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1 juin 2004

LES ELECTIONS, ET APRES ?

Pour la création d’un nouveau parti des travailleurs muni d’un programme d’action !
Non à l’Europe des patrons et à leur constitution !
Pour les Etats-Unis Socialistes d’Europe !


Il y a deux ans, Lionel Jospin, le candidat du Parti Socialiste, n’était pas parvenu à atteindre le deuxième tour de l’élection présidentielle, laissant Chirac face au fasciste Le Pen dans une situation où pour la classe ouvrière il importait d’ abord de garder son indépendance, de ne pas aller voter et de se mobiliser contre les fascistes et la droite.

A ce moment là, l’effondrement des votes pour le PS et le PC, couplé avec le record de dix pour cent des voix pour les deux candidats de l’extrême - gauche, conduisit beaucoup à penser que le réformisme français était mort et presque enterré.

Mais les récentes élections régionales ont vu une oscillation massive vers les réformistes : contrôlant au départ seulement quatre régions, ils ont maintenant la majorité dans 20 assemblées sur 22.

L’électorat a infligé une claque massive aux politiques effrontément néo-libérales suivies par le gouvernement Raffarin : réductions d’impôt pour les riches, gros cadeaux à des secteurs clés de l’influente petite bourgeoisie française et, par dessus tout, l’application d’un programme de réformes qui menace tous les gains obtenus par la classe ouvrière française après la deuxième guerre mondiale.

Il y a deux ans, la droite, surfant sur les 80% de voix obtenues par Chirac, avait obtenu une majorité massive aux élections législatives. Les réformistes étaient en ruine et l’extrême-gauche triomphante. Ce soutien populaire inespéré apporté à Chirac s’est rapidement évaporé au fur à mesure qu’il enterrait toutes ses promesses électorales et mettait en place l’un des gouvernements les plus anti- ouvrier qu’on ait vu depuis des décennies.

Pratiquement chaque secteur de la population française a souffert, de la jeunesse qui a vu ses droits et ses emplois piétinés, aux travailleurs du secteur public, qui, d’un seul coup, doivent maintenant travailler 30 mois de plus avant de prendre leur retraite, aux enseignants dont les conditions de travail ont été attaquées, jusqu’aux pauvres et aux chômeurs qui doivent payer des impôts plus élevés et ont vu leurs maigres droits résiliés.

Au cours des deux dernières années, il y a eu des mouvements de lutte massifs contre la politique réactionnaire du gouvernement : les travailleurs du secteur public, les enseignants, les intermittents et même les chercheurs ont mené des actions sans précédent. Le second mandat de Chirac est marqué par la manière impudente dont la bourgeoisie défend ses intérêts de classe.

Mais d’une manière décisive, à l’exception partielle des chercheurs, tous ces mouvements ont été défaits à cause de la lâcheté et de la complicité des dirigeants syndicaux et aussi de l’incapacité de l’extrême gauche française à franchir les étapes nécessaires qui auraient permis de forger une nouvelle direction.

Dans ces circonstances, les travailleurs français ont fait la seule chose qu’ils pouvaient faire : ils ont voté pour les réformistes. Mais ceci n’est pas le produit d’un tournant à gauche des réformistes.

Durant les deux dernières années, les vieux partis de la Gauche Plurielle ont été minés par des luttes personnelles de faction et par le vide politique. Loin de mener le combat contre Chirac et Raffarin, ils ne sont pas intervenus, tournant le dos aux manifestations qui se déroulaient dans les rues.

L’explication du retour des réformistes est simple. Après la défaite humiliante de Jospin en 2002, beaucoup de ceux qui avaient voté pour l’extrême gauche au départ ont exprimé leurs regrets, proclamant qu’ils auraient voté pour Jospin « si seulement ils avaient su » ce qui allait se produire.

La tendance à voter Gauche Plurielle au premier tour a été renforcée par une « réforme » scandaleusement anti-démocratique qui signifie que toute liste qui n’obtient pas dix pour cent des voix au premier tour ne peut se présenter au deuxième : les voix ont ainsi été perdues.

L’autre explication se trouve dans les performances peu brillantes de Lutte Ouvrière et de la Ligue Communiste Révolutionnaire durant les deux dernières années. Ni ensemble ni séparément, LO et la LCR n’ont été capables de fournir une direction claire durant les grèves de masse de mai juin 2003 dans la fonction publique. LO en particulier ricanait à l’appel pour une grève générale, préférant la routine comme d’habitude. Ces dissimulateurs fatigués ne craignent rien davantage qu’un réel mouvement dérangeant leurs routines.

La LCR a répondu d’une manière bien plus vigoureuse et adaptée, mais ils ne parviennent toujours pas à forger à la fois les structures et le programme nécessaires pour gagner la lutte, prendre la direction des mains des réformistes et lancer les bases pour un nouveau parti des travailleurs.

En conséquence, les réformistes se sont remis en selle. Devant choisir entre deux campagnes électoralistes, une qui pouvait gagner (les réformistes) et l’autre qui ne le pouvait pas (LO-LCR), les travailleurs ont fait ce qui fallait faire. En un sens, LO et la LCR ont été les architectes de leur propre défaite : globalement ils ont obtenus un peu moins de 5% des voix.

Tristement, en gaspillant l’opportunité bien réelle et urgente des deux dernières années, ils ont probablement condamné la classe ouvrière française à un autre cycle de domination réformiste, au moins dans les régions que le PS et leurs alliés ont gagnées.

Après avoir élevé l’âge pour le départ à la retraite dans la fonction publique, Chirac doit maintenant s’atteler à un enjeu majeur pour la bourgeoisie française : démanteler la Sécurité Sociale. La dernière fois qu’il a essayé cela, en 1995, il a presque provoqué une grève générale .Dans les prochains mois, il a promis de frapper plus durement et d’une manière plus décisive. Cette attaque sera l’équivalent de la grève des mineurs Britanniques pour la classe ouvrière française : ce sera une lutte que les travailleurs doivent gagner, ou les conséquences seront désastreuses.

Les petites organisations trotskystes n’ont pas souvent la chance de peser sur les évènements. Il est vital que les militants de LO et de la LCR – et ceux qui ont voté pour eux – tirent les leçons des deux dernières années et les appliquent aux prochaines luttes. Ils doivent rejeter l’idée que les élections européennes de juin prochain sont devenues la priorité essentielle; au contraire, la priorité doit être de développer les forums sociaux et de ranimer les coordinations de l’an passé (comités de lutte) pour en faire de réels centres de lutte contre les attaques de Chirac. De cette façon, les élections de juin peuvent devenir un baromètre de la classe ouvrière toute entière, plutôt qu’une fin en elles mêmes.

Mais il faut avancer un réel programme d’action , un programme de transition et pas un simple programme minimum comme le programme d’urgence : en même temps que « l’interdiction » des licenciements il faut mettre en avant la nécessité de l’action ouvrière, c'est-à-dire l’occupation des entreprises menacées , l’extension du mouvement à toute la branche, la défense des entreprises occupées et de la grève par une milice ouvrière , la création de comités d’action et de solidarité afin de mobiliser toute la classe ouvrière.

Sinon comment imposer cette interdiction ? Comment imposer la « taxation des profits » ou d’autres revendications ? Il faut le dire chaque jour, défendre au quotidien ce programme, montré ce qui a manqué dans les luttes des derniers mois, appeler à l’organisation d’un mouvement de la base dans les syndicats. Il ne suffit pas de renvoyer à une future mobilisation, car sinon comment imposer un « Tous ensemble » ?

Sinon comment rompre avec la logique capitaliste ? Comment imposer le contrôle ouvrier ? LO et la LCR préfèrent avancer un certain nombre de revendications qui en elles mêmes peuvent être justes mais qui sont sans lien avec la nécessité de l’action ouvrière, avec une réelle mobilisation contre le pouvoir et risquent de semer des illusions sur les possibilités d’imposer de telles réformes par un « Tous ensemble » ou même par la voie électorale.

C’est ce refus de se constituer en direction révolutionnaire qui nécessite en particulier pour la LCR d’apparaître comme une autre « alternative à gauche » ; avec un programme qui repousse le échéances, qui n’offre pas aux travailleurs les moyens de s’organiser contre leurs directions.

Comme il ne s’agit pas d’avancer un programme révolutionnaire ou un programme de transition qui définit clairement les tâches et les moyens nécessaires à mettre en œuvre pour mener la lutte jusqu’à la prise du pouvoir, il ne s’agit pas ici, bien entendu, de créer un parti révolutionnaire, il s’agit de bâtir « une nouvelle force politique large et pluraliste, radicalement anticapitaliste et résolument démocratique. « Les axes avancés sont suffisamment larges, pour que demain, beaucoup puissent s’y retrouver.

Aujourd’hui ce qu’il faut c’est un parti révolutionnaire, pas un parti ou un programme qui gomme délibérément les frontières entre réforme et révolution. Ce nouveau parti des travailleurs doit être armé d’une politique révolutionnaire qui vise la mobilisation des travailleurs et leur organisation dans des organes de démocratie ouvrière, capables d’imposer le pouvoir des travailleurs face à celui, tout puissant, du capital et de ses laquais gouvernementaux, de droite comme de gauche.

C’est d’un tel programme d’action dont les travailleurs ont besoin partout en Europe. Les attaques se multiplient : remises en cause de la sécurité et des conditions de travail, remise en cause des retraites, démantèlement des systèmes de santé et de sécurité sociale, des services publics, privatisations, etc… Avec leur projet de constitution européenne, les principales puissances impérialistes veulent mettre en place une nouvelle superpuissance impérialiste unifiée aux dépens des travailleurs du continent, des paysans pauvres, des jeunes et des minorités nationales et raciales. Le projet de constitution définit clairement cet engagement pour le capitalisme :
« Les Etats membres et l’Union doivent agir en accord avec le principe d’une économie de marché ouverte respectant la libre concurrence ». C’est tout simplement une charte pour les exploiteurs.

Par l’action concertée à l’échelle continentale, nous pouvons empêcher les multinationales de démolir les acquis sociaux et économiques, d’affaiblir les droits syndicaux et l’organisation ouvrière dans les entreprises.

Par l’action commune des travailleurs d’Europe de l’Ouest et de l’Est, nous pouvons empêcher les patrons de réduire les salaires et les gains sociaux à l’Ouest, tout en surexploitant la main d’œuvre, hautement éduquée, mais beaucoup moins bien payée à l’Est .De cette manière nous pouvons bloquer les plans des multinationales qui visent à délocaliser les entreprises afin de faire encore plus de profits, de cette manière nous commençons à construire l’Europe ouvrière.

Mais notre objectif ne doit pas se limiter aux luttes défensives. Nous devons également avancer une alternative au capitalisme .La seule perspective durable est celle des Etats-Unis Socialistes d’Europe, ouverts aux exploités et opprimés du monde entier. Cette autre société peut seulement être basée sur le pouvoir politique des travailleurs, et sur la propriété sociale et le contrôle de l’économie.

C’est d’un programme d’action , d’un programme qui mobilise la classe ouvrière et la prépare à prendre le contrôle de l’économie , à s’emparer du pouvoir d’Etat dans la cadre d’une révolution européenne, que les travailleurs ont besoin. Un tel programme doit prendre comme point de départ les besoins majeurs des travailleurs et leurs luttes actuelles. Il doit unir les travailleurs de tout le continent dans une lutte commune et les orienter vers l’expropriation de la classe capitaliste et des multinationales, ainsi que vers la destruction de l’appareil répressif qui protège leurs richesses.

Comme nous l’avons déjà montré ce n’est pas le programme qu’ont choisi de défendre LO et la LCR. Toutefois en l’absence d’autre organisation défendant un réel programme d’action et exerçant la même influence sur les travailleurs , nous appelons , sur la base des critiques rappelées ci-dessus, à voter aux élections européennes de juin prochain pour les listes présentées par ces deux organisations.
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