était elle aussi, irréformable et “morte pour la révolution”. Il insista d’abord sur la construction d’un nouveau parti en Allemagne, puis sur celle d’une nouvelle Internationale, bien que les staliniens n’étaient pas encore définitivement passés dans le camp de la contre-révolution.

En 1934-35, l’Internationale Communiste acheva son évolution en Internationale contre-révolutionnaire. Elle conclut une alliance stratégique avec les bourgeoisies impérialistes dites “démocratiques”, au nom d’une nouvelle stratégie, celle du front populaire. La bureaucratie du Kremlin imposa cette politique de collaboration de classe aux sections de l’Internationale Communiste afin de satisfaire ses intérêts diplomatiques.

En tentant d’établir une utopique “coexistence pacifique” avec l’impérialisme “démocratique” et ses alliés, la bureaucratie stalinienne transforma les partis communistes de ces Etats en partis réformistes prônant la “coexistence pacifique” avec la bourgeoisie, c’est à dire la collaboration de classe. Les staliniens prônèrent aux masses la défense de “leur” impérialisme, suivant ainsi la social-démocratie dans les rangs de la contre-révolution.

Le tournant social-patriote coïncida avec la liquidation de la vieille garde bolchévique et les Procès de Moscou. Après l’invasion de l’URSS par les nazis, les staliniens devinrent des ultra-patriotes dans les pays en guerre contre l’Allemagne ou sous occupation allemande, et purent ainsi gagner une nouvelle base de masse.

Aujourd’hui, ces partis sont hostiles à la révolution prolétarienne, à l’auto-émancipation de la classe ouvrière et à la dictature du prolétariat fondée sur les conseils ouvriers. Bien qu’ils aient usurpé le drapeau du communisme, ces partis demeurent hostiles à l’objectif d’une société communiste, c’est à dire une société sans classes ni Etat.

Le stalinisme n’est pas le contraire de la social-démocratie mais son frère-jumeau : ils prônent tous deux le social patriotisme et le réformisme. Mais la loyauté des partis staliniens vis-à-vis de leur propre bourgeoisie n’a pas été aussi sûre et complète que celle des sociaux-démocrates, à cause du soutien réciproque qui a existé entre les partis staliniens et la bureaucratie des Etats ouvriers dégénérés.

Malgré de fortes tendances à la “social-démocratisation” exprimées par certains partis staliniens, ceux-ci ne peuvent évoluer sans rupture en partis sociaux-démocrates. Même là où les partis staliniens ont plus ou moins éclipsé leurs rivaux sociaux-démocrates, pour devenir les partis majoritaires de la classe ouvrière, avec une pratique identique à celle de la social-démocratie, ceux-ci sont perçus par la classe ouvrière et la bourgeoisie comme différents des partis sociaux-démocrates, à cause de leurs origines, de leurs structures et de leurs traditions particulières.

Pourtant, la différence entre le stalinisme et la social-démocratie est une différence entre deux types de partis réformistes. Mais il ne faudrait pas croire que l’un ou l’autre seraient devenus, sans crises internes, des partis bourgeois tout court, simplement à cause de l’abandon de gages programmatiques comme “la rupture avec le capitalisme” ou “la dictature du prolétariat”.

Pour qu’une telle transformation ait lieu, il faudrait une rupture de leurs liens organiques avec la classe ouvrière. Même le fascisme n’a pu totalement éteindre le réformisme stalinien ou social-démocrate : le réformisme ne disparaîtra que lorsque les révolutionnaires seront devenus politiquement hégémoniques au sein de la classe ouvrière.

Les partis staliniens et les partis sociaux-démocrates sont tous deux des serviteurs fidèles de l’ordre mondial bourgeois, mais ils trouvent leurs origines en des organisations que la classe ouvrière a construit pour servir ses intérêts de classe. Tous deux sont dominés par une bureaucratie privilégiée qui sert les intérêts de la bourgeoisie impérialiste.

Les principales racines de la social-démocratie se trouvent dans la société capitaliste, celles du stalinisme dans la dégénérescence bureaucratique de l’URSS, et, donc, dans les rapports de propriété post-capitalistes. Mais les staliniens sont aussi fidèles à la bourgeoisie que les sociaux-démocrates. A travers la dictature politique qu’il a exercée en URSS et dans les autres Etats ouvriers dégénérés, le stalinisme a bloqué la voie vers le socialisme et jeté le discrédit sur l’idée-même d’une société sans classes ni Etat -- le communisme.

En prônant le chauvinisme et la collaboration de classe, le stalinisme empêche l’internationalisation de la révolution. A l’intérieur des Etats ouvriers, sa politique a encouragé, de façon objective, la possibilité de restauration capitaliste, et, lors d’une crise décisive, c’est dans les couches supérieures de l’appareil stalinien que se trouvent les cadres de la contre-révolution sociale.

La meilleure manière d’exprimer le caractère contradictoire que partagent les partis staliniens et sociaux-démocrates est de dire qu’ils sont, tous deux, des partis ouvriers bourgeois. On ne peut pas dire que l’un est préférable à l’autre.

Bien entendu, le fait qu’un parti donné prône une politique stalinienne ou social-démocrate ne veut pas dire pour autant qu’il est un parti ouvrier bourgeois. Bon nombre des partis adhérents à l’Internationale Socialiste sont des partis nationalistes bourgeois sans liens importants avec le prolétariat. De même, il existe des partis staliniens dont la base sociale est la paysannerie ou la petite-bourgeoisie urbaine ou rurale. Néanmoins, en tant que tendances mondiales, le stalinisme et la social-démocratie représentent des partis ouvriers bourgeois.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, des luttes révolutionnaires se sont développées dans certains pays (dans les Balkans, en France et en Italie). Mais les forces conjointes du stalinisme et de la social-démocratie ont tout fait pour annihiler la volonté spontanée des masses de régler leurs comptes aux bourgeoisies discréditées. Une fois qu’ils eurent rempli leur rôle d’agents de la contre-révolution bourgeoise, ces partis furent rapidement écartés par les capitalistes, qui ne tardèrent pas à mettre en place des partis ouvertement bourgeois à la tête des économies de forte croissance des années 50 et 60.

C’est une nouvelle période de lutte de classe intense qui s’ouvrit à la fin des années 60 dans les métropoles impérialistes, lancée par une classe ouvrière confiante en elle et bien organisée. Dans toute l’Europe les dirigeants staliniens et sociaux-démocrates, soutenus par leurs alliés syndicaux, sont parvenus à freiner ces luttes, les maintenant ainsi dans les limites de la légalité et sous le contrôle des directions bureaucratiques. En Espagne après la mort de Franco, et au Portugal pendant la révolution, les staliniens et les sociaux-démocrates ont, une fois de plus, démontré leur fidélité contre-révolutionnaire au capitalisme. Après les sérieuses défaites infligées aux travailleurs de plusieurs pays d’Europe occidentale, le mouvement ouvrier européen a dû battre en retraite.

Au début de la deuxième grande récession, celle de 1978-82, les directions actuelles de la classe ouvrière sont parvenues à annihiler la résistance des travailleurs, ouvrant la voie dans les pays impérialistes à une décennie de programmes d’austérité, de lois antisyndicales et d’attaques contre les droits démocratiques. Là où ils étaient au pouvoir, les traîtres réformistes n’ont pas hésité à organiser et mettre en oeuvre ces attaques.

C’est ainsi que pendant les années 80, dans les centres impérialistes, la crise de la direction prolétarienne fut marquée par l’incapacité de la classe ouvrière à utiliser ses propres partis et syndicats pour résister aux attaques lancées par les libéraux à la solde de Thatcher et Reagan.

Le discrédit de la théorie keynésienne, de l’Etat providence, avec son “économie mixte” et l’intervention de l’Etat dans l’économie, a plongé les partis sociaux-démocrates et staliniens dans une crise idéologique et politique. La bourgeoisie ne veut plus de leur vieux programme, et en même temps ce programme est inadapté aux besoins de la classe ouvrière confrontée à l’austérité et au chômage. Aujourd’hui la bureaucratie syndicale est incapable d’amorcer une résistance efficace contre les attaques anti-ouvrières.

Par rapport aux années 70 les forces centristes sont fort réduites et démoralisées. Et pourtant la classe ouvrière a lutté contre ses ennemis : des luttes massives et amères ont marqué les années 80, mais aucune d’entre elles n’a abouti à une victoire décisive. Seuls une nouvelle direction et un nouveau programme peuvent résoudre la crise qui ravage le mouvement ouvrier du monde impérialiste.

Aux yeux de la classe ouvrière des Etats ouvriers dégénérés, la bureaucratie stalinienne a discrédité l’idée-même du socialisme et du communisme. Les castes dirigeantes n’ont pas pu légitimer leur rôle dans ces sociétés. Elles n’ont pas pu surmonter le fait qu’elles ne sont pas nécessaires au système des rapports de propriété planifiés, et qu’elles ne sont que des parasites.

Durant les décennies d’après-guerre, cette caste bureaucratique tenta de renforcer son pouvoir en passant d’expériences d’économie de marché destinées à surmonter la stagnation, au renforcement de la centralisation bureaucratique de l’économie. Cette expérience créa des luttes fractionnelles au sein de la bureaucratie et suscita même des ouvertures politiques pour une opposition venue de l’extérieur de cette caste.

A de nombreuses reprises la classe ouvrière des Etats ouvriers dégénérés a montré qu’elle était la force la plus résolue au sein de l’opposition anti-bureaucratique. Elle s’est heurtée aux privilèges bureaucratiques et à l’oppression politique.

Dans la période d’après-guerre, cette lutte a poussé les travailleurs au bord de la révolution politique prolétarienne, comme en Hongrie en 1956 avec la création des conseils ouvriers, ou en Pologne en 1980 et en Chine en 1989 avec la création d’organes embryonnaires de tels conseils.

L’absence d’une stratégie révolutionnaire a fait que les travailleurs ont été battus lors de chaque grande crise révolutionnaire. Ces luttes spontanées ont généré des politiques diverses qui, pour la plupart d’entre elles, n’ont servi qu’à maintenir le pouvoir bureaucratique en place et qui, dans certaines circonstances, ont même contribué à renforcer les forces favorables à la restauration capitaliste.

Lors des mouvements révolutionnaires de Hongrie et de Pologne en 1956, les faux espoirs placés par la classe ouvrière dans une partie de la bureaucratie la mena à la défaite. Le syndicalisme réformiste, comme le montre le cas de Solidarnosc en Pologne, détourne la lutte pour le pouvoir politique vers le projet utopique de la coexistence de syndicats indépendants avec le pouvoir bureaucratique. Même l’aile gauche de Solidarnosc a propagé l’illusion que la crise de l’économie planifiée pourrait être surmontée par l’autogestion des entreprises, plutôt que par la gestion ouvrière de la planification centrale.

En URSS, le nationalisme a renforcé les tendances restaurationnistes bourgeoises et confessionnelles. En Europe de l’Est et en Chine les travailleurs aspirent à la démocratie parlementaire. Ce sentiment découle, bien entendu, de leur expérience d’une autocratie étouffante. Le massacre des forces courageuses du “Mouvement démocratique” par les tyrans du Parti Communiste Chinois a conduit au renforcement des courants bourgeois démocratiques au sein de l’opposition chinoise.

Ces espoirs dans une “démocratie” sans contenu spécifiquement ouvrier seront cruellement déçus. Ils sont encouragés par l’impérialisme, qui cherche à convaincre les masses des Etats ouvriers dégénérés d’accepter l’exploitation capitaliste : sans direction révolutionnaire, sans programme révolutionnaire, la destruction du pouvoir stalinien ne peut bénéficier qu’à une nouvelle minorité dirigeante, tandis que les sociétés multinationales impérialistes prospéreront.

Sans direction révolutionnaire, le potentiel de la révolution politique tel qu’il a été montré par les événements de Hongrie en 1956 et de Chine en 1989, ne pourra se réaliser. Sans une telle direction, les partis staliniens au pouvoir, soit continueront à aider la restauration capitaliste, soit infligeront aux masses une répression militaro-bureaucratique, soit feront place à une bourgeoisie embryonnaire.


Le stalinisme contre la révolution permanente

Le caractère contre-révolutionnaire du stalinisme s’exprime aussi à travers sa violente opposition à la perspective et au programme de la révolution permanente dans les semi-colonies, et partout où les questions démocratiques bourgeoises ont une portée révolutionnaire. La social-démocratie était moins forte dans le monde semi-colonial où l’aristocratie ouvrière et la bureaucratie syndicale n’étaient pas très bien implantées, à cause du caractère sous-développé du capitalisme. Le légalisme et le parlementarisme les plus frileux mis en place par la social-démocratie disparaissent quand la démocratie et les parlements tombent victimes du bonapartisme ou de la dictature.

Durant les situations révolutionnaires qui se sont produites en Indonésie, au Chili, en Afrique du sud et dans bien d’autres pays, le stalinisme est resté fidèle à la perspective d’une étape démocratique, excluant la lutte pour le pouvoir ouvrier au profit de toutes sortes d’alliés bourgeois, petit-bourgeois cléricaux et militaires. En 1945, cette stratégie du front populaire a servi la contre-révolution “démocratique” et, depuis, a été responsable de plusieurs défaites sanglantes de la classe ouvrière durant des situations révolutionnaires.

En Indonésie, le PKI, à l’époque le plus grand parti stalinien du monde capitaliste, entra dans le gouvernement nationaliste de gauche mené par Sukarno. Le PKI justifia cette démarche en déclarant que ce gouvernement était à la tête d’un “Etat populaire”. Sans armes ni consignes de leurs dirigeants, les masses du PKI furent massacrées par les milices de l’Etat en 1965. Ce désastre est comparable aux événements qui se produisirent en Chine en 1927 ou en Allemagne en 1933.

Au Chili, le stalinisme et le Parti Socialiste ont mené la classe ouvrière et les paysans pauvres à la catastrophe. Le gouvernement Allende, qui arriva au pouvoir en 1970, était un front populaire, dont le programme se limitait strictement à certaines réformes.

Dès le début, Allende exclut toute idée d’armer les travailleurs, et abandonna le monopole de la force armée à l’état-major ultra-réactionnaire. Néanmoins, les actions militantes entreprises à l’improviste par les travailleurs menèrent à la création des “cordones industrials”, des conseils ouvriers embryonnaires, voire des milices faiblement armées. Les travailleurs réclamaient des expropriations mais Allende refusait. La crise économique et le sabotage mis en oeuvre par la bourgeoisie créèrent les conditions pour le coup d’Etat de Pinochet en septembre 1973. Des dizaines de milliers de chiliens furent tués, torturés et emprisonnés. Des centaines de milliers durent fuir le pays.

En Iran, le Tudeh, parti stalinien, participa au grand mouvement de masse qui renversa le Shah en 1979, pour soutenir par la suite l’imposition de la République Islamique de Khomeiny. Au nom de la fidélité révolutionnaire, le Tudeh a collaboré avec les forces de la réaction islamique dans le massacre des travailleurs, des militants de gauche et des rebelles kurdes. En guise de récompense, Khomeiny tourna ensuite ses forces répressives contre le Tudeh.

Alors qu’il était la force dirigeante au sein du Congrès National Africain (ANC), le Parti Communiste sud-africain a, en 1985-86, gaspillé une occasion révolutionnaire. Il a préféré utiliser la révolte des “townships” pour pousser à des négociations avec l’aile “progressiste” de l’impérialisme sud-africain.

Puis l’ANC s’est transformé de plus en plus en un bloc de collaboration de classe, a renforcé son caractère de front populaire. Avec la dissolution de l’apartheid et l’arrivée au pouvoir de l’ANC, ce dernier a commencé une nouvelle transformation, décisive celle-ci, vers un parti ouvertement bourgeois. La coalition entre l’ANC et les anciens partis d’apartheid n’a pas ouvert une révolution démocratique mais une contre-révolution démocratique. Même si celle-ci est basée sur les libertés démocratiques arrachées par les masses depuis 1984, elle empêche la réalisation du contenu réel de ce combat : des emplois, la terre, des logements et un système de santé pour tous.

La faillite politique du stalinisme et de la social-démocratie a contribué au maintien du nationalisme bourgeois et petit-bourgeois dans de larges secteurs de la classe ouvrière des pays semi-coloniaux. Bien que les nationalistes se montrent souvent plus déterminés que les partis ouvriers à entreprendre des actions radicales, force est de constater qu’ils sont incapables de résoudre les problèmes des travailleurs et des paysans.

L’APRA au Pérou, le PRI mexicain, le FSLN, l’OLP et le Sinn Féin en Irlande, restent tous stratégiquement liés à l’impérialisme. Leurs actes de révolte contre l’impérialisme ne durent que tant que la classe ouvrière est absente du combat en tant que force indépendante.

Une fois confrontés aux revendications particulières des exploités, ces “anti-impérialistes” se transforment en défenseurs acharnés de l’impérialisme.

Si le parti révolutionnaire ne prend pas la place de ces forces à la tête de la classe ouvrière, celles-ci répéteront leurs erreurs durant les grandes batailles de classe à venir. En cette fin de siècle, la tâche essentielle est donc d’assurer que l’avant-garde consciente des travailleurs et des paysans pauvres se regroupe autour d’un nouveau programme de transition international.






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