Notre position sur les élections de 2004

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décembre 2006:

La scission de la Ligue pour la Cinquième Internationale (LCI)

Le samedi 1 juillet, 33 membres de la LCI en Grande-Bretagne, Australie, Irlande et Suède (30% des membres de la LCI) ont été exclus par le Secrétariat International (SI) de la Ligue. Ils étaient tous membres de la Fraction Internationale (FI) formée durant le 7ème Congrès de la Ligue en juillet.

La formation de la FI fut le point culminant de deux ans d'un long combat initié dans Workers Power Britain puis étendu à la Ligue. Ce combat portait sur les perspectives et les tactiques. Les perspectives majoritaires du congrès de 2003, et un grand nombre des tactiques déployées par l'organisation sur la base de ces perspectives, étaient erronées, surtout l'utilisation du mot d'ordre de la Cinquième Internationale au sein du mouvement anti-capitaliste. Les erreurs inhérentes à ces perspectives devinrent d'une surprenante évidence dans les années suivant le Congrès. Pourtant la Majorité en fit des articles de foi. Les perspectives ont été transformées en doctrine et les développements réels au sein de la lutte de classe et de l'économie ont été ignorés même si envers et contre tout elles contredisaient les “perspectives” de la Majorité. Le combat politique devint de plus en plus virulent pour corriger ces erreurs, surtout dans WPB. La scission actuelle est le résultat de ce combat.

Différences sur la période

Le congrès de la LCI en 2003 décida que la mondialisation avait épuisé toutes ses potentialités économiques, que le capitalisme mondial était entré dans une phase de stagnation et que la situation politique pouvait être caractérisée comme “pré-révolutionnaire” au niveau mondial. La FI contesta ce point de vue, le capitalisme mondial profitant de la faillite des états staliniens, de l'ouverture à grande échelle de nouveaux marchés et d'une main-d'œuvre à bas prix offerte à l'exploitation impérialiste en Chine, en Europe centrale et en Russie.

L'impérialisme eut ainsi la possibilité, en période de mondialisation, de compenser les crises structurelles du capitalisme. Nous avions indiqué que le PIB total avait doublé dans les dix dernières années et que les variations positives des cycles économiques depuis 1993 avaient été fortes, alors que les phases négatives avaient été relativement courtes et anachroniques, une situation peu symptomatique d'une période de crise et de stagnation.

En ce qui nous concerne, nous ne croyons pas que le capitalisme ait dépassé son penchant aux crises structurelles. Nous continuons à affirmer que l'impérialisme est l'époque des guerres et des révolutions. Nous, et aucun de nos membres, n'avons jamais prôné les vagues longues de Kondratiev, comme la déclaration de la LCI du 1er juillet l'affirme. Mais suivant en cela Trotsky nous reconnaissons qu'il y a des périodes plus longues dans l'économie mondiale, façonnant décisivement la durée, la longueur et la profondeur des cycles économiques.

Nous reconnaissions la nécessité d'ouvrir et de développer un débat sur le capitalisme mondial aujourd'hui étant donné ses profondes différences avec le tableau dépeint par les perspectives politiques de la Majorité. Malheureusement cette tentative de débat scientifique fut accueillie avec des insultes, nous étions des "pessimistes" qui "souhaitaient la bienvenue aux bonnes nouvelles pour le capitalisme".

Nous soutenions aussi que la classe ouvrière, au niveau mondial, était passée d'une période de défaites internationales (1980-95) à une période de convalescence. Mais nous ne confondions pas une période de convalescence avec une période de santé vigoureuse. Nous reconnaissions que dans la plupart des organisations du mouvement ouvrier international, des organisations militantes n'avaient pas encore été reconstruites. Les traditions de lutte et de solidarité ne s'étaient pas encore étendues. Le souvenir des dernières défaites fut encore une arme utilisée par les bureaucraties réformistes pour entraver ou gêner les luttes du moment.

En bref nous pensons être dans une période de transition dans la politique mondiale. Nous pensons que la convalescence a été inégale. Dans certaines parties du monde, Japon, Grande-Bretagne, USA, Scandinavie, Russie, les syndicats et les travailleurs sont restés sur la défensive. En d'autres endroits - Amérique Latine, France, Grèce, le Moyen Orient, la lutte contre le néolibéralisme, la guerre et l'oppression a pris de larges proportions. Irrégularité et convalescence ont marqué la lutte de classe mondiale et ces différentes situations de la lutte de classe ne pouvaient pas être ignorées en déclarant simplement "une situation pré-révolutionnaire mondiale".

Parce que nous étions préparés à le dire, la Majorité s'écria dans la déclaration du 1er juillet: "ils ignorèrent systématiquement et sous-estimèrent grossièrement les forces et étendues des mouvements résistant au néo-libéralisme et à la guerre impérialiste, les estimant comme morts ou bons pour morts". C'était un avant-goût des caricatures et des mélodrames qui ont marqué les polémiques de la direction contre nous dans la dernière période de la lutte politique au sein de la LCI.

Le mouvement anti-capitaliste et la lutte pour une nouvelle internationale

L'idée au centre des perspectives du Congrès de 2003, "l'épanouissement du mouvement anti-capitaliste", marquant la nouvelle période pré-révolutionnaire, faisait de la fondation d'une nouvelle internationale, la Cinquième, un objectif immédiat. Cela signifiait "former la nouvelle internationale dès que possible, pas dans un futur lointain mais dans quelques mois ou quelques années". Le moyen pour cela devint le Forum Social Mondial et ses structures régionales, comme le FSE, et le mouvement italien des forums sociaux locaux. C'était là où "d'importants éléments de la nouvelle Internationale prenaient forme". Dans les années qui suivirent 2003 cette perspective se trouva être complètement erronée. Les manifestations anti-G8 entrèrent en crise après les répressions de Göteborg et Gênes (2002) et le mouvement italien des forums sociaux périclita. Dans les deux années suivant le FSE de Florence en 2002, le FSM et le FSE virèrent à droite sous la direction du PT brésilien, du RC italien et du PDS allemand (des parties qui participèrent ou dirigèrent des gouvernements néo-libéraux à une échelle nationale ou locale).

Ces parties bloquèrent toutes les tentatives pour transformer les assemblées des mouvements sociaux/FSE en organes de coordinations des luttes, à plus forte raison en une nouvelle internationale révolutionnaire. La Majorité refusa de reconnaître que les FSM/FSE était devenu un obstacle, et non pas un moyen, pour la construction d'une internationale révolutionnaire. Au contraire elle déclara que “nous ne demanderions pas que les organisations de masses appartenant à la FSE et aux forums internationaux amis se débarrassent d'abord de leurs dirigeants post-staliniens et réformistes avant de pouvoir former une nouvelle internationale". Une nouvelle internationale révolutionnaire dirigée par les semblables à Bertinotti, le dirigeant de Rifondazione !

En vérité la tâche du moment était de rallier les meilleurs éléments révolutionnaires, spécialement au sein de la jeunesse radicalisée et des organisations syndicales au sein de ce mouvement important, contre sa direction et contre justement l'objectif que les réformistes s'étaient maintenant fixé pour les FSM/FSE - un lieu de causerie international qu'ils pouvaient utiliser pour remettre à neuf leurs références à gauche. La Majorité ne pouvait pas l'exprimer ainsi pensant que c'était une internationale embryonnaire, ils n'étaient pas capables de remplir la tâche marxiste en disant « ce qui est » - que ce mouvement devait être scindé en tendances concurrentes si une internationale révolutionnaire voulait voir le jour.

La direction de la LCI au contraire déclara que « nous étions plus proches des tâches auxquelles Marx fit face au début de la Première (internationale) que celles de Trotsky en 1938. » Ainsi, nous serions plus proche d'une refondation de l'Internationale comme front unique avec des dirigeants réformistes, mais où dans ce cas les Marxistes révolutionnaires seraient une minorité insignifiante avec peu d'influence. L'analogie avec la Première Internationale était risible. Ce qui était proposé était un écho de l'appel réalisé dans les années 80 pour une nouvelle internationale dans laquelle les Trotskistes auraient été en minorité, un appel popularisé par le dirigeant centriste argentin de l'époque, Manuel Moreno.

Cette nouvelle stratégie pour la LCI s'accompagnait d'un désintérêt pour débattre et discuter avec des groupes évoluant à gauche, souvent provenant des traditions de la Quatrième Internationale et de la lutte pour un regroupement révolutionnaire. La LCI n'était pas plus intéressé par les “groupuscules” et “sectaires” qui ne reconnaissaient pas le potentiel des FSM/FSE. Il ne restait plus qu'à s'adresser aux masses pour les rassembler dans une internationale embryonnaire.

Mais la LCI était une organisation minuscule avec une faible implantation dans le mouvement ouvrier mondial. Les masses des FSM/FSE ne répondirent pas à ces appels stridents pour former la Cinquième Internationale dans les mois ou années suivant l'appel de 2003. Au contraire aucun allié parmi les autres organisations ne fut trouvé pour se joindre à la lutte pour la Cinquième Internationale - ou même faire un pas dans cette direction. La direction ignora ces faits persistants. C'était alors remplacer des perspectives précises et des tactiques révolutionnaires par des illusions et des schémas.

Les perspectives à court terme d'une période pré-révolutionnaire et du regroupement de forces pour une nouvelle internationale dans le mouvement FSE firent déclarer à la Majorité que le FSE de Londres en 2004 présenterait “des opportunités sans précédent pour transformer, radicaliser et réorganiser les politiques de classe en Grande-Bretagne”. Nous contestions cela, surtout à cause de la faiblesse du mouvement anti-capitaliste en Grande-Bretagne et du faible niveau de syndicalisme et de lutte de classe. Nous avions raison mais la Majorité persévéra.

Construire "des forums sociaux locaux dans chaque ville et agglomération" (les forums sociaux étaient vus comme un élément de la lutte pour des organisations proto-soviétiques dans la période pré-révolutionnaire mondiale) devint un "slogan clé". Le "mouvement" des forums sociaux - qui n'existait pas alors - devint néanmoins un espace de travail majeur.

Même après le déclin dramatique du mouvement de masse anti-guerre en Grande-Bretagne, la Majorité conserva le mot d'ordre pour construire des forums sociaux. Il n'eut aucun effet et fut un échec complet partout où nous avions essayé de le soumettre. Ce mot d'ordre, tout comme l'appel pour un Forum Social National, fut aussi abandonné après le petit nombre de manifestants au siège du sommet du G8 à Gleneagles et montra la faiblesse du mouvement en Grande-Bretagne. Mais même sur ce point les dirigeants de la Majorité de la LCI persistèrent à dire que nous avions tort de nous opposer à ce mot d'ordre. La Majorité ne pouvait pas accepter que la Minorité eût raison sur quoi que ce soit. Ils étaient devenus insensibles à toutes critiques.

Le Parti des Travailleurs et les tactiques envers le réformisme

Quelques différences de plus, dont certaines qui affectèrent principalement la section britannique, concernaient les tactiques envers le réformisme.

WPB avait historiquement une position de soutien électoral critique envers le Labour Party. Nous considérions la description de Lénine du Labour Party comme un "parti ouvrier bourgeois" correcte et toujours exacte, un parti avec un programme et une direction réformiste bourgeoise mais avec une base ouvrière, principalement parmi les syndicats affiliés.

Le front unique est encore une tactique cruciale pour nous, en posant des revendications au Labour, en essayant de gagner ses partisans dans la classe ouvrière à des politiques combatives et révolutionnaires, et en mobilisant les travailleurs réformistes vers un conflit avec leurs dirigeants, à l'intérieur et à l'extérieur du Labour Party. Le soutien électoral critique faisait partie de cette tactique, en gagnant l'écoute des travailleurs réformistes, en poussant leur parti à l'épreuve du pouvoir, et en gagnant ces travailleurs à une alternative révolutionnaire.

C'était une tactique, pas une stratégie - si nous avions été plus importants nous aurions présenté des candidats révolutionnaires contre le Labour. Nous soutenions des "candidats lutte de classe" où des travailleurs en lutte représentaient une réelle rupture avec le Labour et se dressaient contre le parti. Nous soutenions activement et aidions à construire Socialist Alliance (SA). Un des membres de notre fraction était son candidat aux élections législatives à Greenwich tandis qu'un autre faisait partie de l'exécutif de SA.

Cette lutte contre le réformisme travailliste était en partie un combat pour démocratiser les financements politiques. L'objectif était de casser le monopole du Labour dans la gestion syndicale du financement des partis politiques en permettant aux syndicats nationaux et locaux de financer et soutenir d'autres partis politiques de la classe ouvrière - comme le SSP en Ecosse. C'était la position que WP soutenait dans SA et c'était une tactique qu'Alliance utilisa avec quelques succès et où beaucoup de membres de la fraction joua un rôle dirigeant en organisant entièrement une force d'un millier de conférences syndicales.

Depuis deux ans, malgré notre opposition, WP a abandonné toutes ces positions. Il appelle maintenant les syndicalistes à se désaffilier du Labour bien qu'il n'y ait pas de "parti ouvrier" où adhérer. C'est le meilleur moyen pour encourager le développement du syndicalisme apolitique - un danger auquel doit faire face le FBU depuis sa désaffiliation du Labour. La direction de WPB appelle à une abstention générale dans les élections - inviter les travailleurs à ne pas voter serait d'une façon ou d'une autre "les lier à l'avant-garde". Pire, dans un document ils allèrent assez loin pour dire que WPB "n'exigeait aucunes revendications du Labour dans cette conjoncture". Ainsi aucunes revendications exigées d'eux pour abroger les lois anti-syndicales, les lois contre le droit d'asile, et cætera? Cela commençait à devenir ridicule.

Le rejet du soutien électoral critique fut même préconisé en cas de menace réelle de progression des fascistes. Tandis que l'UAF invitait les gens à voter pour n'importe qui excepté le BNP, WPB expliquait aux travailleurs menacés d'une victoire fasciste aux élections de ne pas du tout se déranger pour aller voter !

Bien sûr, nous ne pensons pas que voter Labour battra le fascisme. Nous devons les battre dans la rue et par une lutte pour une réelle alternative révolutionnaire au capitalisme. Mais nous pensons qu'il est nécessaire, même s'il s'agit d'une tactique de front unique élémentaire, d'empêcher la construction d'une base électorale fasciste partout où nous pouvons. Si un candidat révolutionnaire ou un candidat des luttes sérieux ne se présentait pas, nous apporterions un soutien critique au Labour dans de telles circonstances.

La déclaration de la Majorité au sujet de la scission prétend qu'en prenant cette position nous serions "faibles avec le Labour". Loin de là. Le raisonnement sur le parti des travailleurs expliquait comment lier à la fois l'avant-garde profondément désillusionnée par le Labour et, dans le même temps, la masse des travailleurs organisés et syndicalistes qui vote encore Labour pour s'opposer aux Tories. Beaucoup de ces travailleurs ont des illusions sur Gordon Brown ou d'autres figures de gauche et sur les campagnes du Labour Party. Le RMT, par exemple, qui a été exclu du Labour Party continue néanmoins à soutenir politiquement et financièrement les adhérents de l'aile gauche du Labour.

Avec l'effondrement de Socialist Alliance, le détournement de beaucoup de ses militants vers une alternative populiste, non-sociasliste, Respect, et un niveau des luttes syndicales toujours faible en Grande-Bretagne, nous ne pensions pas que l'application de la tactique du parti des travailleurs était primordiale dans la situation actuelle. En l'absence de forces syndicales organisées substantielles conduisant à un nouveau parti nous pensions que cette tactique aurait peu de répercussion, pas plus de répercussion en fait que l'idée claire et simple que le parti dont les travailleurs avaient besoin était un parti révolutionnaire. Il n'y avait pas de raccourci pour cet objectif, ni de voie plus rapide via un "nouveau parti des travailleurs de masse", et il restait vital de démontrer aux militants d'avant-garde la nécessité de nous rejoindre dans la bataille pour construire un parti révolutionnaire.

Nous pensons que les réponses très faibles, dans tout le pays, au lancement de la campagne du parti socialiste pour un nouveau parti des travailleurs (avec des meetings de ville ou régionaux atteignant à peine 60 personnes et des fois beaucoup moins) confirment que cette tactique n'est pas utile pour le moment. Pourtant c'est maintenant devenu le travail de campagne « par excellence », central du WPB, la clé, l'élément unificateur de l'agitation du groupe.

Le SI affirme que parce que nous nous opposions à la tactique politique du parti des travailleurs, la FI au sein de WPB “boycotta les espaces de travail qu'ils n'approuvaient pas, comme la campagne pour un nouveau parti des travailleurs”. En fait dans les conférences syndicales nationales (Unison, NUT, Narfhe par exemple) c'était les membres de la FI qui appuyèrent loyalement cette idée, et les membres de la fraction initièrent ou furent impliqués dans les campagnes lancées à Sheffield, le Pays de Galles du sud et le sud de Londres.

Finalement et ironiquement, abandonner le soutien critique ne fut jamais appliqué dans les sections de la LCI en Suède ou en République Tchèque où la Ligue continua à proposer de voter pour les partis sociaux-démocrates néo-libéraux qui ont été au pouvoir depuis de nombreuses années.

Le nouveau tournant vers l'agitation

La Majorité a décrit la FI allergique au nouveau tournant vers l'agitation, ainsi nous “tentons de conduire fermement la Ligue vers un propagandisme passif et une existence sous forme de cercles de discussion”. De plus, nous sommes un groupe de syndicalistes “aigris” incapables de recruter pour WPB.

Bien sûr chaque syndicaliste révolutionnaire vous dira qu'après les défaites dues au Thatcherisme, la crainte des syndicats et la force de la bureaucratie des syndicats réformistes grâce aux lois anti-syndicales, il n'est pas facile de recruter sur la base d'une politique révolutionnaire. C'est encore plus le cas dans une période de luttes syndicales très faibles comme aujourd'hui. S'il était aussi simple de recruter dans les syndicats comme les dirigeants de la LCI le pensent l'extrême-gauche ne serait pas si petite, et, franchement moins marginale qu'elle n'était même il y a 10 ans.

Nous avons perçu il y a plusieurs années une radicalisation parmi la jeunesse et c'est par le travail Jeunes de Révolution que WPB a recruté. Et toutes les fractions ont soutenu ce travail. Ainsi nous avons aidé à le construire. Par contre, dès que la lutte politique s'est approfondie la Majorité a commencé à exclure les partisans de la Fraction du travail Jeunes. Ils ont crée ou maintenu des branches et cellules Jeunes séparées, même là où ces branches avaient manifestement échoué pour construire des groupes Revo indépendants, comme à Londres, par exemple. Les branches et cellules Jeunes étaient utilisées comme zones d'exclusion par la Majorité, une décision purement fractionnelle de leur part pour réduire notre influence parmi quelques-uns de leurs partisans qui à ce stade étaient systématiquement sous-éduqués.

Pourtant nous n'avons jamais été informés par la Majorité en quoi consistait leur nouveau tournant vers l'agitation. Pour WPB il suffisait de "quelques stands de plus, plus de distributions de tracts, plus de nuits d'activité" et quelques discussions sur l'utilisation des méthodes de Revo pour attirer les travailleurs, campagnes, théâtre de rue, etc. La seule campagne politique citée était la campagne pour un nouveau parti des travailleurs, pas vraiment un franc succès pour attirer des travailleurs dans les meetings, à plus forte raison pour les recruter aux politiques révolutionnaires.

Le SI affirme que la FI "privilégie une perspective suiviste et routinière dans les syndicats". Ironiquement les membres syndicalistes de la Fraction, le gros de la base syndicale de WPB venant d'être exclu, étaient ceux qui ont entrepris quelques-unes des meilleures actions politiques de la dernière période et démontré ce qu'était vraiment une agitation révolutionnaire. Nos professeurs, par exemple, furent efficaces en lançant leur école en grève à Londres, amenant des élèves et des parents dans la rue, le jour où Blair a envahi l'Irak. Ce furent quelques-unes des seules actions syndicales contre la guerre dans le pays.

Par impatience et volontarisme, la direction de la Majorité récusa le fait que pour reconstruire la confiance et l'organisation parmi les travailleurs et commencer à construire une direction militante dans un lieu de travail, il fallait beaucoup de travail syndical ordinaire, quotidien, à côté du travail communiste. Malheureusement la Majorité s'obstina à duper beaucoup de jeunes membres ayant peu d'expérience du travail d'entreprise et syndical, surnommant un tel travail de la "routine" reflétant un "point de vue conservateur".

Travail international Jeunes et centralisme démocratique

Nous avons été accusés dans la déclaration de la LCI d'attaquer "le travail Jeunes qui avait si bien réussi en Grande-Bretagne et en Autriche".

WPB a eu un succès modéré pour un petit groupe dans ce domaine. Revolution a été très efficace pour amener des jeunes dans WPB, mais a eu moins de succès pour établir un véritable mouvement de jeunes indépendant. Ses conférences nationales annuelles ont approché les 40 à 50 personnes. Pour notre part, nous avons organisé dans une seule ville, Leeds, la mise en place d'un groupe Revo actif capable de se maintenir seul.

En Autriche les résultats sont controversés, puisque la moitié de l'organisation, la plupart de jeunes membres, est partie juste après le FSE d'Athènes laissant seulement cinq membres dans la section. Les camarades qui sont partis soutiennent, eux, que les succès du travail de Revo en Autriche ont été très exagérés par le permanent et le membre du Secrétariat International de Revo.

La FI pensait avec raison que l'empressement à pousser les groupes internationaux Revo, souvent déjà en difficulté pour se constituer nationalement, en une structure internationale centraliste démocratique complètement éclatée, pourtant pas faux en principe, était prématuré. Cela découlait du désir du SI de prouver que non seulement une Cinquième internationale était en bonne voie mais que nous étions en mesure de construire aussi une internationale Jeunes. En fait malgré les meetings Jeunes réussis à l'occasion des FSE nous avions découvert peu de co-penseurs désirant nous rejoindre dans cette tâche.

Un Comité International Révolution (CIR) fut crée, ainsi qu'un Bureau pour la permanence. Il ne fonctionna jamais très bien et dès les premiers signes de désaccord une tendance, décrite par le SI comme "libertaire", dans les groupes allemand et suisse, fut soudain dénoncée comme "bafouant" le centralisme démocratique. Nous disions que ce problème démontrait que la conduite envers le centralisme démocratique devait être reconsidérée. Nous fûmes dûment dénoncés comme "abdiquant effectivement devant les tendances libertaires et anarchisantes qui essayaient de pousser Revo en dehors de la Ligue en Allemagne, République Tchèque et Suisse".

Nous avons répondu: "Qu'est-il arrivé à l'idée d'essayer de construire des organisations Revo larges, assez ouvertes qui pourraient contenir des membres d'autres tendances, libertaires inclus ? Qu'en est-il d'organisations véritablement indépendantes, en majorité sous notre direction politique, une direction non imposée, ayant fait ses preuves par des débats et son activité ?"

Non, pour les supers centralistes de la majorité de la LCI, tous les groupes Revo doivent immédiatement suivre à la lettre les directives et les campagnes décidées par le CIR et deux nouvelles personnes du bureau (des membres de la LCI) de Leeds. C'est le meilleur moyen pour pousser des jeunes dans les bras des libertaires, et provoquer des scissions. C'est complètement inapproprié au stade et dans l'état actuel de la révolution internationale. C'est les détruire en tant qu'organisation.

La lutte interne et les exclusions

La LCI, WPB et la plupart des autres sections, ont une forte tradition de débat démocratique, de tendances politiques se formant et se dissolvant et d'une direction collective représentant différentes sortes d'opinion. Ceci s'est fortement dégradé au cours des deux dernières années.

Dans WPB nous avons été obligés de passer d'une tendance à une fraction pour garantir notre représentation proportionnelle au Comité National lors de notre conférence nationale en mars dernier. Notre décision justifia l'action immédiate de la majorité du CN pour nous priver de notre représentation au Comité Politique (CP), l'assemblée exécutive hebdomadaire. Pourtant deux membres de la Tendance minoritaire avaient loyalement travaillé au sein du CP durant toute l'année précédente sans incident. Dès cet instant le CP devint une arme dans les mains de la fraction majoritaire, systématiquement utilisé contre la fraction minoritaire.

Aussitôt des commissions disciplinaires chassèrent tous ceux qui étaient suspectés de convaincre les éléments extérieurs aux divisions politiques dans le groupe (invariablement des membres de la fraction minoritaire). Malgré les efforts de la Majorité aucune preuve n'a jamais été trouvée, parce qu'il n'y en avait pas. La branche de Manchester fut inconstitutionnellement coupée en deux avec la formation d'une “cellule Jeunes” rendant compte directement au CP, une mesure qui devait être contestée à notre Comité National avant notre exclusion.

Quand une crise éclata dans la section autrichienne - conduisant à la démission de la moitié de l'organisation - la FI fut immédiatement accusée par le SI d'y être mêlée et d'en tirer un avantage fractionnel. Il n'y avait de cela aucune preuve, mais comme justement la vérité n'était plus dans l'optique des perspectives politiques de la Majorité il n'y avait maintenant aucun obstacle à leur offensive organisationnelle contre la Fraction. Au contraire le niveau de la chasse aux sorcières contre nous était tel que tous les mails entre camarades dans la Ligue qui mentionnaient la crise autrichienne furent réclamés pour être livrés au Secrétariat International sous peine de sanction. L'objectif était d'aller à la pêche pour "pointer du doigt" la FI. Ces exigences outrageuses imposées à l'opposition autrichienne ont sans aucun doute aidé à ce que les jeunes camarades quittent la Ligue.

Toute lutte fractionnelle peut amener à détériorer des relations fraternelles. Ces mesures ont contribué à une détérioration de la confiance entre camarades au sein de la direction de la LCI.

Au moment où WPB s'était réuni pour son assemblée de pré-congrès en juin la FI avait été dénoncée comme "des propagandistes passifs", "une formation petite-bourgeoise", "une clique" et "des liquidationnistes". La direction pensait clairement qu'elle reproduisait la lutte Cannon - Shachtman de 1940 dans le SWP américain ponctuée d'accusations virevoltantes telles que "D'une égratignure au danger de la gangrène", mais une seconde fois cela devenait vraiment une farce.

La Majorité a été claire que quel que soit le soutien que la FI aurait au Congrès ils garderaient le contrôle de tous les comités exécutifs - le Secrétariat International et le CP de WPB étaient déjà virtuellement identiques avec des membres ayant la double appartenance. Etant donné les expériences de la FI concernant ce contrôle fractionnel il n'est pas surprenant que nos discussions démarrèrent sur la question de savoir s'il n'était pas meilleur de porter nos différences et nos politiques dans la lutte de classe en dehors des structures de la Ligue.

Récemment nous avons commencé à sonder les membres de la FI sur la question de tous démissionner avant ou après le congrès. Le vote n'eut pas le temps de s'achever que le SI eut accès à (ou a piraté) les listes de diffusion de la Fraction et procéda à l'exclusion de tous ses membres quelle que soit leur opinion sur le sujet. Le jour même des exclusions, des membres de la FI travaillaient loyalement sur un article concernant les conséquences de juillet dans le journal de WPB, respectant la discipline du groupe comme ils l'ont fait pendant les deux années d'opposition.

La Majorité a publié sa version de l'histoire - un observateur extérieur pourra noter qu'elle comporte un considérable lot d'insultes contre l'un ou l'autre des membres de la Fraction mais pas grand chose concernant les divergences politiques. Au contraire nous avons choisi de mettre en valeur le caractère politique de notre lutte à l'intérieur de la LCI. La raison en est que, par-dessus tout, nous sommes des activistes politiques, maintenant, dans le passé, et pour beaucoup d'années à venir. Nous ne nous sentons pas personnellement blessés, aigris ou démoralisés par le combat politique que nous avons mené dans la LCI.

Il est temps d'aller de l'avant et nous laisserons les hurlements et les cris à ceux qui nous ont exclus. Nous formerons une nouvelle organisation pour poursuivre notre lutte avec la production d'une nouvelle revue en Grande-Bretagne, Permanent Revolution. Nous aurons avec nous la partie vitale de la direction et presque la moitié des membres de WPB, comprenant la plupart de ses syndicalistes. Nous aurons aussi la section australienne de la Ligue, WPA, des camarades d'Irlande et de Suéde.

Nous sommes confiants que notre nouvelle organisation ira de l'avant et gagnera plus d'adhérents. Nous sommes prêts à faire face à ce nouveau défi.

Le 3 juillet 2006


Pour nous contacter:
prtendency@btinternet.com
www.permanentrevolution.net (en construction)

Les membres suivants de la LCI ont été exclus.

Adrian S (WPB) - Membre depuis 1984
Alison H (WPB) - 1989
Andrew J (Dublin) - 2004
Andy J (Galway) - Membre fondateur du Irish Workers Group 1975
Andy S (WPB) - Membre fondateur de WPB 1975
Bill J (WPB) - 1986
Carlene W (WPA) - 1991
Dan J (WPB) - 2002
Dave A (WPB) - 1993
Dave E (WPB) - 1986
Dave G (WPB) - 1992
George B (WPB) - 1986
Helen W (WPB) - 1979
James T (WPB) - 2003
Jason T (WPB) - 2001
Joel B (AM) - 2002
John C (WPB) - 1993
Jon B (WPB) - 1984
Kate (WPB) - 1984
Kath (WPA) - 2002
Keith H (WPB) - 1979
Kirstie P (WPB) - 1989
Kr (WPA) - 2004
Lisa F (WPA) - 1994
Mark H (WPB) - 1977
Maureen G (Galway) - 1985
Michelle R (WPA) - 2002
Pauline A (WPB) - 1980
Pete A (WPB) - 1981
Rekha K (WPB) - 2002
Steve F (WPB) - 1995
Stuart K (WPB) - Membre fondateur de WPB 1975
Yuen C (WPB) - 2002

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