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11 novembre 2001
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Lhistoire du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale 1980-1991
"Chaque parti était plus ou moins victime de la fausse orientation de départ, pourchassait des fantômes, négligeait les processus réels, transformait les mots dordre révolutionnaires en phrases ronflantes, se compromettait aux yeux des masses et perdait pied.
Trotsky, juillet 1928 (uvres I, p. 315)
De toutes les tendances qui se proclament être la Quatrième Internationale, cest probablement le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale (SUQI), dont la section française est la LCR, qui a le plus le droit de le faire.
A la différence dautres tendances, qui s'appuient essentiellement sur une direction nationale, le SUQI a une direction internationale qui a maintenu une certaine continuité de personnel avec les jeunes militants, groupés autour de Michel Pablo, qui ont reconstruit lInternationale dans laprès-guerre.
Mais cest sur point que sarrête la validité de cette proclamation de continuité avec la Quatrième Internationale de Trotsky. Ce qui est important dans la question de la continuité révolutionnaire ce nest pas une version marxiste de la succession apostolique. La méthode politique du SUQI nest pas celle de Trotsky; elle puise plutôt ses origines dans la dégénérescence centriste qui sest produite entre le deuxième et le troisième congrès mondial de la Quatrième Internationale, cest-à-dire entre 1948 et 1951.
Pendant plus que quarante ans le SUQI et ses prédécesseurs ont effectué une série de tournants aussi brusques quopportunistes en réponse aux changements produits par la lutte de classe internationale. Ils ont révisé et re-révisé leur version centriste du trotskysme, jusquà ce quelle perde tout rapport avec les idées et luvre du fondateur du mouvement.
Depuis le début des années 80 le visage du SUQI a changé dramatiquement. Lune de ses sections les plus importantes, le Socialist Workers Party des Etats-Unis - SWP(E-U) - a connu des vagues dexclusions répétées, suivies dune dégénérescence vers une forme de néo-stalinisme et a finalement quitté le SUQI. Des sections en Grande-Bretagne et en France, qui étaient parmi les plus fortes, ont connu une chute spectaculaire des effectifs ou des scissions dune complexité inouïe et avec un contenu politique inexistant. Des éléments fondamentaux du marxisme révolutionnaire - concernant notamment la nature de lEtat, la révolution permanente et la révolution politique - ont été ouvertement mis au rancart.
On peut alors se poser la question : comment se fait-il que le SUQI ait pu se maintenir depuis si longtemps, malgré cette méthode centriste? Pourquoi na-t-il pas été obligé par les événements majeurs de la lutte de classe internationale de se positionner, une fois pour toutes, dans le camp du stalinisme contre-révolutionnaire, ou dans celui de la social-démocratie ou encore dans ceux dautres courants bourgeois présents dans le mouvement ouvrier?
La réponse se trouve dans la marginalisation relative du SUQI par rapport à ces luttes historiques. Ne jouant pas un rôle directeur, le SUQI et ses prédécesseurs ont pu éviter les conséquences directes de leurs trahisons politiques, quelles aient eu lieu en Bolivie (1952), au Sri Lanka (1964), au Portugal (1974), au Nicaragua ou en Iran (1979).
La direction du SUQI nignore pas de ces erreurs profondes. Elle les assume quelquefois - à sa façon, bien entendu. Le procès suit les règles suivantes. Au bout du compte, les conséquences désastreuses de la série de renonciations opportunistes face aux forces bourgeoises, petite-bourgeoises ou réformistes deviennent évidentes pour tout le monde au sein du SUQI, ce qui conduit à la perte de sections entières et la dispersion de générations de cadres.
Le SUQI fait alors son auto-critique- bien limitée! - et retombe dans le même travers une fois encore, toujours à la recherche dune nouvelle alternative. Malgré des vacillations incessantes et la dégénérescence continue du SUQI, il existe bien une méthode spécifique et centriste - un centrisme ossifié - derrière tous ces divers tournants.
Entre 1948 et 1951 la Quatrième Internationale a dégénéré en cette forme de centrisme du fait de lexpansion mondiale du stalinisme et des renversements bureaucratiques du capitalisme en Europe de lEst, en Chine et en Yougoslavie. Ces événements historiques ont apparemment réfuté la caractérisation du stalinisme par Trotsky comme une force contre-révolutionnaire, et sont aussi allés à lencontre des perspectives du fondateur de lInternationale.
En fait la confusion ne se trouvait pas dans les analyses de Trotsky, mais plutôt dans linterprétation des événements de laprès guerre donnée par la direction Pablo, Mandel, Frank et Cannon.
Selon lensemble de la direction de la Quatrième Internationale, si Staline, Tito ou Mao pouvaient faire la révolution, la QI et son programme nétaient plus nécessaires, au moins durant une première étapede la révolution mondiale. Ces événements expliquaient aussi facilement le fait que lInternationale nétait pas devenue la force décisive sur la planète, comme lavait pronostiqué Trotsky au début de la deuxième guerre mondiale.
Au troisième Congrès Mondial lInternationale sest donc dotée dune méthode centriste. Elle sest réarmée, consciemment, avec la méthode de ladaptation politique systématique aux courants vivant à lintérieur ou gravitant autour du stalinisme, du nationalisme petit-bourgeois et de la social-démocratie. Les fruits de cet abandon du vieux trotskysme- déjà qualifié de sectaire- ont porté rapidement leurs fruits.
Dès 1953, lInternationale connaissait des scissions, des réunifications et encore de nouvelles scissions, tandis que des luttes fractionnelles explosaient à propos de la force réformiste, bourgeoise ou petite-bourgeoise vers laquelle il convenait de se diriger. Durant les décennies suivantes cette méthode a mené directement aux fausses perspectives, aux tactiques erronées et aux tournants désastreux.
Les années 80 nont pas fait figure dexception; une erreur centriste était suivie par une autre du même type. Du Nicaragua à lURSS, en passant par la Pologne, la méthode du SUQI a conduit inlassablement à un effondrement politique et organisationnel.
Des militants du SUQI répondent souvent que, malgré toutes les erreurs de leur organisation, elle na jamais connu son 4 août, date fatidique pour la Deuxième Internationale quand ses partis de masse ont soutenu leurbourgeoisies lors de léclatement de la 1ère guerre mondiale. En effet, la Quatrième Internationale nest pas la IIème, et encore moins la IIIème.
A la différence de ces deux dernières, la Quatrième Internationale, de sa fondation en 1938 jusquaux miettes daujourdhui, na jamais été autre chose quune Internationale de propagande. La Deuxième et la Troisième Internationale ont été, toutes deux, des Internationales de masse.
Cest pour cela que Trotsky a attendu de rompre avec lInternationale Communiste jusquen août 1933. Depuis presque dix ans, lInternationale avait commis des erreurs centristes. Des erreurs qui, à la différence de celles du SUQI, ont coûté la vie à des milliers de militants.
De la révolution allemande, ratée en 1923, en passant par le soulèvement dEstonie en 1924, la grève générale en Grande-Bretagne de 1926 et, tragiquement, le massacre des communistes chinois en 1927, la politique centriste de lInternationale navait mené quà la défaite. Et pourtant, Trotsky refusait de rompre.
Cette politique nétait nullement un attachement sentimental à lInternationale fondée par Lénine et lui-même, ni une sous-estimation de la gravité politique de ses erreurs. Cétait une estimation des forces à lintérieur de lInternationale, notamment celles de la base ouvrière, composée des centaines de milliers de militants à léchelle mondiale.
Malgré les trahisons centristes de lInternationale, Trotsky sattendait à que la base réponde et rejet la politique stalinienne. Quand il navait aucune réponse de la base ouvrière à la trahison allemande de 1933, Trotsky avança le mot dordre de la Quatrième Internationale.
Quelles sont donc les leçons pour aujourdhui? Plus une organisation est petite, plus la question de sa politique est importante pour déterminer sa nature. A la différence de lInternationale Communiste centriste de 1924-1933, le SUQI na pas des centaines de milliers dadhérents. Ses erreurs politiques sont dautant plus importantes, plus parlantes, plus décisives pour révéler sa véritable nature.
Les années 80 se sont terminées par un événement historique de taille - lagonie du stalinisme. Cette dernières mine lexistence même des Etats qui ont été une boussole politique lors la dégénérescence politique de la QI.
La désintégration du stalinisme sous toutes ses formes - y compris au Vietnam et à Cuba - et la chute du nationalisme petit-bourgeois - y compris au Nicaragua - privent le SUQI de toute direction alternative, empiriqueou inconscienteà laquelle il pourrait sadapter.
Cette politique, de moins en moins praticable aujourdhui, se trouve dès lorigine du SUQI. A la base de laccord qui a aboutit à la réunificationde 1963 entre le Secrétariat Internationalet une partie du Comité International, dont le SWP-EU, il y avait la position commune que la direction castriste était composée de trotskystes inconscients.(1)
Dans les années à venir, des événements se produiront qui mèneront le SUQI au bord du gouffre, jusquau moment où sa méthode, déjà vieille de quarante ans, ne pourra plus mener nulle part et que toute identification maintenu avec le trotskysmesera perçue comme un poids inutile. Les événements de la dernière décennie ont révélé que lHistoire est en train dinterpeller lInternationale. Les réponses centristes apportées par le SUQI montrent bien les limites de sa prétention à détenir lhéritage politique de Trotsky.
Lombre nicaraguayenne
La rapide décomposition du SU sest produite à la suite de la révolution Sandiniste au Nicaragua en 1979. Après une hésitation sectaireinitiale, le SUQI a capitulé comme dhabitude au nationalisme petit-bourgeois. Il a abandonné tout programme pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière, pour létablissement dun gouvernement ouvrier et paysan, et, bien entendu pour la création dun parti révolutionnaire pour diriger cette lutte. A leur place, le SUQI a prôné le soutien du gouvernement de front populaire, dominé par les sandinistes.
Sans doute, il aurait été trop gênant de sopposer publiquement à la condamnation par Trotsky de tout soutien au front populaire. Le SUQI a donc effectué une révision encore plus flagrante du marxisme, et sest lancé dans une lutte fractionnelle féroce sur la nature du Nicaragua, afin de démontrer quil était (et est toujours) un Etat ouvrier sain, ou, jusquà la victoire électorale de Violetta Chamorro, un gouvernement ouvrier et paysan révolutionnaire. Les conséquences théoriques de ces positions furent à lorigine dune série de luttes fractionnelles qui continuent jusquaujourdhui, et qui ont mené directement au départ du SWP(E-U).
Le grand problème pour les deux fractions était que, malgré toutes ses formes, le gouvernement ouvriersandiniste était un défenseur acharné du capitalisme nicaraguayen. Les faits étant assez clairs, ceux-ci nont pu les nier. Ainsi Livio Maitan, lun des dirigeants les plus expérimentés du SUQI, écrivait en 1985 : Cinq ans après la victoire du 19 juillet la bourgeoisie en tant que classe sociale maintient une considérable influence et détient non des secteurs marginaux ou, en tout cas, minoritaires, mais des secteurs vitaux pour léconomie du pays dans son ensemble. (2) Et pourtant, Maitan en concluait quil sagissait dun Etat ouvrier, position que le SUQI a maintenu jusquau dans les années 90 ! (3)
Les résultats de cette défense de léconomie capitaliste par le FSLN nont pas été longs à porter leurs fruits. Les travailleurs lont bien compris à travers leurs expériences. Selon le SUQI, les salaires réels des travailleurs nicaraguayens ont été réduits de 99% au cours des années 80! (4) Mais pour le SUQI, cette attaque sauvage nétait quune tactiquequi était indubitablement nécessaire! (5)
Ce soutien honteux à une politique anti-ouvrière est la conséquence directe de la caractérisation par le SUQI du Nicaragua comme un Etat ouvrier depuis 1979, malgré lexistence continue des rapports de propriété capitalistes.
Ayant fait la bringue sandiniste pendant douze ans, le SUQI a dû, suite à la débâcle inattenduedu candidat Daniel Ortega lors de lélection présidentielle de 1990, devenir soudainement plus critique vis à vis de ses anciennes idoles. Il ny a pas deux ans, le SUQI chantait les louanges des sandinistes pour avoir dépassé Lénine et Trotsky en matière de démocratie. (6)
Aujourdhui, nos chers trotskystesont trouvé le courage de critiquer le FSLN pour les erreurs graves commises au cours des années pendant lesquelles il a exercé le pouvoir,(7) comme loppression des minorités, le contrôle bureaucratique des organisations de masse, le programme daustérité inspiré par le FMI et ladoption de la démocratie bourgeoise.
Cest à dire précisément les critiques que dans le passé le SUQI rejetait comme sectaires.
Mais même aujourdhui le SUQI trouve des excuses pathétiques aux dirigeants du FSLN. Le 13ème Congrès Mondial de février 1991 vient de les absoudre de tout blâme. Les touristes révolutionnaires du SUQI se demandent si des conseils ouvriers et une milice ouvrière nauraient pas été mieux, mais, il ne faut pas oublier, nest-ce pas, que le problème est darriver à une démocratie directe... lorsque leuphorie révolutionnaire existe encore.(8)
En fin de compte, pour le SUQI, tout cela ne compte que pour des prunes. Le refus du FSLN de rompre avec le capitalisme, et sa volonté de faire payer la crise aux masses étaient dûs au fait que la politique économique du FSLN a été déterminée, essentiellement, par les contraintes de la situation internationale.(9)
Le rejet par le SUQI de la ligne de Trotsky sur la Chine des années 20, (10) et ainsi son refus effectif du programme de la révolution permanente, ont mené tout droit à la conclusion du 13ème Congrès, bien sandiniste : La stratégie sandiniste de conquête du pouvoir était la seule voie possible dans un pays comme le Nicaragua. (11)
La dernière stupidité, cest que pour le SUQI, malgré le caractère bourgeois du programme sandiniste, lexistence ininterrompue du capitalisme, labsence de toute démocratie ouvrière, et même larrivée au pouvoir du gouvernement Chamorro, le Nicaragua reste un Etat ouvrier. Pourquoi? Parce que les sandinistes contrôlent toujours larmée, et que donc le pouvoir révolutionnaire na pas été démantelé. (12)
La généralisation à partir de lexpérience nicaraguayenne
Peu de temps après que le FSLN a pris le pouvoir, le SUQI tenait son 11ème Congrès mondial. Si proche de lévénement, le SUQI a trouvé difficile de tirer les leçons principielles pour la construction du parti; il sest limité à son traditionnel soutien inconditionnel et sans critique. Mais pendant les années qui ont suivies, la direction du SUQI a eu le temps de réfléchir sur les résultats et les conséquences de la révolution sandiniste pour sa propre stratégie et tactique.
Depuis belle lurette, les perspectives politiques du SUQI sont marquées par un optimisme béat vis à vis de lavance inévitable de la révolution internationale. Pour le SUQI, le processus de la révolution mondialesemble agir comme une force naturelle, qui, sur le fond, na pas besoin de lintervention consciente des révolutionnaires.
En 1969, en 1974 et encore en 1979, les Congrès mondiaux du SUQI, qui se tenaient au milieu dévénements révolutionnaires ou très militants, ont avancé des perspectives pourtant assez farfelues. Le 11ème Congrès (1979), par exemple, a proclamé quencore une fois, la révolution frappe à la porte des pays impérialistes. (13)
Moins de trois ans plus tard, à la réunion du Comité Exécutif International (CEI) de mai 1982, Daniel Bensaïd proposait de remplacer ce genre de délire par une bonne dose de réalisme: Nous devons laisser de côté toute mégalomanie messianique, regarder la réalité - y compris la nôtre - dans le yeux, et nous mettre au travail, patiemment.(14) Mais lhystérie des perspectives du 11ème Congrès na en fait été remplacée que par celle du 10ème Congrès (1974) dune perpétuelle recomposition du mouvement ouvrier mondial(15) liée à la nième version de la conception SUQIste de la révolution mondialecomme processus inévitable.
Bensaïd expliquait la nouvelle orthodoxie au sein de la direction du SUQI. En fait, la perspective nimpliquait quune légère nuance par rapport à celle du 11ème Congrès: Tout simplement, nous nous trouvons aujourdhui au seuil dune nouvelle vague de radicalisation à léchelle internationale qui sera incomparablement plus profonde et plus prolétarienne que celle de la fin des années 60. (16)
La révolution, semblait-il, nétait plus en train de frapper à la porte, mais pouvait être aperçue en bas, en train de composer le code dentrée. Pour effectuer ce tournant il a fallu la lourde dose habituelle dimpressionnisme et dexagération : Aujourdhui plus que jamais, nous pouvons voir quotidiennement la vérification de lunité dialectique de la révolution mondiale. Il ny a pas un seul événement majeur de la lutte de classe internationale qui ne provoque une réaction en chaîne jusquaux antipodes.(17)
La base objective de ces perspectives apocalyptiques était la révolution sandiniste. Le SUQI, ayant ré-caractérisé le Nicaragua comme un Etat ouvrier, avait aussi commencé à réfléchir sur les conséquences de la victoire du FSLN, et de la guérilla au Salvador.
Etant donné le retrait de la classe ouvrière européenne sous les coups de marteau de loffensive capitaliste et des trahisons des dirigeants réformistes, tout était prêt pour un nouveau tournant dans les perspectives du SUQI. Cest ce qui sest produit au 12ème Congrès Mondial, en 1985.
A première vue, le Congrès semblait avoir appris quelques leçons fondamentales des erreurs de méthode commises par le SUQI dans le passé : chaque grande étape de son existence a été dominée par une perspective de percée globale à court ou moyen terme. (18)
Comme un alcoolique qui dit que, cette fois-ci, il a définitivement arrêté de boire, le Congrès affirmait : la fonction et lavenir de la IVème Internationale ne repose sur aucune solution miracle à court terme (...) La perspective réelle est celle dun processus beaucoup plus long et plus complexe de reconstitution dune avant-garde à léchelle internationale.(19)
Mais lexplication de cette modestie soudaine avait dautres raisons. Le Congrès ne marquait pas un tournant vers la construction des sections en tant que groupes de propagande - ce qui est leur véritable nature - comme noyaux des partis révolutionnaires futurs. Non : le SUQI était à la recherche dune nouvelle direction de rechange.
Comme dhabitude, la direction du SUQI voyait les sections, voire lInternationale elle-même, comme un obstacle à la recompositiondune nouvelle avant-garde : Aujourdhui-même, le développement international de la lutte de classes, les avancées de la révolution, linstauration de nouveaux Etats ouvriers, nourrissent un mouvement général de recomposition du mouvement ouvrier et de son avant-garde. Dans ce contexte, des courants peuvent apparaître qui oscillent non plus entre le réformisme et la révolution, mais entre linternationalisme révolutionnaire et la bureaucratie soviétique; ou de façon bien plus complexe encore, entre la révolution, le réformisme, la bureaucratie soviétique et la bureaucratie chinoise. (20)
Cette analyse était composée de deux éléments. Dabord, il y avait loptimisme objectiviste habituel qui est incapable de tirer un bilan des défaites comme des victoires : Nous ne sommes quau début de transformations profondes et durables dans le mouvement ouvrier. (21)
Puis, il y avait la focalisation évidente sur le fait quil existe certainement aujourdhui dans plusieurs pays des Sandinistes de demain, (22) qui, avec dautres tendances qui étaient en train de se recomposer, composaient des cibles privilégiées du SUQI. Désormais, la tâche principale des sections était de retrouver ces éléments et de les encourager vers leur destin inévitable.
Pour appuyer ce tournant, le Congrès faisait appel à Trotsky. Daprès le SUQI le Bloc de Quatreproposé par Trotsky en 1933 impliquait quil nenvisageait pas à lépoque une Internationale réduite aux marxistes révolutionnaires, mais une Internationale plus large dont ils seraient une composante décisive. (23)
Les thèses sur la Construction du Parti, adoptées par le Congrès, ont proclamé leur fidélité à la politique de Trotsky, disant quun rapprochement avec dautres forces peut prendre des formes variées allant de lunité daction systématique, à létablissement des comités de liaison stables, ou à des unifications. Dans le cas des fusions avec des organisations révolutionnaires ou des courants centristes de masse qui évoluent vers la gauche, laffiliation à lInternationale de lorganisation unifiée ne constitue pas un préalable de principe. (24)
Mais la méthode du SUQI en cherchant à sorienter vers ces tendances nétait pas celle de Trotsky lors du développement des véritables mouvements centristes évoluant vers la gauche entre 1933 et 1936. Bien entendu, il fallait utiliser une gamme de tactiques : des actions unies, des blocs politiques qui avaient comme but la fusion, et, dans le cas des partis de masse, lentrisme. Mais la flexibilité organisationnelle de Trotsky était liée à la nécessité dune critique claire des dirigeants centristes et une lutte incessante pour le programme.
Lobjectif était, avant tout, la construction dune nouvelle Internationale communiste révolutionnaire, la Quatrième Internationale. Ce but nétait pas caché un seul moment. A la différence du SUQI, cétait clairement un préalable de principechez Trotsky.
La position du Congrès annonçait lopposé de la pratique de Trotsky. Un signal clair était donné aux sections du SUQI. La direction disait, grosso modo : Si vous pouvez fusionner avec un autre groupe, allez-y. La prochaine Internationale quon construira sera un bloc avec les sandinistes et leurs consorts, donc on peut oublier ce gadget que serait la Quatrième Internationale pendant toute une période historique.
Les sections effectuent le nouveau tournant
La première section à suivre lavis du 12ème congrès et à se dissoudre fut le GIM de la RFA. Au début de 1985 il a fusionné avec le KPD, ex-maoïste, pour créer le VSP, qui était, lui, réformiste.
Le programme de fusion ne laissait pas seulement ouverte la question de lInternationale, mais aussi celle de la nature de lURSS et des autres Etats ouvriers dégénérés, la nature des Verts et du SPD, la tactique des révolutionnaires dans les syndicats, la question du socialisme dans un seul payset la nature de la révolution socialiste!
Cette fusion aurait décroché le record mondial des accords sans principe! De plus, elle nétait même pas utile pour créer la base dun travail commun en RFA. Mais ceci, bien entendu, était loin dêtre le problème qui préoccupait le plus le SUQI. Ils voulaient dabord sorienter vers la recomposition du mouvement ouvrer mondial. Malheureusement, le GIM ne fusionnait pas avec une nouvelle direction en train de se recomposer, mais avec les restes du maoïsme des années 70 qui étaient en train de se décomposer.
Une tactique similaire a été opérée au Pérou. Mais alors que le GIM était depuis longtemps une organisation très affaiblie, la section péruvienne, le PRT, avait été assez forte. En 1978 Hugo Blanco, dirigeant de la section et mondialement connu pour son travail auprès des paysans, avait gagné plus de 9% des voix lors de lélection présidentielle.
Malgré cette base assez forte, en 1985 le PRT sest dissout formellementau sein du PUM, organisation réformiste de gauche. Assez rapidement, il est apparu quil ny avait rien de formellà-dedans. La section péruvienne nexistait plus.
Lentrée au sein du PUM poussait les anciens dirigeants du PRT vers des positions de plus en plus opportunistes. Par exemple, lors des élections présidentielles au Pérou, en 1990, le PUM - y compris son infime composante SUQI - appelait à voter pour le candidat réactionnaire et néo-libéral, Fujimori. Lexcuse donnée était que les masses avaient lillusion que le réactionnaire Fujimori était mieuxque le réactionnaire Mario Vargas Llosa.
Le SUQI na jamais critiqué ses militants pour cette position. Le Congrès Mondial de 1991 nen a pas parlé, et sest contenté de se féliciter pour le travail au Pérou. (25) Même devant la férocité des attaques menées par Fujimori contre la classe ouvrière, les militants du SUQI au Pérou nont rien trouvé de mieux à dire que cet appel à voter Fujimori a été cause de confusion! (26) Hugo Blanco, élu Sénateur avec seulement 0,2% des voix, cette-fois ci, est sans regrets. Ceci malgré le fait que, comme il ladmet lui-même, Fujimori suit le même programme que Vargas Llosa. (27)
Sans gène, il dit de cette trahison Je crois toujours que ce nétait pas une erreur, (28) pour la raison bizarre que parce les masses se sentent trahies par Fujimori elles luttent avec plus dacharnement que dans le cas où le romancier réactionnaire avait été élu!
Peu importe le devoir des révolutionnaires de dire ce qui est, de lancer des avertissements aux masses afin que lavant garde puisse se dire : ce parti nous a averti, il ne partageait pas nos illusions stupides, il savait comment se donner une ligne de classe.
Lopportunisme vis à vis des figures bourgeoises a été un élément habituel de la politique du SUQI et de ses ancêtres, de Péron en Argentine, en passant par Ben Bella en Algérie, Ortega au Nicaragua et bien dautres. Plus récemment, le joyau de la couronne latino-américaine du SUQI, le PRT mexicain, a suivit cette voie sans issue.
Lobscur objet de désir du PRT est Cuauhtemoc Cardenas, un bourgeois radical qui a rompu avec le PRI dirigeant. Son programme représentait un retour au populisme nationaliste le plus pur. Sans ouvertement soutenir Cardenas, le PRT commençait à imiter sa politique.
Avant que Cardenas ne crée son nouveau parti, Rosalia Pereo-Aguilar, une des porte-paroles du PRT et député, a proclamé au Parlement : Pour faire progresser ce pays, il faut prendre une autre voie, nationale, populaire, démocratique, qui permette de satisfaire les besoins des travailleurs et de défendre la souveraineté du pays face aux agressions étrangères. (29)
Un autre dirigeant du PRT a décrit la politique de lorganisation comme celui de : faire des fronts politiques avec dautres courants dextrême-gauche pour faire pression sur le courant nationaliste bourgeois. (30)
Pendant les élection présidentielles de juillet 1989 - marquées comme dhabitude par une fraude massive au profit du parti au pouvoir - Cardenas a été battu par le candidat du PRI. Une minorité du PRT, dirigée par le dirigeant du PRT Adolfo Gilly, avait préalablement rompu avec le parti, qui a présenté son propre candidat, pour soutenir Cardenas.
Le PRT - dont la politique nétait pas très différente de celle du PRD de Cardenas - sen est très mal sorti : il na recueilli que 0,4% des voix selon les chiffres officiels, 1,5% selon ses propres chiffres, perdant ainsi ses députés.
Pour le PRT, il nétait pas question de mettre en avant la construction de la résistance ouvrière et paysanne face à la politique des nationalistes bourgeois. Il fallait plutôt faire pressionsur les dirigeants de la bourgeoisie.
Depuis lélection présidentielle, la politique du PRT a été affinée - ou plutôt réduite - au simple projet de collaboration de classe avec le bourgeois Cardenas et son PRD, à travers la construction dune alliance privilégiéeavec ce dernier. (31) Ayant perdu bon nombre de militants à Cardenas, le PRT a voulu du rab!
Au 13ème Congrès Mondial, cette ligne a été codifiée sous la forme des thèses sur lAmérique latine. Le SUQI considérait que la gauche révolutionnaire a négligé la lutte pour la démocratie et pour la défense de la nation opprimée. (32)
La leçon quil faut retenir, selon le SUQI, cest limportance du peuple- une catégorie sociologique basée sur les critères de richesse, sans contenu de classe explicite - et la stratégie de la formation des fronts politiquesqui sont un instrument fondamental dans la lutte pour la conquête de lhégémonie dans des alliances possibles dans la société. Leur fonction nest pas conjoncturelle, mais à long terme. (33)
Les bases politiques des telles organisations, les objectifs qui justifieraient une telle longévité, nont pas été expliqués.
Furent-elles des front unis pour laction, ou des blocs pour la propagande commune? Sont-elles des pseudo-partis ou une combinaison amorphe de toutes ces possibilités? La seule chose dont on peut être sûr, cest quelles seraient un prétexte pour ne pas construire des partis révolutionnaires sur de véritables bases programmatiques.
Entre le 12ème et le 13ème Congres, le ruisseau de fusions et daccords sans principes est devenu un torrent. Autour du monde, des sections du SUQI se sont jetées dans le processus de dissolution au sein de nimporte quelle organisation nationaliste, réformiste ou centriste droitière qui les accepterait.
En Colombie, la section a disparu sans laisser de trace au sein du front réformiste vague, A Luchar.
En Italie, la LCR est entrée au sein de Democrazia Prolétaria (DP), trois ans après avoir refusé de le faire sur des bases programmatiques. DP elle-même vient de décider sa dissolution au MRC, mouvement crée par des staliniens de lex-PCI.
En Grande-Bretagne la section sest scindée en deux, sur la question de savoir quelle force au sein du Parti travailliste était la mieux adaptée à les recevoir. La Socialist Actionde John Ross a fusionné avec un groupe de militants réformistes autour du député Livingstone, tandis que les militants de Socialist Outlooksont devenus des colleurs daffiche pour Tony Benn, autre député travailliste.
Ni lune ni lautre section ne se réclament ouvertement du SUQI. Pendant les années 80, toutes deux ont refusé toute critique profonde des dirigeants syndicaux de gauchequi formaient une autre cible de la recompositionfictive.
Au pays basque, la section du SUQI, la LKI, a fusionné avec le MKE, ex-mao et nationaliste, sur la base dune position complètement opportuniste sur la question nationale. (34) Cette tactiquedésespérée vient dêtre répétée dans toute lEspagne : la LCR espagnole nexiste plus.
Au milieu de 1991, des membres corses de la LCR française ont fusionné avec un groupe nationaliste corse.
En Bolivie le POR-Gonzales a quasiment disparu à la suite de sa participation en 1985 sur liste DRU de Lechin aux élections syndicales de la COB, la centrale bolivienne. Ensuite, Lechin - un bureaucrate réformiste et nationaliste - a soutenu la coalition réactionnaire du MNR.
En Suisse le PSO a participé à une liste Vert Socialiste Alternativelors des élections cantonales de novembre 1990. Lun des dirigeants du PSO, Hanspeter Uster, a été élu et est devenu Ministre de la Justice et de la Police du Canton de Zug, à côté de Zurich!
Les manuvres opportunistes nont pas toujours marché, mais les échecs sont aussi parlants que les réussites.
En France la LCR a fait de son mieux pour fusionner avec les Rénovateurs, autour de la candidature Juquin aux élections présidentielles de 1988. Malgré des dizaines darticles qui ont chanté les louanges de Juquin et le fait que la LCR ait été la force motrice de sa campagne présidentielle, Juquin refusait les ouvertures de la Ligue, après avoir recruté quelques militants grâce à une scission mineure...
En Belgique le POS proposait la fusion au PTB, organisation maoïste qui proclamait que le trotskysme était contre-révolutionnaire! Mais les maos avaient plus de principes que les trotskards, et ont refusé la proposition.
Dans dautres régions du monde, là où le SUQI navait pas encore de sections et où il décidait quil existait déjà des sandinistesréels ou potentiels, il na fait aucun effort pour construire des noyaux révolutionnaires ouvertement déclarés.
En Afrique du Sud le SUQI ne pouvait pas se décider doù le courant évoluant vers la gaucheallait surgir. Dabord il a visé lAZAPO et le National Forum, mais en février 1986 le CEI a décidé que le Forum avait perdu le combat pour lhégémonie du mouvement de masse. La résolution a parlé - une seule fois! - du besoin dun parti révolutionnaire en Afrique du Sud, mais ce nétait quun rideau de fumée : la véritable orientation consistait à faire pression sur la direction de masse. La conclusion inévitable était tirée moins dun an plus tard, quand le CEI a déclaré que les organisations de la Quatrième Internationale devront partout chercher particulièrement à développer des liens avec lANC. (35)
Aux Philippines, le SUQI sest opposé à toute tentative de construire une section, et a conseillé aux révolutionnaires de suivre la direction bourgeoise de Cory Aquino. Il a prôné un soutien passif à Aquino aux élections présidentielles, dans le souci d éviter à tout prix de rompre lunité de combat contre Marcos. (36)
Au Sri Lanka cette ligne électorale anti-impérialisteet de collaboration de classe a aussi été appliquée. Le NSSP, ayant rompu avec lorganisation internationale de la Tendance Militant britannique, a été accepté en tant que section sympathisante du SUQI au 13ème Congrès Mondial, malgré sa collaboration avec la réactionnaire Mme Bandaranaike, ex-Premier Ministre de lîle.
Selon Salah Jaber, qui a présenté un rapport sur le NSSP au Congrès, Le NSSP a donc accepté publiquement de soutenir Mme Bandaranaike comme le candidat commun de lopposition pour les élections, mais en avançant une plate-forme électorale distincte soutenue par un candidat de leur parti (le NSSP) pour lequel, en tout état de cause, ils nappeleraient pas à voter. (37)
Jaber continuait, non sans gêne, Dans les conditions spécifiques de lîle, les larges masses pourraient peut-être ne pas considérer cela comme une question tactique. (38) Cest lui qui le dit. La position du NSSP - qui na toujours pas été critiquée par le SUQI - était un trahison des luttes paysannes et ouvrières au Sri Lanka, sans parler de la lutte nationale des Tamouls.
Tous ceux qui se sont soulevés contre Bandaranaike quand elle a été au pouvoir ont connu une répression sanglante. La tactiqueconsistant à présenter un faux candidat nétait rien dautre quun leurre pour détourner lattention de leurs positions réformistes.
La révolution politique en Pologne
Les années 80 ont commencé et ont fini par des événements majeurs dans les Etats staliniens. La crise révolutionnaire qui a secoué en 1980-81 la Pologne nétait quune répétition générale des événements tumultueux de 1989-1991.
La crise aiguë de léconomie planifiée bureaucratique a conduit à des luttes ouvrières de masse contre la dictature stalinienne. Pour la première fois, un mouvement syndical indépendant, Solidarnosc, était reconnu par la loi et par le gouvernement. Des conseils ouvriers embryonnaires surgissaient des décombres du système stalinien. (39)
La question de la direction fut posée de façon particulièrement aiguë. Les dirigeants de Solidarnosc autour de Walesa ont adopté un programme qui envisageait une voie ré-formistepour la restauration du capitalisme. Mais la masse de la classe ouvrière était loin dêtre unie derrière ce programme, et le potentiel dune lutte des travailleurs pour la révolution politique persistait jusquau jour de décembre 1981 où les chars de Jaruzelski ont écrasé le mouvement.
Comme on pouvait sy attendre, le SUQI, face au développement de Solidarnosc, a rapidement caché la bannière de la révolution politique. Il ne voyait pas lintérêt de lutter pour la construction dun parti révolutionnaire trotskyste pour diriger la révolution anti-bureaucratique.
A sa place, une nouvelle direction empiriquesortie de la recomposition du mouvement ouvrieret exprimant le destin de la révolution mondialeétait trouvée : la direction autour de Walesa. Toute critique de Walesa et de son programme était fortement limitée.
Au lieu de sorienter vers les conseils ouvriers embryonnaires, de mener un combat pour quils deviennent des instruments de la lutte pour la prise du pouvoir, les dirigeants du SUQI ont suivi la direction de Solidarnosc, qui, elle, appuyait la création dune deuxième chambre du Sejm (le parlement polonais).
Pour montrer son caractère trotskystele SUQI a gauchisécette ligne en appuyant la centralisation et le développement des conseils ouvriers dautogestion et pour la constitution de leur représentation nationale sous la forme de la Seconde Chambre de producteurs. (40)
La première chambre serait élue avec des techniques bourgeois classiques. Cette combinaisonde la démocratie ouvrière et la démocratie bourgeoise était en fait empruntée aux centristes de droite du début des années 20, mais le SUQI la présenté comme une transitionvers la démocratie des conseils ouvriers.
En fait, comme le montre lexpérience de lAllemagne daprès la révolution de 1918-19, ou celle des conseils ouvriers polonais de 1956, les conseils ouvriers qui se permettraient dêtre ainsi rendus impuissants, vont disparaître bien rapidement.
La démocratie indirecte et atomisée du parlement bourgeois pèse lourdement : elle conduit à la passivité de la classe ouvrière et elle maximise le poids mort de la paysannerie et de la classe moyenne. Elle permet à lexécutif et à la bureaucratie dEtat dagir systématiquement contre les intérêts des producteurs.
Bref, cest loin dêtre un organe neutre. Même en labsence de la bourgeoisie et des rapports de propriété capitalistes, le Parlement est un instrument bourgeois, dirigé contre la dictature prolétarienne.
Les staliniens ont utilisé des parlements fantoches pour remplacer des conseils ouvriers et pour déguiser - même si ce fut sans grand succès - la dictature du parti et de la bureaucratie sur les travailleurs.
A son tour, le triomphe dune véritable démocratie parlementaire sur la dictature bureaucratique ne serait quune manière de tromper les travailleurs et de déguiser la triomphe des forces dont le but est la restauration rapide du capitalisme.
Apporter son soutien au parlementarisme bourgeois est une terrible caricature du programme de la révolution politique. Les conseils ouvriers - dont la Pologne avait lexpérience directe - aurait du être au centre de lagitation et de la propagande révolutionnaires.
Nous navons pas peur de dire que, loin davancer une combinaisonde la démocratie bourgeoise et la démocratie prolétarienne, les révolutionnaires auraient dû appuyer la dernière en opposition à la première.
Celle-ci nétait pas dabord ou seulement une tâche propagandiste : dans les rapides de la révolution, il aurait fallu se centrer sur la tâche qui consistait à gagner les comités inter-usines à un programme daction pour la conquête du pouvoir, et à utiliser le pouvoir pour résoudre la crise économique polonaise à travers la mise en uvre dun plan démocratiquement établi.
Après le coup dEtat de Jaruzelski, une série de débats a éclaté au sein des camps, en exil, et dans la clandestinité, lorsque la gauche polonaise cherchait à tirer les leçons de léchec de Solidarnosc.
Des militants du SUQI ont tenté de rassembler le noyau dune nouvelle organisation en Pologne. Mais dès le début ils ont cherché une nouvelle direction de remplacement quils pourraient suivre. Cette-fois ci, cette équipe de remplacement était le WSN (Liberté-Justice-Indépendance), organisation ouvertement contre-révolutionnaire, dirigée par Jacek Kuron.
Cette organisation, crée après la dissolution du KSS-KOR en octobre 1981, était ouvertement en faveur de la démocratie parlementaire et la restauration du marché comme partie intégrante de la révolutionpolonaise à venir.
Le SUQI a refusé de caractériser le WSN comme étant en faveur de la restauration du capitalisme, et sest adapté à Kuron déclarant que du système de la démocratie parlementaire ne découle daucune façon le caractère de la propriété des moyens de production. (41)
Quelle sophisme!
Le capitalisme ne découlepas des institutions parlementaires, mais ils sont un sacré instrument pour le créer! Kuron, même sil était certainement reconnaissant de lalibi de gauche que le SUQI lui a fourni, avait dautres chats à fouetter, plus importants; de plus en plus il a laissé tomber la rhétorique socialiste.`
Paralysie et adaptation face à Gorbatchev
Au début, il semble que la politique avancée par Gorbatchev - la perestroïka et la glasnost - a pris le SUQI de court. Un premier document programmatique nétait adopté quau CEI de 1987, deux ans après que Gorbatchev avait pris le pouvoir.
Et parce quil se demandait si le Bonaparte soviétique ne pourrait pas devenir un agent inconscientdu programme de Trotsky, le SUQI évitait soigneusement toute question de la révolution politique ou de la construction dune section soviétique pour la diriger.
A leur place, le CEI avançait un programme de ce que lexpert ès URSS, Catharine Samary, appelait une glasnost profonde.
Ce programme liait une série de revendications démocratiques de base (abolition de la censure, liberté pour les prisonniers politiques, droit de grève etc.), à lappel maximaliste et abstrait du contrôle ouvrier généralisé sur toutes les activités économiques.Comme dhabitude, ce qui manquait était la petite question des conseils ouvriers, ce que Trotsky, le pauvre, croyait être au centre de son Programme de Transition.
Comme lors des crises antérieures des années 50, 60 et 70, le SUQI cherchait dabord à faire pression sur laile réformiste de la bureaucratie. Pour le SUQI, la révolution politique(quand il osait prononcer le mot) nétait quune description de limplication des masses dans le processus de réforme.
Ce nest nullement la prise du pouvoir par les travailleurs. Quand il parle des formes dauto-organisation, le SUQI les conçoit comme des véhicules pour propulser la bureaucratie vers une réforme plus radicale, et non pas comme des organes embryonnaires de la révolution politique.
Quatre ans plus tard, Gorbatchev est totalement discrédité. Il marche main dans la main avec les forces dominantes qui cherchent à faire passer lURSS - en miettes - à travers la porte de la restauration capitaliste. Sentant ce problème, le Congrès mondial du SUQI acceptait la perspectivede la création de sections en URSS.
Mais il voyait ce projet comme étant intimement lié aux développements prévisibles au sein du PCUS : Le PCUS demeure une organisation composite qui devra éclater et disparaître en tant quinstrument de la bureaucratie pour que puisse réellement se construire un parti des travailleurs. (42)
Bien entendu, ce nest pas la chute rapide et totale du PCUS du mois daoût 1991 que le SUQI prévoyait ici, mais plutôt la lutte fractionnelle pour le scissionner, notamment autour de la Plate-forme Marxiste de Bouzgaline, son dernier chouchou.
La crise du stalinisme en Europe de lEst
Lors des événements de 1990 en Europe de lEst, le SUQI nétait pas seulement incapable davancer un programme daction pour la révolution politique : il a carrément loué larrivée au pouvoir des forces de la contre-révolution sociale!
Quand le gouvernement Mazowiecki a été formé en Pologne en août 1989, Zbigniew Kowalewski, qui passait pour un gauchisteà lépoque, considérait ce développement comme un nouveau pas en avant sur le chemin menant vers la révolution anti-bureaucratique, (43) et chantant un refrain devenu typique du SUQI pendant les deux ans qui ont suivis, il a appelé à la formation dun gouvernement de Solidarité sans bureaucrates, des élections libres immédiatement et la convocation dune assemblée constituante. (44)
Pas un mot sur les changements profonds qui avaient eu lieu entre la fondation de Solidarnosc, syndicat indépendant de masse, en 1980 et la création de Solidarnosc, parti néo-libéral qui a effectivement remporté lélection de 1989. Pire, Kowalewski niait que de tels changements aient eu lieu.
Le SUQI ne sest pas préoccupé des conséquences dun tel gouvernement pour les masses polonaises, ni des problèmes découlant dun programme se limitant à lappel à une assemblée constituante.
Entre-temps, lHistoire a joué un mauvais tour au SUQI : elle a fait en sorte que son programme se soit réalisé! On peut voir les résultats aujourdhui : les derniers vestiges de la planification sont démolis et le capitalisme sapprêt à régner sur la Pologne pour la première fois depuis plus de quarante ans.
Trois mois après, suivant la chute du Mur, Ernest Mandel, dirigeant du SUQI, rejetait toute idée dun combat pour la création des conseils ouvriers en RDA ou même pour la révolution politique prolétarienne : Lobjectif délections libres pour une institution de type parlementaire est tout a fait correct. Il mérite lappui de tout socialiste révolutionnaire non obnubilé par le dogmatisme sectaire. (45)
Il est évident que des illusions très fortes dans la démocratie bourgeoise existent parmi les masses des Etats ouvriers dégénérés. Après des décennies dune dictature stalinienne brutale et étouffante, ce nest pas surprenant.
Mais la question-clé est de savoir comment briser ces illusions. Pour le SUQI, obnubilé par lopportunisme, la seule solution est de les renforcer! En fait, il était bel et bien possible de sopposer à ces illusions, et, en utilisant la méthode transitoire, douvrir la voie à la révolution politique.
Cest dans ce sens que notre tendance internationale, la LICR, a uvré, quand nous avons écrit en novembre 1989 : En réalité, les élections parlementaires offrent des ressources illimitées aux bureaucrates du SED et aux nouveaux partis bourgeois et sociaux-démocrates pour tromper les masses
La classe ouvrière peut et doit commencer le processus délections libres par elle-même, en élisant ses comités dusine, ses conseils ouvriers de ville. Dans de telles élections, il faut garantir la liberté de créer des partis politiques et la liberté dexpression des programmes afin de permettre aux travailleurs de décider quels partis sont les leurs. Cependant, si la bureaucratie est obligée dorganiser des élections parlementaires, nous appelons les travailleurs à organiser des assemblées de masse afin de choisir leurs candidats et dentendre les candidats de tous les partis. Les travailleurs doivent exiger des élections annuelles et la révocabilité des députés par les électeurs. Il faut également exiger que tous les candidats promettent de défendre la propriété étatisée et planifiée. Cest ainsi quil sera possible de démasquer comme fraude le parlementarisme, de minimiser les dangers de ce système et de lutter pour un système basé sur les conseils. (46)
Lintervention du SUQI en Tchécoslovaquie montre un autre exemple frappant de son opportunisme lors des mouvements anti-bureaucratiques de 1989-90. Après linvasion soviétique de 1968, Petr Uhl, militant du SUQI, a connu la persécution et la prison staliniennes. Il a été mondialement connu pour son refus de se plier devant le pouvoir bureaucratique, ce qui lui a donné aussi un grand prestige au sein de lopposition clandestine tchécoslovaque.
Mais malgré son courage personnel, Uhl sest montré incapable de trouver la voie de la révolution politique. En automne 1989 il était lun des fondateurs de lAlternative de gauche, qui a rapidement disparu au sein du Forum civique, organisation bourgeoise.
LAlternative de Gauche avait déclaré que Nous considérons que le développement du marché, cest-à-dire la réhabilitation des rapports financiers et marchands, est une nécessité économique. (47) La forme politique qui devrait correspondre a ces relations de production était également claire : Nous estimons que la démocratie représentative doit former la base du futur système démocratique; quelle doit être de type parlementaire. (48)
Depuis longtemps il est apparu que le trotskysmede P. Uhl nétait pas très fort. Au début des années 80 il avait publié un livre dans lequel il sétait distancié de la politique des bolcheviks (49) et sétait opposé à lorganisation dun parti léniniste - y compris dans la clandestinité, (50) prônant à sa place un regroupement idéologique, un courant intellectuel qui représente et défend au mieux les intérêts des travailleurs. (51)
Il nest donc guère étonnant que Uhl - toujours dirigeant du SUQI! - soit devenu par la suite le porte parole du gouvernement restaurationniste de Havel, en tant que directeur de lagence de presse officielle CTK.
En même temps quen 1989 et 1990 le SUQI a insisté sur linnocuité des formes parlementaires bourgeoises au sein des Etats ouvriers dégénérés, il a aussi systématiquement sous-estimé la menace de la restauration capitaliste. Ernest Mandel, jouant encore une fois le rôle de Karl Kautsky, éternel optimiste, a dit en avril 1989, sans le moindre doute: la bourgeoisie européenne ne voit pas dun bon oeil cette déstabilisation. Elle na pas lespoir de récupérer lEurope de lEst au capitalisme.(52)
En octobre 1989, les dirigeants de la LCR française ont à leur tour insisté quil fallait écarter lidée que lenjeu immédiat des évolutions actuelles dans ces pays serait la restauration du capitalisme.(53) Et Mandel a récidivé : La question dans les luttes politiques actuelles nest pas celle de la restauration du capitalisme. (54)
Le refus de la part du SUQI de reconnaître ce danger évident découlait de toute son histoire caractérisée par une adaptation inlassable. Dabord, il y avait lidée que les Etats ouvriers dégénérés représentaient dune façon ou dune autre un mode de production transitoire et supérieur qui ne pouvait pas être renversé par un mode inférieur - le capitalisme.
Même si ce thème na pas été entendu très souvent depuis les années 60, il a joué clairement un rôle en renforçant loptimisme passif habituel de Mandel. Deuxièmement, il y avait la foi du SUQI dans le pluralisme et la neutralité de la démocratie. Troisièmement, il y avait le soutien sans critique aux dirigeants dissidents, dont la politique restaurationniste était perçue comme une excentricité personnelle.
La restauration du capitalisme en RDA a dû brusquement réveiller ces centristes somnambules!
Les perspectives pour lEurope de lEst - et pour le SUQI
Le fait que la crise du stalinisme qui sest produite na pas immédiatement donné lieu à une alternative socialiste réelle est un dilemme majeur pour les révolutionnaires. Sommes-nous devant louverture dune nouvelle période? Sagit-il dun pas en arrière temporaire, ou une défaite majeure sur la voie de la révolution socialiste?
Devant dautres tournants de la lutte de classe internationale, le SUQI a proclamé la victoire imminente de la révolution socialiste. Puis il a annoncé louverture dune période réactionnaire majeure. Lanalyse fondamentale du 13ème Congrès mondial était que Lépoque où le mouvement ouvrier international se déterminait en fonction de la victoire et de la dégénérescence de la révolution russe, sachève. (55)
En expliquant cette position et en détaillant comment rendre au projet socialiste attrait et crédibilité, (56) le SUQI montre jusquà quel point il a fait sienne largumentation bourgeoise selon laquelle le bolchevisme menait tout droit au stalinisme, et il sest accommodé des préjugés anarchistes et sociaux-démocrates des intellectuels des pays de lEst. Il a laissé tomber toute référence favorable au projet léniniste, disant quil nest plus suffisantcomme référence stratégique centrale. (57)
Le Congrès a déclaré quune situation qualitativement nouvelle a vu le jour, une situation par laquelle les programmes révolutionnaires de Marx, Lénine et de Trotsky nont pas de réponse :
La volonté de décider en toute connaissance de cause de son destin devient lélément marquant, commun aux mouvements populaires
Des sociétés de plus en plus complexes ne peuvent être gérées par un système de centralisation économique
Lautogestion généralisée saffirme comme lalternative socialiste au stalinisme
comme mode de régulation globale et décentralisée. (58)
Malgré laffirmation du SUQI que les motivations des masses ont changé, cest celles-là qui ont été à la base de la politique révolutionnaire depuis 150 ans! Bien sûr les masses veulent décider de leur destin - aux niveaux politique et économique. Cest la force motrice du Manifeste Communiste du Marx et Engels. Cest la leçon de la révolution bolchevique. Elle figure à chaque ligne des écrits de Trotsky. En montrant ainsi son ignorance de cette vérité profonde, le SUQI révèle à quel point il a bu leau empoisonnée du réformisme.
Les conseils ouvriers et paysans de 1917 et les tentatives de planification nationale et centralisée ultérieures sont la véritable alternative socialiste au stalinisme.Lalternative présenté par le SUQI nest quun catalogue de préjugés petit-bourgeois de libertéet de production individuelles. Cest une recette pour la dislocation totale de léconomie de lEtat ouvrier.
Le SUQI explique ce retrait vers un socialisme pseudo-scientifique, qui rappelle les coopératives de Proudhon : limpasse des politiques réformistes dans les pays capitalistes et la faillite du système bureaucratique aboutissent à une mise en doute de tout projet socialiste Cette perte de crédibilité nempêche pas les explosions sociales, les luttes de résistance, les grandes mobilisations économiques, mais elle freine la cristallisation de cette énergie sociale autour dun nouveau projet révolutionnaire de transformation sociale et pèse sur la formation de la conscience de classe. (59)
Ou, de façon plus poétique : La mémoire et lespoir sont à reconstruire. (60)
Certes, la faillite du stalinisme et le fait que celui-ci nest pas encore remplacé par une alternative socialiste révolutionnaire a démoralisé des secteurs de la classe ouvrière internationale, notamment dans les pays capitalistes où les partis staliniens ont une forte tradition. Mais cette situation nest pas entièrement négative, loin de là.
Dès le début, ce sont les trotskystes qui ont montré que la bureaucratie stalinienne nétait ni lhéritier légitime du bolchevisme, ni une nouvelle classe sociale, et que, malgré sa terrible dictature, son régime se fissurerait, ébranlant les fondations de lordre mondial. Le déclin de ce que Trotsky appelait la syphilis du mouvement ouvrieroffre une ouverture fantastique aux marxistes révolutionnaires.
Les nouvelles libertés démocratiques en Europe de lEst nous offrent des possibilités dont on ne pouvait encore que rêver il y a deux ans. La chute de la dictature policière stalinienne nous offre une liberté dintervention qui devrait être une source denthousiasme - et non de pessimisme - pour les révolutionnaires.
Les compagnons de route des staliniens, qui ont fermé les yeux sur les horreurs bureaucratiques des Etats ouvriers dégénérés, sont les plus choqués par la situation actuelle. Cest aussi le cas du SUQI, dont ladaptation systématique au stalinisme sous sa version gaucheremonte à la dégénérescence de la Quatrième Internationale entre 1948-51 et laffaire yougoslave. Les centristes démoralisés du SUQI sont comme des fêtards qui ont la gueule de bois; ils paient le prix de leurs excès de la veille. Et comme tous les pénitents, ils se tiennent la tête et crient : Plus jamais ça!
Evidemment la situation était loin dêtre rose dans le jardin de lEurope de lEst. Le triomphe idéologique temporaire de lOccident signifiait que des batailles politiques très dures étaient devant nous, à lintérieur et à lextérieur de ce qui à lépoque restait des Etats ouvriers dégénérés.
Mais pour gagner de tels combats, il fallait dabord bien tenir nos armes révolutionnaires principales : la révolution politique basée sur la démocratie ouvrière révolutionnaire, la planification centrale démocratique, et le rôle central du parti révolutionnaire. Mais le SUQI était en train de balancer le vieux bolchevismepar la fenêtre. Le combatauquel il se préparait était voué à léchec. Le SUQI jetait les jalons de ses propres défaites futures.
Le SWP(E-U) : de la gangrène à lauto-amputation
La dégénérescence que le SUQI a connu au cours des années 80 a eu deux sortes de conséquences. La rapidité et la profondeur de la faillite ont provoqué des remous oppositionnels; en même temps les éléments les plus droitiers en ont conclu quil ny avait plus de raison de rester au sein de la Quatrième Internationaleet ils en sont partis. Le meilleur exemple de cette dernière tendance nous est fourni par le SWP(E-U).
Au cours des années 70, le SUQI a été marqué par une longue lutte fractionnelle entre la Tendance Majoritaire Internationale (Mandel et Cie) et la Fraction Léniniste-Trotskyste, dirigé dabord par le SWP(E-U). Ce genre de combat incessant est très courant dans la vie de lInternationale.
Mais au début des années 80, un changement qualitatif a eu lieu dans les rapports entre la direction européenne et le SWP. La nouvelle direction nord-américaine autour de Barnes, Waters et Jenness, qui a remplacé lancienne équipe de Hansen et Novack au milieu des années 70, était profondément marquée par la révolution sandiniste.
Elle a adopté la perspective de la création dune organisation internationale commune avec les directions révolutionnairescubaine et nicaraguayenne. Cette perspective a poussé le SWP à effectuer une série dadaptations politiques de plus en plus profondes au stalinisme, qui lont mené dabord à la rupture avec les restes idéologiques du trotskysme, et puis finalement à quitter le SUQI en 1990.
En août 1980 luniversité dété du SWP était centrée sur la nécessité de sorienter vers le PC cubain, le FSLN et le New Jewel Movement de la Grenade. Comme la dit Jack Barnes en mars 1982 : Un nouveau chapitre glorieux de la révolution socialiste sest ouvert
Ceci, bien entendu, nous aidait pas mal. Comment lextension de la révolution socialiste sous des directions révolutionnaires pourrait-elle faire autrement? (61)
Pendant la décennie qui a suivi, le SWP chantait les louanges de Castro, du FSLN et de Maurice Bishop. Lénine, Trotsky et les bolcheviks nétaient pas du même niveau, selon le SWP! La presse du SWP était bourrée des radotages sans fin de ces vantards, livrés aux foules bien encadrées sur les places centrales de Managua et de la Havane. Pour le SWP les positions trotskystes- voire le nom lui-même - sont devenues un obstaclesur la voie de rapports rapprochés avec Castro ou Borge.
En 1983 Barnes avançait la position suivante : Aujourdhui la révolution permanente ne nous aide pas, pas plus quelle naide les autres révolutionnaires à diriger la classe ouvrière et ses alliés vers la prise de pouvoir
cest un obstacle pour renouer notre continuité politique avec Marx, Engels, Lénine et les quatre premiers congrès de lInternationale Communiste. (62) Barnes décrivait cette position stalinienne comme étant la sortie de plus de vingt-cinq ans dune vie semi-sectaire. (63)
Entre 1982 et 1985 la direction européenne du SUQI et le SWP ont échangé une série darticles polémiques sur la question de la révolution permanente, la nature de la révolution bolchevique et le rapport entre les programmes de Lénine et de Trotsky. Dès le début, le SWP a tenté de montrer que la révolution doctobre 1917 a produit un gouvernement ouvrier et paysanqui a gouverné sous des rapports de production capitalistes. (64)
Cette nouvelle version de la théorie de la révolution par étapesa été rapidement testée dans la lutte de classes, dans le cadre de la révolution sud-africaine.
Le SWP(E-U) sest aligné sur la perspective dune étape démocratiqueavancée par lANC stalinienne, et il sest opposé à toute question de révolution socialiste. Même en 1981 le SWP avait suivi Castro en refusant de participer aux manifestations contre lécrasement de Solidarnosc par Jaruzelski. (65)
Cette évolution vers la droite était accompagnée par une série de purges de lorganisation. Entre 1982 et 1984 les militants du SWP qui refusaient davaler le rejet de cinquante ans de lhistoire de lorganisation ont été exclus. En même temps le SWP sest retiré des instances dirigeantes du SUQI, décrivant lorganisation internationale comme une secte ultra-gauchedirigée par une fraction secrète. (66)
Il a refusé denvoyer les comptes rendus de ses instances au SUQI (67) et, avec un culot incroyable, a déclaré que Lidée dune Internationale constituée de partis qui sont prêt à accepter des ordres des instances supérieures est complètement étrangère à tout ce que la Quatrième Internationale a toujours défendu. (68)
Cette position est mensongère en ce qui concerne les Internationales de Trotsky ou de Lénine, mais est vraie pour le SWP daprès la deuxième guerre mondiale. En fait, cétait même la raison avancée lors de la scission dirigée par Cannon en 1953, et cétait la condition préalable fixée pour la réunification en 1963 qui a donné naissance au SUQI.
En répondant à ces attaques anti-léninistes, la direction du SUQI na pas insisté sur la nécessité et lutilité du centralisme démocratique au niveau international. A la place, elle sest appuyée sur la nature fédérale du SUQI et a insisté, de façon pathétique, sur le fait quil nétait pas question que la direction essaie de donner une ligne. (69)
Quand le SWP a répondu en excluant une grande partie des militants de la majorité européenne, le congrès du SUQI sest limité à des appels impuissants pour leur réadmission, et à la reconnaissance de trois sections et demi du SUQI aux Etats-Unis! (70)
Même sur la question de la révolution permanente, le SUQI ne pouvait pas repousser efficacement les attaques du SWP. Mandel répétait lanalyse de Trotsky de la révolution dOctobre, mais sa compréhension de la révolution permanente est celle de la partie la plus faible du Trotsky davant 1917.
Lerreur centriste de Trotsky sur la nature et le rôle central du parti révolutionnaire nétait pas seulement une question organisationnelle : elle touchait toute sa vision initiale de la théorie, une vision spontanéiste et objectiviste. Comme Trotsky la écrit dans Bilan et Perspectives (1906) : Sous quelque drapeau politique que le prolétariat ait accédé au pouvoir, il sera obligé de prendre le chemin dune politique socialiste
La barrière entre le programme minimum et le programme maximum tombe dès que le prolétariat accède au pouvoir. (71)
Pour Trotsky, il fallait que les masses corrigent leur propre parti, tout comme Luxembourg croyait que le SPD pourrait être réformé. Tous deux considérait Lénine comme un sectaire, et dédaignait le combat quil menait au sein du parti comme un exemple de létat arriéré du mouvement russe.
Se baser sur les positions du Trotsky de 1906, plutôt que sur lanalyse et le programme mûrs de La Révolution Permanente(1928) est, à sa façon, aussi malhonnête que lutilisation du Lénine davant 1917 par le SWP. Mandel et Cie ont systématiquement utilisé les formulations faibles du Bilan et perspectivespour expliquercomment Tito, Mao, Castro et bien dautres ont été obligés de suivre la voie de la politique socialisteet de devenir des trotskystes inconscientspar la logique implacable de la révolution permanente.
La rupture politique entre le SWP et la majorité du SUQI sest faite au milieu des années 90, mais elle na pas été consommée organisationnellement quen juin 1990. Cette situation est très différente de celle du SWP australien, dont la dégénérescence néo-stalinienne a été plus rapide et la rupture avec le SUQI, en 1985, encore plus explosive. (72)
La raison de cette dégénérescence lente des rapports entre le SWP(E-U), au lieu dune rupture brusque, se trouve dans léquilibre des forces au sein de la direction de lorganisation nord-américaine. Des sections importantes de la direction, dont Malik Miah et Barry Sheppard, acceptaient les révisions théoriques de Barnes et Cie, mais insistait pour que le lien avec lInternationaledemeure. Il a fallu attendre le départ de ces éléments pour que la scission finale puisse avoir lieu.
La faillite politique et organisationnelle du SWP, et son adoption dune politique et dune pratique staliniennes montrent que, malgré la longévité relative du centrisme ossifié du SUQI, la Quatrième Internationalena pas le secret de la vie éternelle. Tôt ou tard, sans un programme révolutionnaire, sans un régime intérieur sain basé sur le centralisme démocratique international, le SUQI seffondrera, devenant soit une forme ouvertement anti-trotskyste du centrisme droitier, soit une variante du réformisme de gauche.
Les nouvelles oppositions peuvent-elles sauver le SUQI?
Limpasse du SUQI, ajoutée aux crises profondes au sein des sections-clés, a conduit à lémergence de nouveaux regroupements oppositionnels qui se sont opposés à la ligne majoritaire au 13ème Congrès.
Les trois oppositions internationales - la Tendance pour la Construction de la Quatrième Internationale (TCQI), dirigée par Matti en France, la Tendance de Gauche dirigée par Franco Grisolia en Italie et Socialist Action aux Etats-Unis - ont toutes limité leur combat à la construction de tendances.
Aucune na osé se déclarer comme une fraction, ce qui aurait impliqué non pas un combat contre telle ou telle position, mais carrément une opposition à toute la méthode politique de la direction internationale, et une tentative pour la remplacer.
Elles ont encore moins déclaré quelles considéraient la direction comme centriste. La plus grande tendance oppositionnelle, la TCQI, insistait quelle ne pensait même pas que la direction fût opportuniste, (73) et sest dissoute en tant que tendance internationale à la réunion du CEI qui a directement suivi le Congrès.
En réalité, de telles oppositionsne sont rien dautre que des outils pour acquérir des positions au profit de dirigeants de cliques. Le combat fractionnel, que Trotsky a considéré comme un mal nécessaire, même sur des questions de principe, a été converti par ces messieurs en mode fondamental de la vie politique.
Les trois oppositions étaient toutes unies par une critique de la majorité vis à vis de la construction des sections. La majorité du SUQI a toujours été paralysée par le doute à légard de sa propre raison dêtre historique; elle est encore moins sûre de limportance de lexistence des sections.
Face à une force révolutionnaireou empirique, le SUQI a habituellement démoli lobstaclequune section pouvait présenter à la fusion avec le mouvement de masse. Cette politique remonte à ladaptation centriste au stalinisme effectuée par la Quatrième Internationale en 1947, et a été maintes fois répétée, en Algérie, à Cuba, au Vietnam, au Nicaragua etc.
En 1979 lopposition internationale autour de Nahuel Moreno a fait de la question de la construction dune section en chaque paysune position fondamentale de sa plate-forme politique.
Depuis, ce refrain a été repris par toutes les oppositions, et récemment à légard de lURSS.
Suivant les réformes de Gorbatchev et la libéralisation du débat politique en URSS, la majorité du SUQI - notamment la cellule est-européenne dirigée par Sandor et Verla - sest opposée aux tentatives de construire un section du SUQI en URSS, et sest montrée peu enthousiaste face à la question de la révolution politique.
Cette position a été basée sur lidée quil fallait savoir comment fusionner avec des tendances oppositionnelles au sein du PCUS. La dernière cible de cette politique était la Plate-forme Marxiste de Bouzgaline. Aujourdhui, avec le PCUS détruit, dégonflé comme un ballon percé, cette politique de constructionest en ruines.
Cette tare sest révélée être la cible préféré des trois tendances oppositionnelles. Dès 1989 elles ont toutes répondu à ladaptation évidente de la direction en avançant lappel à la construction dune section du SUQI dans chaque pays. Mais si on en reste au niveau organisationnel, une telle position critiqueest en réalité impuissante. La majorité peut toujours répondre (comme elle la fait, dailleurs) en disant quelle y travaille par des compromis tactiques (entrisme etc) comme ceux utilisés par Trotsky.
Il faut au contraire montrer clairement quelles sont les positions politiques qui ont été abandonnées par cette ligne de construction. Sans un tel préalable, toutes les histoires dune section en chaque paysse révèle nêtre quun fétichisme organisationnel. Parce que toutes les tendances oppositionnelles sont, sur le fond, daccord avec la méthode du SUQI, une fois les chaises musicales du Congrès mondial ramassées, tout peut rentrer dans lordre, comme auparavant. Ce nest pas très politique, et ce nest pas très sérieux.
Et que faire quand la direction cède à la pression et appelle à la construction dune section? Au 13ème Congrès, la direction a effectué un tel virage (sans doute pour avoir la paix), et le document sur lURSS explique (sans beaucoup denthousiasme, cest vrai) que le SUQI est en faveur de la construction de sections en URSS. Les oppositions ont du se féliciter. Mais la question nest pas là. Sur quelle politique ces sections seraient-elles construites? Sur ce point on attendrait en vain une réponse de la majorité ou des oppositions.
La tentative effectuée par la TCQI pour répondre à cette question était carrément embarrassante : pour la tendance de Matti la question-clé du programme nétait rien dautre quun soutien pour la révolution dans tous les trois secteurs de la révolution mondiale (74) (c-à-d les pays impérialistes et impérialisés, et les Etats ouvrier dégénérés).
Cette position est identique à celle de Mandel, Sandor, Verla etc. Mais parmi les trois oppositions, cest la TCQI qui a rencontré le plus de succès au Congrès (jusquau 11% des voix). Depuis vingt-cinq ans, Matti a dirigé une opposition au sein de la LCR française, la section européenne la plus importante par sa taille, son histoire et la proximité du siège international.
La politique de Matti - et celle de ses co-penseurs britanniques au sein de la TCQI - était connue à lépoque sous le nom du trotskysme orthodoxe, cest à dire quelle trouve son inspiration dans la stalinophobie de la tradition du Comité International, notamment sa variante lambertiste. Comme ses parents politiques au sein du PCI lambertiste, la TCQI se caractérise par une combinaison de critiques apparemment radicales du SUQI et dadaptations opportunistes grossières à la social-démocratie, voire à des tendances bourgeoises radicale et nationaliste.
Fidèles à leurs ancêtres lambertistes, les militants de la TCQI ont pris position en faveur de lunification de lAllemagne, sans sinquiéter de ses conséquences sur les rapports de propriété post-capitalistes établies dans lex-DDR. Matti a même nié quil y ait quoique ce soit de progressiste dans les rapports de propriété post-capitalistes : ces systèmes
ne constituaient pas un progrès et nétaient nullement, et daucune manière, un dépassement du capitalisme. (75)
Pis encore, il a fermé les yeux devant ce que représentait la réunification, se baignant dans une délire digne dun Bismarck populiste : selon Matti, lunification cest bien pour lhumanité entière et en premier lieu pour les travailleurs, (76) parce que un grand Etat allemand, cest surtout une grande et puissante classe ouvrière. (77)
Ce point de vue mécaniste, sans compréhension des dynamiques de classe qui étaient à luvre, était lié avec un catastrophisme délirant qui aurait mieux trouvé sa place dans les pages de Tribune Internationale ou de La Vérité. Suivant une ligne lambertiste classique, la TCQI considère que libérés du carcan de terreur stalinien, les travailleurs de lEst et de lOuest tendront à unifier au plus haut niveau leurs acquis sociaux, à en conquérir dautres, à élargir le champ des libertés démocratiques et de la démocratie politique. Cette réalité en marche mine déjà, à lévidence tous les plans de la bourgeoisie européenne. (78)
Certes, la classe ouvrière allemande unie va devoir lutter contre loffensive capitaliste et arracher de nouveaux acquis. Mais le premier pas pour les révolutionnaires est de dire ce qui est: la classe ouvrière est-allemande a subi une défaite historique importante, à cause de son incapacité à saisir le moment et à forger une nouvelle direction politique entre novembre 1989 et avril 1990.
La destruction des rapports de propriété bureaucratiquement planifiés et des quelques réformes que les staliniens avaient été obligés daccorder, représente une défaite pour les travailleurs, de lEst et de lOuest.
Lhégémonie idéologique actuelle du capitalisme dans des secteurs importants de la classe ouvrière évoluera, mais on doit reconnaître doù lon part : la situation immédiate est peu favorable pour les révolutionnaires. Cette approche est beaucoup plus sérieuse que de se consoler avec des phantasmes de luttes à venir, qui sont toujours les plus faciles à gagner.
La stalinophobie de la TCQI aveugle ses militants devant les différences qui existaient au sein de la bureaucratie stalinienne, quelle conçoit comme un bloc indifférencié. Pour Matti et Cie, comme pour les lambertistes, la bureaucratie nest rien dautre que lagent de limpérialisme au sein du mouvement ouvrier mondial. Elle est ainsi entièrement en faveur de la restauration du capitalisme, sans aucune ambiguïté : Pour nous il y avait polarisation de classe entre deux camps, limpérialisme et la bureaucratie dune part, la classe ouvrière dautre part. (79)
Le manque de sérieux de cette position est encore illustré par leur indifférence totale à légard de la menace de la contre-révolution capitaliste. Même en mars 1991, Matti continuait à nous assurer que ce nest pas demain que se fera en Europe de lEst et en URSS la restauration capitaliste. (80) Tout le monde verra bientôt quil a tort, et cest malheureusement la Pologne et la Hongrie qui en apporteront la preuve.
Dans un autre hommage au lambertisme, la TCQI dit que la ligne stratégique fondamentale pour le prolétariat mondial est constituée des revendications démocratiques. La démocratie radicale, poussée jusquau bout, est révolutionnairedit Matti. (81) Cest cette méthode qui a conduit la TCQI a soulever exclusivement la revendication dune assemblée constituante en Allemagne, à la place du combat pour la création des conseils ouvriers. (82)
Dès le début, la TCQI acceptait lidée dune phase démocratiquedans la réunification et quil y aurait inéluctablement une période pendant laquelle lassemblée constituante serait la revendication centrale. Ceci nest pas un accident, cest la conséquence directe de la méthode centriste droitière de la TCQI, qui cherche à suivre la voie démocratiqueplutôt que de lutter pour la démocratie ouvrière et le pouvoir des travailleurs.
Une autre opposition - qui partageait plusieurs positions de la TCQI - était fournie par Socialist Action des Etats-Unis. Elle sest opposée à la ligne majoritaire qui considère que le Nicaragua est un Etat ouvrier. Mais parce quelle na pas rompu avec la méthode fondamentale du SUQI, elle reconnait que le FSLN constitue un parti de révolutionnaires en pratique. (83) Il suffirait donc de les pousser un peu dans le bon sens. Elle a une position vague sur la révolution politique à Cuba, disant seulement quelle défend une forme soviétique de gouvernement pour Cuba, (84) sans préciser pour autant comment les masses pourraient se doter de ce gouvernement - mais peut-être croit-elle que la direction cubaine pourrait se transformer?
Malgré sa rhétorique oppositionnelle (sans un changement de direction dans lInternationale, la IVème Internationale ira à léchec(85)), Socialist Action ne présente pas une rupture qualitative avec la méthode centriste du SUQI. Loin dêtre une solution, elle fait partie intégrante du problème.
Etant donné lidentité dun grand nombre de positions entre Socialist Action et la TCQI, il est difficile de comprendre pourquoi celles-ci nont pas formé une opposition unie, comme cela était prévu en 1989. Pour quelques raisons fractionnelles, les négociations sont tombées à leau et au début de 1991 Socialist Action a été sérieusement affaiblie par une scission vers les lambertistes qui fit partir plusieurs dirigeants responsables de documents critiques sur le SUQI, tous touchés par la tare lambertiste.
En même temps, une série dex-dirigeants du SWP (p. ex. Miah, Sheppard et Lund) ont adhéré à Socialist Action, proclamant leur accord politique avec les positions néo-staliniennes du SWP. Il semble donc possible que Socialist Action laisse tomber son masque de gaucheet fasse sa rentrée au sein de la majorité internationale. Cest lappui que ces positions critiques ont pu recevoir dans les sections qui, en dernier ressort, fera la décision. En ce qui concerne les délégués au Congrès Mondial, les documents de Socialist Action on fait un bide total - aucun autre délégué na voté pour eux.
La Tendance de Gauche(TG) venait dune autre tradition politique, mais elle faisait également partie de la même méthode centriste du SUQI. Elle disait avec raison que la politique de lInternationale pendant les dernières décennies na été quune série derreurs danalyse, de stratégie et de tactique, (86) mais elle ne tirait pas les conclusions politiques et méthodologiques, pourtant évidentes : la direction du SUQI était irrémédiablement centriste et le SUQI dans sa totalité ne pourrait être transformé en organisation révolutionnaire.
Le document de la TG qui était présenté au Congrès (où il a reçu une voix) était beaucoup plus court que celui qui a circulé lors de la discussion internationale avant le Congrès. Les différences sont intéressantes : par exemple, une critique de la direction concernant le Nicaragua a été remplacée par une référence vague à la révolution permanente. Peu importe que ceci a été fait pour éviter la colère de la direction ou pour passer une alliance opportuniste, le résultat est le même : malgré ses prétentions, la TG a montré quelle était une opposition loyale au sein du SUQI.
Ni lune ni lautre version du document ne contenait un seul mot sur Gorbatchev ou sur la crise en URSS. Il ny avait pas la moindre critique concrète des positions du SUQI sur la révolution politique. Comme dhabitude au SUQI, des remarques générales sont avancées comme explications codées des différences politiques précises. Cest une mauvaise méthode. Des formules diplomatiques et le refus de parler clairement sont des caractéristiques du centrisme, et non du trotskysme.
A propos de loppression spéciale, lun des fétiches de la TG, elle se trouve en accord total avec la méthode du SUQI : elle prône des mouvements autonomeset inter-classistes et une alliance stratégiqueentre tous les opprimés et la classe ouvrière. Finalement toute la stratégie de la TG est illustrée par la réaffirmation que le SUQI représente un type spécial du centrisme dorigine trotskystequi, selon la TG, est qualitativement supérieur au centrisme dorigine stalinienne, social-démocrate, nationaliste ou syndicaliste.
Dans une prise de position remarquable qui doit plus à la métaphysique quau marxisme, la TG nous assure quaujourdhui la IVème Internationale vit, mais elle vit par le truchement de ses différentes fractions organisation-nellement séparées. (87) En fait, malgré les erreurs décrites par la TG, au bout du compte, ces braves révolutionnaires considèrent que Mandel, Lambert et les autres dirigaient des organisations qui, ensemble, formaient la Quatrième Internationale, myriade qui na besoin que dun peu de régénération politique.
Peut-être que cette confusion centriste conforte les militants de la LG, mais elle napporte strictement rien pour clarifier les questions programmatiques qui sont au cur de la réfondation dune Internationale communiste révolutionnaire. Elle néclaire pas non plus la faillite centriste de toute les organisations qui se réclament du drapeau de la Quatrième Internationale. Cette politique est une recette pour la confusion centriste, une promesse de fidélité à une tradition centriste pourrie, vieille déjà de 40 ans.
Le futur presse
Le manque de confiance qui secouait le SUQI au début des années 90 sexprimait clairement par son effondrement organisationnel. Au 13ème Congrès Mondial les sections européennes ont enregistré une baisse dadhérents de lordre de 25%. (88) Au nom du nouveau tournant, une demi-douzaine de sections ont disparu au cours des cinq dernières années. Dautres encore ont connu des scissions. La section suisse na même pas assisté au Congrès!
La démoralisation était largement répandue au sein de la direction et de la base. Pendant les années 80 les instances directrices du SUQI ont adopté une méthode douce. Le CEI - qui devait se réunir tous les six mois - ne sest pas réuni pendant presque deux ans (1982-1984); par la suite le rythme annuel na guère été tenu. Le secrétariat, qui devrait se réunir tous les mois, na vu ses réunions se dérouler que quatre fois par an. La qualité des documents produits par ces instances est de plus en plus pauvre ; ils étaient souvent basés sur des rapports verbaux, avec un contenu programmatique encore moins dense que dhabitude.
Le Congrès sest félicité du caractère fédéral du SUQI : Chaque organisation nationale a son orientation politique, ses relations unitaires, sa responsabilité et sa capacité de décision. (89) Il nest pas étonnant que la direction internationale se réunisse irrégulièrement et intervienne si peu! Quelle différence cela ferait-il? Chaque section dispose dune totale souveraineté de caractère national.
Le SUQI a préparé sa propre désintégration en suivant des lignes nationales. La disparition de tant de sections au sein des organisations réformiste, nationaliste ou centriste droitière nétait que la première phase dun effondrement organisationnel que ni la direction, ni les militants ne semblaient vouloir stopper. Sans doute, lexistence continue des maigres liens politiques et organisationnels empêcherait la disparition complète du SUQI, mais, de toute évidence, la Quatrième Internationaleapprochait du moment critique.
Il ny avait aucun signe comme quoi une opposition critique et révolutionnaire se leverait pour empêcher cette dégénérescence. Même si la direction trouvait les moyens deffectuer un nouveau tournant centriste et de sauver ainsi les meubles, la reprise ne serait que temporaire. Seule une rupture totale avec la méthode centriste du SUQI et de ses prédécesseurs permettrait aux militants de base de trouver un programme et une organisation capable davancer sur la voie de la révolution politique à lEst et sur la voie de la révolution sociale à lOuest.
Malgré sa prétention dêtre la Quatrième Internationale fondée par Trotsky, le SUQI était criblé de doutes et dincertitudes quant à son rôle historique. Il avait raison de lêtre. En 1938, Trotsky finissait son Programme de Transition, document de fondation de la Quatrième Internationale, avec un appel retentissant : Ouvriers et ouvrières de tous les pays : rangez-vous sous le drapeau de la IVème Internationale. Cest le drapeau de votre victoire prochaine!. Un demi-siècle plus tard, le SUQI nétait au mieux capable que de faire une proclamation pathétique : Nous sommes convaincus que notre programme et nos analyses méritent dêtre connus. (90) La différence est parlante.
Il y a peu de signe de vie au sein du SUQI. Néanmoins, malgré son malaise, celui-ci reste une tendance importante à léchelle internationale. Il continuera de colporter sa version dégénérée du trotskysme en Russie et en Europe de lEst. Sa politique va embrouiller et détourner la formation des générations futures. Dans quelque pays ses sections resteront pendant des années un obstacle majeur sur la voie de la construction du parti révolutionnaire.
Le combat pour gagner la classe ouvrière mondiale au programme révolutionnaire nest pas seulement une question de clarté politique; cest aussi une question de critique politique et le combat des différents programmes.
Les militants du SUQI qui rejettent la version dégénérée et affaiblie du trotskysmedéfendue par leur organisation doivent apprendre la leçon de lHistoire au lieu de la répéter. Le SUQI ne peut pas se débarrasser de sa méthode centriste ossifiée. Le temps est venu de rompre avec cette méthode et avec cette organisation.
Ecrit en 1991
NOTES
1 Quatrième Internationale 19, 1963, pp. 30-31
2 Quatrième Internationale 16, mars 1985, p. 53
3 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 116
4 Quatrième Internationale 37-38, août 1990, p. 112
5 Inprecor 291, 6.7.89, p. 5
6 Ibidem, p. 6
7 Inprecor 329, 26.4.91, p. 14
8 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 112
9 Ibidem, p. 114
10 Quatrième Internationale 15, novembre 1984, p. 84
11 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 115
12 Ibidem, p. 116
13 1979 World Congress of the Fourth International, supplément à Intercontinental Press, janvier 1980, p. 39. Notre traduction
14 International Internal Discussion Bulletin XVIII 6, septembre 1982, p. 33. Notre traduction
15 Pour notre critique, voir Pouvoir Ouvrier 14, printemps 1989, p 32
16 International Internal Discussion Bulletin XVIII 6, septembre 1982, p. 26. Notre traduction
17 Ibidem, p. 30. Notre traduction
18 Quatrième Internationale 17.18, septembre 1985, p. 40.
19 Ibidem, p. 41
20 Ibidem, p. 36
21 Ibidem, p. 38
22 Ibidem, p. 36
23 Ibidem, p. 41
24 Ibidem, p. 38.
25 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 107
26 Inprecor 333, 21.6.91, p. 18
27 International Viewpoint 208, 10.6.91, p. 7. Notre traduction
28 Ibidem
29 Inprecor 238, 16.3.87, p. 18
30 Inprecor 279, 9.1.89, p. 23
31 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 118
32 Ibidem, p. 105
33 Ibidem, p. 107
34 Quatrième Internationale 34, août 1989, pp 65-90
35 Inprecor 247, 13.7.87, p. 22
36 Quatrième Internationale 26-27, décembre 1987, p. 123
37 Cité dans La Vérité 608, mai 1991, p. 78
38 Ibidem
39 Voir Pouvoir Ouvrier 3, 1983, Révolution et contre-révolution en Pologne
40 Quatrième Internationale 17-18, septembre 1985, p. 55
41 Quatrième Internationale 13, janvier 1984, p. 44
42 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 68
43 Rouge 31.8.89, p. 3
44 Ibidem
45 Quand le stalinisme sécroule, supplément Inprecor, 7.12.89, p. 5
46 Pouvoir Ouvrier 17, janvier 1990, pp 8-9
47 Inprecor 11.12.89, p. 7
48 Ibidem
49 P. Uhl, Le socialisme emprisonné (Stock, 1980), p. 83
50 Ibidem, p. 37
51 Ibidem, p. 35
52 Inprecor 283, 6.3.89, p. 3
53 Critique Communiste 89, octobre 1989, p. 8
54 International Viewpoint 30.10.89, notre traduction
55 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 20
56 Ibidem
57 Ibidem
58 Ibidem, pp 20-21
59 Ibidem, p. 22
60 Ibidem, p. 24
61 SWP Internal Information Bulletin, septembre 1982, p. 3. Notre traduction.
62 Nouvelle Internationale 1, automne 1985, p. 109
63 SWP Internal Information Bulletin, septembre 1982, p. 2. Notre traduction.
64 International Socialist Review, juin 1982. Notre traduction.
65 International Internal Discussion Bulletin XVIII, avril 1982, p. 25
66 SWP Information Bulletin 6, octobre 1984, p. 23
67 Ibidem, p. 38
68 Ibidem, p. 23
69 Quatrième Internationale 17-18, septembre 1985, p. 48
70 Le SWP, Socialist Action, la Fourth International Tendency et le FI Caucus au sein de Solidarity.
71 L. Trotsky, 1905 (Paris, 1969), p. 452.
72 Quatrième Internationale 19, décembre 1985, pp 41-106. Voir Pouvoir Ouvrier 8, décembre 1985, pour notre analyse
73 International Discussion Bulletin 2, mai 1990, p. 3
74 Bulletin de Débat International 7, novembre 1990, p. 11
75 Le Marxisme Aujourdhui 5, mars 1991, p. 11
76 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 170
77 Critique Communiste 92, octobre 1990, p. 18
78 Critique Communiste, décembre 1990, p. 63
79 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 172.
80 Le Marxisme Aujourdhui 5, mars 1991, p. 12
81 Ibidem
82 International Internal Discussion Bulletin 3, juillet 1990.
83 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 194
84 Ibidem, p. 198
85 Ibidem, p. 200
86 Bulletin de Débat International 7, novembre 1990, p. 26
87 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 187
88 Sozialistische Zeitung, 28.2.91
89 Quatrième Internationale 40-41, avril 1991, p. 14
90 Ibidem, p. 17
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