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11 avril 2002
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Une campagne très nationale

De toute évidence, dans cette campagne électorale, il y a un absent de taille : le reste de la planète.

Or, à l’heure de la mondialisation et de l’accélération de l’unification européenne avec la mise en place de l’Euro, de plus en plus de décisions concernant le pays sont prises ailleurs qu’à l’Elysée ou à Matignon.

De même, la place de l’impérialisme français et sa participation à la guerre en Afghanistan et le rôle des grands groupes français ne sont pratiquement jamais évoqués, y compris par les candidats d’extrême gauche.

Ce silence est paradoxal alors que l’économie mondiale est aujourd’hui bouleversée par des processus gigantesques d’accélération des échanges, par la pénétration du capitalisme dans de nouveaux marchés, et la recomposition du capital des multinationales à travers les fusions et les rachats.

Partout, cela se traduit par des délocalisations, la fermeture d’usines et la concentration de la production vers d’autres sites plus rentables.

En Europe cette phase de recomposition a un impact profond sur les économies nationales, surtout à travers une nouvelle vague de privatisations qui s’attaque au coeur des services publics : aujourd’hui ce sont EDF, GDF et la SNCF qui sont menacés de privatisation.

Dès demain, le prochain président, qu’il soit de droite ou de “gauche”, s’inspirera du programme du MEDEF et de la Commission Européenne, et les secteurs de la santé et de l’éducation seront aussi dans le collimateur.

Cette nouvelle phase offensive du capital ne se limite d’ailleurs pas au seul terrain économique. Depuis le 11 septembre l’impérialisme américain veut imposer sa loi à toute la planète, y compris par la force des armes.

Face à ces bouleversements, le débat politique sur des thèmes comme la sécurité ou l’age des candidats paraît complètement décalé, comme si rien n’avait changé et comme si le rôle de l’Etat-nation était le même qu’il y a deux siècles !

Plusieurs faits expliquent ce silence :

• le poids du nationalisme comme idéologie dominante à l’époque de la bourgeoisie  ;

• la sclérose du personnel politique de la Ve République, en place depuis plusieurs décennies et organiquement attaché à un monde révolu ;

• une utile division du travail qui permet au gouvernement de poursuivre une politique néo-libérale tout en rejetant la responsabilité de celle-ci sur l’Europe ou la communauté internationale (FMI, OMC) ou sur les contraintes d’une économie globale.

En fin de compte cette optique réductrice ne peut que servir les intérêts de la bourgeoisie, aveuglant les travailleurs et érigeant des divisions toujours utiles au capital, entre français et immigrés, etc.

Que les partis de droite et les forces réformistes poursuivent cette ligne semble normal. Mais pourquoi les forces se réclamant de la révolution ne proposent-elles pas une autre perspective, résolument internationaliste ?

En particulier, Lutte Ouvrière garde ses distances avec le mouvement anti-mondialisation : sur ce point sa politique n’est pas seulement faible mais carrément erronée. Au moment où des forces, disparates et confuses certes, mais vivantes et agissantes, manifestent contre les conséquences de cette mondialisation et contestent le rôle des organismes internationaux comme le FMI ou la Banque Mondiale, LO refuse de s’associer à ce type de mobilisation, dénonce leur caractère symbolique et refuse d’y apporter son soutien, opposant aux mobilisations internationales le besoin d’un combat contre le patronat français. Comme si les deux étaient incompatibles !

A l’heure de l’internationalisation poussée du capital et de son offensive politique et militaire la tâche est de regrouper les forces qui s’opposent à la mondialisation capitaliste et faire en sorte qu’elles revivifient le mouvement ouvrier. Ainsi cette campagne devrait être l’occasion de mettre en avant un programme d’action qui ferait de la solidarité et de l’unité d’action internationale une tâche fondamentale.

La mobilisation massive qui s’est déroulée à Barcelone au mois de mars est un bon exemple des forces qu’on peut rassembler à l’échelle européenne. Si on est uni par delà des frontières, il sera beaucoup plus difficile à chaque gouvernement de faire passer ses projets anti-ouvrier.

Partout où cela est possible, il faut essayer de construire des mobilisations internationales. Là où la classe ouvrière se met en lutte, comme aujourd’hui en Italie, il faut organiser la solidarité et construire ensemble les partis révolutionnaires et l’Internationale dont nous avons besoin.



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