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11 avril 2002
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Lutte Ouvrière et la campagne présidentielle de 1995

D’une campagne électorale à un parti de masse ?

[Cette critique, parue en été 1995, traite de la campagne présidentielle de LO et d'Arlette Laguiller de 1995. Nous y discutions la proposition de la création d'un "parti de la classe ouvrière", soulevée par LO après le premier tour. Par la suite, LO s'est couverte en ridicule en abandonnant sa proposition quelques mois plus tard, prétendant qu’il s'agissait "bien entendu, d'un appel propagandiste."]



La seule surprise réelle de la campagne électorale n’a pas été pas celle (éphémère) de Jospin, en tête au premier tour.

Non, la véritable surprise a été la campagne d’Arlette Laguiller et de Lutte Ouvrière (LO). Non parce qu’elle a obtenu un million de votes de plus par rapport à son score traditionnel -- ce qui est certes important -- mais surtout à cause du contenu de la campagne et de la proposition, avancée par la candidate après le premier tour, de la création d’un grand parti de la classe ouvrière .

La surprise n’a pas été seulement de notre côté, nous en sommes sûrs, mais aussi de celui de l’écrasante majorité des militants et sympathisants de LO...

Toutefois, si le changement amorcé par LO lors de la campagne électorale est important, il reste néanmoins inachevé. Malgré une certaine rupture avec son ancienne méthode -- méthode que nous avons à plusieurs reprises caractérisée comme centriste (1) -- LO ne s’est pas encore débarrassée de son lourd fardeau de 40 ans de politique économiste, basée sur un propagandisme passif.


Demandez le programme !

D’abord, soulignons le changement. Sans doute, bon nombre de militants et de sympathisants de LO le nieront, insistant sur le fait que cette campagne n’avait rien de spécial, sauf sa réussite relative.

C’est faux.

Celui qui ne voit pas la différence entre la campagne de 1988, qui avait comme slogan principal “Arlette Laguiller, l’honnêteté, la sincérité, les préoccupations d’une femme du peuple”, et celle de 1995 avec son “plan d’urgence pour les chômeurs et les travailleurs” a besoin de consulter un ophtalmologue... politique.

D’autres encore nous diront que les changements ont eu lieu à cause de la montée des luttes pendant la campagne électorale. Soit. Mais il ne faut pas oublier que la campagne de 1988 fut marquée par la grève à la SNECMA -- dirigée en partie par un comité de grève animé par, entre autres, les militants de LO -- et par ses fameuses opérations “ouvre-boîtes” quand les grévistes sont allés dans d’autres usines, cherchant à étendre le mouvement.

La situation, aujourd’hui, n’est pas si différente qu’elle puisse justifier le changement constaté.

La campagne de LO était donc centrée sur une dénonciation du capitalisme et de ces méfaits, comme l’ont été toutes les précédentes, et, chose nouvelle, sur une esquisse d’un programme.

Ce programme n’était pas n’importe le quel. Il est évident que ceux qui l’ont écrit ont puisé une certaine partie de leur inspiration dans le Programme de Transition de Trotsky :

Ouverture des comptabilités des grandes entreprises ; arrêt des subventions d’Etat au patronat ; embauche par l’Etat dans l’éducation, la santé, etc ; politique de grands travaux dans les services publics ; rétablissement de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, et des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ; augmentation de tous les salaires de 1500 F et réquisition de toutes les entreprises qui licencient, à commencer par celles qui font des bénéfices.

C’est la première fois que LO s’aventure sur le terrain programmatique, et personne ne peut le lui reprocher. Une fois n’est pas coutume, LO nous a expliqué ce qu’elle pense qu’il faut faire, au delà de ses sempiternels appels abstraits à “lutter” et à créer un système plus juste.

Mais il faut quand même constater une limite. Il s’agit bien de revendications tirées du Programme de Transition mais d’une partie seulement de celui-ci, relative à la lutte économique de la classe ouvrière.

Les questions de l’oppression sociale (racisme, oppression des femmes entre autres) manquent complètement, ainsi que toute dénonciation de l’état bourgeois, de sa prétendue démocratie, de son caractère impérialiste. Et surtout, comme nous l’expliquerons plus tard, on n’évoque jamais la question de qui va réaliser ces mesures et comment.

Rien sur la nécessité pour les travailleurs de constituer des comités, dans les entreprises mais aussi dans les quartiers, dans les lycées et dans les facs.

Pas question de parler de piquets de grève comme organe d’autodéfense, embryons de l’armement du prolétariat.

Présenté de telle sorte, amputé de parties essentielles, le programme de transition devient plutôt une forme de programme minimum, incapable de diriger les masses contre les bases mêmes du régime bourgeois.

Malgré cette limite fondamentale, nous nous réjouissons du fait que LO ait enfin compris l’importance d’un programme. Depuis des années, nous critiquons LO pour ses positions abstraites, nous soulignons la nécessité d’expliquer comment lutter, autour de quelles revendications, nous expliquons l’importance d’un programme.

Et que nous ont répondu les militants de LO ? Qu’on avait besoin d’un programme seulement pendant une période pré-révolutionnaire, ou quand on avait déjà construit un parti révolutionnaire.

On voit par le comportement de LO lors de la campagne que c’est nous qui avons eu raison dans ces débats. On espère que les militants de LO auront la grâce de le reconnaître, mais on en doute un peu...

Nous, par contre, nous n’avons pas peur de corriger le tir. Dans notre numéro spécial présidentielles, écrit avant le lancement de la campagne, nous avions expliqué notre refus d’appeler à voter pour Arlette Laguiller pour plusieurs raisons, dont l’une était l’absence d’un programme adéquat :

“Oui, Laguiller dénonce le capitalisme et ses effets dévastateurs. Oui, elle parle du besoin d’une riposte d’ensemble. mais il faut aussi dire que faire, comment lutter, comment s’organiser. (...) On ne peut pas prendre sa politique et l’appliquer dans la lutte de classe, parce qu’elle n’a aucune proposition concrète pour mobiliser les travailleurs.”

Sans revenir sur notre refus d’appeler à voter pour la candidate, nous devons admettre que, en effet, la campagne “programmatique” de Laguiller nous a pris à contre-pied.

Nous ne pouvions pas deviner cette évolution des positions de LO, et, en conséquence, cette partie de notre critique a pu paraître tout simplement fausse.

Et pourtant, sur le fond, nous ne nous sommes pas vraiment trompés. Le programme d’urgence de LO avait bel et bien des limites importantes qui faisaient qu’il était bien difficile de “le prendre et l’appliquer dans la lutte de classe”.


Les limites du programme... et du changement

Comme l’a répété à maintes reprises la candidate, ce programme n’était nullement un programme révolutionnaire. Selon LO, il avait comme objectif de répondre aux besoins économiques immédiats de la classe ouvrière et de panser la plaie terrible que constitue le chômage.

Première observation : qui allait mettre en oeuvre ce programme ? Comment le réaliser ? Et là encore, on a eu droit à un changement limité mais réel lors de la campagne même.

Au début, l’accent était mis sur l’intervention de l’Etat. C’était principalement à l’Etat d’embaucher, de “réquisitionner” les entreprises, d’assurer l’ouverture des comptes.

Où est le problème ?

Tout simplement que, pour les révolutionnaires, la question fondamentale n’est pas seulement de mettre en oeuvre une série de réformes, mais d’utiliser la mobilisation pour la défense des intérêts des travailleurs afin d’établir le contrôle ouvrier sur toute la société.

Comme l’a dit Arlette Laguiller à Paris le 17 mars : “le contrôle ouvrier sur les entreprises, ce n’est pas un article de loi, ce n’est pas un artifice juridique.” (2)

En effet, le contrôle ouvrier, embryon et force motrice du futur Etat ouvrier, doit être au coeur de chacune de nos revendications, si immédiates soient-elles. C’est en cela que réside la nature transitoire d’un programme.

Et c’est en cela que le programme de LO est largement insuffisant.

Parce que, même si on n’arrêtait pas de nous rappeler que le vote ne changerait rien, que les combats fondamentaux seraient décidés par la lutte et non pas par les bulletins de vote, l’accent n’était pas mis sur l’auto-organisation de la classe ouvrière afin qu’elle mette en oeuvre ce programme. C’est une faiblesse de taille.

La preuve ?

Regardez la profession de foi. On nous dit que “il faut un contrôle de la population sur l’économie et la politique. Un contrôle permanent. Et il faut en premier lieu un contrôle des travailleurs sur leur propre entreprise.”

Très bien. Mais pourquoi ne trouve-t-on nulle part dans la propagande de LO pendant la campagne électorale l’appel à l’occupation par les travailleurs des entreprises menaçant de licencier ? Pourtant, c’est d’abord ainsi qu’on peut concrétiser l’appel au contrôle sur les entreprises qui licencient, encore plus qu’en parlant de “la réquisition des entreprises”.


Deux autres exemples

Il en va de même pour la question des 35 heures. Au début de la campagne, pas de trace de cette revendication populaire et fondamentale. A la fin, on nous expliquait que c’était une revendication soutenable, “pas pour réduire le chômage” mais parce que “cette revendication est indispensable pour améliorer les conditions de travail et de vie de millions de travailleurs”.

Son appui tardif et sans enthousiasme à cette revendication, parce qu’elle “seule” ne peut pas réduire le chômage, est basé sur une mauvaise compréhension. LO “oublie” que les 35 heures peuvent bel et bien réduire le chômage à condition, justement, de rajouter l’élément fondamental de contrôle ouvrier : “sans perte de salaire et avec embauche correspondante”. C’est-à-dire que les travailleurs imposent l’embauche des chômeurs afin de maintenir la production et de s’attaquer au chômage. Voilà la différence fondamentale entre la politique trotskyste et celle avancée par LO lors de sa campagne.

On peut constater la même faiblesse en ce qui concerne l’ouverture des comptes. Au début de la campagne, on nous expliquait qu’il fallait ouvrir les comptes de toutes les grandes entreprises afin que “chacun et pas seulement les juges (...) puisse y avoir accès” (2 avril 1995).

Cette mesure -- qu’on trouve bien évidemment dans le Programme de Transition de Trotsky -- n’est considérée que sous la lumière d’une mesure qui permettrait aux travailleurs “d’y avoir accès”, par la suite. Cette conception est complètement étrangère à l’idée de Trotsky qui était la suivante : aux travailleurs d’ouvrir eux-mêmes les comptes et de créer, de fait, un contrôle ouvrier sur les entreprises.

A cette étape, donc, le “programme d’urgence” était composé de revendications transitoires qui “sentaient” le trotskysme, mais qui restaient encore très en deçà d’une véritable politique révolutionnaire.

Par la suite, la campagne a évolué, à tel point qu’à trois jours du premier tour, on nous expliquait :

“Nous pouvons réquisitionner (...) des emplois. Certains en ont fait la démonstration. Et nous pouvons bloquer les comptes en banque des entreprises qui n’accepteraient pas cette répartition du travail, et les obliger à payer les salaires correspondants. Nous pouvons réquisitionner les entreprises qui licencient. Nous pouvons publier les comptabilités de toutes les grandes entreprises et les comptes en banque. Nous le pouvons car nous, les travailleurs, tenons ces comptabilités et ces comptes. Nous pouvons empêcher les expulsions pour non-paiement de loyer des chômeurs ou des indigents.” (20 avril, 1995).

Nous constatons le changement en ce qui concerne la “réquisition”, et les autres revendications. Aux militants qui insistent sur le fait qu’il n’y a pas de différence entre ces formulations et celle du début de la campagne, il faut demander pourquoi on n’a pas utilisé de telles formulations avant.

Pur hasard ? Soyons sérieux.


Les pas qu’il reste à faire

Pendant la campagne même, LO a changé de ton. Elle semble avoir commencé à comprendre que, afin de réaliser un programme, il faut montrer aux travailleurs comment ils peuvent le faire eux mêmes.

Néanmoins, malgré le début d’un changement positif, plusieurs problèmes fondamentaux demeurent.

D’abord, dire “nous pouvons” n’est que le début de la sagesse révolutionnaire.

L’objectif des révolutionnaires est de fournir aux masses les moyens politiques et organisationnels pour qu’elles contrôlent directement la société.

Comment le faire alors ?

Nulle part dans la propagande de LO pendant la campagne électorale (et avant, disons-le en passant) on ne peut trouver l’explication de l’importance des formes d’auto-organisation telles des piquets de grève, des groupes de défense des occupations, voire même de comités de grève qui, par le passé, ont été le dada de LO.

Ce n’est pas un morceau “d’orthodoxie”, une espèce de fixation sectaire dont l’objectif est de nous distinguer des autres tendances.

Non. Il s’agit là de renouer avec la méthode transitoire de Trotsky et de Lénine, de créer les noyaux, les embryons de ce qui va devenir l’Etat ouvrier futur, qui ferait que la classe ouvrière, selon les mots d’Arlette Laguiller, “exerce elle-même le pouvoir politique et qu’à travers ce pouvoir (...elle) contrôle et oriente l’économie.”

Pour que cette position correcte de LO ne reste pas lettre morte, il faut lui donner vie, en proposant des formes organisationnelles correspondant aux revendications, afin de fournir le cadre du contrôle ouvrier.

Mais LO ne fait pas encore cela. Malgré le début d’un changement, elle bégaie face au mot-clé, elle hésite devant le saut qualitatif, elle reste marquée par ses décennies de propagande abstraite. Deuxièmement, il faudrait que cette perspective de lutte soit exprimée dans l’intervention des militants de LO sur le terrain, notamment dans les entreprises.

Or en lisant les rapports -- nombreux -- des luttes dans les pages de LO pendant les mois de mars et d’avril, on ne peut qu’être frappé par l’absence de toute revendication du “plan d’urgence”, mis à part les 1500 F. Il semble donc qu’il y a une séparation entre le programme de la candidate et celui que les militants avancent réellement dans les entreprises, ce dernier se limitant à la revendication économiste traditionnelle de LO : une augmentation des salaires.

Comme nous l’avons constaté, l’évolution de LO reste inachevée et n’arrive pas à tous les échelons de l’organisation.


Des absences notables

La campagne, centrée sur un programme qui, de l’aveu de la candidate elle-même, était non-révolutionnaire, était également marquée par des lacunes non seulement importantes, mais fondamentales, qui ont affaibli la politique avancée.

Le programme était largement limité aux seules questions économiques. Celles-ci sont importantes, certes, mais les révolutionnaires ont la prétention d’avoir des réponses à toutes les grandes questions de la société, de la vie et de la culture, qui vont bien au-délà de ses simples intérêts économiques.

Tout cela semble ne pas avoir été encore compris par LO, qui a poursuivi sa méthode bien rodée : se concentrer sur des questions économiques, notamment la question des salaires. Et pourtant, d’autres questions -- nous ne parlerons ici que de quelques unes -- sont aussi d’une importance fondamentale pour les travailleurs et pour la création d’un véritable parti révolutionnaire de masse.

• Lors d’une campagne électorale, la moindre des choses qu’on peut attendre, c’est qu’une organisation révolutionnaire explique les limitations de la démocratie bourgeoise, dénonce la nature antidémocratique d’un régime présidentiel et esquisse la supériorité de la démocratie ouvrière, basée sur des conseils ouvriers. LO s’est limitée à constater l’impuissance des urnes à changer fondamentalement les choses.

• Dans un pays impérialiste, les révolutionnaires se trouvent devant l’obligation de dénoncer la politique impérialiste du pays, d’appeler à l’indépendance des colonies (pas un mot sur la Kanaky), à la retraite des troupes de l’étranger (la Bosnie!). LO s’est contentée d’attaquer “l’aide” militaire de la France aux dictateurs. Pour le reste, la “politique étrangère” a été complètement absente de la propagande de LO. Ce qui est encore plus curieux quand on pense que l’un des points de départ du trotskysme est le combat contre le fantasme du socialisme dans un seul pays et pour l’internationalisation de la révolution.

• L’un des problèmes fondamentaux pour les révolutionnaires et pour les travailleurs, c’est l’existence d’une bureaucratie syndicale qui arrive à détourner les luttes et a converti les syndicats en défenseurs de l’ordre bourgeois au lieu d’être des piliers de la classe ouvrière et des “écoles pour le socialisme”. Mais nulle part dans la campagne “officielle” elle n’a évoqué -- pas même une seule fois ! -- les syndicats, leur direction, leur politique actuelle, la direction et la politique qu’il leur faut, qu’il nous faut. Même dans un long article politique de “Roger Girardot” sur “les grèves actuelles”, les syndicats occupent moins de 20% du total, sans aucune analyse ni proposition concrète. (3) Or sans une politique révolutionnaire à l’égard des syndicats, tous les discours sur un “plan d’urgence” tomberaient à l’eau dès qu’on essaierait de le mettre en oeuvre.


Et une de plus : le racisme

Le grand absent de la campagne d’Arlette était le combat contre le racisme, et le choix d’en parler si peu peut légitimement être qualifié de scandaleux.

Dans la profession de foi, dans les 34 minutes d’interventions télévisées, Arlette Laguiller n’a pas parlé une seule fois de la menace du racisme et de Le Pen.

“On ne peut pas parler de tout”, nous répondrons, sans doute, les militants de LO.

C’est vrai.

Mais dans ce cas on est en droit de se demander pourquoi LO dans ses interventions télévisées a choisi de parler des SDF, du procès contre le Canard Enchaîné, des femmes, du SIDA, des essais nucléaires, des autistes, des enfants malentendants, des myopathies, du cancer, de la recherche, du droit à l’avortement...

Mais pas du racisme, ni de Le Pen. Pas une seule fois.

De toute évidence, il ne s’agissait pas d’un “oubli” quelconque. C’était un choix. Un choix qu’on à du mal à comprendre.. et à avaler !

Il en est allé de même pour la majeure partie de la campagne publique :

• Du 10 mars au 28 avril, il n’y a eu qu’un seul article dans les pages de Lutte Ouvrière sur la question du racisme... Et il s’agissait d’une reproduction d’une pétition du MRAP !

• Du 10 mars au 28 avril (7 numéros du journal), le nom de Le Pen a été mentionné seulement 4 fois dans les pages de LO, chaque fois en le mettant dans le même sac que la droite classique, comme l’a fait LO depuis belle lurette !

• Dans la réunion parisienne d’ouverture de campagne (17 mars), aucune référence n’a été faite à l’assassinat à Marseille d’Ibrahim Ali par les colleurs d’affiches du FN, survenu deux semaines auparavant. On n’a eu droit qu’à une attaque abstraite contre la montée des idées racistes et religieuses.

• Lors de la réunion du 2 avril à Paris, on a enfin eu droit à une référence (en filigrane) à l’assassinat d’Ibrahim, et à l’affirmation que “travailleurs de toutes nationalités, de toutes origines, nous formons une seule classe ouvrière”. C’est tout. On ne prononce le nom de Le Pen qu’une seule fois, en passant. Ce n’est pas une question d’urgence, semble-t-il.

• Dans le numéro d’après le premier tour, on ne parle de Le Pen que pour constater bêtement qu’il a eu 15% des voix et que, lui, il a eu un “7/7” entier à TF1. Aucune analyse, aucun commentaire, aucune leçon à tirer. Chapeau, camarades ! Vous devez avoir le seul journal du monde entier -- mis à part peut-être “La Vie du Rail” et “Pif Gadget” -- à ne pas avoir écrit un seul article sur cette question brûlante.


Le Pen = Hitler ?

Et pourtant, à la fin de la campagne, LO semblait avoir découvert la nature de Le Pen.

Lors de la réunion de clôture, le 20 avril, on nous expliquait, d’abord, que bon nombre de travailleurs allaient voter Le Pen. Ceci après des années pendant lesquelles LO nous a expliqué que ce n’était pas le cas. Même lors de son passage à “L’Heure de Vérité”, Arlette Laguiller a insisté lourdement sur le fait qu’on votait Le Pen d’abord dans le très bourgeois 16e arrondissement de Paris.

Puis, on faisait un parallèle explicite entre Le Pen et Hitler :

“les travailleurs qui sont tentés de suivre Le Pen devraient quand même se souvenir des leçons de l’histoire ! C’est en agitant le drapeau raciste que, dans une période de chômage et de crise économique, Hitler est parvenu au pouvoir (...) Voilà ce qui arrive quand on se laisse prendre à l’hameçon raciste, même si celui que Le Pen agite n’est plus l’antisémitisme -- sauf discrètement -- mais l’anti-tout-étranger.”

Malheureusement, la camarade s’est arrêtée là. Elle n’a tiré aucune conclusion de cette analyse. Que faire, selon LO ? S’organiser pour balayer Le Pen ? Mystère.

Il faut se décider, camarades ! Le Pen est-il une menace comme Hitler ?

Si “oui”, comment expliquer les silences de LO et de sa candidate pendant et après la campagne ? Quel bilan tirez-vous de votre “intervention” anti-raciste pendant la campagne ? Que proposez-vous pour l’avenir ?

Si “non”, comment expliquer l’analogie entre Le Pen et Hitler ?

Pourquoi cette confusion ? Notons d’abord que c’est à LO et à ses militants de s’expliquer. Il n’y a qu’eux qui détiennent la clé du mystère, les raisons de ces choix.

Pour faciliter le débat, esquissons quelques réponses.

Tout d’abord nous rejetons l’idée que quelque chose de fondamental ait changé dans le soutien à Le Pen lors de la campagne.

Le Pen a augmenté son score, certes. Mais guère. De 14,4 % à 15,25 %; c’est-à-dire de 4.363.603 électeurs en 1988 à 4.570.838 en 1995. Un saut qualitatif, cela ? N’exagérons pas.

Le FN est devenu le premier parti des ouvriers, selon les sondages. Mais il n’a augmenté que de peu sa pénétration de 1988 quand, déjà, le FN et son racisme rongeait notre classe. Un saut qualitatif, cela ? N’exagérons pas.

Le Pen constitue une menace fasciste en 1995 comme en 1988 quand les camarades de LO, bien aveugles à l’égard de la menace brune, nous ont expliqué que “Pour l’heure, il n’y a pas cependant une grande différence entre la droite classique et la droite extrême, entre le RPR et l’UDF d’un côté, le Front National de l’autre.” (4)

De deux choses l’une, camarades. Soit vous vous trompiez en 1988, soit vous vous trompez aujourd’hui. Mais, sauf à trouver un changement qualitatif qui n’existe pas, vous êtes dans l’obligation d’admettre que la contradiction est flagrante !

Enfin, notons que, comme pour les pas en avant sur la question du programme, il y a un risque fort que le changement ne se vérifie dans la pratique de l’organisation.

Par exemple, après l’assassinat de Brahim Bouaram dans le sillage de la manifestation du FN, le 1er mai, LO s’est bien gardée d’avancer une quelconque proposition concrète à propos de la défense des quartiers immigrés ou de la mobilisation de masse afin d’empêcher le FN de manifester. Non, elle s’est limitée à ses dénonciations traditionnelles, légitimes mais impuissantes. L’élan pris par la candidate sur ce sujet a disparu. Reparaîtra-t-il ?

Peut-être. Lors de la réunion parisienne du 4 mai, on nous expliquait que l’une des tâches du grand parti ouvrier serait de balayer la racaille fasciste. Très bien, camarades. Qu’on s’organise et qu’on commence. Dès maintenant.

Pourquoi ce refus d’avancer la lutte contre le racisme pendant la campagne électorale ? Pourquoi ce choix étrange ?

Nous le répétons, c’est aux militants de LO de poser cette question, et à leurs dirigeants d’y répondre. Mais il nous semble que la réponse la plus probable est double, et qu’elle découle tout droit de la politique de construction de LO.

LO s’est toujours orientée vers la base du PCF qui, on le sait bien et la candidate l’a souligné, est fortement marquée par le nationalisme. Le PCF lui-même a souvent entretenu des rapports ambigus avec le racisme, à commencer par son dirigeant actuel, Robert Hue, avec une campagne raciste contre une famille immigrée de sa ville.

Dans cette ambiance, où même LO semble l’admettre aujourd’hui le FN peut prospérer, il est évident que l’antiracisme militant est à contre-courant. Une volonté de s’adapter à cet électorat a peut-être poussé LO à choisir de ne pas en parler.

Deuxièmement, jusque là, LO s’est focalisée sur les luttes économiques d’une part, et une propagande pour le communisme de l’autre. C’était cela sa méthode centriste, proche de celle des “économistes” contre lesquels Lénine a toute sa vie lutté. Malgré les changements récents, sur le fond, c’est ce qu’elle continue à utiliser aujourd’hui, en se centrant sur les 1500 F. Dans ce contexte, mobiliser autour des questions “sociales” ne coule pas de source.

Nous constatons, là aussi, le début d’un changement dans la politique de LO. Nous en sommes contents, parce qu’elle représente un pas vers des positions correctes que nous défendons depuis longtemps.

Mais nous constatons que ce changement reste largement inachevé, et que sans des pas supplémentaires -- et de taille ! -- il resterait lettre morte.

Oui, camarades, vous avez fait un pas en avant. Mais il faut aller plus loin.


Le grand parti de LO et quelques antécédents

Pendant la soirée du premier tour, Arlette Laguiller est intervenue à la télévision pour annoncer l’intention de son organisation de faire appel à tous ses électeurs afin de discuter ensemble la possibilité de lancer un “grand parti de la classe ouvrière.”

Deuxième changement de la part de LO. Cette organisation qui avait toujours mené une vie semi-clandestine, fermée sur elle-même, s’est mise à l’heure du lancement d’un parti de masse.

C’est impressionnant. Et cela pourrait donner le vertige à certains. Gare aux dérapages !

Après tout, n’a-t-on pas entendu le même genre de proposition dans la bouche du PCI lambertiste avant de lancer son “Parti des travailleurs” réformiste ou encore -- et toujours -- dans la bouche des dirigeants de la LCR dans sa recherche éternelle d’une “recomposition” avec les ex-militants du PCF et des Verts ?

Et qui a été parmi les premiers à critiquer un tel opportunisme ? Lutte Ouvrière, bien entendu !

Mais comme nous le soulignons dans notre presse depuis des années, un tel goût pour la liquidation, une telle impatience, n’est pas limité à l’hexagone, ni aux années 80.

Pendant les années 30, en France, Raymond Molinier et Pierre Frank pensaient qu’ils pouvaient sauter l’étape de la construction d’un parti de masse en lançant un “journal de masse”, “La Commune”. Leurs projets, auxquels Trotsky était farouchement opposé, s’effondra devant la triste réalité, même dans une période pré-révolutionnaire comme 1936. (5)

Il en alla de même pour l’histoire de la Quatrième Internationale pendant les années 50, quand elle crut qu’une différenciation importante aurait lieu au sein des partis de masse, et donc insista sur la liquidation de la plupart de ses sections. La différenciation n’eut pas lieu, et l’Internationale s’affaiblit terriblement.6

Ou encore, pour donner un exemple encore plus pertinent, la tentative de la Ligue Communiste (ancêtre de la LCR) d’“organiser les électeurs rouges” suite à la campagne propagandiste d’Alain Krivine en 1969. Partant d’un souhait compréhensible, la Ligue a ramé pendant un an, puis a constaté l’échec. Sa politique n’a pas marché parce que son programme électoral avait été trop abstrait, parce que le mouvement n’était pas là, malgré toutes ses tentatives d’abandonner tel ou tel élément de son programme.

Sans doute, il y aurait là de quoi faire frémir même le militant le plus hardi.

Mais à la différence de ces diverses organisations, qui avaient toutes une vision opportuniste de leur projet respectif, nous sommes en droit de penser que le nouveau projet de LO n’est nullement le projet précis d’une liquidation quelconque.

Il semble plutôt que les camarades ne savent pas où ils vont.

D’abord, les camarades disent qu’ils veulent “discuter ensemble” afin de voir la possibilité de la construction d’un tel parti, voire ses bases programmatiques, sur la base de la percée électorale réelle dont Arlette Laguiller a été la bénéficiaire.

C’est à dire qu’ils n’ont pas un programme ni une structure tout prêts. Ils ne sont même pas certains de le lancer. On pourrait en conclure qu’en l’absence d’un élan réel, le parti de masse serait rangé au placard.

Autre évidence, c’est que les camarades n’étaient pas sûrs de rassembler suffisamment de votes pour en parler publiquement.

C’est cela qui explique le fait que cette proposition est tombée du ciel, une heure après la fermeture des bureaux de votes, sans avoir jamais été mentionnée dans aucun document public de LO.


Quel parti ?

A l’heure où nous écrivons, l’explication la plus poussée de ce nouveau parti a été livrée dans un article de “Roger Girardot” (c'est-à-dire Hardy, le dirigeant de LO), dans le numéro de LO suivant le premier tour :

“Il ne s’agit pas, dans notre esprit, d’essayer une nouvelle fois de provoquer la fusion des groupes existants dans ce qu’il reste de l’extrême-gauche, ou autour des écologistes, ou encore autour de ceux qui ont choisi de se nommer les ‘forces alternatives’.

Tous ces militants, dont nous respectons les convictions, ont choisi leur terrain de lutte et, le plus souvent, ce n’est pas, ou ce n’est plus, celui de la défense des travailleurs. Ce n’est pas qu’ils y soient opposés, mais ils pensent qu’il y a des tâches plus urgentes. Ils n’ont peut-être pas tort. Mais ce n’est pas notre avis et ce n’est pas de cela que nous voulons discuter. Car ces discussions durent depuis des années et nous ne voulons pas être paralysés par ce genre de polémique.

Nous, nous croyons que la défense de toutes les catégories sociales opprimées, que ce soient les jeunes, les femmes, les immigrés, les chômeurs ou les sans-abri, ou toutes les minorités vis-à-vis desquelles il y a un ostracisme, passe par le terrain fondamental de la lutte entre les deux principales classes de la société, ceux qui ne vivent ou ne peuvent vivre que de leur travail, et ceux qui exploitent le travail des autres (...) nous souhaitons et voulons rester sur le terrain qui nous paraît le terrain principal, celui des classes sociales.”

On dit donc clairement aux autres forces politiques, à commencer, sans doute, par la majorité de la LCR, que ce nouveau parti ne sera pas pour eux, que LO ne permettra pas que sa nouvelle organisation soit “paralysée” par des débats qui “durent depuis des années”. Ce ne sera pas, donc, un regroupement des forces de l’extrême-gauche, même si LO a déjà bien accueilli la proposition de l’une des minorités de la LCR -- le “Regroupement” -- de participer à la création d’un tel parti, mais un appel lancé aux électeurs d’Arlette Laguiller afin de créer une nouvelle force politique.


Quel programme ?


La question des questions pour tout parti est celle de son programme. LO, pour sa part, se réclame du trotskysme, du communisme révolutionnaire. Son nouveau parti, lui, sera basé “résolument, et uniquement, sur le terrain de la défense politique des exploités”.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

D’abord, notons l’insistance avec laquelle LO utilise la phrase “défense politique”. Évidemment, c’est un parti politique, donc son action sera principalement politique (propagande, campagnes, etc). Ceci est tellement évident qu’il va sans dire. Mais LO le dit, le répète. Donc on a le droit de croire qu’elle le dit pour une raison.

Faire campagne pour les 1500 F ou les 35 heures sans perte de salaire, s’agit-il d’une campagne “politique” ou d’une campagne “économique” ? Où se trouvent les frontières entre les deux ?

S’agit-il dans l’esprit de LO de reproduire la division entre la lutte de classe “économique” (effectuée par les syndicats) et la lutte de classe “politique” (effectuée par les partis ouvriers de masse), qui a caractérisé la naissance du mouvement ouvrier et qui a entravé son développement révolutionnaire ?

Et où se trouve la place pour le combat idéologique dans tout cela ? Après tout, pour Lénine et Trotsky, comme pour Marx et Engels, la lutte de classe avait trois aspects : économique, politique et idéologique, et tous les trois étaient de même importance, et complètement imbriqués.

Lénine est allé encore plus loin, soulignant dans les pages de “Que Faire” que “seul un parti guidé par une théorie d’avant-garde est capable de jouer le rôle de combattant d’avant-garde.”

Or, soit le parti qu’esquisse LO sera “guidé par une théorie d’avant-garde” (le marxisme), soit il ne le sera pas.

Et s’il ne l’est pas, comment peut-il jouer “le rôle de combattant d’avant-garde” ?

Enfin, si LO veut faire appel à la création d’un grand parti des travailleurs, comment le faire sans une politique claire à l’égard des syndicats ? Ce n’est pas sérieux.


Notre réponse

De toute évidence, LO ne pense pas croître de façon qualitative par un simple appel aux masses sur la base de ses références actuelles au trotskysme. Elle croit plutôt à la possibilité de créer une nouvelle force basée sur son “plan d’urgence”.

Sauf que, comme nous l’avons souligné tout au long de cet article, ce programme ne peut suffire à défendre les masses.

Il est centré seulement sur des questions économiques -- certes importantes, mais largement insuffisantes à elles seules.

Il esquive des questions fondamentales, telles que la question syndicale. Et sans une réponse à cette question, sans une politique syndicale d’opposition à la bureaucratie et pour la reprise en main des syndicats par les syndiqués, pour une campagne de syndicalisation de masse, la classe ouvrière ne pourra pas se libérer.

Il en va de même pour les autres critiques que nous avons abordées -- le racisme, le contrôle ouvrier, la politique anti-impérialiste, et, fondamentalement, l’absence de toute proposition concrète pour réaliser ces revendications et organiser les travailleurs dans des formes d’organisation correspondant aux revendications transitoires, créant ainsi les embryons de conseils ouvriers.

Nous sommes clairs. La classe ouvrière a besoin d’un parti de masse. Ce parti doit être “résolument” basé sur la défense des intérêts des exploités. Mais pas “uniquement”.

Les révolutionnaires luttent aussi pour les intérêts de tous les opprimés de partout dans le monde, car ils considèrent leur lutte comme partie intégrante de la lutte contre la société bourgeoise (comme par exemple les femmes, les nations et races opprimées ou les homosexuel(le)s). Qui plus est, les révolutionnaires combattent pour une solution internationale à l’exploitation et l’oppression.

Se limiter au seul “plan d’urgence” pendant la campagne, ce serait créer un parti économiste, destiné dès sa naissance à sombrer dans l’impuissance dès qu’une question “sociale” pointerait le nez. Ce serait créer un obstacle centriste à un futur parti révolutionnaire, et non pas avancer vers la construction d’un tel parti.

Comme l’a dit Trotsky lors de son débat avec Molinier à propos de “La Commune” :

“très souvent, l’impatience révolutionnaire -- qui se transforme souvent en impatience opportuniste -- mène à cette conclusion que les masses n’affluent pas parce que nos idées sont trop compliquées et nos mots d’ordre trop avancés. Il faut donc simplifier notre programme, alléger nos mots d’ordre qui doivent correspondre, non à la situation objective, non au rapport des classes analysé par la méthode marxiste, mais à des appréciations subjectives -- très superficielles et très insuffisantes -- de ce que ‘les masses’ peuvent accepter ou non.” (7)

Ou encore : “Programme d’abord ! ‘Journal de masse’ ? L’action révolutionnaire ? Regroupement ? Des communes partout ? Très bien, très bien... Mais le programme d’abord ! Vos passeports politiques, messieurs ! Et, s’il vous plaît, pas des faux, les vrais ! Vous n’en avez pas ? Alors fichez-nous la paix !” (8)


En guise de conclusion

Pour résumer ces points, il faut oeuvrer à l’élaboration d’un programme d’action, un programme qui, partant de la situation réelle de la classe ouvrière aujourd’hui, des jeunes, des femmes travailleuses, des immigrés, des chômeurs, avance des solutions qui offrent à la fois la possibilité d’agir contre l’oppression et l’exploitation mais qui aussi organisent les masses dans leurs propres structures de démocratie et d’action.

Un tel programme doit amener les masses des problèmes d’aujourd’hui à la prise du pouvoir. Il doit être un véritable programme transitoire, simple à comprendre, sans langue de bois ni phrases floues, résolument en défense des intérêts des opprimés et des exploités, sur les plans économiques, politiques et idéologiques.

Pour nous, il devrait puiser son inspiration dans la seule tentative qu’il y a eu de réélaborer le programme de transition de Trotsky, de mettre à jour les revendications transitoires à l’aube du vingt et unième siècle, le “Manifeste trotskyste” de notre organisation internationale, la Ligue pour une Internationale Communiste Révolutionnaire (LICR). (9)

Nous considérons qu’un tel programme d’action est d’une importance brûlante parce que nous ne voulons pas voir gaspillé le potentiel réel qui existe.

Car le manque de clarté peu aussi conduire à des erreurs. Lors de la réunion parisienne du 4 mai, Arlette Laguiller nous donnait deux exemples du parti qu’elle appelait de ses voeux : soit le Parti socialiste du début de siècle, soit le Parti communiste lors de sa fondation.

Sans doute, dans l’esprit de LO, ces deux exemples correspondent à une même image : un parti de masse, voué à la défense des intérêts des travailleurs.

Mais ces deux exemples sont très différents, pour une raison que LO ne semble pas soupçonner. Il s’agit encore de la question du programme.

Bien entendu, le PS du début de siècle et le PC de 1920 était tous les deux profondément enracinés dans la classe ouvrière. Mais les comparaisons s’arrêtent là.

L’un, le PS du début de siècle, était prisonnier des contradictions, au mieux centristes, de la Deuxième Internationale. Le PS -- comme l’écrasante majorité des autres sections de l’Internationale -- ne comprenait pas la nature du programme révolutionnaire et il prônait -- tout comme le mouvement syndical, notons-le -- une séparation entre la lutte économique et la lutte politique. Il était absolument d’accord avec la “Charte d’Amiens”, document fondateur de la CGT, qui avait comme objectif de garder la politique hors des syndicats.

Le Parti Communiste des années 20, malgré ses défauts énormes, était riche de l’expérience bolchévique et du programme révolutionnaire de l’Internationale.

Il s’était forgé dans le combat contre le centrisme et le réformisme. Sur le plan syndical, il ne prônait certes pas la division syndicale, mais il souhaitait aussi voir l’influence politique des communistes au sein des syndicats. C’est pourquoi la CGT faisait partie de l’Internationale Syndicale Rouge.

On voit que, sans vouloir le faire, LO a montré l’ambiguïté actuelle de son projet.

Quel parti sera ce parti ?

Un parti réformiste, un parti centriste ou un parti révolutionnaire ?

Et s’il est armé d’un programme révolutionnaire, comment faire vivre ce projet afin de ne pas retomber sur une reproduction des organisations minoritaires actuelles ?

Voilà le défi que nous voulons relever, voilà le sens de notre réponse à la proposition de Lutte Ouvrière.

Nous voulons participer aux discussions lancées par LO pour le lancement d’un tel parti de masse.

Nous voulons convaincre les camarades de continuer le pas hésitant qu’ils ont fait vers nos positions pour que, ensemble, nous puissons construire le parti de masse dont les travailleurs ont tant besoin.

Pour ce faire, il faudrait un saut qualitatif de leur part, une rupture totale avec leur passé centriste, l’adoption et la mise en oeuvre d’un véritable programme de transition.


A lire :
Notre programme d’action

Notes
1 Pour notre critique la plus récente, lire PO27, été 1994.
2 Toutes les citations des réunions publiques sont tirées de la brochure “Arlette Laguiller dans la campagne d’élection présidentielle de 1995”, supplément à Lutte de classe n°13, mai 1995.
3 LO 14.4.95
4 Lutte de Classe, février 1988
5 Lire notre article sur
Trotsky et La Commune
6 Lire notre brochure sur la Quatrième Internationale
(bientôt en ligne).
7 L. Trotsky, 30.11.35, Oeuvres, t7, p174
8 L. Trotsky, 16.12.35, Oeuvres, t7, p229
9 La nouvelle édition du Manifeste vient d’être éditée
(bientôt en ligne).



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