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25 mars 2001
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Il nous faut un nouveau parti des travailleurs !

Le résultat le plus frappant des élections municipales - beaucoup plus important que ceux de Paris our de Lyon - a été la chute continue du PCF. Il n’a pas seulement perdu des bastions comme Drancy, La Ciotat ou Nîmes au profit de la droite, il a été également souvent devancé au premier tour par les listes d’extrême gauche (principalement celles de Lutte Ouvrière et de la Ligue Communiste Révolutionnaire mais aussi, dans certains endroits, celles du Parti des Travailleurs de Pierre Lambert).

Même parties en ordre dispersé - en grande partie à cause d’un désaccord sur quelle ligne de conduite adopter au deuxième tour - LO et la LCR ont pu capter une partie importante de l’ancien électorat du PCF, voire créer une nouvelle base électorale. Et même si tel n’était pas leur objectif principal, ils ont pu avoir des élus (31 pour LO, 25 pour la LCR et 12 pour le PT).

De toute évidence, il ne s’agit pas là d’un simple vote de protestation épisodique. Ces scores sont au contraire le signe non seulement d’une stabilisation, mais même d’un accroissement de l’audience électorale des principales organisations d’extrême-gauche auprès d’une partie de la classe ouvrière.

Comme l’a dit Arlette Laguiller dans son éditorial après le premier tour, "nos scores les plus élevés sont atteints dans les quartiers populaires ou dans ces cités HLM où le chômage reste important et où on ne parvient pas à sortir de la pauvreté, même lorsqu’on a trouvé un travail précaire et mal payé. Nos résultats reflètent la déception d’une partie importante de la classe ouvrière envers la politique du gouvernement qui se dit de gauche."

Il en va de même pour la LCR, même si, en général, ses voix semblent moins avoir été prises sur le terrain du PCF. Ses listes, malgré le flou politique délibérément entretenu autour de leur programme, ont parfois dépassé celles de LO, qui de toute évidence ont bénéficié de la notoriété d’Arlette Laguiller.

Deux facteurs semblent expliquer ce changement important. Principalement, la décadence et crise existentielle du PCF a miné sa propre base électorale.

Ayant perdu la boussole du "socialisme réellement existant", le PCF n’a plus de raison d’être. Prétend-il toujours être "le parti révolutionnaire", ou avoue-t-il être un parti responsable de la gestion capitaliste, comme il l’a été en fait depuis les années 30 ?

L’électorat du PCF, au vu de ses participations gouvernementales de 1981-84 et depuis 1997, a commencé à bien comprendre le rôle du leur parti.

Et étant donné que la direction n’utilise même plus la phraséologie révolutionnaire pour maquiller sa politique réformiste, mais préfère singer la politique pro-capitaliste et sans complexes du PS, il est difficile de voir pourquoi l’électeur lambda devrait voter pour lui, plutôt que pour le PS. Dans ce cas comme dans les autres, l’original est préférable à la copie.

Le deuxième raison tient aux conséquences de l’exercice du pouvoir par la gauche plurielle au pouvoir, et l’érosion de la confiance d’une partie de la classe ouvrière dans une formation gouvernementale qui est arrivée au pouvoir dans le sillon du mouvement de novembre-décembre 1995.

Cet effet a été encore plus flagrant au deuxième tour, en particulier dans une ville comme Lille, où l’abstention a frôlé 50%.

En effet, malgré ses prétentions "sociales" et quelques réformes peu coûteuses (CUM, PACS...), l’action du gouvernement est fondamentalement anti-ouvrière : privatisations à tout va, 35 heures entraînant une flexibilité accrue, application du plan Juppé pour la Sécu, réduction du chômage mais au prix de l’explosion de la précarité.

Dégoûtés par la politique gouvernementale, une partie non-négligeable de l’électorat ouvrier s’est donc tournée vers l’extrême gauche, de plus en plus présente sur le plan électoral, afin d’exprimer son rejet de cette politique.

Parfois, comme à Toulouse où le score de la liste Motivé-e-s a dépassé 12%, l’expression politique de ce mouvement a été plus confuse, mais assez importante.

Disons en passant que cette situation montre l’importance pour les révolutionnaires de pouvoir mettre les partis de gauche au test du pouvoir : même si nous avons aucune illusion sur la nature de leur politique, qui consiste à servir loyalement les intérêts de la bourgeoisie, les travailleurs, en luttant contre les conséquences de cette politique, peuvent à la fois se rendre compte dans l’action de la nature pro-capitaliste de "leurs" partis, et aussi se forger une nouvelle direction.

Voter au deuxième tour pour les listes de la gauche plurielle, afin que celle-ci ne puisse pas tromper les travailleurs par sa rhétorique, mais soit obligée de se montrer sous son vrai visage, fait partie de cette tactique essentielle, autrement plus puissante que la simple dénonciation à la LO.

C’est ce qui montre la situation actuelle, où une partie de la classe ouvrière cherche des réponses à l’extrême gauche, à cause de la politique gouvernementale - et municipale - de la gauche plurielle.

Les résultats du premier tour nous confortent dans notre consigne de vote, qui était large, ne privilégiant ni les illusions de la masse des travailleurs, ni celles de la minorité électorale qui aurait des illusions dans la politique de LO ou de la LCR.

Au premier tour on a donc appelé à voter pour les listes "à la gauche de la gauche "là où elles rassemblaient une partie importante des militants et des jeunes en opposition à la politique des partis de la gauche plurielle.

Ceci dit, la question la plus importante doit être posée : que faire maintenant ?

Deux réponses ont été données, l’une sur le plan électoral, l’autre sur le plan organisationnel.

D’emblée, les dirigeants de LO et de la LCR, y compris leurs oppositions internes, ont les yeux rivés sur les échéances électorales de l’année prochaine - présidentielle et législative.

Alain Krivine a pronostiqué (probablement avec raison) qu’Arlette Laguiller devrait dépasser le candidat du PCF lors des présidentielles.

Le dirigeant de l’opposition-maison au sein de LO a déclaré à propos des élections de 2002 qu’il faut "bien les préparer dès maintenant (...) il n’y a peut-être pas trop de temps pour se mettre d’accord, même seulement entre LO et LCR, et y intervenir de la manière à la fois la plus juste et la plus profitable."

S’il est notable que les élections sont en train de devenir le terrain de prédilection de ces deux formations (à tel point que pour LO leur importance rivalise avec celle de ce qui pendant des décennies marquait sa différence, à savoir son réseau de bulletins d’entreprises), en soi participer aux élections est ni louable ni critiquable. L’essentiel est comment on y intervient, et ce qu’on fait après.

Sur le premier point - l’intervention électorale de LO et de la LCR - nous considérons qu’elle n’était pas la meilleure, à cause de l’abstraction politique de leurs propos qui ont mis en sourdine la question fondamentale de comment faire appliquer les mesures proposées (LO), de la confusion délibérée des questions de réforme et de révolution (LCR) et, dans les deux cas, l’absence d’une campagne visant les travailleurs en lutte, en organisant des réunions dans les quartiers, dans les entreprises en lutte, etc.

A Rennes et à Lille nous avons tenté d’infléchir la campagne menée par la LCR. A Rennes la Ligue a bien voulu adopter la structure de notre programme, mais elle l’a dénudée de tout son contenu révolutionnaire et a effectivement refusé de faire autre chose qu’une campagne de routine. Au bout du compte, ayant pourtant joué un rôle important en donnant à la plate-forme sa forme finale (mais malheureusement pas son contenu), nos camarades n’ont pas participé à la liste.

A Lille, les camarades de Révolution, l’organisation de jeunesse en solidarité politique avec PO, ont participé à la campagne de la LCR, mais n’ont pas réussi a changer fondamentalement son orientation ni son programme.

Alors, que faire maintenant ? Mis à part préparer les élections suivantes, ce qui de toute évidence est la préoccupation d’une partie importante de l’extrême gauche, il est évident qu’on pourrait se servir du tremplin électoral afin de prendre la place laissée vide par le PCF non pas seulement aux urnes, mais également, et avant tout, dans les quartiers et dans l’esprit des travailleurs, à travers la création d’un nouveau parti des travailleurs.

Ainsi, avant même le premier tour, Lutte Ouvrière a annoncé clairement la couleur en se décrivant comme "le seul parti qui soit aujourd’hui le parti des ouvriers, le parti des travailleuses et des travailleurs" dont l’un des objectifs serait de "renouer avec les traditions de solidarité des classes populaires".

Ce dernier point a été expliqué longuement le 2 mars par Arlette Laguiller lors de son meeting à Paris, en promettant que les militants de LO allaient s’investir bénévolement dans les quartiers, participant aux programmes destinés à combattre l’échec scolaire dont sont victimes bon nombre d’enfants et de jeunes de la classe ouvrière.

C’est à dire que LO considère réellement qu’elle peut remplir le rôle tenu dans le passé par le PCF (et dont la vision d’aujourd’hui est en partie mythologique). Mais une telle tâche impliquerait de disposer d’une organisation autrement plus grande que celle de LO qui représente aujourd’hui "seulement" 1 000 militants à l’Union Communiste et un réseau de quelque milliers de sympathisants.

Comment rassembler les dizaines de milliers de militants supplémentaires ?

La LCR est moins précise dans ses objectifs, parlant seulement de la création "d’une nouvelle force anticapitaliste", ou encore plus vaguement du besoin "d’affirmer une autre gauche".

Mais il est clair que les deux organisations sentent bien la possibilité de dépasser le PCF, non pas seulement aux urnes, mais avant tout sur le terrain, à travers la création d’un nouveau parti.

Pour la LCR, rien de neuf. Depuis plus de 20 ans, à travers maintes manœuvres et orientations, elle a cherché à se lier à des tendances et organisations différentes afin de créer un parti plus large. Chaque tentative a connu l’échec. Vu ses succès électoraux, elle doit commencer à sentir que cette fois sera la bonne.

Pour LO, par contre, il y a un petit air de déjà vu. Lors de la soirée du premier tour des présidentielles de 1995, Arlette Laguiller a appelé à la création d’un "grand parti des travailleurs", que dans les mois à suivre LO a tenté de mettre en place à travers une série de réunions, avant de l’abandonner, prétendant qu’il "s’agissait, bien sûr, d’un appel propagandiste".

Pour notre part, il est clair que les travailleurs ont besoin d’un nouveau parti. PS et PCF les ont trahi à maintes reprises et continueront de le faire tant qu’ils existeront et maintiendront leur influence auprès des travailleurs.

Mais la question des questions pour tout parti - sa véritable raison d’être - est celle de sa politique.

De quel type de parti a donc besoin la classe ouvrière ? Un parti réformiste, un parti "lutte de classe" ou un parti révolutionnaire ?

Et s’il est armé d’un programme révolutionnaire, comment faire vivre ce projet afin de ne pas retomber dans le schéma des organisations minoritaires actuelles ?

Pour nous, les points essentiels d’un tel parti sont les suivants :
• il doit être ouvert et démocratique
• il doit être orienté résolument vers les luttes et l’organisation des travailleurs
• il doit se doter d’une politique claire par rapport aux syndicats et à leur transformation dans l’intérêt des travailleurs (l’influence réformisme ne se limite pas aux seules organisations politiques - elle s’exprime aussi au sein des entreprises, à travers la politique syndicale)
•  il doit élaborer, appliquer et faire vivre au sein de la classe ouvrière et de ses luttes un programme d’action, un programme qui, partant de la situation réelle de la classe ouvrière aujourd’hui, des jeunes, des femmes travailleuses, des immigrés, des chômeurs, avance des solutions qui offrent à la fois la possibilité d’agir contre l’oppression et l’exploitation mais qui aussi organisent les masses dans leurs propres structures de démocratie et d’action.

Un tel programme doit amener les masses des problèmes d’aujourd’hui à la prise du pouvoir. Il doit être un véritable programme transitoire, simple à comprendre, sans langue de bois ni phrases floues, résolument en défense des intérêts des opprimés et des exploités, sur les plans économique, politique et idéologique.

Certes, nous sommes ici loin de ce que l’on peut conclure à partir d’une simple soirée électorale. Mais les mouvements actuels au sein de la classe ouvrière sont importants et risquent de nous amener loin. C’est pourquoi nous faisons appel aux directions de la LCR et de LO pour qu’ils mettent en place une série de débats et de forums à travers les pays, pour que militants et travailleurs de rang puissent débattre les prochains pas nécessaires.

Pour notre part, nous comptons faire partie de l’aventure, contribuant avec toute notre énergie pour que, au bout du compte, les travailleurs puissent se doter du parti et du programme dont ils ont besoin.


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