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4 mars 2001
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Leur Internationale et la nôtre

A la fin du mois de juillet, la Ligue pour une Internationale Communiste Révolutionnaire a tenu son Ve Congrès International. 49 délégués, représentant neuf pays, se sont rencontrés aux Pays-Bas.

Un thème a dominé le congrès : le mouvement anti-mondialisation en développement, et le besoin d’inscrire la classe ouvrière au sein de ce mouvement. Le congrès de la LICR ayant lieu tous les trois ans, de nombreuses choses ont évolué depuis le dernier congrès, en 1997.
• La restauration capitaliste a avancé dans plusieurs pays qui étaient sous la férule stalinienne - mais une nouvelle génération de jeunes travailleurs a pris les devants, une génération qui n’est pas écrasée par la mémoire du "communisme" stalinien.
• Le krach boursier qui a eu lieu au moment du IVe congrès n’a pas conduit à une récession mondiale. Au lieu de cela, l’impérialisme US a lancé un boom spéculatif, et, ce faisant, a renforcé sa mainmise sur l’économie mondiale. Cette période a coïncidé avec l’émergence de réelles innovations technologiques qui, selon les capitalistes, jettent les bases d’une nouvelle période de "trente glorieuses".

• La riposte contre le néo-libéralisme, qui au milieu des années 90 avait conduit à des grèves de masse dans plusieurs pays, a été canalisée vers l’arène parlementaire. Des coalitions sociales-démocrates gouvernent dans la plupart des pays européens. Ces gouvernements sont en train de créer une désillusion importante parmi leur base ouvrière traditionnelle.
• Les mouvements radicaux des jeunes du milieu des années 90 ont évolué spontanément, passant de la politique réformiste de protestation autour d’une seule question, vers une position "anti-capitaliste".

Pour les organisations révolutionnaires, tous ces développements représentent de nouvelles opportunités pour grandir, et la LICR a développé significativement son implantation depuis 1997 : nous avons une nouvelle section en République tchèque, des sympathisants en Ukraine, et nos sections suédoise et allemande se sont renforcées à travers des fusions avec d’autres organisations d’extrême-gauche.

Néanmoins, tous les délégués ont senti le besoin d’une orientation plus tournée vers l’extérieur, vers des nouvelles couches de jeunes et de travailleurs.

Nous avons accepté le fait que plusieurs de nos tentatives de construire l’unité des révolutionnaires avec des groupes d’extrême-gauche qui cherchaient à rompre avec leur passé opportuniste - en particulier avec VdT et la Fraction de Lutte Ouvrière en France, et avec le PTS en Argentine - n’ont pas porté les fruits espérés.

Les grands changements dans la situation objective nous ont également poussé à réétudier nos perspectives et nos positions théoriques.

Après une longue discussion préparatoire dans les sections, et des heures de débats démocratiques lors des congrès nationaux et international, la LICR a décidé les changements suivants dans sa politique :
• Nous ne considérons plus la période entamée depuis l’effondrement du stalinisme comme une période révolutionnaire historique. Nous reconnaissons avoir surestimé les effets déstabilisateurs de l’effondrement du stalinisme sur le capitalisme mondial.
Au lieu de cette analyse, nous considérons les années 90 comme une période transitoire vers une nouvelle période révolutionnaire.
Lors de notre dernier congrès, nous avions considéré le début des années 90 comme étant une phase contre-révolutionnaire, à laquelle pourrait succéder une période marquée par des luttes de masse - le mouvement de novembre-décembre 1995 en était la preuve.
Mais la social-démocratie a pu canaliser le mécontentement, laissant l’action de masse de côté, alors que la résistance économique des USA a permis à ces derniers de repousser la récession que nous attendions dans le sillon du krach du Sud-Est asiatique. Nous nous sommes trompés sur le rythme des changements, mais pas sur le sens du mouvement.

• Nous avons abandonné notre théorie de "l’Etat ouvrier moribond", comme moyen de comprendre la phase où se trouvent certains des ex-Etats staliniens, là où le capitalisme n’a pas encore été restauré, mais où un gouvernement pro-capitaliste tient les rênes du pouvoir.
Nous reconnaissons que, dans ces cas, l’appareil d’Etat promeut et défend les intérêts de la classe capitaliste et les rapports de propriété capitalistes. Cela induit que la qualification la plus juste pour ces pays est : "Etat bourgeois restaurationniste".

• Après un débat, le congrès a appuyé une résolution sur l’environnement adoptée par une réunion antérieure du Comité Exécutif International. Si, en général, tout le monde était d’accord, cette résolution implique un changement de ligne sur la question de l’énergie nucléaire.
Par le passé, nous avons affirmé que, lorsqu’il fallait étudier la question de la fermeture potentielle des centrales, il fallait considérer l’énergie nucléaire comme d’autres sources d’énergie. Aujourd’hui, nous sommes en faveur de la fermeture planifiée de toutes les centrales nucléaires sur la planète, et pour leur substitution par des sources d’énergies renouvelables, sous le contrôle et l’inspection ouvriers.

Nous avons confirmé notre mot d’ordre "pour une nouvelle Internationale communiste révolutionnaire", mais nous avons discuté de sa construction concrète. Nous avons reconnu que, alors que la possibilité qui nous est offerte de gagner des secteurs importants des forces centristes dégénérées diminue, de nouvelles opportunités se présentent, les jeunes et les travailleurs cherchant un moyen de lier leurs combats à travers la planète.

Tandis que nous avons rejeté l’idée d’un "retour vers la Première International " ou d’une reconstruction des partis réformistes, nous devons nous adresser aux forces qui avancent de telles "solutions".

Il faut donc avancer le mot d’ordre d’une nouvelle internationale révolutionnaire et ouvrière, à l’intention des forces vives qui surgissent, et non pas vers les "trotskystes" qui ont montré leur incapacité à rompre avec leur habitude qui consiste à recoller les morceaux de la Quatrième Internationale.

Le congrès a confirmé notre orientation vers la jeunesse ainsi que la construction des organisations indépendantes de la jeunesse, en solidarité politique avec nos sections.

Le succès de cette orientation était évident au regard de la composition des délégations : autour de la moitié des délégués avait une vingtaine d’années, et certains étaient même plus jeunes.

Nous avons aussi discuté des opportunités naissantes pour le travail révolutionnaire autour des élections, tandis que l’évolution vers la gauche des scissions des partis ouvriers traditionnels commencent à créer une poussée électorale des réformistes ou des centristes.

Nous avons discuté des leçons à tirer de l’expérience de la LSA en Grande-Bretagne, de la liste LO-LCR aux élections européennes, du Parti de la Gauche en Suède, et nous avons échangé nos expériences d’intervention au sein de ces mouvements.

Plusieurs séances se sont focalisées sur le travail autour des entreprises et dans les syndicats. Des délégués qui travaillent dans l’automobile, la poste, les chemins de fer et le secteur public - avec une expérience militante en entreprise qui se compte en décennies - ont pu échanger leurs expériences.

Malgré des conditions très variables, nous avons pu discerner plusieurs thèmes : se défendre face à la chasse aux sorcières lancée par les patrons et l’appareil syndical, faire vivre des bulletins d’entreprise, construire l’opposition de base aux dirigeants syndicaux, éviter la récupération par l’appareil bureaucratique et, à travers cela, gagner de nouveaux adhérents aux groupes communistes au sein de l’entreprise.

Nous avons aussi décidé de mettre à nouveau l’accent sur la lutte des femmes.

Face aux attaques contre le féminisme et l’évolution droitière de la plupart des féministes, il incombera aux révolutionnaires de faire revivre le militantisme autour de la question des femmes et du combat contre leur oppression.

Au cœur de tous les débats se trouvait la question de savoir comment faire avancer le mouvement anti-capitaliste, qui se concentre autour de l’opposition aux instances telles que l’OMC, le FMI ou encore la Banque Mondiale.

Il s’agit du premier mouvement international qu’on peut observer depuis des décennies, et, dès le début, la LICR a considéré que les révolutionnaires doivent s’y investir.

Ceci explique pourquoi nous avons organisé des cortèges conséquents lors des deux Euromarches (Amsterdam, Cologne), ainsi que notre participation aux protestations comme Stop the City à Londres.

Aujourd’hui, la LICR se trouve bien placée afin de lutter pour deux objectifs vitaux : l’ouverture du mouvement anti-capitaliste à la classe ouvrière et l’évolution du mouvement ouvrier vers l’anti-capitalisme.

Des protestations à Londres aux manifestations antifascistes de masse à Vienne, en passant par les manifestations du premier mai à travers le monde, et, maintenant, la mobilisation autour de Prague, la LICR a joué un rôle important dans le mouvement.

Nous ne craignons pas la confrontation d’idées avec les impasses que représentent l’anarchisme, l’environnementalisme anti-croissance ou le réformisme des ONG qui se trouvent au sein de ce mouvement. Mais nous en ferons partie, et nous combattrons pour la direction révolutionnaire de ce mouvement, et ceci malgré les gémissements des intellectuels et des "bien-pensant" qui se sont installés à sa tête.

Ce congrès a montré ce que permet le centralisme démocratique. Le centralisme démocratique est synonyme de liberté maximum lors des débats internes et d’unité maximum lors de la mise en œuvre des décisions.

D’une manière ou d’une autre, anarchistes, verts, réformistes, staliniens et centristes sont tous contre cette méthode. Nous avons montré son efficacité.

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